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vendredi 20 août 2010

Il y a plus d'un siècle, une iranienne courageuse

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Il s'en est fallu de peu pour que l'Iran ne renie l'islam pour une religion nouvelle, le bâbysme. L'histoire de ce mouvement, persécuté et finalement anéanti par le régime des mollahs (qui faisaient déjà la loi), est remarquablement racontée par Arthur de GOBINEAU, dans son essai sur Les religions et les philosophies dans l'Asie centrale. La chose vaut la peine d'être résumée, car elle préfigure la résistance que certaines femmes iraniennes opposent au tyrannique régime qui terrorise de si nombreux iraniens.
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Donc, vers 1843, il y avait à CHIRAZ une jeune homme de 19 ans environ, MIRZA-ALY-MOHAMMED, qui deviendra plus tard le Bâb. Très doué, très pieux, "il se [jette] avec passion dans la poursuite et l'examen des nouveautés. Tout porte à croire que son esprit était dès le début ouvert et hardi. Il lut certainement les évangiles dans les traductions des missionnaires protestants, il conféra souvent avec les juifs de CHIRAZ, rechercha la connaissance des doctrines guèbres, et s'occupa avec une prédilection marquée de ces livres singuliers, un peu suspects, fort honorés, redoutés même, qui traitent des sciences occultes et de la théorie philosophique des nombres" dit GOBINEAU de celui qui va fonder une nouvelle religion. Son succès est foudroyant. Il entraîne dans son sillage, au Sud, au Nord, à l'Ouest de la Perse, d'innombrables fidèles, des mollahs notamment. Il combat singulièrement l'Islam, et dans nombre de villes, des religieux chiites se convertissent au Bâbysme car MIRZA-ALY-MOHAMMED affirme qu'il est le Bâb, la Porte "par laquelle seule on pouvait parvenir à la connaissance de Dieu". Les mollahs, on le conçoit aisément, ne furent point trop heureux du succès que rencontrait le jeune homme.
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Parmi ses fidèles, il y eut une femme ardente, ZERRYN-TADJ ("la Couronne d'Or"), surnommée GOURRET-OUL-AIN ("la Consolation des Yeux"). D'une intelligence hors pair, d'un courage qui force encore aujourd'hui notre admiration, la jeune femme embrasse la cause du Bâb. Bâbystes comme Musulmans s'accordaient sur la beauté de cette prophétesse. Elle professa en public la foi du Bâb, avec qui elle était entré en correspondance. "Elle s'éleva en public contre la polygamie, contre le port du voile, et se montra à visage découvert sur les places publiques, au grand scandale des siens et de tous les musulmans sincères, mais aux applaudissements des personnes déjà nombreuses qui partageaient son enthousiasme et dont ses prédications publiques augmentèrent beaucoup le cercle" ajoute GOBINEAU.
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Le papa de la jeune femme, HADJY MOULLA SALEH, était un jurisconsulte musulman réputé. Il appartenait à une famille sacerdotale. On imagine sa stupéfaction. Sans compter celle du mari de notre jeune femme, lui aussi homme très instruit. Rien n'y fit. La Consolation des yeux poursuivit son apostolat. Le Bâbysme finit par être écrasé dans le sang.
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Si je vous raconte l'histoire de cette femme dont personne ne mettait en cause la vertu du temps de GOBINEAU, musulmans inclus, c'est pour vous indiquer que la femme iranienne est fière, libre, et courageuse, et que la Consolation des Yeux a engendré par son seul exemple des milliers de soeurs qui agissent dans l'ombre ou à visage découvert pour libérer les iraniens, les femmes en particulier - on l'a vu récemment avec la condamnation à mort par lapidation d'une femme réputée adultère - et que le flambeau depuis ne s'est jamais éteint. Allez, faites connaître cette histoire pour redonner du courage à nos amis iraniens qui ploient la nuque sous un régime obscurantiste, tyrannique et sanglant. L'Iran est un très grand pays, un pays aimable, un pays frère.
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jeudi 15 juillet 2010

