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vendredi 14 septembre 2018

Vendredi 14 septembre 2018. Dernière Lettre du Pérou (11)




Marie, jeune volontaire partie pour un an au Pérou, au nom de l'association Inigo, fondée par les jésusites, pour s'occuper d'enfants de milieu défavorisé de la ville de TACNA vient de rentrer dans sa patrie. Voici un extrait de sa dernière lettre, celle du mois d'août.

"Últimos momentos en Perú: entre tristeza, tormenta y esperanza.

Couchée sur le hamac, je fais l’équilibriste pour ne faire ni tomber ma tante, ni renverser la tasse de thé brûlante que je tiens dans ma main droite. Enfin hissées sur notre bateau de cordes, nous voilà devenues immobiles, trop heureuses d’avoir pu nous hisser à bord. Seul le vent brise le silence de la campagne et fait bouger les feuilles du noisetier. Je profite du calme, loin de la fièvre parisienne, en ces derniers jours de vacances avant la rentrée universitaire.
Il y a une semaine, j’étais dans l’avion, déchirée et terrifiée d’affronter le retour. 3 avions, 10 000kms, 18h de voyage. Mon coeur et mon estomac tristes et inquiets se soulevaient au rythme des décollages et des atterrissages des avions. Sans verser dans le tragique, mes adieux ont tout de même été très douloureux. Quand je suis partie de la France, j’avais la certitude, qu’un an après j’y retrouverais ma famille, mes amis, ma ville. Mais après une année au Pérou, je dois dire adieu à la maison où j’ai vécu, je dois dire adieu à la vie de colocation avec Nuria et j’ignore encore quand je pourrai revoir toutes les personnes qui me sont devenues chères à Tacna. Cette incertitude, si elle suppose de faire confiance à l’avenir, ne favorise pas non plus immédiatement la tranquillité.

Mes derniers jours de mission ont été marqués par les adieux aux enfants. Ce fut particulièrement émouvant et difficile aux casitas où je ne pouvais pas me dégager des bras des enfants qui m’enlaçaient pour m’empêcher de partir. Pati, ma responsable, a dû alors leur expliquer, à l’aide de deux cerceaux formant la planète, où j’habitais et pourquoi je devais rentrer. Quand on a fermé la porte à l’aide du cadenas et qu’on a couru vers le bus, les chaussures pleines de la poussière du désert, j’avais des petits mots et des lettres dans mon sac. Je ne devais les ouvrir que dans l’avion pour Paris.

Voyant les semaines défilées et comme nous nous sentions de plus en plus impuissantes face au temps, nous avons décidé, Nuria et moi, d’organiser une fête de départ afin de retrouver la joie de la fête et de pouvoir utiliser cette énergie pour trouver le courage d’affronter les despedidas. Nous avons donc mobilisé toute notre énergie, ainsi que celle de nos amis et collègues, pour réaliser une fête à notre image. N’ayant pas beaucoup d’argent, nous avons mis à profit les talents de tous nos amis et avons fabriqué nous-mêmes nos décorations. Nous étions très attachées toutes les deux au fait d’avoir une messe d’envoi. C’était beau de voir mes amis doués en chant et en musique se réunir plusieurs soirs de la semaine pour pouvoir répéter les chants et accorder leur voix. C’était beau de voir Hermilio, mon responsable, le papier crêpe à la main, nous aider à réaliser des fleurs en papier. Les garçons nous aidaient pour arranger tous les meubles et préparer le jardin à accueillir nos invités. Le samedi matin, après quelques heures de travail, tout était prêt. L’organisation de notre compartir nous faisait oublier, pour un moment, les raisons de cet événement. Nous nous sommes retrouvées dans la petite chapelle du Centre où le prêtre jésuite nous attendait. Nous voulions une messe solennelle. […]."

J'ai l'honneur de connaître' Marie. Qu'elle soit ici remerciée pour le témoignage donnée, celui d'une femme qui a fait le pari bénédictin. "Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !"


vendredi 24 août 2018

Vendredi 24 août 2018. Lettre du Pérou (10)


Voici le début de la dernière lettre que Marie — jeune bénévole partie au Pérou dans un Centre consacré à l’éducation des enfants de familles pauvres, et fondé par les jésuites — nous envoie avant son retour en France. Je devine derrière les mots la nostalgie qui entoure ce départ et l’amour que Marie porte à ce pays, à ses enfants et à son peuple. Et je me demande aussi si cette nostalgie subtile ne puisse pas son eau dans une source que j’ignore. Vous admirerez aussi l’humour de Marie. J’ai hâte de la revoir à Paris !

