Affichage des articles dont le libellé est Energie nucléaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Energie nucléaire. Afficher tous les articles

lundi 28 novembre 2011

Une contribution intéressante sur la sortie du nucléaire

-
Un ami alsacien m'envoie ce texte dû à un Sénateur honoraire sur le nucléaire et ses enjeux. Il est long. Mais il mérite d'être lu dans son entier. Je ne ferai aucun commentaire. Le texte est équilibré et bémolise des propos qui pourraient ne pas être objectifs. Il est factuel et se borne à exposer des données chiffrées pour éclairer nos choix.
-
Après la décision de l'Allemagne de sortir définitivement du nucléaire d'ici 2022, la banque d'investissement allemande KFW a estimé, le 19 septembre, à 250 milliards d'euros au total les investissements nécessaires en Allemagne d'ici 2020 pour sortir du nucléaire et financer les énergies renouvelables.
-
Mais si la France décidait elle aussi de sortir du nucléaire, combien cela coûterait-il ? Sur cette question capitale qui est devenue l'un des enjeux politiques majeurs des prochaines présidentielles, il existe peu d'études rigoureuses et objectives récentes et les chiffres avancés varient bien entendu considérablement en fonction des acteurs interrogés.
-
Le patron d'EDF, Henri Proglio, a par exemple affirmé le 9 novembre qu'abandonner le nucléaire "menacerait 400.000 emplois directs et indirects de la filière nucléaire et 500.000 emplois dans les entreprises actuellement localisées en France, qui risqueraient de partir à l'étranger." Selon lui, un million d'emplois seraient menacés et le coût pour le pays serait d'au moins 0,5 point de PIB. Dans le scénario d'un remplacement du parc nucléaire français par une production constituée pour moitié d'énergies renouvelables et pour moitié de centrales au gaz, il estime que les prix seraient multipliés par deux et que 400 milliards d'euros seraient nécessaires pour substituer les énergies propres au nucléaire et adapter le réseau à cette mutation énergétique.
-
On peut bien sûr rétorquer que les hypothèses de Monsieur Proglio manquent d'objectivité mais il n'en demeure pas moins qu'une sortie du nucléaire aurait un coût très important et, qu'en s'appuyant sur les données disponibles et publiées dans différents rapports officiels, on peut essayer de l'évaluer.
-
Avec 62 600 MW de puissance nucléaire installée, la France représente à elle seule 17 % de la puissance nucléaire mondiale. Le parc nucléaire français, le deuxième au monde, compte 58 réacteurs répartis sur 19 sites. Avec environ 410 TWh par an, la production d'électricité nucléaire représente les trois quarts de la production totale d'électricité française et 80 % de notre consommation brute d'électricité.
-
En supposant, par souci de simplification des calculs, que notre consommation électrique puisse être stabilisée à son niveau actuel et que la part de l'électricité thermique et hydraulique reste constante, pourrions-nous remplacer notre production électrique nucléaire actuelle par des sources d'énergies renouvelables ?
-
Imaginons que, d'ici 2040, on veuille remplacer notre électricité nucléaire pour moitié par de l'énergie solaire et pour moitié par de l'éolien (un quart avec de l'éolien terrestre et trois quarts avec de l'éolien marin). Dans cette hypothèse, il faudrait, en se basant sur les rendements moyens actuels de production de ces énergies, installer au moins 2000 km2 de panneaux solaires, plus de 3 400 éoliennes terrestres géantes (115 par an) et 8 400 éoliennes marines (280 par an). Une telle montée en charge des énergies renouvelables représenterait au moins 100 milliards d'euros d'investissement.
