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mardi 10 novembre 2009

Identité nationale : une réflexion de Levi-Strauss

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Dans une réponse au commentaire de l'un de mes lecteurs, je faisais allusion à trois penseurs qui me paraissent éclairer puissamment le débat sur l'identité nationale. Avant de citer le premier des trois, je voulais simplement souligner que l'intensité des échanges (euphémisme) et le nombre de contributions montrent bien que le sujet est important, qu'il fait réagir les hommes concrets que nous sommes, en fonction de nos expériences personnelles : la patrie, le sentiment d'identité et de participation active à une communauté humaine sont inscrits dans le coeur de l'homme, en relief - pour ceux qui en vivent - en creux pour ceux qui, en étant dépourvus -cherchent dans le désespoir un port ou jeter l'ancre.
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Le premier des trois, dans l'ordre logique (vous verrez pourquoi ce mot dans trois jours) est Claude LEVI-STRAUSS, le célèbre ethnologue qui vient de nous quitter, alors qu'il avait plus de cent ans. J'ai trouvé ce texte dans le dernier numéro du Figaro Magazine et n'ai pas lu l'ouvrage dont il provient, et je subodore que le choix n'est pas innocent qu'en a fait le Comité de Rédaction du journal. Voici de quoi il s'agit :
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"La contribution que l'ethnologue peut apporter au problème racial se révélerait dérisoire et il n'est pas certain que celle qu'on irait demander aux psychologues et aux éducateurs se montrerait plus féconde, tant il est vrai que, comme nous l'enseigne l'exemple des peuples dits primitifs, la tolérance réciproque suppose réalisée deux conditions que les sociétés contemporaines sont plus éloignées que jamais de connaître : d'une part, une égalité relative, de l'autre, une distance physique suffisante. [...] (les caractères en gras sont de votre serviteur).
Sans doute nous berçons-nous du rêve que l'égalité et la fraternité régneront un jour entre les hommes sans que soit compromise leur diversité. Mais si l'humanité ne se résigne pas à devenir la consommatrice stérile des seules valeurs qu'elle a su créer dans le passé [...], elle devra réapprendre que toute création véritable implique une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs, pouvant aller jusqu'à leur refus, sinon même leur négation.
Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l'autre, s'identifier à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication intégrale avec l'autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l'originalité de sa et de ma création. Les grandes époques créatrices furent celles où la communication était devenue suffisante pour que des partenaires éloignés se stimulent, sans être cependant assez fréquente et rapide pour que les obstacles indispensables entre les individus comme entre les groupes s'amenuisent au point que des échanges trop faciles égalisent et confondent leur diversité."
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Il me semble que beaucoup de choses importantes sont dites dans ce texte magistral. Le père du structuralisme appliqué à l'ethnologie, celui qui sous les diverses modalités des cultures, découvre les éléments sous-jacents communs à toutes les sociétés humaines, plaide, ô paradoxe, pour le maintien de la diversité. Vous comprendrez encore mieux si je vous rappelle la définition que mon collègue et ami, le Pr Michel TARDY, donnait de la structure : "une structure est un ensemble de relations non quelconques entre des objets quelconques". Je réclame, nous réclamons que le côté "quelconque" des éléments constituants la structure demeurent variés, riches et foisonnant pour maintenir à la fois la bonne distance et la bonne communion entre les groupes humains. Dans une structure, deux objets différents ne peuvent occuper la même place. Et c'est pourtant ce que les utopistes de la fraternité universelle imposée veulent instaurer chez nous en acceptant tout et n'importe quoi. LEVI-STRAUSS a parlé avec raison de "négation de certaines valeurs". Je partage ce pont de vue, l'ai déjà dit maintes fois (moins bien), mais tout aussi clairement. Voilà un bon point de départ.
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Demain, contribution du deuxième penseur René GIRARD, sur l'indifférenciation et la violence mimétique.
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