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jeudi 8 mai 2014

Déjà Juvénal...

Pas de billet classique aujourd'hui, mais cette traduction en vers d'un passage de la troisième satire de JUVENAL :

L’engeance que nos grands aiment par-dessus tout, 
Je le déclare, moi, je l’évite partout, 
Je l’évite! Romains, je ne puis voir sans haine 
Rome pleine de Grecs... Cette lie achéenne 
Dans ces flots d’étrangers est pourtant comme rien. 
Depuis longtemps déjà l’Oronte syrien 
Coule au Tibre, et transmet à Rome ses coutumes, 
Sa langue, ses chanteurs aux bizarres costumes, 
Sa lyre à corde oblique, et ses rauques tambours, 
Et la prostituée en vente aux carrefours. 
Accourez vers le cirque, ô vous qu’enflamme et tente 
Une louve barbare et sa mitre éclatante!

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Chacun de mes lecteurs reste libre d'interpréter ce passage comme il l'entend. Simplement dans ce passage, traduit et versifié par Jules LACROIX, Firmin Didot, Paris, 1846, il apparaît que JUVENAL entend bien défendre ROME contre la dénaturation de son histoire et de son génie par un afflux trop important d'éléments extérieurs. Il vise ici les Grecs surtout, mais il parle bien de flots d'étrangers... Il y a matière à réflexion, non ?



mardi 22 mars 2011

Réponse à une objection

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Je discutais hier avec un ami qui me disait désapprouver une partie du billet que j'ai consacré à monsieur PORTELLI et à son intervention (sur le Blog du Nouvel Observateur, semble-t-il) , mais approuvait celle que je consacrais aux réflexions de ce magistrat sur l'ignorance, la bêtise et l'intolérance qu'il prête à ceux qui votent pour le FN, parti qu'il exècre. Je vais donc répondre à cet ami.
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Je vais reprendre une à une les valeurs que monsieur PORTELLI appelle "les nôtres". Il utilise un possessif. Il faut donc bien que ce possessif désigne un groupe de possesseurs, ou un possesseur. Il me paraît légitime de se demander qui est ce groupe : l'humanité entière ? le France ? le PS ? des sociétés de pensée occultes quoique puissantes ? Il est malhonnête intellectuellement de laisser planer un doute sur la nature de ce, de ceux, de celle(s), qui revendiquent ces valeurs. Et c'est une critique de fond. Car ceux qui ne les posséderaient pas seraient soit hors de l'humain, soit hors de la France, soit - et c'est déjà plus évident - hors du PS et encore plus hors de ces sociétés de pensée. Cette façon de dire "nos" est un mode d'expulsion d'une partie de la communauté "nationale". Identiquement, rejeter tous les étrangers est aussi un mode d'expulsion, inadmissible encore que placé sur un autre niveau d'argumentation, puisqu'il s'agit d'expulser hors du territoire national.
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Reprenons les valeurs avancées comme "nôtres" par monsieur PORTELLI :

Nécessité de l'accueil de l'étranger. Deux mots méritent d'être explicités. Nécessité, accueil. En quoi est-il nécessaire d'accueillir les étrangers ? Quelle est cette étrange nécessité politique (je dis bien politique, et non point morale ou théologique, où la nécessité est évidemment d'un autre ordre) puisque c'est sur ce terrain que se place monsieur PORTELLI. Il se peut que ce soit vrai, il se peut aussi que ce soit faux. En tout cas cela mérite une explication et non un assènement. Dans la nécessité, j'ai tendance à voir, moi, une nécessité économique, de celle qui permet à nombre de concitoyens de ne pas avoir à évacuer les ordures, de ne pas devoir suer sang et eau dans les cuisines des restaurants, ou être exploités sans vergogne par des marchands de sommeil ou par des marchands de confection qui parquent leurs ouvrier comme du bétail dans les sous-sol de quartiers de Paris connus de tous.

Ensuite le mot accueil. Il me semble qu'on ne peut pas accueillir chez soi quelqu'un qui impose sa présence. Voilà la grande duperie, la grande escroquerie intellectuelle. Quand ce digne magistrat utilise ce terme, il ne comprend pas que nombre de ses concitoyens ne sont pas en mesure d'accueillir, car ils n'ont rien demandé, et qu'ils ne peuvent que subir une présence.