-
A ces sommes, il faudrait encore ajouter la construction probable d'une quinzaine de centrales thermiques supplémentaires de 400 MW (soit un investissement de 5 à 10 milliards d'euros), pour pallier, dans tous les cas de figure, les inévitables fluctuations de la production d'électricité solaire et éolienne (ces énergies étant par nature diffuses, intermittentes et irrégulières). Il faudrait encore financer l'adaptation complète de notre réseau (environ 5 milliards d'euros) et sa transformation "en grille" avec des compteurs intelligents et des moyens massifs de stockage de l'électricité (air comprimé, hydrogène, gaz, sels fondus). Il faut enfin ajouter le coût considérable du démantèlement de nos centrales nucléaires, de l'ordre de 26 milliards d'euros (450 millions d'euros par réacteur selon les dernières estimations).
-
En supposant même que nous puissions réussir à stabiliser notre consommation globale d'énergie au niveau actuel, ce qui serait déjà très difficile, une telle transition énergétique serait donc longue, très coûteuse et très complexe à mettre en œuvre : un ordre de grandeur d'au moins 150 milliards d'euros semble réaliste. Encore faut-il préciser que cette estimation a minima ne prend pas en compte le coût de reconversion des 125 000 emplois directs (4 % de l'emploi industriel) et 410.000 emplois au total (directs et indirects) et de l'impact économique sur ce secteur industriel stratégique : 12,3 milliards d'euros de valeur ajoutée, soit 0,71 % de la contribution au PIB.
-
Elle n'intègre pas non plus le gain économique et environnemental considérable que représentent les 380 millions de tonnes de CO2 évitées par an (l'équivalent des émissions réelles annuelles de la France), grâce à notre production d'électricité nucléaire. Si l'on retient comme "valeur-carbone", sur le marché européen d'échange de quota, l'hypothèse défendue par Christian De Perthuis (100 € la tonne de CO2 en 2030), c'est donc au moins 38 milliards d'euros que la France devrait débourser en 2040 si elle devait se passer du nucléaire à cette date pour produire son électricité, sauf si elle parvenait à produire en 30 ans plus de 400 TWh d'électricité en émettant aussi peu de CO2 qu'avec le nucléaire, ce qui semble, sans rupture technologique majeure, un objectif très difficile à atteindre.
-
Il faut en effet rappeler que, comparée à d’autres pays développés, la France émet moins de CO2 grâce à son énergie électrique produite à 90 % avec des technologies non émettrices de CO2 : énergie nucléaire (entre 75 % et 78 %) et énergie hydroélectrique (entre 11 et 13 %). En 2010, un Français émettait en moyenne 6,1 tonnes de CO2 par an, contre 10,5 tonnes pour un Allemand et 8 tonnes pour un Européen (moyenne par habitant des 27 pays de l'UE). Rappelons le : grâce au nucléaire, un Français émet 40 % de CO2 en moins qu'un Allemand, soit une différence de plus de 4 tonnes de CO2 par habitant et par an de part et d'autre du Rhin !
-
Il est vrai que la production d’un kWh entraîne en France l’émission de seulement 80 grammes de CO2, contre 620 g aux Pays Bas, 670 g en Allemagne, 870 g au Danemark ! Si nous voulions sortir du nucléaire en maintenant notre consommation électrique à son niveau actuel et en continuant à diminuer nos émissions de CO2 pour lutter contre le réchauffement climatique, nous devrions, non seulement développer de manière massive les énergies renouvelables, mais également généraliser l'installation dans les centrales thermiques de systèmes de capture et de séquestration de carbone et accélérer la mise aux normes énergétiques très coûteuse de l'ensemble des bâtiments et logements.
