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dimanche 6 novembre 2011

A propos de Gaël Giraud, réponse à Pierre-Henri

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Il me semble que l'on peut résumer l'argumentaire Gaël GIRAUD en quatre points : (a) les dépenses de l'Etat n'ont pas augmenté et l'Etat ne joue pas vraiment son rôle ; (b) la monnaie unique nous prive du moyen d'ajuster notre politique économique aux particularités, en partie idéologiques certes, mais aussi bien réelles de la France ; (c) la concurrence déloyale de pays dits émergents ruinent notre économie ; (d) les financiers, pudiquement appelés "le système financier" sont devenus fous, aveugles et sourds, c'est-à-dire incapables de remplir la mission qui normalement leur est assignée : aider au développement des peuples et des personnes.
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(a) Les dépenses de l'Etat. Que ces dépenses soient souvent injustifiées est l'évidence et je partage sur ce point l'opinion de Pierre-Henri THOREUX. Mais Gaël GIRAUD nous présente des chiffres qui semblent tirés des statistiques officielles et nous n'avons aucune raison de les mettre en doute. Il y a seulement un hic. Ces statistiques sont présentées en valeur relative, c'est-à-dire en pourcentage de la richesse nationale produite qui est réinjectée dans les dépenses de l'Etat. Il aurait fallu nous donner les dépenses en valeurs absolues et à monnaie constante (en tenant compte de l'inflation). C'est là où le raisonnement de Gaël GIRAUD me semble le plus faible. Cette baisse de pourcentage peut tout simplement signifier que nous avons produit plus de richesses que l'Etat n'a produit de dépenses. Cette augmentation de la richesse qui n'est pas utilisées dans le circuit étatique, si elle était prouvée, pourrait être due à une augmentation de la productivité. Toujours si elle était prouvée, il serait intéressant de savoir comment elle a été distribuée. Malheureusement, il semble bien que ce soit surtout aux actionnaires et fort peu aux salariés. Notons qu'il ne s'agit même pas de parler de la spéculation sur les actions, mais tout simplement de faits économiques relatifs à la production. A force de vouloir s'occuper de tout, du diamètre des pommes à l'allure des prises de courant, l'Etat ne joue son rôle souverain, celui de conduire les citoyens à la fin qui leur est due. Je la résume : permettre à chacun de porter ses capacités et ses talents à la puissance maximum, donner à chacun (et à tous) les moyens d'une vie décente pour lui même, ses proches, sa famille, et lui ouvrir suffisamment l'esprit et le coeur pour le rendre sensible à des réalités autres que celles de la Star Ac, de la Bourse ou du foot (encore que ces activités ne soient pas méprisables ; on peut les qualifier de ludiques, peut-on les dire vraiment humanisantes ?)

(b) Il est tout à fait anormal que les responsables politiques soient privées des moyens de leur politique dans l'actuel système européen. Ou bien nous allons vers un système fédéral, le budget est vraiment européen, le gouvernement est démocratiquement constitué, et nous abandonnons le concept révolutionnaire d'Etat-nation, ou bien nous restons immobiles, au milieu du gué partagé entre le souvenir des splendeurs passées de la patrie et la contrainte imposée par des Traités internationaux que le peuple français ou ses représentants légitimes ont ratifiés. Imposer à la Grèce et de l'extérieur une cure d'austérité sans exemple dans le passé est sans doute insupportable au peuple grec ; laisser à ses dirigeants incompétents l'initiative de revenir à la drachme et de dévaluer de 55 % cette monnaie (niveau de dévalution nécessaire pour tenter de régler la question de la dette) imposerait de très cruels sacrifices au peuple hellène, mais au moins il ne s'en prendrait pas à des boucs émissaires (enfin, partiellement boucs émissaires). Exit l'euro hors du Péloponèse. Il y a un hic là encore, c'est que de nombreux épargnants grecs seraient ruinés, ainsi du reste que les banques créancières (qui, je le rappelle ne travaillent qu'avec l'argent que nous leur confions). Par conséquent, et enfin, ou bien nous récupérons notre entière liberté de manoeuvre nationale, mais nous devons supporter les conséquences désastreuses de la politique politicienne conduite depuis trente ans chez nous et dont tout indique qu'elle va se poursuivre, avec ou sans Europe, ou bien nous allons vers un système politique européen de nature fédérale. Pour ce qui est de l'inflation, je répondrais encore ceci. Dans le cadre d'une monnaie commune et de protections douanières légitimes, il y aurait certes quelques pertes pour les épargnants, mais il y aurait augmentation des traitements des salariés, et sans doute une amélioration de la situation économique.

