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mercredi 9 juillet 2008

L'égalité selon le parti communiste chinois

Notre Président, d'autres présidents, pleins de présidents, vont aller à l'ouverture des Jeux Olympiques de PÉKIN. Il serait bon de leur rafraîchir un peu les méninges pour qu'ils n'oublient pas les chinois dans leur voyage.
En Chine, aujourd'hui, 20 % des plus riches chinois possèdent 55 % des revenus ; 20 % des plus pauvres n'en touchent que 4,7 % ; 6 % des familles riches possèdent 40 % des biens financiers ; 5 % trustent la moitié de l'épargne privée. Cent-quatre-vingt-dix millions de Chinois seulement ont des revenus supérieurs à 2000 dollars annuels. Le restant de la population vit dans la pauvreté ou dans la misère. Une grande partie de ces privilégiés, les plus riches, sont des cadres du Parti.
Le gouvernement chinois déclare que le seuil de pauvreté est atteint avec un revenu annuel de 800 yuans, soit 95 dollars ! et que la pauvreté absolue est atteinte avec un revenu annuel de 70 dollars. Les Nations Unies, plus généreuses, ou plus lucides, évaluent le seuil de pauvreté à un dollar journalier (350 dollars de revenu annuel). Centre trente millions de chinois vivent avec ces 350 dollars annuels. Il y a dix millions de mendiants, onze millions de sous-alimentés, entre 150 et 200 millions de SDF (deux fois la population de la France !), un chômage allant de 12 à 30 % selon les régions, 28 % de la population laissée sur le bas côté de la route de la "croissance", laquelle doit atteindre au moins 7 % annuels si la Chine veut simplement se maintenir à flot, en raison de sa démographie.
Imaginons un paysan qui désire quitter sa région pour aller travailler en usine, dans la zone spéciale de SHENZHEN, très attractive (paraît-il).
Première étape : il doit obtenir un permis pour quitter sa région, une carte d'identité, un certificat de célibat (sic !), un certificat prouvant qu'il n'est pas né hors quota familial (1 enfant par couple). Il part. Il arrive à SHENZHEN.
Deuxième étape : on demande à notre jeune paysan un dépôt de 300 yuans, et un permis de résidence temporaire qui coûte 640 yuans. Avant même de travailler, notre jeune homme a déjà dépensé trois mois de son futur salaire. Il lui faudra de toute façon dépenser encore 600 yuans pour obtenir des certificats l'autorisant à rester dans cette zone. Il les lui faudra porter sur lui en permanence sous peine de prison. Il lui faudra payer pour obtenir un emploi. (Et nous qui nous plaignons de notre pouvoir d'achat !).
On en finirait pas de citer les épouvantables pratiques sociales de la Chine communiste. Et c'est ce régime que les présidents vont honorer de leur présence. Le livre de Thierry WOLTON, duquel j'ai tiré ces données chiffrées (La Grand Bluff chinois. Comment Pékin nous vend sa révolution socialiste. Robert Laffont, Paris, 2007) égrène au long de ses pages admirablement documentées une série de faits qui font froid dans le dos. De quoi avons-nous peur ? Savez-vous que le géant américain de la distribution, Wal Mart importe de Chine 80 % des produits vendus à bas prix dans ses magasins ? A lui seul, il y achète plus de produits que le Canada ou l'Australie. Il suffirait qu'il cesse d'acheter pour le l'économie chinoise traversât une terrible crise. On peut en conclure que les Etats-Unis soutiennent le régime chinois, qui pourtant est leur ennemi le plus juré, et qu'ils contribuent à maintenir un système oppressif épouvantable.
La Chine communiste détient une masse considérable de bons du Trésor américains. Que craint-on ? Ces bons du Trésor ne sont que du papier. Il suffirait à un gouvernement souverain de les déclarer in-remboursables (après tout l'URSS en a bien fait autant avec les emprunts russes) pour ruiner la Chine. Que craint-on ? En vérité ces géants démographiques, financiers et économiques se tiennent par la barbichette. Aucun d'eux n'est dupe. Et le système durera tant que les pauvres, en Chine (et aux USA peut-être, car il y a aussi des pauvres aux USA), courberont la tête devant ces financiers corrompus, ces puissants avides, ces monstres froids.
N'ayons pas peur ! N'ayons pas peur de la vérité ! Soutenons les admirables penseurs chinois dissidents. Leur pays est digne de leur lutte. Et la culture, l'histoire, l'art de l'Empire du milieu méritent qu'on les aime et que l'on se batte pour eux.

