Joseph de MAISTRE a magistralement traduit l'ouvrage de PLUTARQUE intitulé Sur les délais de la Justice divine. Je jetais un coup d'oeil négligent sur cette traduction, cherchant de quoi vous parler aujourd'hui. J'aurais eu beaucoup à dire sur l'actualité, mais la passion n'est jamais bonne conseillère. Il est préférable d'attendre un peu avant de donner un avis qui, prononcé dans la chaleur de l'événement, ne peut être pondéré, juste et sage. Je cherchais donc, disais-je, et je trouve ceci qui me paraît très juste :
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"Les grands caractères ne sauraient produire rien de médiocre ; et comme l'énergie qui est en eux ne peut demeurer oiseuse, toujours ils sont en branle comme des vaisseaux battus par les flots et par la tempête, jusqu'à ce qu'enfin ils soient parvenus à des habitudes fixes. Or, comme il peut arriver qu'un homme sans expérience dans l'agriculture, méprise une terre qu'il verra couverte de broussailles, de plantes sauvages, d'eaux extravasées, de fange et de reptiles ; tandis que le connaisseur tirera de ces signes mêmes et d'autres semblables, des preuves de l'excellence de cette terre ; de même les grands caractères sont sujets dans leurs commencemens (sic), à pousser des fruits mauvais et désordonnés ; et nous qui ne pouvons supporter ce que ces fruits ont d'épineux et d'offensants, nous imaginons qu'il n'y a rien de plus pressé que de réprimer par le fer cette fausse végétation ; mais celui qui en sait plus que nous, voyant déjà ce qu'il y a dans ces esprits de bons et de généreux, attend l'époque de la raison et de la vertu, où ces tempéramens (resic) robustes seront en état de produire des fruits dignes d'eux."
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Il me semble que cette analyse s'applique assez bien à un Président honni, moqué, vilipendé, souvent maladroit, parfois dans l'erreur, et que la versatile opinion publique, manipulée par les médias en quête de "polémiques", de "scoops", de révélations "fracassantes", désire vouer au gémonies. Comme PLUTARQUE le fait dire à BIAS (à travers un discours rapporté par THUCYDIDE) à propos d'un méchant homme, j'ose dire à tous ces médiocres qui prennent leurs discours pour le réel, leurs passions pour du désintéressement, leurs insultes pour des prophéties : Je ne crains pas que vous échappiez à la peine ; je crains seulement de pas vivre assez pour en être le témoin.
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