-
Au total, si l'on prend en compte l'ensemble des coûts économiques, sociaux et environnementaux d'une sortie du nucléaire, la facture totale serait en tout état de cause de plusieurs centaines de milliards d'euros. Cette sortie du nucléaire, même étalée sur 30 ans, aurait pour notre pays un coût global direct et indirect très important qui se traduirait inévitablement par une hausse de nos émissions de CO2 (alors qu'elles ont fortement diminué depuis 1990) et une augmentation sensible du prix de l'électricité pour les entreprises et les ménages, même si l'ampleur de cette augmentation fait l'objet d'âpres débats entre spécialistes et varie en fonction des hypothèses énergétiques retenues.
-
Or, toutes les enquêtes d'opinion récentes montrent que, si une majorité de Français semble plutôt favorable à une sortie progressive du nucléaire sur une longue période, nos concitoyens refusent à 72 % de payer plus cher leur facture d'énergie pour sortir du nucléaire ! Il y a là un paradoxe français redoutable dont il faut absolument sortir.
-
La question de la sortie du nucléaire est donc une question politique qui relève d'un choix démocratique majeur. Cette question peut être formulée ainsi : quand nous aurons estimé, en nous appuyant sur les scénarios les plus probables et les plus objectifs possibles, le coût réel global de sortie du nucléaire et son impact inévitable sur le prix de l'énergie, serons-nous prêts à assumer toutes les conséquences de ce choix et à payer en outre sensiblement plus cher notre énergie en échange de la suppression d'un risque certes réel mais d'une faible probabilité de survenue dans notre pays, compte tenu du très haut niveau de sûreté de nos installations et de la spécificité géographique et climatique de la France ?
-
Certains écologistes lucides et non des moindres, comme Patrick Moore, ex-dirigeant et fondateur de Greenpeace, ont changé de position sur le nucléaire et admettent l'idée que le recours au nucléaire, comme énergie de transition, est inévitable, avec des normes de sûreté accrues, pour les décennies à venir, si nous considérons que la priorité absolue de l'humanité est de limiter le réchauffement climatique en réduisant drastiquement ses émissions de CO2.
-
Le mouvement écologiste n'échappera pas à ce débat et devra évoluer sur la question du nucléaire qui constitue avec les autres grands leviers définis par Solow (économie d'énergie, amélioration de l'efficacité énergétique, lutte contre la déforestation, réorientation de l'agriculture, capture du CO2 et développement des énergies renouvelables) un moyen de production massif d'énergie non carbonée que nous ne pouvons pas nous permettre de refuser, face à l'immense péril du réchauffement que de nouvelles observations et études scientifiques confirment chaque jour.
-
Les réponses paradoxales de nos concitoyens, qui souhaitent majoritairement, après le traumatisme de Fukushima, sortir du nucléaire mais refusent totalement de prendre en charge le coût de cette sortie, montrent bien à quel point il est nécessaire d'ouvrir un vrai et long débat démocratique pour ne pas céder aux visions réductrices et idéologiques qui polluent et dominent ce débat et éclairer sereinement ses enjeux économiques, sociaux et politiques, complexes mais décisifs pour notre avenir.

