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vendredi 23 octobre 2009

Vice de la démocratie ou démocratie viciée ?

Jean SARKOZY renonce à briguer le poste de Président de l'EPAD. Sa déclaration de renonciation est digne, et montre la fermeté de caractère de ce jeune homme. Si je maintiens que cette candidature était prématurée en raison du manque d'expérience du prétendant, je pense que les critiqueurs de tous poils projettent sur lui leur bassesse d'analyse et leur manière viciée et vicieuse d'envisager la démocratie.

Je vais m'expliquer. Le raisonnement que je tiens sur l'absence d'expérience de Jean SARKOZY, tout le monde peut le faire. Le poste est soumis à l'élection, et rien n'oblige les électeurs à renoncer à leur conviction, s'ils estiment que le candidat n'est pas apte à occuper la fonction. Les grands criailleurs de la gauche font un procès d'intention à leurs pairs de la majorité en imaginant qu'ils auraient voté, nolentes volentes, pour Jean SARKOZY au motif qu'il est le fils du Président de la République. En d'autres termes, ils prêtent à leurs adversaires politiques une attitude qu'ils auraient eue sans doute, ou se seraient crus forcés d'avoir au cas où, par exemple, monsieur Jean-Christophe MITTERRAND eût été candidat à la fonction sous le septennat de son père. Monsieur Jean-Christophe MITTERRAND a échappé au filtre de l'élection et a occupé d'importantes fonctions auprès du Président MITTERRAND, sans que quiconque s'en émeuve. Ses pouvoirs étaient immenses, ses fonctions occultes et opaques, en raison de la mission qui lui était confiée.
Mais on peut aussi imaginer que la critique est fondée, et que ce sont vraiment les moeurs de la démocratie actuelle que de voter systématiquement pour un représentant de la majorité, sans réfléchir, auquel cas la dite démocratie est bien malade, viciée en ses fondements par l'esprit de parti, l'esprit de clan, et la coalition des intérêts personnels.
Nous voyons bien que rares sont les élus qui gardent, avec la liberté de vote, la liberté d'esprit. Il me souvient qu'un ministère de gauche a manqué être renversé sous François MITTERRAND, à une voix près. La voix qui manquait était celle de monsieur Raymond BARRE qui estimait ne pas pouvoir adhérer aux motifs qui expliquaient le dépôt de la motion de censure. Je ne parle pas non plus de monsieur Guillain de BENOUVILLE, homme de droite s'il en fut, mais grand ami de François MITTERRAND, qui n'a jamais mêlé sa voix à celles de ses "amis" politiques par fidélité à son ami François. La raison de cette discrétion pourrait paraître discutable pour un homme politique. Elle ne l'est pas pour qui met l'amitié au-dessus de l'esprit de parti. Il faut encore citer monsieur CHEVENEMENT qui a préféré démissionner que de rester dans un gouvernement dont il n'approuvait pas les décisions en matière d'engagement militaire.
En somme, la démocratie souffre d'un vice initial qui est celui de l'esprit de parti, et elle est viciée par le fait qu'il est pratiquement impossible d'y déroger si l'on veut survivre politiquement. Mais ce travers est tout particulièrement français et trouve son origine dans la guerre sans merci que se livrèrent sous la Convention, les Girondins, les Jacobins, les Indulgents, les Enragés, les Brissotins et autres factions qui se déchiraient et avec elles déchiraient notre patrie. On y reviendra.

mercredi 14 octobre 2009

Démocratie et compétence

L'affaire continue de faire grand bruit. On s'étonne de voir qu'un jeune homme de 23 ans, qui n'a pour tout bagage que deux années de droit, puisse être propulsé par ses pairs, à un poste de très haute importance stratégique : la présidence de l'EPAD.
La polémique, semble-t-il, repose sur une erreur de jugement, inhérente à la nature de la démocratie française. L'erreur est simple et se résume en une croyance déraisonnable : du côté de ceux qui soutiennent la candidature de Jean SARKOZY à ce poste, et de Jean SARKOZY lui-même, la certitude que l'onction du suffrage universel suffit à rendre compétent un élu qui n'est que politiquement légitime, alors qu'ils ne cessent de vanter les bienfaits du mérite. Du côté de l'opposition, l'accusation d'intrigue, de népotisme, de tricherie, alors que ses membres ne cessent de proclamer les bienfaits de la démocratie élective qui veut qu'un élu, fût-il un imbécile, soit un homme parfait et saint de par son élection, quand il appartient à sa faction. (Mais il y a des exceptions. Aucun d'entre eux n'a disputé à madame AUBRY le droit d'être ministre alors qu'elle n'avait aucune fonction élective, et ne lui a reproché d'être la fille de son père.) En d'autres termes, vous aurez reconnu un travers bien français : le goût de la dialectique et la contradiction pour moi insupportable, incivique, et schizophrène, du faire et du dire.
Du point de vue de la majorité, il était assez simple et cohérent de dire que Jean SARKOZY n'avait pas fait ses preuves et que sa formation et ses mérites, ambition mise à part, ne lui donnaient aucun titre pour prétendre à présider l'EPAD même s'il avait le droit de le faire. Du côté de l'opposition, il était cohérent et juste de reconnaître à un élu le droit de postuler, même s'il n'avait aucun mérite à le faire. Après tout, la Convention a député dans les provinces des envoyés en mission qui étaient non seulement de sinistres crétins mais aussi des lâches et des monstres, et personne ne semble s'en émouvoir dans les chaumières de l'histoire officielle qui fait l'affaire de tous les affairistes de la démocratie.
Il faut donc tenir les deux bouts de la corde : l'élection légitime la fonction de faire la loi, qui n'est aujourd'hui que la somme mathématique de l'opinion majoritaire ; la formation et les mérites vérifiés - et ils sont vérifiables - fondent seuls le droit à exercer des fonctions exigeant des compétences et des savoirs spécifiques. Cela porte un nom : le gouvernement par les meilleurs. Mais au pays de l'égalité, les meilleurs n'ont pas droit de cité. Tous pareils, tous interchangeables, tous compétents pour tout, à la condition d'être un élu.

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