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vendredi 22 juillet 2011

Testament à l'anglaise

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Je dois à mes quelques fidèles lecteurs une toute petite excuse. Je n'ai pu produire mon billet quotidien hier, car j'ai été fort occupé par des tâches qui ne pouvaient attendre.
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Voilà déjà deux ou trois jours que je voulais vous parler d'une de mes lectures de vacances. Il s'agit du Testament à l'anglaise de Jonathan Coe. Et si je le fais, c'est qu'il me paraît illustrer de la plus belle manière l'histoire dites des "Ecoutes téléphoniques", des New of the world et de messieurs Rupert et James (le fils) MURDOCH.
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Ce livre est littérairement époustouflant. Il mérite bien le Prix Femina du meilleur roman étranger en 1995. Mélange subtil de divers genres (journal intime, récit, rapport et articles de périodiques, récits de rêves), il met en scène une multitude personnages. On se demande bien tout d'abord ce qu'ils ont de commun. Rien ne paraît les rapprocher, d'autant que l'auteur multiplie les époques où ceux-ci évoluent, avec des ruptures chronologiques et d'incessants va-et-vient entre le passé et le présent. Et puis peu à peu le puzzle se met en place et les liens qui unissent Tabitha WINSHAW, ses frères (Lawrence, Mortimer et le défunt Geoffrey), ses neveux, le héros principal Michael OWEN, Fiona, Phoebe, etc.
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Dans la courte vue qui est la leur, la plupart des critiques littéraires des quotidiens nationaux n'ont vu qu'une critique du thatchérisme, et non pas une analyse impitoyable de la collusion insane, immorale, ignoble, entre le monde de l'argent et ceux de la culture et de la politique. C'est précisément ce côté universel de l'analyse qui rend le livre si actuel. Des journalistes à la botte de leurs actionnaires, des banquiers qui n'hésitent pas à faire un juteux trafic d'armes, des grands galeristes qui grâce à leurs entrées dans le monde des médias promeuvent des nullités artistiques et dédaignent ceux des artistes qui repoussent leurs avances, des traîtres à leur patrie pour de l'argent. Et tout cela au sein d'une famille, les WINSHAW, qui a tissé sa toile de rapacité, de trahison et d'ignominie depuis plusieurs générations. Cela n'empêchera pas quelques uns de ses membres d'être anoblis.
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Je dirai que la première partie du dénouement me paraît un peu bâclée, une sorte de pastiche des pages sanglantes d'une Agatha Christie égarée dans les landes au milieu desquelles se dresse la mystérieuse et ancienne demeure des WINSHAW. Mais la construction du roman est absolument merveilleuse. L'abondance des petites scènes annexes qui ne font jamais digression, les détails (ah ! ces grains de raisins que les ongles acérés d'une WINSHAW  vont "dépiauter" avant d'être dégustés ; le détail a son importance et on ne s'en rend compte qu'à la fin), la finesse de l'analyse psychologique et sociologique font de ce livre un des essentiels de l'été pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu.
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Eh bien quand je lis les articles qui traitent de l'affaire MURDOCH (quoi que s'en défendent les MURDOCH père et fils), je me dis que réduire le roman à une critique des années THATCHER est une mauvaise action ; c'est lui ôter de sa force et de son actualité. Rien n'a changé. Ou plutôt, plus ça change et plus c'est la même chose. Au milieu de tout cela, il y a l'avidité, la rapacité, le goût du pouvoir. Pauvres hommes, pauvres femmes que ceux-là qui ne peuvent vivre leur vie sansl'aide de ces prothèses diaboliques.
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