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lundi 5 juillet 2010

Quand Lamartine parle des Persans

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On l'ignore, et pourtant... LAMARTINE a écrit une volumineuse Histoire de la Turquie, en huit volumes, publiés à Pars en 1836, Aux bureaux du Constitutionnel. J'ai le bonheur de posséder cet ouvrage, complet, dans l'édition originale. Le poète manifeste là une grande hostilité vis-à-vis de la Russie qui pousse alors en direction des mers chaudes, du mépris pour les Byzantins et les Grecs, et une partialité un peu trop bienveillante pour les Turcs dont il se complaît, pourtant, à décrire les atrocités. Quand les Turcs envahissent la Perse pour y installer la dynastie des Seljoukides après en avoir chassé les souverains légitimes, LAMARTINE, au Livre quatorzième, décrit le peuple persan avec une admirable pénétration. On verra que cet esprit lucide a cerné bien des traits du peuple iranien, lesquels expliquent en partie l'attitude des dirigeants actuels, et la patience avec laquelle le peuple subit leur tyrannie.
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"Les Perses dans leur nom antique, les Persans dans leur nom moderne, sont un peuple primitif, né de lui-même dans le berceau ténébreux des âges anté-historiques. Ils n'apparaissent pour la première fois dans la fable ou dans l'histoire qu'avec ce caractère de haute civilisation, de maturité et presque de décadence politique, morale et littéraire, qui indique l'extrême vétusté des nations. On pourrait les appeler les Grecs et les Italiens de l'Orient et ils ne datent de personne. La nature autant que la civilisation les doués d'une incontestable supériorité d'intelligence et de sociabilité sur es races qui leur disputent la haute et la basse Asie ; aussi héroïques que les Tartares, aussi philosophes que les Indous (sic), aussi religieux que les Arabes, aussi industrieux que les Chinois, aussi conquérants que les Turcs, ils ont de plus que chacune de ces nations auxquelles ils confinent cette promptitude d'intelligence, cette souplesse d'esprit, cette élégance de moeurs, cette grâce héroïque de chevalerie, cette activité de moeurs, de travail, d'industrie, de politique, d'arts, de lettres, de poésie, de philosophie, de religion, qui font de la Perse un des foyers les plus éclatants de l'esprit humain. On peut aussi dire qu'ils ont les vices de leur supériorité, le dédain des races moins douées qu'eux par la nature, l'instabilité de leurs institutions, la facilité de changement, la promptitude à la révolte, le jeu avec les serments, la diplomatie poussée jusqu'à la ruse, l'hypocrisie qui leur fait prendre ou quitter tous les rôles, selon leurs intérêts plus que selon leur conviction ; la souplesse dans la tyrannie, l'insolence dans la liberté, le courage par élan, le découragement par lassitude, l'adulation, cet abus de la politesse, la foi peu sûre, cette défaillance de caractère le plus essentiel à l'honnête homme, la vérité ; en un mot, tout à la fois dans les moeurs d'un peuple, la noblesse de la nature et la décadence de la corruption.
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Les nations en leur concert, pourront toujours essayer de dialoguer avec le régime des ayatollahs et de monsieur AHMADINEDJAB ; elles seront toujours flouées ; elles se sont pas de taille à lutter avec ces esprits subtils et sans scrupules. Mais on n'humilie pas un grand peuple à coups d'oukases et de menaces et, loin d'affaiblir le régime, chaque intervention internationale brutale ancre davantage le peuple iranien dans un nationalisme exacerbé par la crise économique et la pauvreté qui découlent de la politique économique du régime. Les Chinois sont partout en IRAN, ils achètent tout, et les Iraniens sont dépossédés des richesses nationales au profit de l'Empire du Milieu. (Ils en sont fort mécontents, comme me le disaient plusieurs étudiants iraniens amis que je rencontre dans divers cours et conférences. La prudence m'invite à ne pas dire lesquels ni où.) L'élection présidentiel a été truquée. Quelques jours avant le scrutin, un grand ponte du régime annonçait le pourcentage avec lequel le favori du clergé serait élu. Des urnes ont été bourrées.
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Des opposants sont pendus, des femmes lapidées ; les châtiments corporels sont fréquents et inhumains ; les homosexuels sont pourchassés et eux-aussi pendus. Mais le peuple iranien est en train de devenir athée et révolté ; c'est du peuple iranien si bien doué par la nature - comme le dit LAMARTINE - que viendra le salut, et non des comités HIPPOLYTE et THEODULE des Nations Unis, dont l'inefficacité est directement proportionnelle au volume des émoluments versés à leur membre par une Institution très bonne mère pour ses enfants, un peu marâtre pour les peuples qui souffrent.
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J'aime l'IRAN, son peuple, ses arts, sa littérature. Et je souhaite à ce grand peuple paix et prospérité.