Comme l'a fort bien souligné Pierre-Henri THOREUX dans son commentaire de mon dernier billet, nombre de chantres de la liberté, dont l'inénarrable ONFRAY, se réclament d'Etienne de la BOETIE pour rejeter toute espèce de hiérarchie et de pouvoir susceptible de limiter le désir des individus. Il me faut donc faire ici quelques remarques pour préciser ma pensée.
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Etienne de La BOETIE parle de servitude "volontaire". Il veut dire par là que des êtres humains acceptent volontairement d'obéir à des maîtres tyranniques, moyennant un minimum de bien-être et de jouissance, quitte à perdre leur âme et leur liberté.
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L'homme étant un animal politique, il est évident qu'il lui faut des chefs pour organiser la vie de la Cité. Tout le problème consiste à savoir ce qui légitime le pouvoir du ou des chefs. Est-ce le suffrage universel ? La chose serait évidente si les candidats qui se présentent à notre choix sont dotés de la vertu des chefs. Du temps des Empereurs de Chine, c'est la vertu du fils du Ciel qui le légitimait. Et s'il venait à manquer de vertu, alors il perdait le Mandat du Ciel, et une autre dynastie venait remplacer celle dont le dernier héritier avait failli. Imaginons que DSK ait pu se présenter à l'élection présidentielle. Tout indique qu'il aurait été élu. Est-ce donc ce genre de chef que nous désirons ? Je ne le pense décidément pas, quand bien même l'homme posséderait une grande habileté qualifiée de "politique", alors qu'elle n'eût été que "politicienne". Que cela plaise ou non, un "chef" doit vivre dans un milieu existentiel moral.
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La notion de Mandat du Ciel conféré à l'Empereur de Chine est tout à fait centrale. On peut juger qu'elle relève d'une pensée antique et quelque peu magique. Je ne crois pas que ce jugement soit fondé. Du reste, dans l'Occident chrétien, nous pouvons méditer la réponse de Jésus à PILATE : "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut". Mais alors que veut dire exercer le pouvoir ? Il n'y a aucun pouvoir légitime qui s'exprime en utilisant la contrainte (les lois ou la force). Un pouvoir légitime est d'abord un pouvoir de service. C'est la leçon que Jésus a donné à ses disciples au soir du Jeudi saint après le Lavement des pieds : "Que le plus grand soit comme celui qui sert". Il n'est d'autorité qu'au service de ceux sur lesquels on l'exerce. Tout le reste, toute la pompe, tout le cérémonial, toute les trompettes de la Garde Républicaine, toutes les sirènes des motards, tous les huissiers à chaîne réunis en Congrès ne pourraient rien changer à cette évidence. Il me semble qu'on est loin du compte.
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Mais le chef qui aime ceux qu'il dirige n'est pas aimé, car l'exemple de sa vertu est insupportable à regarder. Et c'est pourquoi les peuples préfèrent les démagogues qui leur passe la plume devant la bouche.
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A demain.
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