"Tacna, sous le soleil d’hiver, n’a pas changé de visage. Les élections municipales poussent les candidats à faire des travaux, dans le centre de la ville, alors que celui-ci a été refait, il y a un an. Le psychologue perd son travail car il ne soutient pas le candidat de la municipalité et refuse de faire campagne, pendant les heures de travail. Le conducteur de bus, à l’aide d’un chiffon sale, nettoie son bus, plein de poussière, à la fin de la ligne, résigné à l’idée qu’il sera de nouveau sale avec les pas de ses premières passagères. Toujours à la fin de la ligne, dans les bordures de la ville, on peut voir écrit « Le voleur qui sera trouvé, sera brûlé vif. » Bienvenido. Le rottweiler d’un maître peu soucieux du danger que représente son chien sans laisse et sans protection le laisse attaquer les passants et les enfants. La police ne fait rien. On finit par jeter un morceau de viande empoisonnée par-dessus la clôture et démonter le système électrique du maître en question. Œil pour œil, dent pour dent.
Mais on aperçoit aussi les images discrètes de Mère Theresa et Jean-Paul II dans la pharmacie au coin de la rue. Les enfants jouent au football avec une bouteille en plastique et reprennent le chemin de l’école. 2,5 semaines avant mon départ, nous avons obtenu une vraie et belle poubelle pour déposer nos ordures. Je continue à m’imaginer des visages et des histoires derrière les tombes du cimetière à l’ambiance surannée, situé près de ma maison.
Préparant dans notre cœur notre départ prochain, on invite à déjeuner à la maison une de nos caseras (« vendeuses ») du marché. Nous allons le lui rappeler deux heures avant. Nous nous empressons, Nuria et moi, de préparer de délicieuses tortillas qui nous brûlent les doigts car notre poêle (vocabulaire de la cuisine dont je me suis rappelée grâce à ma grand-tante, l’ayant remplacé provisoirement, faute de mémoire, par casserole aplatie) avait perdu son manche. La gazinière, remplie d’huile d’olive, laissait la trace de notre travail. Après deux heures de travail, Nuria, ponctuelle, est allée chercher notre casera. On ne l’a jamais trouvé. Elle était partie déjeuner chez elle. Elle nous a demandé, quelques jours après, s’il y avait des restes.

Le temps est comme l’eau qui coule entre mes mains, impossible de le retenir. A défaut de retenir le temps, je vais retenir les mots de sorte qu’ils ne se déposent pas sur beaucoup de pages sans même que j’y fasse attention. On peut reconnaître quelqu’un à la nature des mots qu’il mange. C’est la manière dont nous fait signe Jean Bobin dans L’épuisement."





vendredi 20 juillet 2018

Vendredi 20 juillet 2018. Lettre du Pérou (8). Théorie du genre et foot !


Marie, jeune volontaire française partie pendant un an pour s’occuper de enfants des quartiers défavorisés de TACNA au Pérou, avec l’organisation INIGO, met à mal la théorie du genre et parle du football péruvien.

