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mercredi 19 août 2009

Que faut-il faire ?

Dans un échange que nous avons eu à propos de mon billet intitulé "Les regrets de Richelieu", Olibrius met en cause, sinon la bonne foi, du moins l'utilité de l'action caritative conduite par diverses organisations non gouvernementales ou diverses communautés religieuses. Ses remarques, marquées d'une ironie pointue, soulèvent des questions tellement importantes que je reviens "publiquement" sur le sujet.
Je vais le faire par un détour, celui du bon Samaritain (Luc 10, 29-36). Donc, un prêtre, puis un lévite passent devant l'homme que des brigands ont roué de coups, et laissé pour mort sur le bord du chemin, baignant dans son sang. Non seulement ils ne s'arrêtent pas, mais ils se détournent du malheureux qui gémit. Oh, ce n'est ni par indifférence, ni par égoïsme qu'ils ont ce comportement ! Non. Ils ne veulent tout simplement pas contracter d'impureté rituelle au contact du sang. Comme ils descendent de Jérusalem vers Jéricho, ces ministres du culte ne peuvent invoquer le service qu'ils doivent accomplir dans le Temple, en des époques rigoureusement déterminées. Ils sont obsédés par le respect de la Loi dans ses aspects les plus casuistiques (voir le billet "Il y a loi et loi"). Passe un Samaritain. Il fait partie de ces schismatiques, et mêmes hérétiques, que les juifs méprisent et détestent, de ces hommes qui adorent sur le mont GARIZIM et ont blasphémé le Béni en introduisant dans le Lieu déclaré saint, quelques idoles locales. Lui ne s'embarrasse pas de questions rituelles. Il soigne le malheureux, le panse, le transporte dans une auberge, paye des arrhes au tenancier et lui promet de régler le solde des dépenses au retour de son voyage. Mais la pointe de la parabole est dans la question que pose Jésus à son interlocuteur, un légiste, qui voulait lui clouer le bec : "Lequel de ces trois à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? ".
En général, on se méprend sur le sens de la question. On y comprend que le blessé est le prochain, négligé ou reconnu par les passants. Il n'en est rien. Le prochain, pour Jésus, est celui qui s'est rendu proche du pauvre homme.
Alors je vais droit à la conclusion ! Ce sont les hommes et les femmes qui se rendent proches des malheureux, des pauvres, des affamés qui sont leurs prochains, et non le contraire. En allant au Togo pour y créer un Centre Médical (à SOKODE), des membres de la Communauté du Puits de Jacob (voir le site web) sont devenus les prochains de la maman dont l'enfant est en train de dépérir de malnutrition, de cet aveugle que l'onchocercose a jeté dans la nuit, de cet homme qui s'est fracturé le bras en tombant d'un échafaudage, (ou de ce qui en tient lieu), de ces grelottants de fièvre que ronge le paludisme. Tout le reste, les questions politiques, idéologiques, géostratégiques, n'est que littérature. C'est très exactement ainsi qu'il faut faire. Et c'est ainsi que Jésus à répondu à la question du légiste : "Maître, que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ?"