René TRÉGOUËT
Sénateur Honoraire
Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

samedi 26 novembre 2011

L'insulte n'est pas un argument

-
Le parti socialiste et les verts ont répondu à la charge du Président de la République sur leur politique nucléaire par des injures (c'est un has been sur le nucléaire) ou des accusations (il ment, il triche, il utilise le chantage à l'emploi). Tout cela est misérable et souligne la pauvreté et la petitesse d'esprit de ces politiques qui se disent responsables et dont les jugements moraux s'adaptent à leurs désirs du moment comme une peau de boudin blanc à la farce qu'elle protège.
-
D'abord, rappelons les grands exemples. Il aura fallu que les stigmates de la maladie qui rongeait le Président MITTERRAND ne puissent plus être dissimulés pour que l'opinion publique connaisse, oh, fort peu, ce qu'il en était. Les bulletins de santé étaient faux ; la maladie était déjà installée au début du premier septennat. Pour l'avoir dit, le Dr GUBBLER a été radié de l'ordre des médecins. Mais n'est-ce pas un terrible mensonge que de dissimuler aux électeurs l'état de santé d'un responsable politique qui aspire à des fonctions requérant le maintien de toutes ses capacités physiques ? Arrêtez-moi si je me trompe. Qui a couvert de son aile protectrice l'affaire du Rainbow Warrior laquelle a coûté son portefeuille à Charles HERNU, comme s'il avait pu prendre seul une telle initiative ? Qui a organisé l'affaire des Irlandais de Vincennes. Et ce sont ces gens-là qui ne cessent de brûler de l'encens devant l'autel du défunt Président et qui vont donner des leçons ? Ne serait-ce point là une triche avérée ?
-
Quand le chemin-de-fer a commencé à se développer en France, il s'est trouvé un très grand savant - je crois que c'était ARAGO - pour mettre en garde les voyageurs contre un possible éclatement des poumons lors du passage du train dans les tunnels en raison de la surpression de l'air qu'y provoquait son passage. La crainte écolo-socialiste me rappelle un peu  ce curieux épisodes de l'histoire des chemins-de-fer.  Si les écologistes et les socialistes veulent nous convaincre de la nécessité de supprimer l'énergie nucléaire, ils doivent apporter la preuve qu'elle est, en France, effectivement dangereuse et expliquer pourquoi, et non pas invoquer des dangers innommés, et faire appel à la peur primale des origines de l'humanité. Ils doivent également présenter un plan d'investissement en équipements susceptibles de remplacer les centrales nucléaires. En évaluer le coût.  Mais si c'est pour nous enfumer avec le charbon ou le pétrole (dont le prix dépassera bientôt celui de la truffe), je préfère le doux panache de vapeur qui s'échappe des tours de refroidissement des centrales. Il faut qu'ils nous disent le prix de revient de l'énergie ainsi produite, qu'ils nous expliquent comment ils entendent évacuer les déchets nucléaires produits depuis l'ouverture des centrales, mais attention dans des conditions qui n'offusquent point l'épiderme délicat de Cécile DUFLOT ou de Dominique VOYNET. Des solutions, il y en a qui sont en cours de réalisation, mais qui n'ont pas l'heur de plaire à ces messieurs-dames. J'ajoute encore une chose. Dans la nature, rien ne se crée, rien ne se perd (le cas du surgénérateur de CREYS-MALVILLE mis à part ; il a été abandonné). Il en résulte que la radioactivité du coeur des centrales n'est pas plus importante que celle qui est dispersée dans la nature (la pechblende par exemple). Elle est tout simplement concentrée : là est le problème, le seul d'ailleurs. Et c'est là-dessus qu'il faut travailler, investir, chercher, protéger.
-
Je trouve très curieux que des gens qui se disent de progrès puissent être à ce point aussi ringards. Et je frissonne de terreur à l'idée de voir un jour des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers d'éoliennes barrer nos horizons. Bien des Don Quichotte, au lieu d'y voir de modernes moulins à vent, risquent d'y voir des géants. Ça promet.
-
Monsieur HOLLANDE est un démagogue. Son parti est un parti totalitaire. Leur projet politique est un concentré de mesures qui abaissent notre patrie, appauvrit les citoyens et engraisse les apparatchiks. Le pouvoir déploie de grandes délices aux yeux des hommes, c'est entendu ; je veux bien que ceux qui y prétendent nous mènent au bord du RUBICON, mais pas pour pécher à la ligne.
-

samedi 19 novembre 2011

Paris vaut bien une messe...