"[...].
Ma mission au Centre Cristo Rey continue de bien se passer. Je continue d’animer mon atelier d’art plastique le lundi ce qui est toujours un défi. Les garçons ne veulent jamais se mélanger avec les filles, comme si elles avaient la lèpre. En même temps, c’est l’âge. Ils ont entre 7 et 11 ans et beaucoup d’entre eux m’ont déjà affirmé qu’ils ne sortiraient jamais avec une fille. Donnant généralement le même exercice aux deux groupes, je me suis retrouvée plusieurs fois confrontée à la même difficulté : les filles nécessitaient toute l’heure pour dessiner et peindre car elles travaillaient avec soin et prenaient leur temps tandis que les garçons finissaient toujours 30min avant et finissaient par courir dans toute la cantine en criant et riant. Attention, je n’ai pas dit que les filles sont naturellement calmes et soignées et les garçons bruyants, impatients et peu consciencieux. Néanmoins, on sait bien que les petites filles sont éduquées (et encore plus ici) pour se tenir bien et donc réussissent souvent mieux à l’école (du moins, au début) alors qu’on tolère davantage que les garçons soient agités. Il est normal qu’un garçon ait besoin de sortir et de se dépenser. Ça l’est un peu moins pour une petite fille que l’on va alors trouver « agitée ». Au-delà de mes considérations sociologiques, le problème restait le même : que faire pour que les garçons se tiennent tranquilles jusqu’à la fin de la journée ? J’ai finalement choisi deux options que j’ai combinées : ne dessiner que la moitié du modèle pour les garçons et enseigner quelques postures de relaxation à faire à deux, une fois les oeuvres terminées. On voyait Yerson tirer les bras de son camarade pour lui détendre le dos. De jolis souvenir lundi dernier où tout s’est finalement bien passé.
[…].
Autre événement que je ne peux mettre entre parenthèses : France/Pérou un jeudi matin. Cela faisait des mois que mes amis péruviens me parlaient de ce match et tout le monde l’attendait avec impatience. Comme le match tombait pendant les heures de cours, nous avions dû demander l’autorisation. De toute façon ici, quand le Pérou jouait, même dans les entreprises, toutes les activités étaient suspendues et les salariés étaient autorisés à regarder le match. Nous avions un écran télé mais il ne fonctionnait pas. Heureusement, nous avions une antenne à la maison que nous avons apportée. Fe avait préparé des cookies au chocolat. Yohan, un de nos élèves, s’était chargé des pop-corn et de mon côté, j’avais fait une limonade. L’image était mauvaise, je voyais les joueurs en double et pourtant, j’avais mes lunettes. Nous étions tous assis en ligne, sur les petites chaises d’enfants. Alors que le professeur préparait des cornets en papier pour manger nos pop-corn, les adolescents, dans un silence recueilli, se préparait à affronter l’équipe adverse. La charge émotionnelle était lourde. Il faut bien comprendre deux choses importantes dont j’ai pris conscience pendant mon volontariat. Tout d’abord, le football touche directement à l’identité nationale du pays. Si nous nous sommes fières de notre culture, de nos musées, de notre histoire, de notre french touch, de l’idée de liberté que nous portons et de notre esprit révolutionnaire, les Péruviens sont fiers de leur équipe. Tout le monde connaît l’hymne national et l’hymne de sa région. Il n’y a pas de peur nationaliste ou de gêne à être patriote. Ici, tout le monde est fier d’être Péruvien. Soutenir son équipe, c’est rejoindre le corps entier de la société. Par ailleurs, comme la société reste encore assez machiste, les hommes ne doivent pas pleurer. Les hommes ont donc parfois des difficultés pour exprimer leurs émotions. La sensibilité alors accumulée et cachée se transpose dans le football. Combien d’adolescents j’ai vu les larmes aux yeux pendant les matchs que disputait le Pérou. Quand le Pérou a perdu contre la France, impossible de fêter ma joie de voir mon pays gagner, l’ambiance était trop lourde. J’avais tout de même le cœur serré car j’aurais voulu voir le Pérou mettre au moins un goal. J’avais gagné mes paris (2 dîners, un déjeuner préparé par Nuria et une barre de chocolat) mais j’avais perdu mes amis. Les adolescents et enfants, qui portaient tous le maillot du Pérou, ont été silencieux toute la journée. Ce matin, alors que la France joue dans quelques heures contre la Belgique, les enfants, qui faisaient du sport, arboraient tous le drapeau de la Belgique. Évidemment. On ne va pas soutenir ceux contre qui on a perdu. Les jours suivants, les professeurs avaient demandé aux enfants de répondre à des QCM qui portaient uniquement sur le football et la prochaine coupe du monde. Ils devaient également expliquer le jeu de chacun des joueurs français et péruviens.
[...]."


jeudi 14 juin 2018

Jeudi 14 juin 2018. Lettre du Pérou (7)


Ainsi commence la lettre que Marie, jeune bénévole française partie pour un an à TACNA, dans un centre créé par les jésuites pour l’éducation des enfants de milieux défavorisés de la ville, envoie tous les mois à ses amis.

7/06/2018

"Tacna l’héroïque
Il est 14h30, le soleil brûle et traverse facilement la vitre du bus. Ce dernier se transforme rapidement en sauna. La digestion et la chaleur nous plonge dans un demi-sommeil alors que nous nous dirigeons vers la banlieue de Tacna. Nous passons du centre avec ses jolis palmiers au grand marché bordélique de Santa Rosa. Puis peu à peu, nous nous retrouvons vraiment dans le désert. Les maisons s’éparpillent, les toits sont plus enclins à s’envoler. La végétation disparaît. Mais le bus continue de se remplir. Les enfants, qui ont fini l’école, dans leur uniforme rouge et gris, font preuve d’adresse pour ne pas tomber les uns sur les autres. C’est un joyeux bazar. Le bus, une fois de plus, s’arrête pour prendre des passagers.
C’est alors qu’une femme plutôt grande et belle monte dans le bus et se faufile entre ses pairs. Elle est au téléphone. Je n’entendrai jamais ce que dit l’homme avec qui elle parle, seulement ses réponses. Je n’entendrai que la moitié du dialogue. Je n’entendrai que sa voix forte et ses cris de colère. Tout le bus l’entend et beaucoup l’écoute. Elle est en train de se disputer avec son compagnon qui se trouve à Lima et qui semble multiplier les conquêtes alors qu’elle se rend chez une amie pour laver du linge et se plaint de ne pas avoir d’argent. L’échange est violent. L’emprise que semble avoir cet homme sur elle est à la mesure de sa jalousie. Elle se défend comme un moustique pris dans une toile d’araignée. Elle semble suffoquée mais ne semble pas non plus vouloir en finir. L’homme l’insulte, la traite de « cochonne » et elle continue de crier, de se révolter en entendant ses paroles injustes et gratuites. Quand soudain, alors qu’elle continue de se débattre, elle crie, comme pour prendre sa respiration à nouveau : « Tu n’es pas mon chef, tu n’as de droits sur moi, mon seul maître c’est Jésus. »
Je me souviens de son cri semblable à une esclave ayant soif de liberté.
Je me souviens de son chignon rouge. […]."
Imaginez-vous qu’une telle scène puisse se produire dans le métro parisien, ou dans un bus de la RATP ? C’est à peine croyable. Le reste de la lettre, consacrée essentiellement aux enfants de la casita, fera l’objet d’un autre billet. Mais il me paraissait nécessaire de séparer cette scène de ce que Marie dit de ces merveilleux enfants du Pérou.


