J'ai passé quelques jours à la campagne chez mon frère. C'est un grand amateur des aventures de San Antonio, et un admirateur du style picaresque et de la débordante imagination de Frédéric DARD. Il a dans sa bibliothèque les oeuvres complètes des aventures du commissaire le plus célèbre de notre littérature, Maigret excepté. Vous dire que je passerai mon temps à lire les dizaines de volumes qui relatent les folles aventures de San An. et de Béru serait faux. Mais il m'arrive de temps à autre de me dilater la rate en en lisant les meilleurs feuilles. Bien m'en a pris pendant mon séjour ; voici ce que l'auteur met dans la bouche de son héros. On passera sur quelques crudités de la langue pour ne s'attacher qu'au fond et aux idées.
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"Je crois que", fait dire à San Antonio Frédéric DARD, "pour changer le monde, faudrait commencer par supprimer les miroirs. A force de ne plus pouvoir narcisser, les gens finiraient par s'oublier un peu, du moins par perdre cette fausse notion d'eux-mêmes qui leur entartre l'esprit. La chiasserie" [oh ! pardon, se permettra de dire ici votre serviteur] "vient de ce qu'ils s'admirent, s'auto-vénèrent. Ils sont leur propre religion, leur vraie politique, leur seul horizon, l'ambition de leur vie. Ils prennent envie d'eux sitôt qu'ils ouvrent les yeux sur leur image. Ah ! oui, brisons les miroirs pour qu'entre nous la glace soit enfin rompue. On écoperait peut-être de sept années de malheur, mais on serait tellement heureux ensuite."
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Au delà de la désespérance et de la mélancolie de ces lignes, qui témoignent bien de la profondeur d'esprit de Frédéric DARD, il y a une vérité. Il ne me paraît pas nécessaire de commenter davantage... Jamais, en effet, on a mieux fustiger ce que j'appelle "l'auto-ombiloscopie", habitude qu'ont nos contemporains de se contempler le nombril.