-
... et l'Elysée un honteux compromis.
-
Monsieur HOLLANDE, en effet, vient de passer avec les Écologistes un accord parfaitement honteux. Il a troqué l'indépendance énergétique de sa patrie et l'avance prise par elle en matière d'industrie nucléaire, contre un soutien électoral du parti écologiste. Moyennant quoi, il cède à ses partenaires une soixantaine de circonscriptions électorales où ces amis de rencontre pourront présenter des candidats ayant des chances d'être élus. Monsieur DELANOE, qui n'a pas été consulté, s'étrangle de stupéfaction et parle de tripatouillage à l'annonce de la candidature de Cécile DUFLOT à Paris. Madame AUBRY (qui ferait mieux de sonder de plus près les marais nauséabonds du Carlton) prétend que son premier adjoint cède sa circonscription à un écologiste ; à Bordeaux, Marie BOVE se présente dans la circonscription représentée aujourd'hui par une députée socialiste, et qui fut il y a peu celle d'Alain JUPPE. Voilà très exactement la traduction concrète de la tiédeur et de la mollesse (disait Martine AUBRY) de l'homme qui aspire à la magistrature suprême. Tous ces accords de coulisse, ces compromis rappellent la bonne odeur du cassoulet que fricotaient en leur temps les radicaux du Sud-Ouest.
-
L'accord électoral prévoit la fermeture de 24 réacteurs nucléaires d'ici 2025, et une réduction à 50 % de la proportion d'électricité d'origine nucléaire, qui est aujourd'hui de 75 %. Bien entendu, les responsables des centrales nucléaires touchées par ces mesures de fermeture n'ont pas été consultés, ni le personnel d'entretien, ni le personnel d'exploitation. Personne n'est en mesure de dire exactement ce qu'il est en est de la filière Mox, le combustible nucléaire nécessaire au fonctionnement du réacteur EPR en cours de construction à Flamanville dans la Manche.
-
Il se trouve que je suis passé très souvent devant la centrale de FESSENHEIM dont la fermeture est décidée par ces messieurs au lendemain de l'élection (à mon avis problématique) de monsieur HOLLANDE. Je n'ai jamais vu ni entendu qui que ce soit habitant la région proche se plaindre de la présence de ce site nucléaire, fournisseur d'emplois et de ressources financières. Mais je conviens que ces seules raisons ne suffisent pas à justifier le maintien d'un site qui serait dangereux. Il s'agit donc de savoir si l'est vraiment et pourquoi.
-
Il est donc intéressant de s'adresser à ceux qui y travaillent. Le Figaro nous apprend que Bernard DODIN, délégué syndical CFDT à FESSENHEIM dit à qui veut bien l'entendre, sinon l'écouter : "Mon coeur est à gauche, je suis un homme de gauche. Devrais-je compter sur la droite pour sauvegarder notre outil de travail ? Ce serait une bêtise sans nom de fermer FESSENHEIM qui a eu l'agrément de l'Autorité - indépendante - de sûreté nucléaire." De son côté, son collègue de la CGT, Jean-Luc CARDOSO renchérit : "On ne démantèle pas une centrale parce qu'on en a envie, mais parce qu'elle est obsolète." Tel n'est pas le cas, dit-il de la centrale alsacienne. "Les socialistes ont eu tort de céder aux écologistes" dit le premier ; "On sacrifie les salariés d'une industrie au profit de quelques places pour des hommes et des femmes politiques" dit le second. Je ne parle pas des réactions mitigées de nombreuses autres personnalités alsaciennes de gauche.
-
Il me semble qu'il faut poser à l'industrie nucléaire deux questions bien distinctes qui, du reste, semblent bien refléter les positions respectives, l'une, chèvre-choutante et mollassonne du candidat socialiste, l'autre, radicale, celle des fidèles de l'écologisme (j'utilise ce mot à dessein).
-