samedi 12 mai 2018

Samedi 12 mai. Lettre du Pérou (6)


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Au lieu d’un château fort dressé au milieu des terres, pensons plutôt à l’armée des étoiles jetée dans le ciel !
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Marie est volontaire, comme je vous l’ai déjà dit, dans un centre pour enfants de milieux pauvres, tenu par les jésuites, dans la ville péruvienne de TACNA. Elle nous livre ses impressions dans des lettres mensuelles, dont je vous donne fidèlement quelques extraits.


"Avril fut à la fois un mois de découverte et un mois d’habitudes calmes et tranquilles. Ma vie de mission au centre suit son cours. Ma relation avec mon responsable au programme des adolescents (PDEI) mûrit et grandit en confiance.
Entre le franc-parler des adolescents et la spontanéité de leurs responsables, le politiquement correct reste derrière la porte. Dehors. Nous gagnons également la confiance des adolescents oscillant entre l’égocentrisme naissant et un reste d’innocence. C’est surtout par le rire, à la fois tendre et tranchant, qu’Hermilio crève leurs abcès narcissiques. Mes matinées appartiennent donc au temps cyclique de la routine, mais d’une belle routine, comme le printemps qui chasse l’hiver.
[…].
C’est incroyable de voir à quel point les enfants captent la tranquillité ou l’inquiétude de l’éducatrice. Patricia dégage un calme qui apaise toute la casita. En faisant commencer les enfants par une prière et des exercices de respiration, elle capte leur attention et favorise leur concentration. Nous divisons ensuite les enfants entre petits et grands et adaptons les activités selon les groupes d’âge. C’est un vrai bonheur de connaître tous les prénoms, de reconnaître les frères et sœurs, de deviner qui sont les mamans en fonction des visages de leurs petits, c’est un vrai bonheur car la toile de la confiance continue de se tisser doucement. Dans l’autre casita, celle qui n’est pas encore ouverte et qui va naître dans un autre centre Cristo Rey dans les banlieues de Tacna, nous sommes en plein travaux artistiques.
Après avoir pensé à chaque dessin que nous allions faire sur les murs afin de donner vie à cette nouvelle petite maison pour les enfants, nous nous sommes mises à la peinture aujourd’hui. Vous verrez les photos le mois prochain. Au-dessous de la phrase, qui a marqué mon enfance, « La parole est d’argent mais le silence est d’or », le hibou, de ses ailes de couleurs, attend qu’on lui peigne ses aigrettes et ses serres. Nous espérons qu’il apportera sagesse et réflexion aux enfants que nous nous apprêtons à aider à faire leurs devoirs.
[…]."

Ainsi, pendant que quelques gosses de riches se paient le luxe d’une pseudo-révolution en bloquant les facultés, il y a des jeunes Français qui donnent un an de leur vie pour les autres, sans autre récompense que celle de savoir qu’ils font la volonté de Dieu.

jeudi 8 février 2018

08 février 2018. Lettre du Pérou (5)

Dans sa lettre de janvier, Marie qui est partie pour un an au Pérou dans un centre pour enfants des quartiers défavorisés de TACNA, décrit le Nouvel an en ces termes :

