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L'actualité internationale me fournit, sans que je l'ai cherché, une excellente illustration de deux thèmes que je développe depuis longtemps dans mes billets : la Révolution et la structure. Le Président américain fait ami-ami avec la Chine. Il a de bonnes raisons de le faire, mais ces raisons sont avant tout économiques ; elles n'ont rien à voir avec la manière horrible dont le régime communiste s'est implanté en Chine, et notamment avec les horreurs de la Révolution Culturelle. Il convient donc de rafraîchir la mémoire de nos contemporains et de montrer que la Révolution Culturelle se nourrit du même sang que la Révolution Française. Pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir de la définition d'une structure, définition que j'ai rappelée il y a peu.
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SONG YONGYI a rassemblé des témoignages de victimes et d'acteurs de la Révolution Culturelle. Il a participé à celle-ci lorsqu'il était adolescent, à SHANGHAI ; il y a été emprisonné quatre ans pour d'obscurs motifs. Il est historien. Arrêté en Chine en 1999 alors qu'il recherchait, au cours d'un voyage - il résidait alors aux États Unis -, des documents sur les événements déclenchés par ce fou sanguinaire qu'était MAO, il a été arrêté, emprisonné quatre mois, puis libéré et expulsé, sous la pression de l'opinion internationale. Il enseigne aujourd'hui dans une grande université américaine de la côte occidentale, la Librarian Faculty de l'Université d'Etat de Californie.
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Dans la Préface du livre intitulé Les massacres de la Révolution Culturelle (Buchet Chastel, Paris, 2008), SONG YONGYI écrit ceci (page 11) :
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"Puisque le gouvernement chinois continue à étouffer toute velléité de dévoiler la réalité historique, il nous appartient de soutenir les tentatives des quelques rares historiens et chercheurs courageux qui tentent de sauver d'un oubli généralisé cette tranche peu glorieuse du passé récent de la Chine. N'est-il pas, en effet, stupéfiant de penser que, quarante ans après que les faits se sont produits, si peu de gens pensent à associer ces deux mots : "massacres" et "Révolution Culturelle" ? C'est perturbant à plusieurs niveaux, car cela signifie que l'on ne prend toujours pas en compte le caractère profondément criminel de cette "révolution". Cela veut dire que le gouvernement chinois a réussi à transformer progressivement l'image de ce mouvement en celle d'un événement folklorique, durant lequel, certes, des mouvements de critiques et d'accusations ont provoqué quelque inconfort à certains, mais qui connut aussi des heures exaltantes. Nous reviennent des images de défilés grandioses, de ballets contemporains à la chorégraphie merveilleusement exécutée, et d'affiches bigarrées qui ornent désormais nos calendriers et nos agendas. Cela signifie enfin que, la réalité historique n'ayant jamais pu être exposée de façon incontestable, le fait de passer sous silence des massacres d'une violence inégalée ne provoque pratiquement aucune levée de boucliers dans les milieux scientifiques, politiques ou universitaires."
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Remplacez dans ce texte Gouvernement chinois par Gouvernement français, MAO ZEDONG par ROBESPIERRE, silence officiel et majoritaire des scientifiques, politiques et universitaires chinois, par silence imposé à Ronald SEYCHER, Jacques HEER, Jean SEVILLIA, Jean DUMONT, Hippolyte TAINE, etc., pensez aux défilés grandioses promus par le Président MITTERRAND à l'occasion du bicentenaire, visitez l'exposition qui se tient actuellement aux Archives Nationales sur les prétendus progrès du droit imputables à la Révolution (Vingt Minutes dans son numéro d'aujourd'hui ne craint pas de rapporter les propos de monsieur Régis LAPASIN : "cette rénovation profonde, dit-il, passe souvent inaperçue à cause des Tribunaux de la Terreur", ce qui revient à dire "Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais"), et vous aurez compris que la Révolution Culturelle plonge ses racines dans notre Révolution, qu'elle en traite la mémoire comme nous en avons traitée la nôtre, et qu'il n'y a pas de différences de fond entre les deux événements. Eh oui ! Une structure est bien un ensemble de relations non quelconques entre des objets quelconques."
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En voulez-vous une preuve supplémentaire ? Vous apprendrez, épouvantés, que le 8 août 1968, au moins trois mille membres du "mouvement du 22 avril" trouvèrent refuge dans un abri antiaérien de NANNING (GUANGXI), et qu'ils y furent noyés à l'instigation, ou plus exactement dans l'indifférence de WEI GUOQING, commissaire politique de la zone militaire. Il suffisait pour cela d'ouvrir les vannes du barrage situé en amont de la ville sur la rivière YONG, pour inonder l'abri. On le fit. Mais l'eau monta de 74 mètres, menaçant des milliers d'habitations, et il y eut des dizaines de milliers de morts. Vraiment, WEI GUOQING n'avait rien à envier au sinistre CARRIER qui noya 32.000 personnes à NANTES.
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Comment peut-on faire si peu de cas de tous ces morts, que ce soit chez nous ou là-bas ? Comment est-il possible de passer par pertes et profits le sang de ces innocents ? Comment voulez-vous que nous puissions nous réconcilier avec nous-mêmes, ici comme là-bas, si nous vivons dans le mensonge ? Ah, oui, vraiment ! Amour et Vérité se rencontrent. Et, à cet égard, nous avons bien des leçons à recevoir du peuple allemand qui a su regarder en face son passé, et des autorités sud-africaines qui ont instauré des sortes de Comité de la réconciliation et du pardon, après la fin de l'apartheid, sans rien cacher des excès, des crimes, des injustices qui eurent lieu pendant cette période.