(a) La première question est raisonnable. Elle consiste à apprécier la dangerosité putative de ces sites nucléaires. Deux types de causes, l'un extrinsèque, l'autre intrinsèque, peuvent caractériser cette dangerosité. Les causes extrinsèques sont des causes naturelles : inondations ou tremblements de terre sont les deux principales. S'il est vrai que l'Alsace est une région sismique, surtout dans sa partie méridionale, les séismes n'y sont jamais très importants. J'en ai personnellement ressenti trois en 30 ans dans la région de STRASBOURG dont un à l'automne 1978, assez fort ; il n'a entraîné aucun dégât, aucune destruction, aucune perte humaine. Et, depuis la destruction quasi totale de BALE à la suite d'un séisme important au XVe siècle, aucun autre protestation de la Terre n'a atteint une ampleur telle qu'elle justifie la terreur. Certes, elle est toujours possible, mais hautement improbable. La question des inondations est réglée depuis longtemps grâce à l'aménagement du cours et du lit du RHIN. Par ailleurs, la centrale de FESSENHEIM est construite sur des normes anti-sismiques. Les causes extérieures de dangerosité peuvent être écartées avec une vraisemblance considérable. Les causes intrinsèques dépendent de la technique elle-même. Je recommande vivement la lecture de l'interview d'Alexandre FAURE par Benoît FIDELIN, publiée dans le numéro 6729 du Magazine Pélerin du 17 novembre 2011. Alexandre est ingénieur de sécurité à la centrale nucléaire de CHOOZ dans les Ardennes. Il expose avec précision les précautions prises pour la surveillance continuelle de la centrale : 200 agents de conduite se relayent 24 h sur 24 pour surveiller la bonne marche des deux réacteurs. Dans la salle de contrôle, des dizaines d'écrans et de voyants fournissent des indications instantanées sur la maintenance électrotechnique, les systèmes informatiques, la conduite des opérations, la sécurité des personnels, et quantité d'autres paramètres. On aimerait bien que des contrôles aussi minutieux soient opérés, mutatis mutandis, dans des secteurs politiquement, médiatiquement et sociétalement moins sensibles, comme celui des hôpitaux, des transports routiers ou ferroviaires, des banques, pour ne citer que quelques uns d'entre eux.
-
(b) Et puis il y a les mauvaises questions de l'écologisme radical, pour qui les idées passent avant les hommes, l'irrationnel avant le rationnel, la doctrine avant les faits. Supprimons les centrales disent les vestales et les flamines de ce culte nouveau qu'est devenue l'écologie. Remplaçons-les par des éoliennes, des panneaux solaires, des sources d'énergie renouvelable, sur la nature éthérée desquelles les desservant du dieu nouveau restent très vagues. Au moment où EDF s'engage dans une campagne d'enfouissement de nombreuses lignes à haute tension qui salissaient de leur pylônes et de leur fils les paysages de nos campagnes et des banlieues, on propose d'implanter des éoliennes. Allez-donc voir du côté de MILLAU, de PERPIGNAN ou de la Vallée du Rhône ces forêts métalliques qui se dressent sur les crêtes des monts et des collines, ne tendez pas l'oreille pour entendre le bruit de leur moulin à vent, (c'est inutile, il s'impose, omniprésent, obsédant, obscène), ne cherchez surtout pas à vous renseigner sur le rendement de ces dispositifs (je vais vous le dire tout de même 17 %), ni sur le nombre de ces horreurs qu'il nous faudrait dresser pour produire autant d'électricité que les centrales supprimées. Vaclav KLAUS (je l'ai déjà écrit il y a longtemps dans un billet de ce Blog) a calculé qu'il faudrait implanter une éolienne tous les 50 m entre la frontière slovaque et la mer du Nord pour produire une quantité d'électricité équivalente à celle que produit une petite centrale nucléaire implantée à la frontière de la SLOVAQUIE et de l'AUTRICHE. Par ailleurs le bilan carbone de ces installation est désastreux : il faut du béton pour les socles, du métal pour les piliers et les pales, tout matériau dont la production exige des dépenses d'énergie thermique considérable. Les panneaux solaires demandent des quantités de matières premières rares, coûteuses, et qu'il nous faudrait importer. Reste la géothermie (fort coûteuse, mais certainement d'avenir) et la micro-hydraulique (il faudrait alors qu'EDF abandonne le monopole de distribution du courant).
-
Désolé d'avoir été aussi long. Mais quand un homme politique aspirant à la magistrature suprême choisit des voies aussi manifestement contraire à l'intérêt de son pays, il est du devoir des citoyens de le lui faire savoir. Rajouté au vote des étrangers, les choix de monsieur HOLLANDE donnent à penser que pour lui le pouvoir est plus attrayant que la survie de la patrie. Monsieur HOLLANDE risque de tomber avant peu sous le coup d'une accusation très grave : celle de représenter les intérêts de l'anti-France.
-