"Me revoilà, toujours en vacances et sous un Soleil écrasant ! Une petite pensée pour vous qui êtes la plupart sous un ciel pluvieux et au cœur d’un hiver froid. J’espère que vous allez bien et que depuis que je vais vous ai quittés, vous avez passé de beaux moments en famille entre Noel et le Nouvel An. De mon côté, j’ai troqué l’ambiance cotonneuse d’un 31 à la campagne avec les copains et tout ce que ça  implique : couverture, chocolat chaud, balade enneigée, soirée dans la salle de chasse et jeux de société pour une version plus estivale. Petit coucher du soleil à la plage et nuit blanche à chanter et écouter de la musique au coin du feu. Avec en prime, un phoque mort au bord de l’eau. Mon souci d’être fidèle à la réalité l’emporte sur le désir esthétique et la tendance romantique du tableau auquel vous vous attendiez probablement. Disculpe. Après que le cadavre de ce pauvre animal a été charrié par l’eau, nous avons finalement passé une très belle nuit. À minuit, des centaines de lampions se sont envolés dans le ciel, comme dans le dessin animé Raiponce. (Je suis désolée pour les références Disney mais moi je n’avais jamais vu ça.) Ça m’a d’ailleurs beaucoup plu : élégant, lumineux et épuré. Je ne me suis pas baignée cette nuit-là. Difficile d’éviter les méduses quand on ne voit pas où on met les pieds. J’ai fait mon premier plongeon quelques semaines plus tard, en plein jour. Lesel qui brûle la peau, le corps engourdi par l’eau gelée, les méduses qui se baladent, les vagues avec leur force océanique qui font aussi peur qu’elles excitent, la machine à laver dans les cailloux, les cris, les rires, l’esprit de jeunesse : checked.
[…]."

Marie continue son ministère d’amour et de partage auprès des enfants des milieux pauvres de TACNA, en compagnie de volontaires venus d’horizons très divers. Merveilleuse jeunesse chrétienne qui sait donner de son temps aux plus petits !



mercredi 3 janvier 2018

03 janvier 2018. Lettre du Pérou (4). Noël à Tacna.

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"Solstice d’été et fêtes de Noël à Tacna.


[Je rappelle ici que Marie est une jeune volontaire partie pour un an au Pérou pour s'occuper d'un foyer d'enfants issus de familles défavorisées, fondé par des Jésuites et l'association INIGO.]

Tacna a revêtu ses plus beaux habits : un immense et majestueux sapin a trouvé sa place devant la cathédrale toute illuminée. Tandis qu’à l’aéroport et chez les concessionnaires de voiture on s’empresse d’installer la crèche, les vendeurs de téléphones–déguisés en lutin dansent devant les boutiques sur du reggaeton. Les guirlandes ont même leur place au-dessus des fruits et légumes au marché. A cette décoration, parfois un peu kitsch, se mêlent les symboles religieux. Je continue d’être surprise et émerveillée par ces immenses crèches présentes dans tous les espaces publiques. On est bien loin des débats si français sur la laïcité. Au marché, il y a des caisses de champagne et des boîtes de spanettones un peu partout. Mais pas de foie gras, de dinde ou de marrons. Dehors, il y a comme une atmosphère de fête. Si cette fête peut parfois rimer avec artifice en France, là où elle perd son véritable sens, elle ressemble d’autant plus à un bal costumé ici. En effet, l’adaptation à un noël estival reste encore à faire. Le père Noël doit avoir bien chaud dans son habit rouge et les bonhommes de neige, qui décorent les murs, ont besoin, comme dans le dessin animé pour enfant Frozen, qui a tant de succès ici, d’un petit nuage au-dessus de sa tête pour ne pas fondre en cette période si chaude. Ainsi, moi qui me suis doucement habituée à la vie péruvienne, je reste déboussolée par la venue proche d’un enfant-Dieu qui n’aurait nul besoin ici d’un âne et d’un bœuf pour le réchauffer. A ma mémoire noëlienne enneigée vient alors s’ajouter une version estivale et plus solitaire. Mais je suis tout aussi gâtée, quoi que d’une autre manière. J’ai reçu, il y a quelques jours, lettres et paquets, prose poétique, prière, dessins, petits mots, huiles essentielles, bonbons et chocolats. Des paquets et des lettres faits de douceur, de tendresse et d’attention qui ont voyagé, pour certains, pendant un mois et demi et qui ont finalement atterri, à ma plus grande joie, à mon retour me porte jusqu’à demain. […]
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REVUE DE PRESSE UTILE, BAROQUE, ENSEIGNANTE, CURIEUSE ET TOUT ET TOUT ; A LIRE !
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Une découverte archéologique capitale.

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Des catholiques en Bulgarie à côté de leurs frères orthodoxes.

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Mgr de SINETY parle (et parle bien) d’Abdel.

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La CLINTON était prête à tout ! Quelle civilisation que cette civilisation américaine !


(Je sais : c'est pas bien de dire LA Clinton ! Mais franchement, de tels comportements ne méritent guère mieux.)
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Et ce sont ces gens-là qui nous font la morale fiscale !


Je me demande comment nous pouvons supporter ça sans résister à cette bande de profiteurs . Je connais la réponse. Ceux qui payent, c’est-à-dire les classes moyennes supérieures, sont trop peu nombreuses, et trop travailleuses pour manifester contre ces injustices.
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Analyse très intéressante et nuancée sur la radicalisation de la laïcité !

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Que le Seigneur tout puissant les accueille en son paradis pour la vie éternelle !