dimanche 1 juin 2008

A la Chine, son paquet

Je viens t'achever la lecture du petit livre sur la Chine dont je vous avais parlé hier. CAI CHONGGUO nous y apprend des choses bien intéressantes. Et le récent séisme pourrait bien entraîner des mouvements analogues à ceux que ce dissident chinois nous révèle. Le 11 juin 2005, par exemple, une émeute faisait à DINGZHOU (HEBEI) six morts et plusieurs centaines de blessés. Trois cents hommes armés avaient attaqué des paysans qui manifestaient contre la confiscation de leur terre par la GUOHA, une société de production d'électricité. Entre le 18 et 26 juin 2005, des dizaines de milliers de Chinois venus de toutes les provinces du pays, montent à PEKIN, font le siège du Bureau des Plaintes pour réclamer qu'on leur rende les terres dont on les a spoliés. Toujours le 26 juin 2005, 10.000 personnes défilent dans les rues du district de CIZHOU (ANHUI) et mettent le feu aux voitures de police stationnées au Commissariat : la raison de cette manifestation est simple ; un de ces nouveaux riches qui mettent la Chine en coupe réglée, a renversé un lycéen avec sa belle voiture. Pour le punir d'avoir, lors de cet accident, abîmé le véhicule dont il était si fier, il le bat comme plâtre. L'incident se transforme en émeute quand la Police, corrompue jusqu'à la moelle, prend le parti de l'automobiliste, bien en cour auprès du parti. WEN TIENJUN, un sociologue, estimait en 2005 toujours qu'il y avait en Chine, en moyenne, 60.000 manifestations, protestations, grèves ouvrières, émeutes, d'ampleur variée.
CAI CHONGGUO identifie cinq faiblesses fondamentales dans le système chinois actuel, qui combine, avec un rare cynisme, un système politique tyrannique verrouillée par le parti communiste, et un système économique d'une rare brutalité, inspiré d'un libéralisme mal digéré. Je ne ferai que les citer : (a) le divorce est consommé entre la population et les élites politiques, économiques ET culturelles ; (b) la classe politique entretient des rapports malsains, maffieux et népotiques avec le monde des affaires : ainsi, le Groupe de HUA NENG (une entreprise d'électricité), et le Groupe d'Electricité de la Chine sont dirigés l'un par LI XIAOPENG, le fils de l'ancien premier ministre LI PENG, l'autre par LI XIAOLIN, la fille du même. Ces deux sociétés d'électricité sont les deux plus importantes de Chine ; (c) la pauvreté de la Chine est extrême ; "l'ouverture" a permis l'émergence d'une classe moyenne de 100 millions de Chinois, et aussi d'une classe riche, évaluée à 5 % de la population, mais 900 millions de Chinois vivent au-dessous du seuil de pauvreté défini par les Nations Unies ; (d) le système bancaire est d'une extrême fragilité ; les autorités locales, après la réforme du mode d'imposition, ont dû contracter des dettes énormes auprès des banques d'Etat, elles-mêmes menacées par les faillites d'entreprises et la spéculation immobilière (tiens ! tiens !). La dette publique atteint 150 milliards d'euros, soit 15 % du PIB ; (e) la dépendance de la Chine s'est accrue vis-à-vis de l'extérieur et c'est une conséquence directe de "l'ouverture" telle que l'a pratiquée le Parti Communiste Chinois. Ainsi la situation du peuple chinois, déjà terrifiante sous MAO, mais matériellement mieux assurée qu'aujourd'hui et socialement plus juste et plus équilibrée, s'est considérablement détériorée.
Il faut savoir qu'aujourd'hui, en Chine, tout se paye ; enseignement, soins médicaux, actes juridiques, sous le contrôle absolu du Parti qui distribue les prébendes et les avantages à ses seuls cadres. Dans un de mes billets, j'avais déjà souligné des faiblesses de la Chine, et j'avais dit que je ne pariais pas sur un avenir radieux pour ce pays dont j'aime profondément la culture, l'art, l'histoire, le peuple. La mentalité des Chinois ne me semble pas avoir beaucoup changé dans le peuple lui-même, et il est probable que celui-ci doit voir dans les terribles catastrophes naturelles dont il est la victime le signe que le Mandat du Ciel abandonne le pouvoir. On peut s'attendre de la part de ce dernier à des durcissements, un renforcement du contrôle sur parti sur les actes, pensées et paroles des citoyens, et peut-être à une explosion générale.
Nassim est-il content ?