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lundi 28 mai 2012

Des paroles venues du désert

Ils habitaient dans le désert, ces mystiques juifs qui avaient quitté l'atmosphère délétère de Jérusalem. Entre l'an 150 avant J.-C et le milieu des années 60 après J.-C., ils vécurent dans des sortes de phalanstères et à la suite de l'invasion romaine, ils durent fuir le lieu et cacher en hâte dans des grottes voisines de leur établissement de QUMRAN, ce qu'ils avaient de plus précieux : leurs livres saints. Les Esséniens, puisqu'il s'agit d'eux, ont ainsi laissé des textes de tous les livres canoniques de la Bible hébraïque (à l'exception de l'un d'eux, le livre d'Esther) ainsi que des rouleaux divers de commentaires, de règles de vie, d'apocalypse et d'apocryphes.

Un rouleau, malheureusement en assez mauvais état, porte une vingtaine d'hymnes admirables. J'en ai trouvé un, dans la traduction du Pr André DUPONT-SOMMER (un spécialiste des langues sémitiques anciennes internationalement connu et reconnu) qu'il référencie l'Hymne Z (en fonction de la place qu'ils occupent dans le rouleau, ces hymnes ont reçu comme titre les lettres de l'alphabet). En ces temps plus que troublés où l'on prétend nous faire accroire que l'homme se construit tout seul, il me semble souligner l'attitude que nous devrions tous avoir, y compris et surtout dans le domaine des initiatives politiques :

"Et moi, je sais, grâce à ton intelligence, (dit le rédacteur de l'hymne)
Que ce n'est pas dans la main de la chair qu'est la justice de l'homme
Et que l'homme n'est pas le maître de sa voie
Et que les humains ne peuvent affermir leurs pas.
Et je sais que c'est dans ta main qu'est le penchant de tout esprit,
Et que la voix de chacun, ainsi que sa visite,
Tu les as disposées avant de le créer ;
Et comment personne pourrait-il changer tes paroles?"

Bien sûr, le texte insiste un peu sur la prédestination, ce qui ne peut convenir à un chrétien pour qui l'homme, dans sa liberté, "choisit la vie ou choisit la mort". Mais il a le mérite de rappeler à tous ces hommes qui prétendent être les pasteurs de leur peuple, qu'ils n'exercent le pouvoir que pour autant qu'il leur est donné "d'en-haut". Mais pour ce qui me concerne, c'est très clair. Je suivrai la voix de ma conscience, en n'oubliant pas qu'elle ne peut être celle de la violence, de la haine ou de la raillerie, ma plutôt celle de l'explication, de la patience et de la bienveillance (cf. Épître de Paul aux Galates, 5, v22). Je résisterai de toutes mes forces aux orientations qu'entend donner en matière sociétale le parti actuellement au pouvoir : mariage homosexuel, euthanasie active, application des lois à géométrie variable selon le sujet auquel elle doit s'appliquer, lâchetés de tous ordres en matière d'immigration ou de sécurité ou d'incivilités. Tous les citoyens doivent être traités de la même façon. Le fait qu'un de nos compatriotes soit d'origine africaine ou maghébine ou roumaine ou que sais-je encore, ne lui confère aucun droit particulier, à ceci près que les situations sont à apprécier, il est vrai, à la lumière des histoires personnelles.

lundi 24 août 2009

Qumram et Zaccharie

Dans un article intitulé "Les Manuscrits de la Mer Morte", livre dont je n'ai pu hélas trouver l'exacte référence, Aimé FUCHS fait dans une annexe une curieuse remarque, de nature, une fois de plus, à clouer le bec à tous ceux qui, sans le moindre esprit critique, la moindre approche scientifique, renvoient les Évangiles aux oubliettes des légendes et des mythes. Cette annexe, dont je vais vous donner copie, indique que grâce à un manuscrit retrouvé à QUMRAN, on sait quand les prêtres devaient faire leur service au Temple. [J'ai évoqué avec vous cette obligation dans le commentaire intitulé "Vulnérabilité (bis)"]. On sait, par exemple, quand ZACCHARIE, le père de Jean le Baptiste devait être au Temple, lui qui était de la classe d'ABIA. Et l'on va voir que ni la date de la fête de Jean-Baptiste ni la date de la naissance de Jésus ne résultent des cogitations d'une imagination populaire surchauffée, mais découlent tout simplement des faits.
Voilà donc cette annexe :

"Une opinion répandue veut que la date du 25 décembre pour Noël ait résulté de la supplantation, sous Constantin, de la fête romaine du Sol Invictus au solstice d’hiver fin décembre, par le Christianisme. Une autre théorie y voit la christianisation des Saturnales romaines. Ces théories ont été récemment remises en question par la découverte du calendrier de Qumran.
Voici de quoi il s’agit.
Les prêtres auxquels incombait le service du Temple de Jérusalem étaient répartis en vingt-quatre classes sacerdotales (1 Chr. 24.1-28) et chaque classe assurait son service deux fois par an, pour la durée d’une semaine chaque fois.
Zacharie, le père de Jean-Baptiste, était de la classe d’Abia (Lc 1.5) et, dans le récit de Saint Luc, il est précisé que l’ange lui apparut pendant qu’il était de service. Or, un fragment de Qumran fournit des précisions très intéressantes : dans 4Q 320-330, on trouve le calendrier des services du Temple, qui spécifie, pour chaque semaine de l’année, la classe sacerdotale qui doit assurer le service. C’est ainsi que l’on apprend que la classe d’Abia prenait son service, dans la première année du cycle de six ans : le troisième mois de l’année (Siwan), dans la semaine du 8 au 14 ; le huitième à la fin de septembre et il n’y a donc pas lieu d’être surpris d’apprendre que le calendrier byzantin fête la conception de Jean-Baptiste le 23 septembre ; il serait donc né neuf mois plus tard, ce qui nous amène vers le 24 juin, qui est précisément la Saint Jean. Enfin, il est précisé dans Lc 1.26 que l’Annonciation a eu lieu six mois après la conception de Saint Jean ; en d’autres termes, la conception de Jésus a eu lieu six mois après celle de Saint Jean ; il est donc né six mois
après celui-ci ; or, six mois après le 24 juin nous amène vers le 25 décembre. Cqfd."
J'avoue que la démonstration me remplit de ravissement. En effet, la théorie du Sol Invictus ou des Saturnales, ne s'appuie sur aucun texte mais sur une interprétation assez peu solide du calendrier liturgique. Si la fête de Noël avait des vertus purement substitutives à la fête païenne du solstice d'hiver, elle aurait lieu de 21 décembre. Les découvertes de QUMRAN viennent donc à l'appui des dires de Luc. Il se peut que Luc ait purement inventé les faits, mais alors il a bien calculé son affaire. Il est plus économique intellectuellement d'admettre qu'il rend compte de faits dont il a eu connaissance, directe ou indirecte. Il est notable qu'il commence son Evangile en précisant qu'il a pris de s'informer de tout avec exactitude avant de l'écrire. Je crois bien qu'il n'a pas menti.