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Un sage !


dimanche 19 novembre 2017

19 novembre 2017. Lettre du Pérou (3)

Voici quelques extraits de la lettre que Marie, partie au Pérou comme volontaire dans un centre pour enfants pauvres de TACNA, le centre Cristo Rey vient de nous envoyer. Notez que Marie utilise souvent l’expression « mon pays » tout comme le faisait BERNANOS quand il était en exil eu Brésil.

"[…].
Je continue d’espérer que chacun d’entre vous se porte bien, je pense particulièrement aux volontaires car les défis de cette dernière semaine ont touché au cœur du volontariat. Je pense bien à chacun d’entre vous et vous souhaite de vivre ces défis avec un cœur lucide et patient. Je pense à vous quand je lis dans le bus, quand je découvre de nouveaux mots, de nouvelles images. Je viens de finir un très beau petit livre de Christian Bobin, Le Très-Bas qui est une réflexion sur la vie de François d’Assise. Je vous partage quelques unes de ces lignes car elles disent le mystère de la vie, même péruvienne !« Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. Partir une deuxième fois et que cette fois soit plus neuve encore que la première, plus radicalement, plus amoureusement neuve. Les hommes vont en aveugles dans leur vie. Les mots sont leurs cannes blanches. Ils préviennent des obstacles, donnent première forme à leur sang.» Bon je m’arrête là, je n’écris pas une dissert de philosophie mais avouez que je ne peux pas garder ça pour moi…
[…].
Les moments de partage, d’interculturalité sont de plus en plus nombreux et je m’en réjouis. Alejandro, qui est un pratiquant en psychologie qui travaille au centre, m’a un jour demandé de lui faire découvrir les musiques françaises et les films de mon pays qui étaient importants pour moi. Ce fut un moment très fort, car en quelques minutes, Barbara a rempli le bureau de sa présence et les sous-titres espagnols lui ont permis d’en comprendre le sens et de saisir aussi la portée poétique et psychologique des paroles. Je lui ai également montré le passage des Hommes et des Dieuxoù les frères écoutent, assis autour de la table, la musique du Lac des Cygnes, sans prononcer une seule parole. Ce fut un très beau moment d’échange. Si Alejandro est un garçon très discret et silencieux, quasi absent en groupe, je reste fidèle à ce moment de partage qui m’a beaucoup ému. Vous allez me dire que je me répète, mais la communion des esprits, c’est vraiment quelque chose de très fort ,vous savez.
[…].

Enfin, je comprends mieux chaque jour que si je viens d’un autre pays et que je suis épaisse d’une autre culture, pour autant, c’est avant tout moi en tant que personne qui vient à la rencontre d’un peuple. Je ne peux pas représenter les Français de mon pays à l’étranger. Les Péruviens ne peuvent pas saisir ce que sont les Français à travers moi, tout simplement parce que très peu de Français seraient prêts à quitter leur pays, leur famille et leurs amis pour aller vivre seule en terre inconnue pendant une durée déterminée. Il peut donc y avoir une double solitude. Dans mon pays car tout le monde ne comprend pas cet envoi et sur place quand le Péruvien ne cherche qu’à saisir et vérifier les clichés de mon pays. Notre place de gringas est donc aussi mouvante et riche que difficile !

vendredi 3 novembre 2017

03 novembre 2017. Lettre du Pérou (2)

Comme je l’avais dit lors de la publication du premier billet intitulé Lettre du Pérou (1), je poursuis la publication de plusieurs extraits des lettres d’information que Marie envoie régulièrement à ses amis. Bien entendu, je le fais avec son autorisation expresse. Marie est une jeune volontaire partie au Pérou pour s’occuper d’un Centre ouvert par les jésuites à des enfants pauvres et en difficulté à Tacna, au Pérou. Le Centre répond au nom glorieux de Cristo Rey.
Marie nous décrit ici, avec une grande justesse de ton, avec amour et empathie, ses premiers contacts avec les enfants.

"
[…].
Comme je suis arrivée samedi dernier,    j’ai découvert un Centre silencieux. J’ai donc pu me reposer deux jours avant de rencontrer les enfants. En effet, la maison des volontaires se trouve dans le centre Cristo Rey ce qui est très confortable car je n’ai qu’à traverser la cour pour me trouver sur mon lieu de travail. Quand je suis arrivée, après un trajet épuisant (22 h de bus), trois volontaires m’attendaient dans la maison : deux volontaires péruviennes Kelly & Milagros et une volontaire du Pays Basque Ane : enfin, une Européenne ! Kelly & Milagros étaient assez réservées quand je suis arrivée mais Ane m’a accueillie très chaleureusement Nous nous sommes tout de suite très bien entendues. Je l’envie car la langue n’a pas été un obstacle pour elle pendant sa mission ici qui a duré 3 mois. Mais Ane repartait deux jours après. Elle m’a alors proposée de venir à une petite fête organisée par les volontaires américaines qui travaillent dans le Centre mais vivent assez loin de celui-ci. Là-bas, j’ai rencontré de supers volontaires avec des caractères bien trempés, comme je les aime Comprendre les Péruviens est déjà un défi en soi mais alors comprendre une Américaine qui parle en espagnol,  c’est encore pire. Je vais peut-être leur demander de me parler dans leur langue maternelle pour que je puisse améliorer mon anglais,  peut-être même que je les comprendrais mieux !

