Les couloirs et les rames du Métro parisien sont envahis de leur publicité : Acadomia, Complétude, Keepschool, Profadom, Ionis, etc.. Rien que dans les pages jaunes sur Paris, j'ai compté 189 adresses de ces Instituts qui vendent du soutien scolaire à domicile. L'une des plus sérieuses garanties qu'apportent ces maisons ? Elles emploient des enseignants en exercice... Elles sont pignon sur rue. Et leur devanture ne transpire pas vraiment la misère.
Arrêtez-moi si je me trompe. Les mesures prises par monsieur DARCOS n'incluaient-elles pas justement des mesures de soutien individualisés pour des élèves en difficulté ? Pourquoi y a-t-il eu une telle levée de boucliers ?
Fidèle à une méthode que je trouve moralement inattaquable, je vais essayer de trouver à cette résistance plusieurs explications.
L'une d'elle pourrait être due à la croyance, non fondée, qu'il suffirait d'augmenter le nombre d'enseignants pour accroître l'efficacité de l'enseignement. Il n'en hélas rien, car les difficultés scolaires ne tiennent pas exclusivement à l'insuffisance du temps qu'un enseignant peut consacrer à chacun de ses élèves. A cet égard, le cas du primaire est très différent de celui du secondaire. Il se pourrait bien, en effet, que diminuer la taille de l'effectif en primaire puisse améliorer les apprentissages de base ; rien de tel dans le secondaire. En réalité, et on le sait, les difficultés scolaires sont étroitement liées (a) au statut socio-économique des familles, (b) à l'abandon de tout souci éducatif de la part de nombreux parents (qui du reste peuvent appartenir à des couches sociales aisées), (c) aux valeurs véhiculées par la société à travers ses médias, sa publicité, les loisirs qu'elle propose.
Mais tout de même, si ces instituts de soutien scolaire à domicile se multiplient et trouvent une clientèle, il faut bien que nous aboutissions à une triple conclusion : (a) le système scolaire ne permet plus à nos écoliers, collégiens et lycéens d'atteindre le niveau requis pour passer avec succès les examens ; (b) le soutien scolaire à domicile favorise les familles qui peuvent payer, souvent fort cher, une aide aux apprentissages que ne transmet plus l'école (au sens large) ; c'est donc une école à deux vitesses qui est en train de s'installer. Au lieu de critiquer l'enseignement libre (qualificatif plus adapté que privé) sous contrat, qui - je peux en témoigner - se décarcasse dans un prodige de dévouement et d'innovation pour traiter les difficultés scolaires, au lieu de bouleverser par des grèves et d'incessantes récriminations, le fonctionnement de nombreux établissements publics, dirigés souvent par des Directeurs, des Principaux ou des Proviseurs de tout premier plan qui - je peux aussi en témoigner - agissent de leur propre chef pour faire reculer au prix d'efforts inouïs l'ignorance, on ferait mieux de chercher les raisons qui poussent les parents à avoir recours au soutien scolaire à domicile ; on les trouverait sans aucun doute, non pas dans les personnes, mais dans le système éducatif français, pur produit de l'idéologie égalitariste, des utopies de monsieur BOURDIEU, et des rêveries de Jean-Jacques ; (c) si ces instituts de soutien scolaire à domicile ont recours à des enseignants en exercice, il serait intéressant de savoir d'où viennent ces enseignants. J'ai mon idée, et je comprends pourquoi les syndicats d'enseignants ne se sont jamais élevés contre ces coûteuses béquilles éducatives.
Il me paraît, du reste, tout à fait légitime que des professeurs qui enseignent en dehors de leurs heures de service soient rétribués. Ce qui me paraît contradictoire c'est la cohabitation de deux systèmes, une cohabitation qui ne semble gêner personne, mais qui souligne cruellement la faillite de notre éducation nationale.