L'Iran, Gobineau et le Ketmân

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Peut-être vous souvient-il que, dans un récent billet, j'avais fait allusion à des remarques que le Comte de GOBINEAU avait faites sur le caractère dissimulateur des Persans ? J'avais à tort attribué ces remarques à son ouvrage remarquable Trois ans en Asie. C'est dans un autre livre du diplomate qu'on les trouve, et qui lui a pour titre Les religions et les philosophies dans l'Asie centrale. Bien entendu, nos énarques, élites, ambassadeurs, experts de toutes sortes dédaignent les leçons du passé en général, et de GOBINEAU en particulier, car ils parent ce dernier de toutes les tares d'un racisme insupportable pour avoir commis son (très mauvais) Essai sur l'inégalité des races. [Sur ce point, GOBINEAU n'a rien à envier à Jules FERRY, dont dans un autre billet, j'ai cité en détail un discours abject sur l'impérieuse nécessité faite aux "races supérieures" d'apporter la civilisation aux "races inférieures".]
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Il est impossible de rien comprendre à cette Asie mystérieuse si l'on ne cueille pas les fruits de l'expérience d'un homme comme GOBINEAU, qui pratiquait fort bien la langue persane. Je vais donc vous rapporter ses propos. Vous comprendrez comment et pourquoi monsieur AMADHINEDJAB roule les occidentaux dans la farine, et pourquoi la reprise des négociations de l'Union Européenne avec l'Iran, inspirée par l'inénarrable madame ASHTON, (madame who ?), censée représenter la position diplomatique unanime de susdite Union, n'est qu'une erreur de perspective et une idiotie de plus.
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"[...] Il est des cas - dit GOBINEAU - où le silence ne suffit plus, où il peut passer pour un aveu. alors on ne doit pas hésiter. Non seulement il faut alors renoncer à sa véritable opinion, mais il est commandé d'accumuler toutes les ruses pour que l'adversaire prenne le change. On prononcera toutes les professions de foi qui peuvent lui plaire, on exécutera tous les rites que l'on reconnaît pour les plus vains, on faussera ses propres livres, on épuisera tous les moyens de tromper. Ainsi seront acquis la satisfaction et le mérite multiples de s'être mis à couvert ainsi que les siens, de n'avoir pas exposé une foi vénérable au contact horrible de l'infidèle, et enfin, d'avoir, en abusant ce dernier et en le confirmant dans son erreur, imposé sur lui la honte et la misère spirituelle qu'il mérite."
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"C'est là ce que la philosophie asiatique de tous les âges et de toutes les sectes connaît et pratique, et que l'on appelle le Ketmân. [...] Le Ketmân enorgueillit celui qui le met en pratique. Un croyant se hausse, par ce fait, en état permanent de supériorité sur celui qu'il trompe, et fût ce dernier un ministre ou un roi puissant, n'importe. Pour l'homme qui emploie le Kêtman à son égard, il est, avant tout, un misérable aveugle auquel on ferme la droite voie, qui ne la soupçonne pas..."
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GOBINEAU parle ici de la pratique courante des Persans. Il me semble que nous aurions grand profit à méditer ce passage, et à être des plus prudents dans les négociations qui s'annoncent avec l'Iran.
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lundi 5 juillet 2010