Lundi 25 septembre fut un grand jour car je commençais enfin ma mission. Je pense que les semaines à venir vont être à l’image de ces premiers jours, aussi enrichissantes qu’épuisantes. La première matinée, j’ai d’abord rencontré de jeunes élèves de 15ans qui devaient faire leurs devoirs car elles avaient école l’après-midi. En effet, au Pérou les enfants n’ont école qu’une partie de la journée. J’ai donc discuté avec elles pour apprendre à les connaître. Comme ont pu le constater d’autres volontaires d’Inde, trouver le juste milieu avec des adolescents est assez compliqué. Car elles n’ont pas conscience de la distance que nous devons avoir. Je dois donc créer un équilibre nouveau qui n’est pas celui entre l’élève et le professeur mais qui n’est pas non plus celui entre deux amis En effet, très rapidement elles m’ont demandé mon Facebook/WhatsApp etc. Ce matin, l’une d’entre elles – absolument fascinée par mes frères et sœur que j’avais en photos sur mon téléphone – a commencé à parler par Messenger avec Antoine, l’un de mes frères. Elles sont d’ailleurs toutes convaincues que mes frères sont acteurs de cinéma car ils sont grands et beaux. Les Péruviens sont vraiment petits et les transports en commun ne sont pas adaptés aux« gringos » : c’est ainsi que les latinos appellent les Américains mais finalement nous sommes considérés de la même manière en tant qu’Européens.
L’après-midi a été bien plus musclée. J’ai découvert les petits Péruviens entre 6 et 9 ans. Imaginez-vous une salle avec une vingtaine d’enfants assis (c’est un bien grand mot) sur de grandes tables rondes adaptées à leur taille qui passent leur temps à crier et à nous appeler. J’ai vécu un moment aussi surprenant qu’émouvant à mon arrivée dans la salle. En effet, quand Gina – qui est responsable du programme pour les enfants – m’a présentée aux enfants,  plusieurs se sont levés et sont venus m’enlacer alors qu’ils ne connaissaient que mon prénom. Ces enfants sont aussi prenants qu’attachants. Ils sont aussi épuisants. Les «profesora» fusent tous en même temps. Soit ils crient, soit ils chuchotent quand ils veulent me dire quelque chose Ainsi, je dois d’abord gérer toutes les demandes qui arrivent en même temps, leur apprendre à être patients, puis comprendre ce qu’ils veulent me dire ce qui n’est pas une mince affaire car je ne connais pas le vocabulaire du quotidien en espagnol.
Expliquer le principe de la soustraction en espagnol alors que ce n’est déjà pas clair pour moi en français est un des défis que je dois relever au quotidien. Mais malgré toute la peine que j’ai parfois et toute la fatigue que je peux ressentir, je reste touchée par leur spontanéité et la confiance qu’ils m’accordent. Milagros qui connaît chacune de leur histoire personnelle m’a expliqué que si ces enfants sont au Centre, c’est parce que les écoles « normales »ne veulent pas les accueillir parce qu’ils ont des parcours très difficiles et des histoires familiales terribles Ainsi, derrière chaque enfant, il y a de très grandes blessures affectives et des difficultés économiques. Et pourtant, aimer et faire confiance semblent être des élans naturels chez eux. C’est très étrange et mystérieux.
Aujourd’hui, j’ai de nouveau aidé les adolescentes à faire leurs devoirs Mais cette après-midi, j’ai dû relever un autre défi. J’ai dû m’occuper de jeunes garçons et jeunes filles de 12ans beaucoup plus agités et ça n’a pas été évident. Je peine à les comprendre car ils parlent vite et tous en même temps, comme les enfants. Mais ils sont beaucoup moins patients et peuvent être désobéissants. Moi qui suis plutôt autoritaire de nature (je sais, c’est une découverte pour vous, je préférais vous l’apprendre d’ici), je me suis sentie impuissante car je n’avais pas les mots pour dire ce que je voulais et gérer mes émotions comme la colère qui montait et la patience qui diminuait. Ainsi, des deux côtés, la douceur est à conquérir.

[…]."

samedi 28 octobre 2017

28 octobre 2017. Lettre du Pérou (1).