(c) Quand on lu les livres de WOLTON, ou de CAI CHONGGUO ou de Bruno ASTARIAN (j'en ai parlés ici-mêmes dans divers billets) relatifs à la manière dont l'actuel régime communiste chinois dirige les affaires économique, on se persuade que l'on se rend complice de l'exploitation des pauvres (qui travaillent 12 et 14 heures par jour dans des usines insalubres de CANTON ou SHANGHAI, logent sur place dans des taudis, n'ont aucune couverture sociale, doivent avoir un passeport intérieur (le hukou), sont payés avec un lance-pierre) si l'on accepte d'acheter à des prix dérisoires des biens produits dans de telles conditions. Ah oui ! C'est bon pour le pouvoir d'achat ! C'est bon pour notre nombril ! Mais c'est inique et les grands esprits de gôôôôche (je suis obligé à ce point de reprendre l'ironique vocable) ne me semblent pas pressés de dénoncer le scandale. Ne parlons des petites filles qui travaillent à s'en crever les yeux dans les sous-sols des gourbis pakistanais ou dans des usines des Indes pour le compte de grandes marques sportives. Alors on peut en effet acheter peu cher un ballon de foot-ball ou des chaussures de sport. Une seule solution pour mettre fin à ce qui reste une honte (pour la Chine, je dirai que les Chinois ont repris les habitudes des investisseurs européens, anglais spécialement, des années 30 ; des femmes à peine accouchées étaient rivées à leurs machines, surveillant d'un oeil distrait et épuisé leur bébé et la navette qui filait à un train satanique entre les fils des métiers à tisser). C'est bien là où le commerce rejoint le vice, la cupidité et le jeu immonde des flux de fric.

(d) Qu'un MADOFF, que des GOLDMAN-SACHS, des LEHMAN-BROTHERS puissent mettre en péril l'économie mondiale, en fabriquant des "produits structurés", en spéculant, en vendant de l'air (car ces gens ne font rien d'autres que de transférer de l'argent d'un poste à l'autre), en faisant de la carambouille ou de la cavalerie, est inacceptable. Bien sûr, dans une civilisation développée, et très malheureusement ultra-technique, il faut des capitaux pour investir dans la production. Mais il s'agit-là d'un capitalisme à vocation industrielle, et non financière. On parle de système financier. Mais on se fout du monde. A la tête de ces navires en folie, il y a bien des hommes et des femmes qui décident, qui conçoivent, qui dirigent, non ? A-t-on le droit de leur laisser faire n'importe quoi ? Pour moi c'est non. J'aurais l'occasion demain de revenir sur des solutions qui me paraissent plus humaines.
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Je résume : (a) moins de dépenses de l'Etat ou en tout cas des dépenses mieux ciblées, sans aucun doute ; (b) ou bien fédéralisme politique, ou bien retour au concept d'Etat-nation, pas de demi-mesures dont on voit les limites et les nuisances ; (c) vigoureuses mesures de protection douanière contre les concurrences déloyales ; elles flattent et les statistiques de la croissance et les vices de quelques puissants ; (d) non à l'argent comme marchandise : c'est un moyen, et non un objet. Pas d'actions en bourse, seulement des obligations nominatives et incessibles, une définition plus claire des objectifs assignés aux banques (ce ne peut être un beau bilan, de beaux dividendes, de gros bonus, des traitements mirobolants ; non, non et non. Ce doit être le bien de tous).
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Voilà pourquoi je crois que dans les grandes lignes Gaël GIRAUD dit des choses intéressantes.
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A demain.