jeudi 17 mars 2011

Un paysan du Danube s'interroge

-
Le séisme et le raz-de-marée qui ont secoué le Japon, les bouillonnements politiques qui agitent nombre de pays arabes interrogent le paysan du Danube, celui qui n'a que son bon sens et sa naïveté pour tout bagage. Il se dit que l'on aurait tort de ne pas lier les deux événements.
-
Les écologistes s'appuient sur les explosions de deux réacteurs de la centrale de FUKUSHIMA pour exiger que la France, deuxième pays au monde, après les Etats-Unis, pour le nombre de centrales nucléaires, "sorte du nucléaire". Ils ne disent pas comment il faudrait stocker la matière fissile actuellement logée dans le coeur des réacteurs, et évoquent assez vaguement le développement d'énergie de substitution, dont l'énergie éolienne. Or c'est cela qu'il faut envisager avant de se précipiter.
-
La paysan du Danube réfléchit (un peu) : entre le risque peu probable mais terrible que représente l'emballement d'un réacteur et son explosion, et le risque beaucoup moins probable, mais tout aussi dangereux, de marées noires consécutives au naufrage de pétroliers (Exon Valdez, Amocco Cadiz, Torrey Canyon, pour ne citer que les plus célèbres), que faut-il choisir ? Et s'il est souhaitable et bénéfique de "sortir du nucléaire", ne faudrait-il pas exiger que l'on sorte aussi du pétrole ? Voilà qui semblerait logique, et cohérent avec la doctrine écologique. En tout cas, pas une goutte de pétrole de KHADAFI dans nos citernes.
-
Supposons donc que l'on sorte et de l'énergie nucléaire et de l'énergie pétrolière. Il nous reste le charbon (mais les mines britanniques et françaises sont fermées depuis longtemps, et les mines de lignite de l'ex-Europe de l'Est sont en cours de fermeture ; je ne parle pas du charbon importé de Chine ou d'Afrique du Sud ou d'ailleurs, dont le transport par bateau consommerait des quantités pharamineuses de fuel et donc de pétrole). Bon ! Remettons-nous au charbon. Rouvrons nos mines et brûlons hardiment ce qui reste de ce combustible fossile. Mais là, je dis halte ! Et le gaz carbonique, hein ? Que dites-vous du gaz carbonique ? Impossible. La voie du charbon est une voie en impasse ; c'est une voie fumeuse. Qu'on me pardonne cette pauvre plaisanterie.
-
Il y a le vent. Mais les éoliennes consomment beaucoup de béton et de fer pour leur construction, leur rendement est très faible, et il en faudrait un nombre considérable pour avoir une production inférieure de plus de dix fois à celle que nous assurent les centrales nucléaires. En outre elles sont bruyantes et affreuses, et dénaturent le paysage. Il s'agit là d'une pollution sonore et visuelle permanente. Les protestations des riverains français, et pas seulement des marins-pêcheurs, de la mer du Nord contre la construction d'un parc marin d'éoliennes en disent long sur l'acceptabilité sociale de ce moyen s'il venait à être répandu.
-
Il y a l'hydraulique. La France a construit tous les barrages qu'il lui était possible. Mais ces barrages font peser un risque considérable, quoique peu probable, sur les habitants des villages, bourgs et villes sis en leur aval. L'accident du barrage de MALPASSET, près de FREJUS vient nous le rappeler fort à propos. Et je ne voudrais pas habiter sur les rives du Fleuve Bleu, en aval du barrage des Trois Gorges. Il y a la micro-hydraulique. Là c'est déjà plus sérieux. Il serait possible d'équiper les nombreux cours d'eau qui parcourent la France avec des mini-turbines. Mais cette micro-production échapperait au contrôle d'EDF dont ni les syndicats ni les dirigeants de l'entreprise ne veulent. Et la micro-hydraulique dans le désert de GOBI, du SAHARA ou du TAKLA-MAKAN ne semble pas être une voie très sérieuse...
-
Il y a l'énergie solaire. Mais produire des panneaux solaires exigent aussi beaucoup d'énergie et de matières premières. Et de l'ensoleillement qui n'est pas toujours et partout assuré. Je n'aurais pas l'inélégance de citer les provinces qui en France sont légèrement pluvieuses, non plus que les pays d'Europe que le soleil ne brûle point. Cette énergie serait très envisageable en Arabie saoudite. Mais que ferait-elle de son pétrole, si elle promeut l'énergie solaire ?
-
Il y a bien sûr la trotinette et la bicyclette (je ne parle pas de voitures, motocyclettes, scooters, etc.) qui ne font appel qu'à l'énergie humaine. On a pu voir très récemment à la télévision cette prodigieuse invention qui permet de recharger son portable tout en pédalant. On peut multiplier l'usage des tandems pour augmenter la production. Le paysan du Danube dérive et galège. En vérité, il voit que le problème est d'une effroyable complexité et que ce que l'humanité appelle progrès est étroitement associé à sa folie des grandeurs et à sa démesure, cette hubris dont les Grecs ont si bien parlé, sans vraiment nous dire d'ailleurs comment la combattre. La solution réside probablement par l'adoption simultanée de ces divers modes de production d'énergie.
-
Voilà pour aujourd'hui.
-