Chers lecteurs, souventes fois j’ai vanté cette jeunesse française magnifique, profondément ancrée dans l’amour de Jésus-Christ et généreuse. Voici un exemple parmi d’autres, celui de Marie. J’ai reçu de Marie l’autorisation explicite de diffuser ses lettres. J’en extrairai  régulièrement les passages les plus saillants qui illustrent le sens de son engagement auprès des pauvres d’Amérique du Sud. 

J’ajoute, en contrepoint de ces témoignages, que j’ai appris ceci hier soir : les grandes entreprises agricoles du pays d’Arles (légumes, primeurs et fruits) font venir de plus en plus des travailleurs saisonniers du lointain pays sud-américain qu’est l’Équateur. Ainsi, pendant que des jeunes audacieux s’efforcent d’améliorer sur place le sort des pauvres de ces pays, il y a des exploitants agricoles qui embauchent temporairement des journaliers des nations andines et circonvoisines, les logent dans des caravanes et ne les payent même pas au SMIC. Décidément, ils méritent bien leur nom d’exploitants.

Voici donc deux extraits de ces Lettres du Pérou. Il en viendra d’autres.

"Je prends le temps de vous écrire quelques mots pour vous partager mes premiers pas dans la capitale péruvienne. Je suis partie le samedi 16 septembre – après des au-revoir émouvants et un peu irréalistes – avec George, autre volontaire d’INIGO (association jésuite avec laquelle je  suis partie). Les 12 heures de vol passées ensemble ont été assez troublantes car nous car nous avons alors vraiment pris conscience de notre départ. Et notre sentiment d’être déracinés ne faisait que commencer. Personnellement, je me demande parfois si partir comme ça relève du courage ou de la folie ! Enfin, c’est ce qui en fait le charme, je l’espère en tout cas…[…]."

Après être restée quelques jours à LIMA, Marie est partie à TACNA pour s’occuper d’un centre d’accueil pour des enfants de familles pauvres. Voici un extrait de sa troisième lettre.

"[…].
Ma mission a évolué depuis mon arrivée. Si le Temps de l’observation n’est pas terminé,  mon champ d’action est désormais moins restreint. Pour l’instant, j’ai encore du temps pour moi le matin je suis en train d’apprendre – quand Milagros a du temps pour moi – à effectuer son travail car elle finit son stage ici début décembre. Globalement, je dois faire de l’administratif (un peu comme un CPE dans les lycées français), recevoir les parents et comprendre les problèmes qu’ils peuvent rencontrer puisque tous les enfants qui viennent au centre connaissent de grandes difficultés familiales et financières. Je dois également effectuer des visites domiciliaires quand les familles n’ont pas les moyens de se rendre au centre qui peut être loin de leur résidence. Même si les premiers jours, j’ai été heureuse d’avoir du temps pour moi, le désir de se sentir utile et efficace (besoin très européen, by the way) a fini par rejaillir. Ma tête était pleine de nouvelles idées et de nouveaux projets pour les enfants…Jusqu’à vendredi dernier, je n’avais pas encore fait de visites domiciliaires. Comme Milagros n’était pas disponible, j’ai demandé à Kelly si je pouvais l’accompagner. Nous nous sommes donc rendues à l’Hôpital de Tacna pour rencontrer une maman adolescente de 16 ans dont le bébé de 3 mois est atteint d’une grave maladie. Kelly a alors posé des questions à la maman pour savoir comment elle allait car l’enfant venait de subir une opération Je suis restée silencieuse pendant deux heures et ai tenté de comprendre leur échange. Même si je n’ai pas saisi tous les détails, toutes les nuances, j’ai compris l’essentiel et ai capté toutes ses émotions. Cette jeune maman doit faire face quasiment seule à la maladie de son enfant alors qu’elle se trouve elle-même dans une situation de grande précarité. Par ailleurs, elle n’a pas le soutien de son copain et de sa « belle-mère » qui souhaitent qu’elle fasse adopter l’enfant. J’ai donc assisté à des échanges téléphoniques très durs entre la jeune maman et la belle-mère. Je me suis sentie démunie car je n’étais  pas assez à l’aise dans sa langue pour pouvoir la réconforter (grâce à la prépa, j’ai le vocabulaire pour décrire des problèmes sociétaux ou pour donner mon opinion mais je n’ai pas le vocabulaire du quotidien). Moi qui ai l’habitude de mettre des mots sur mes émotions pour que celles-ci ne me submergent pas, ici c’est difficile car je ne peux pas encore recourir à ma plus grande ressource : la parole. Je dois également apprendre à trouver la bonne distance intérieure par rapport au « patient ». Mais je suis entourée de travailleurs sociaux, donc c’est l’occasion d’apprendre à leurs côtés. Je choisis de vous raconter cet épisode car il est à la fois découverte et annonce. Découverte car ce fut une expérience nouvelle et annonce car je compte bien y retourner pour apprendre et comprendre.

[…]."

Que Dieu bénisse ces jeunes et fasse que leur action porte du fruit.