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lundi 29 mai 2017

29 mai 2017. Note brève. Une belle rencontre dans le métro !

Quelques jours après l’élection de monsieur MACRON, je me trouvais à monter dans le métro, Porte de Saint-Cloud. Monte en même temps que moi, un homme de belle prestance, un quadragénaire à qui donnait la main un garçonnet blond comme les blés et beau comme un ange. Le papa fait asseoir le petit et reste debout. Puis il s’accroupit à la hauteur de l'enfant et lui parle en une langue que j’ai du mal à identifier mais où il me semble reconnaître des mots espagnols.
Je ne sais comment nous engageons la conversation. Le papa me dit qu’il est argentin, qu’il parle espagnol avec son fils, mais que son accent est mâtiné d’intonations italiennes, car il y a beaucoup d’italiens émigrés en Argentine. (Notre pape François, incidemment, en est un illustre exemple). Comme je m’étonne de le voir parler si bien Français, il me répond que la France intéresse, et que les Argentins ont suivi avec passion les élections présidentielles. Pour lui, la France REPRESENTE quelque chose. Son fils est franco-argentin, et il est parfaitement bilingue.
Ce qui me frappe dans ce dialogue amical, c’est le respect, l’intérêt et l’émerveillement de cet homme pour notre patrie. À plus de 70 ans de distance, il justifie mon billet d’hier : la France est une patrie ; elle a une vocation universelle si elle reste fidèle à elle-même. Cette rencontre restera à jamais gravée dans ma mémoire.

Voilà comment il nous est possible de rester fidèle à nous-même : accueillir et guider les étrangers, quels qu’ils soient, y compris les plus miséreux et – j’insiste – avec discernement. Mais le discernement n’est pas le fort des idéologues, ni de gauche pour qui il faut accueillir tout le monde et ouvrir grandes les vannes, ni ceux de droite qui veulent les boucler toutes.
Décidément BERNANOS à qui nous consacrons le présent cycle est toujours d'actualité !

lundi 3 janvier 2011

Wer reitet so spät...

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Je le croise presque tous les jours. Il est assis au bas des marches de l'escalier qui, à la station Michel-Ange Molitor donne sur le quai du métro de la ligne 10. Il tient son fils, un enfant de sept ou huit ans sur son coeur. Et j'ai la faiblesse d'avouer qu'il brise le mien. Il ne fait que murmurer, tout bas, des mots peu compréhensibles et l'on devine qu'il demande de l'aide. Il vient de Roumanie. Son visage exprime une tristesse infinie. A le voir ainsi presque tous les jours, j'ai fini par nouer des liens subtils, discrets et profonds avec lui. Nous nous saluons. Il m'arrive de donner quelques pièces, de parler, de dire un mot à l'enfant qui me sourit. Ah ! ce visage d'enfant !
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Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que je voyais cet homme, je pensais à ce poème dont je ne connais plus que les premiers vers ; je l'avais appris lorsque je faisais de l'allemand : Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ? C'est le père et son enfant. Il le serre en sûreté contre lui, il lui tient chaud... Wer reitet so spät durch Nacht und Wind. Es ist der Vater mit seinem Kind... Merveilleuse et sublime poésie.
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Etait-il possible que Noël se passât et que l'enfant n'en connaisse que l'odeur du métro et la chaleur rassurante de la poitrine paternelle ?
Non, l'enfant n'a pas connu que cela. Avez-vous vu déjà ce qu'est un sourire d'enfant émerveillé ?
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PS : j'ai écrit ce petit billet à l'intention d'un ami. Il se reconnaîtra et y verra la conjonction de son regard et du mien.

vendredi 19 mars 2010

Chant pour Emilie

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Vendredi dernier, vers 19 heures, je rentre chez moi en Métro. En haut de l'escalier qui descend au quai, je vois, acagnardée contre le mûr, une jeune fille. Elle est littéralement prostrée. Un bonnet de laine marron orangé enfoncé sur la tête, elle ne lève pas les yeux. Entre ses genoux, une sébile, ou plus exactement un gobelet en carton de chez McDo. Elle ne dit rien, ne réclame rien, ne regarde rien.
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Je suis saisi de compassion, après, je dois le dire, un moment d'hésitation : nous sommes tellement sollicités. Je fourrage dans ma poche intérieure, en extirpe mon porte-monnaie, et met quelques pièces dans le gobelet. Tout de même, je m'interroge. Et je l'interroge.
-Comment vous appelez-vous ?
-Emilie.
Et elle lève un peu le visage ; je vois deux yeux verts, envahis de tristesse.
-Que faites-vous là ? Où dormez-vous ce soir ?
-Je ne sais pas. J'ai commencé tard, cet après-midi. Je suis là depuis peu de temps, une heure.
- ???
-Oui, avant ce sont les gitans qui font la manche.
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Je comprends alors que les escaliers, les trottoirs, les porches et tous lieux où l'on peut apitoyer le passant sont colonisés dès le matin par les gitans qui se partagent entre eux les territoires et entendent bien se les garder pour eux. Emilie ne peut donc mendier que quand ils ont fait place nette.
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Emilie a 24 ans. Je ne connais pas les raisons pour lesquelles une jeune fille de son âge se trouve réduite à cette extrémité. J'ai le coeur serré en y pensant. Bien entendu, j'ai rallongé un peu mon obole. Je regrette de ne pas avoir donné plus.
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Si vous passez par la station Sèvres-Babylone, ligne 10, direction Pont de Saint-Cloud, et que vous voyiez une jeune fille aux yeux verts, c'est Emilie. Je vous en supplie, soyez plus généreux que moi. que de telles situations puissent exister me révolte. Mais que faire ?
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Un autre billet tout à l'heure.