Cette première valeur est une accumulation creuse, purement idéologique, sans aucune prise sur le réel que monsieur PORTELLI, peut-être ne supporterait pas s'il y était confronté.
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Devoir de solidarité dit monsieur PORTELLI. On sait ce que signifie dans la bouche des idéologues le mots de solidarité : impôts, prestations sociales distribuées larga manu par une administration inhumaine, créée pour la circonstance et grande pourvoyeuse de fonctionnaires. La solidarité, c'est la générosité manifestée avec l'argent des autres. Elle est fondée sur l'idée absurde que les citoyens ont une attitude morale, quand l'état assume avec l'argent d'une partie d'entre eux des fonctions que la charité active, mais onéreuse pour la vie personnelle, pourrait peut-être remplir. En somme, cette solidarité revient à exonérer de toute obligation morale les personnes. Or sans la conscience personnelle et intime qu'il y a des situations faites aux hommes qui sont inhumaines, il ne se fera rien de durable dans le développement des peuples.
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L'amour de la différence. Quelle étrange contradiction entre la revendication de l'identité humaine et l'amour de la différence ! Comment ne pas être d'accord avec l'affirmation qu'il n'y a pas de relation possible sans altérité, et donc sans différence ? Mais là encore monsieur PORTELLI veut concilier l'inconciliable. L'amour de la différence, le respect de l'autre, la rencontre de l'altérité suppose la réciprocité. Et quand l'autre impose par la violence ou par la ruse, ses comportements, ses "valeurs", ses critiques, dans l'irrespect plus total de celui qui les accueille, comment ne pas imaginer que supporter la différence à sens unique est en fait insupportable ? C'est cela que le peuple, méprisé par monsieur PORTELLI, ressent. Le peuple jugé par lui bête, ignorant, intolérant, il a été éduqué, enseigné, formé, formaté par des générations d'enseignants de l'École Publique. Celle-ci n'a cessé de revendiquer "ses" valeurs. Il faut croire qu'elles ont du mal à passer dans les jeunes gens dont elle a eu la responsabilité.
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Je reviendrai dans un autre billet sur les autres valeurs revendiquées comme "nos" valeurs par monsieur PORTELLI. Je vous les énonce : la volonté de partage (là je suis déjà en un meilleur accord), la passion de comprendre (là aussi je suis d'accord ; mais il faut comprendre tout le monde), l'absolu de la tolérance (ça me rappelle le "pas de liberté pour les ennemis de la Liberté" des Révolutionnaires de 1791 ou le "il est interdit d'interdire" des manifestants de mai 1968), la sauvegarde scrupuleuse des libertés (dont la première, me semble-t-il est de pouvoir se déplacer en sécurité, sans crainte pour sa vie ou ses biens, dans le métro, le train ou la rue), le respect scrupuleux des droits fondamentaux pour tous (dont celui d'avoir une patrie me semble être un élément tout à fait déterminant).
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Pour dire le vrai, monsieur PORTELLI a sécularisé platement les exigences de Jésus. Il leur a ôté toute valeur de vie, pour les réduire à des slogans creux, vagues, déconnectés de toute réalité concrète. C'est le regard, le nôtre comme le sien, qu'il faut changer. Quand les politiques et les responsables de tous ordres injurient ceux qui ne pensent pas comme eux, ils ne donnent pas le bon exemple et il y a peu de chances que l'on voit l'état de notre pays comme celui du monde se modifier en profondeur.
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C'est tout pour aujourd'hui.

vendredi 5 février 2010

Les Etrangers et les Chinois

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J'avais promis de vous donner l'opinion d'un sage chinois sur la question des Étrangers. On la doit à WANG CHUANSHAN que cite Etienne BALAZS dans son ouvrage intitulé Bureaucratie céleste. Je n'ai pas pu trouver de renseignements sur cet auteur ancien (antérieur toutefois à la dynastie mongole des YUAN, donc avant 1277) et ne puis donc dater ce texte. J'ajoute que la traduction de Barbares pour désigner les nomades qui sévissent au Nord de la Grande Muraille est une traduction qui pourrait paraître dédaigneuse ; non-chinois serait sans doute plus juste. Un examen attentif du texte montre qu'il n'y a pas de dédain dans ce terme, mais la perception de grandes différences. Il désigne simplement des étrangers qui ne vivent pas comme les Chinois. Je m'abstiendrai de commenter trop en détail ce texte qui me semble se suffire à lui-même.
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"Les Barbares et les Chinois sont nés sur un sol différent. Le sol étant différent, le climat est différent, les coutumes sont différentes, et ainsi tout ce qu'ils savent et font est différent.
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La force des Barbares réside dans le caractère rudimentaire de leurs lois et de leurs institutions. Aussi longtemps que leur refuge, leur nourriture et leur habillement reste grossiers et barbares, aussi longtemps qu'ils entretiendront dans leur peuple un caractère violent et sauvage, et qu'ils ne changent pas de coutumes, ils peuvent jouir d'un grand avantage. Et, en même temps, à cause de cela, la Chine peut échapper au mal. [...]. Il est conforme aux ordonnances du Ciel et aux commandements des sentiments humains que chacun ne trouve son bonheur que dans ses propres manières."
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Les Chinois ne nient pas que les 'Barbares' (entendez : 'Étrangers' ou "non-chinois") aient un savoir et un savoir-faire. Ils notent simplement qu'ils sont différents. Et, dans la partie du texte que je n'ai pas citée, ils observent que le mélange brutal des civilisations est gros de dangers, aussi bien pour la Chine que pour les Étrangers. La conclusion est d'une grande sagesse : chacun ne trouve son bonheur que dans ses propres manières, et celles-ci dépendent du sol et du climat. Nous avons là matière à réflexion, d'autant que les Chinois ont pratiqué avec les peuples étrangers des échanges matrimoniaux et commerciaux qui assuraient la paix entre l'Empire du Milieu, perçu comme référence, et la périphérie. Pour les Chinois, il fallait "laisser chacun prospérer dans son environnement naturel".