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mercredi 13 mai 2009

Avant que la culture ne meurt...

Vous me direz que je suis saisi par un prurit d'écriture. Mais je n'ai pu pour diverses raisons produire mon billet quasi quotidien, et il faut bien que je me rattrape un peu.


Quand on a vu les peintures chinoises du Musée CERNUSCHI, les icônes du MONT-ATHOS au Petit Palais, les primitifs italiens de la collection ALTENBOURG au Musée JACQUEMART-ANDRE, on ne peut qu'être saisi par la laideur, la vulgarité, l'obscénité de l'art contemporain. Marc FUMAROLI, l'auteur de L'Etat culturel a produit un article remarquable dans le Journal La Croix du vendredi 24 avril ; intitulé Une débâcle prévisible, il fustige les tendances actuelles de la "Culture". Jean CLAIR, juste au-dessous de cet article-là, publie des réflexions consonantes dans un autre article dont le titre dit tout : Du sacré au trivial. Nos deux immortels remettent à leur place les cultureux, et autres bateleurs de la culture de foire.
Marc FUMAROLI :
[Le] beau mot antique [de culture], à la fois paysan et noble, aussi fécond et fertile que le mot agriculture s'est trouvé métamorphosé et stérilisé depuis les années 1970 en un vaste sac, où l'on a enfourné tags, rok, teknival, sexe et drogues ("la culture jeune"), sports industrialisés et commercialisés ("culture football"), moeurs de coterie ou d'ethnie délocalisée ("culture gay", "culture room", "culture de banlieue"), une "fureur de lire" orchestrée publicitairement dans tout le pays pour inviter en vain les alcooliques des écrans à ouvrir un livre ou un journal, une "France Culture" nivelée "aux problèmes de société" et restreinte aux "débats de société", voire, pour faire bonne mesure, quelques louchées de cette "culture distinction", plus ou moins odieuse, dont une pseudo-élite s'accapare et par où elle prétend se reconnaître entre soi, à force d'allusions à Saint-Simon, à Flaubert, à Proust, à Seurat, à Mozart ou de références mystérieuses aux grands noms exotiques de "l'art contemporain", Warhol, Koons, Hirts, Kohlaas.
Jean CLAIR :
Aujourd'hui, [...], on est tombé avec le "culturel" au niveau des "latrines", des "déchets" selon Thomas MANN : Jeff KOONS, Damian HIRST, Jan FABRE, SERRANO et son Piss Christ, et avec eux son compagnon accoutumé de l'excrément, son double sans odeur : l'or, la spéculation, les ventes aux enchères faramineuses, obscènes.
Et c'est ainsi que, peu à peu, se sont différenciées l'une de l'autre, la "haute culture" et la "basse culture". Le peuple, le noble peuple, s'est vu interdire l'accès à la pensée des génies, à la musique des grands compositeurs, aux tableaux des plus grands maîtres. Pour faire de l'argent, les puissances financières lui ont proposé des oeuvres musicales de pacotilles, des films misérables, des manifestations de foule complètement hystériques, et ont réservé aux nouveaux riches d'horribles tableaux où le sacrilège se prend pour de l'innovation, l'obscène pour de l'audace, et la nullité des savoir-faires picturaux, musicaux ou littéraires pour le minimalisme des ascètes de l'esprit. Pendant ce temps, quelques bénédictins passionnés continuent de hanter les bibliothèques, d'accumuler des savoirs qui ne serviront qu'à des élites intellectuelles coupées des forces vives du peuple français, qui fut, dit-on, le plus spirituel du monde.
Voilà où mène l'idéologie de la culture pour tous, diffusée par les officines culturelles. A l'imposture. Mais le désir du beau n'est pas l'apanage des bourgeois ou des aristocrates ; il traverse toutes les couches de la société. Et certaines d'entre elles, au nom de cette idéologie, se voit barrer l'accès aux plus hautes activités de l'esprit, par le mépris que manifestent nombre de diffuseurs de la culture vis-à-vis d'elles. Mais je connais des bergers qui, dans la montagne de SISTERON, goûtent mieux la poésie de GIONO que les baveurs de France Culture, et parlent en philosophes mieux que monsieur ONFRAY, et aussi bien que monsieur COMTE-SPONVILLE.
Robert, Fernande qui n'êtes plus, Petit et Grand Gilbert, et tant d'autres, j'ai appris de vous bien des secrets voilées jalousement par les étoiles aux yeux des "savants", j'ai goûté sans que vous passiez par les mots, ce qu'est la fraternité et le respect, l'amour du beau et du silence. Et près de vous, je suis devenu plus humain et plus vrai.

mercredi 22 avril 2009

Deo gratias !

Dans la lettre de la Société des Amis du Louvre, Société dont je suis membre, Marc FUMAROLI, son Président écrit ceci :
"[...] Le Musée a connu [...] l'an dernier une hausse de sa fréquentation portant à 8 millions le nombre de ses visiteurs. Certains verront dans cet attrait croissant pour le Louvre un symptôme de l'ère nouvelle où nous sommes entrés depuis l'Octobre noir 2008. Les tempêtes fixent le regard des marins, de nuit, sur les phares, au sens où l'entend BAUDELAIRE, les chefs-d'oeuvre qui ne vieillissent ni ne trompent. Je ne rangerais pas, malgré son succès d'affluence, l'exposition "Picasso et les Maîtres" parmi les phares, au sens baudelairien. Le génie de PICASSO n'est pas à son meilleur lorsqu'il joue, en moderniste, avec VELASQUEZ et de son côté, VELASQUEZ, exposé à ces jeux modernistes, n'est pas dans sa bonne lumière. Le public, justement attiré par ces grands noms, risque fort d'avoir été embrouillé et non éclairé."
Et plus loin, sans doute sans que notre Président se fut rendu compte de ce qu'il disait en rapprochant le succès du LOUVRE de son propos sur PICASSO, au moment où il rédigeait, il conclut le deuxième paragraphe de son éditorial par ces mots :
"La publicité à l'américaine ? Pourquoi l'amour et le culte des vraies et durables beautés se priveraient-ils, pour se défendre, de méthodes qui ont trop longtemps servi à imposer contre nature, la surévaluation du rien, du non-art, de la laideur, du jetable ?"
Bien entendu, c'est moi qui fait le rapprochement. Mais comment croire que monsieur FUMAROLI ne l'ait pas fait, quand il semble reprocher en sous-main à PICASSO d'avoir prostitué son immense génie en "peignant contre nature, en surévaluant le rien, le non-art, le jetable ?" Pour un Arlequin, un Enfant à la colombe, un Guernica (toile sublime par sa violence, et l'horreur des crimes et du sang innocent qu'elle suscite dans l'esprit de l'amateur d'art), combien d'horreur, d'obscénités inutiles, de tableaux vides de tout talent et de toute signification ?
Rendons hommage à monsieur FUMAROLI, membre de l'Académie Française, à son goût, à son courage aussi. Il déboulonne les idoles et les replace à une juste hauteur. Je jurerais qu'il met VELASQUEZ un tantinet au-dessus de Pablo. Deo gratias !