Quand Lamartine parle des Persans

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On l'ignore, et pourtant... LAMARTINE a écrit une volumineuse Histoire de la Turquie, en huit volumes, publiés à Pars en 1836, Aux bureaux du Constitutionnel. J'ai le bonheur de posséder cet ouvrage, complet, dans l'édition originale. Le poète manifeste là une grande hostilité vis-à-vis de la Russie qui pousse alors en direction des mers chaudes, du mépris pour les Byzantins et les Grecs, et une partialité un peu trop bienveillante pour les Turcs dont il se complaît, pourtant, à décrire les atrocités. Quand les Turcs envahissent la Perse pour y installer la dynastie des Seljoukides après en avoir chassé les souverains légitimes, LAMARTINE, au Livre quatorzième, décrit le peuple persan avec une admirable pénétration. On verra que cet esprit lucide a cerné bien des traits du peuple iranien, lesquels expliquent en partie l'attitude des dirigeants actuels, et la patience avec laquelle le peuple subit leur tyrannie.
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"Les Perses dans leur nom antique, les Persans dans leur nom moderne, sont un peuple primitif, né de lui-même dans le berceau ténébreux des âges anté-historiques. Ils n'apparaissent pour la première fois dans la fable ou dans l'histoire qu'avec ce caractère de haute civilisation, de maturité et presque de décadence politique, morale et littéraire, qui indique l'extrême vétusté des nations. On pourrait les appeler les Grecs et les Italiens de l'Orient et ils ne datent de personne. La nature autant que la civilisation les doués d'une incontestable supériorité d'intelligence et de sociabilité sur es races qui leur disputent la haute et la basse Asie ; aussi héroïques que les Tartares, aussi philosophes que les Indous (sic), aussi religieux que les Arabes, aussi industrieux que les Chinois, aussi conquérants que les Turcs, ils ont de plus que chacune de ces nations auxquelles ils confinent cette promptitude d'intelligence, cette souplesse d'esprit, cette élégance de moeurs, cette grâce héroïque de chevalerie, cette activité de moeurs, de travail, d'industrie, de politique, d'arts, de lettres, de poésie, de philosophie, de religion, qui font de la Perse un des foyers les plus éclatants de l'esprit humain. On peut aussi dire qu'ils ont les vices de leur supériorité, le dédain des races moins douées qu'eux par la nature, l'instabilité de leurs institutions, la facilité de changement, la promptitude à la révolte, le jeu avec les serments, la diplomatie poussée jusqu'à la ruse, l'hypocrisie qui leur fait prendre ou quitter tous les rôles, selon leurs intérêts plus que selon leur conviction ; la souplesse dans la tyrannie, l'insolence dans la liberté, le courage par élan, le découragement par lassitude, l'adulation, cet abus de la politesse, la foi peu sûre, cette défaillance de caractère le plus essentiel à l'honnête homme, la vérité ; en un mot, tout à la fois dans les moeurs d'un peuple, la noblesse de la nature et la décadence de la corruption.
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Les nations en leur concert, pourront toujours essayer de dialoguer avec le régime des ayatollahs et de monsieur AHMADINEDJAB ; elles seront toujours flouées ; elles se sont pas de taille à lutter avec ces esprits subtils et sans scrupules. Mais on n'humilie pas un grand peuple à coups d'oukases et de menaces et, loin d'affaiblir le régime, chaque intervention internationale brutale ancre davantage le peuple iranien dans un nationalisme exacerbé par la crise économique et la pauvreté qui découlent de la politique économique du régime. Les Chinois sont partout en IRAN, ils achètent tout, et les Iraniens sont dépossédés des richesses nationales au profit de l'Empire du Milieu. (Ils en sont fort mécontents, comme me le disaient plusieurs étudiants iraniens amis que je rencontre dans divers cours et conférences. La prudence m'invite à ne pas dire lesquels ni où.) L'élection présidentiel a été truquée. Quelques jours avant le scrutin, un grand ponte du régime annonçait le pourcentage avec lequel le favori du clergé serait élu. Des urnes ont été bourrées.
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Des opposants sont pendus, des femmes lapidées ; les châtiments corporels sont fréquents et inhumains ; les homosexuels sont pourchassés et eux-aussi pendus. Mais le peuple iranien est en train de devenir athée et révolté ; c'est du peuple iranien si bien doué par la nature - comme le dit LAMARTINE - que viendra le salut, et non des comités HIPPOLYTE et THEODULE des Nations Unis, dont l'inefficacité est directement proportionnelle au volume des émoluments versés à leur membre par une Institution très bonne mère pour ses enfants, un peu marâtre pour les peuples qui souffrent.
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J'aime l'IRAN, son peuple, ses arts, sa littérature. Et je souhaite à ce grand peuple paix et prospérité.