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jeudi 28 mai 2009

Le courage de la vérité

Un rapport rédigé par le Juge irlandais Sean RYAN, un énorme rapport, met dans une atroce lumière les sévices et les violences sexuelles subis par des centaines et des milliers de jeunes garçons dans des institutions placées sous la responsabilité de l'Église d'Irlande et de l'Etat dans les années 1940-1950. Pire, et presque plus insupportable encore, m'apparaissent les tentative de ces autorités pour étouffer ces scandales, voire se retourner contre les victimes.
Il est indispensable que les chrétiens condamnent avec la plus extrême clarté ces abus et ces crimes, que l'Église d'Irlande demande pardon à ces victimes et les dédommage en toute justice des souffrances qu'elles ont supportées. Il n'y a rien à retrancher de cela.
Comment en est-on arrivé là ?
Mes récentes lectures de Marcel LEGAUT et d'un livre que j'ai providentiellement trouvé aujourd'hui même, Le Christ philosophe de Frédéric LENOIR, m'ouvrent des perspectives exigeantes, mais vivifiantes, pour éclairer un peu, très peu, ce sombre tableau.
LEGAUT distingue la croyance idéologique ou adhésion intellectuelle à un ensemble de dogmes, avec une pratique sociologique des sacrements (messe, confession communion), qui n'engagent pas vraiment la personne au plus profond de son existence, et la foi du disciple qui ne cesse de se poser deux questions : "Qui es-tu, homme unique et solitaire ? - Qui donc as-tu été, Jésus, toi que tant d'hommes ont aimé que tant d'autres ont haï." Une telle recherche suppose une très grande exigence personnelle, le refus absolu du mensonge, une très grande rigueur intellectuelle et morale, une recherche constante de ce qu'est sa mission spécifique, une fidélité sans faille à soi-même.
LENOIR, et c'est là une rencontre providentielle pour moi, s'interroge sur les dysfonctionnements de l'Église et se demande comment l'Inquisition a été possible ; je ne discuterai pas de l'aspect historique ici - car il a été fort malmené par l'histoire officielle - je m'intéresserai à la répercussion terrible qu'a eu cette institution dans la mémoire des peuples, et je reprendrai donc mots pour mots les propos de F. Lenoir : L'exemple de l'Inquisition oppose deux points de vue radicalement antinomiques : le message révolutionnaire du Christ qui cherche à émanciper l'individu du poids du groupe et de la tradition en faisant de sa liberté un choix absolu, et la pratique de l'institution ecclésiale qui en arrive à nier cette liberté intérieure pour sauvegarder les intérêts du groupe et de la tradition.
Il me semble que l'attitude de l'Eglise d'Irlande a été justifiée par le désir de maintenir son pouvoir sur la société. Or Jésus n'est pas venu pour que des institutions prennent le pouvoir. Il demande à ses disciples de se faire serviteur de tous, et d'être uns - signe auquel on reconnaîtra qu'ils lui appartiennent. Il n'y a donc pas à temporiser, à faire de la diplomatie, à ruser avec les faits et avec la vérité. Nous avons le devoir, comme disciples, de proclamer la bonne nouvelle, et nul au monde ne peut nous empêcher de le faire ; nous avons le devoir de suivre l'enseignement de notre Maître, et non de faire le contraire de ce qu'il a dit. Nous avons le devoir de dénoncer le tort fait à l'homme, et aux petits, surtout quand ce sont des enfants, et même si nous devons en pâtir, voir y perdre la vie. Un point c'est tout.
J'ai eu l'occasion de dire dans un billet intitulé "Profession de foi" que mon plus profond désir est d'être un disciple de Jésus. Hélas, j'ai encore bien du chemin à parcourir, mais je ne peux pas excuser l'inexcusable d'où qu'il vienne et encore plus quand ce sont des frères qui l'ont commis. Il appartient aux victimes de leur accorder leur pardon s'ils ont le courage de faire cette démarche. Au nom de Jésus, qu'ils la fassent !
Ayons le courage de la vérité

