Affichage des articles dont le libellé est Décoration. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Décoration. Afficher tous les articles

jeudi 20 août 2009

Propos minuscules

Voilà deux jours, je traversais le pont qui, de la Porte de Saint-Cloud, va vers le Pont du même nom. Soleil de plomb, chaleur étouffante. Je m'efforçais de rejoindre au plus vite le jardin ombreux qui borde l'Avenue Ferdinand Buisson. J'aperçois à quelques deux cents mètres, un homme âgé, mais encore alerte ; bientôt nous allons nous croiser. Et de fait nous nous croisons. L'homme a de beaux cheveux blancs, une allure et une marche d'une grande noblesse. Sur sa chemise entrouverte, il a passé une veste légère, de tissu sombre cependant. Il a le visage buriné par le soleil. Manifestement il est originaire d'Afrique du Nord. Au revers de la veste, quatre rubans : médaille militaire, valeur militaire et deux autres que je ne peux pas identifier. Nos regards se croisent. Je lui fais un clin d'oeil, un sourire, manifeste sans doute mon étonnement ; il fait quelques pas, puis se retournant m'appelle et semble demander les raisons de ma surprise :
-Je regardais vos décorations. Vous en avez beaucoup !
-Oui. J'ai fait l'Indochine. J'ai pu en rentrer vivant, mais tant de camarades sont morts là-bas !
-Monsieur, je vous félicite pour votre courage. Bonne soirée.
Brève mais inoubliable rencontre. J'ai aimé le sourire un peu las de cet homme, son maintien, sa dignité, sa gentillesse. Il a donné à sa patrie une partie de sa vie. Il est juste, qu'en retour, il soit honoré et reçoivent d'elle le juste dédommagement de son engagement. Je ne le reverrai sans doute jamais plus ce modèle de soldat des troupes dites "coloniales", à qui la France doit tant pour sa Liberté et son Honneur. Qu'on ne les oublie jamais ces hommes-là, qu'ils restent dans nos mémoires et dans nos coeurs, et qu'ils ne meurent point dans l'amertume née de notre ingratitude.