samedi 12 mai 2007

Sociétés naturelles et pouvoir politique

J'ai déjà eu l'occasion de parler de l'ouvrage de Marcel de CORTE dans le premier billet de ce blog. Vous n'aurez donc pas la référence de cet ouvrage (L'intelligence en péril de mort). Mais en revanche, vous en aurez deux petits extraits qui me semblent être d'actualité.
"Le régime démocratique moderne, né de la Révolution française et de la mutation opérée par l'intelligence sur elle-même, présuppose de toute évidence la ruine, l'éviction ou, à tout le moins LA STERILISATION POLITIQUE de toutes les sociétés naturelles ou semi-naturelles où l'homme se trouve inscrit par le destin de la naissance ou de la vocation : famille, communauté professionnelle, et locales et régionales, patrie petite ou grande."
Et ceci encore :
"Le bon sens nous révèle que, dans un système politique et social dont les membres sont séparés les uns des autres parce qu'ils ne participent plus à des réalités communes, à un même bien commun, la seule opinion qui puisse naître n'est évidemment pas l'opinion réelle, résultante d'un accord sur les êtres et les choses, d'une entente sur des vérités éprouvées, d'une action convergente vers le bien de tous, c'est à dire d'un fait social ANTERIEUR A L'OPINION ELLE-MÊME." Ceci signifie que les opinions publiques sont essentiellement de nature idéologique.
Pendant longtemps, avec d'autres, j'ai méprisé les "corporatismes", et il est de bon ton dans le politiquement correct, de continuer à le faire. Néanmoins, je constate que sans la protection que conféraient jadis les corps intermédiaires contre l'arbitraire de l'état, le citoyen se trouve aujourd'hui complètement désarmé devant une bureaucratie toute puissante. Ainsi, l'administration fiscale peut trouver dans vos déclarations d'impôts des éléments qu'elle juge irréguliers ; il vous appartient de faire la preuve qu'elle se trompe, sinon vous devez payer. Les agents des douanes ont le privilège exorbitant de perquisitionner sans mandat d'aucun juge à toute heure du jour et de la nuit. Les magistrats instructeurs peuvent mettre en détention préventive qui bon leur plaît, et ce pouvoir est discrétionnaire, etc.
Il est assez symptomatique de voir que l'un des premiers actes législatifs de la l'Assemblée Constituante, fut, sous l'impulsion d'Isaac René Guy (Dixit le Robert) LE CHAPELIER, de voter le 14 juin 1791 une loi supprimant les corporations, limitant le droit d'association, et déniant tout pouvoir politique aux sociétés intermédiaires. Le Robert ajoute - notez-le bien - que cette loi "constitua l'une des bases du capitalisme libéral".
La saine défense des sociétés naturelles explique sans doute pourquoi les communes françaises, surtout les plus petites, ne veulent pas fusionner entre elles pour créer de plus grosses ENTITES ADMINISTRATIVES (entité veut tout dire !). En tant que petites patries, elles pressentent que le peu de liberté politique que leur laisse la constitution française disparaîtrait corps et biens dans ces "entités". Des technocrates, sans légitimité politique, irresponsables juridiquement de leurs actes (pour antant qu'ils soient légaux), décideraient pour les citoyens de la commune ce qui est bon peur eux.
Il est grand temps de réagir. Et avec le recul, je constate que le rejet du projet de réforme constitutionnelle forgé par le général de GAULLE, rejet qui entraîna sa démission fut tout simplement une catastrophe pour notre pays.
Il est temps que nos communautés naturelles récupèrent le pouvoir politique qu'elles n'auraient jamais dû perdre. Lecteurs, je vous en prie, faites vos commentaires. J'ai de bonnes raisons de penser que ce blog est lu par certaines personnalités politiques (de droite comme de gauche), car j'ai eu la surprise d'entendre ou de lire des opinions qui reprenaient quasiment mot pour mot ce qui était ici écrit depuis un certain temps. Je dis bien mot pour mot.
Politis-philippe