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mardi 22 octobre 2013

A Myriam... Souvenirs

Bien de mes rares lecteurs risquent d'être déconcertés par ce billet. Et pourtant il est essentiel. Il exprime ma totale incompréhension de la vision que le monde politique actuel a de la société, des hommes et de la politique. Myriam sait, car je le lui ai dit, que le premier billet de ce jour lui serait consacré...

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Chère Myriam,

Voilà bien sept ans que nous ne nous étions vus. Nous nous sommes retrouvés, à STRASBOURG, chez ma fille et son mari pour un petit apéritif, égayé par cette magnifique bouteille de vin d'Alsace, un grain noble, une vendange tardive que vous avez apportée.
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Vous rentriez jadis dans votre bureau en chantant, pour me provoquer gentiment et parce que c'était vos convictions : "C'est l'internationale" hurliez-vous à tue-tête ; mon bureau étant à côté du vôtre, je reprenais avec vous le deuxième vers "Groupons-nous et demain...", et nous faisions chorus à la stupéfaction des étudiants, des chercheurs ou des visiteurs qui passaient par le couloir de notre laboratoire. Vous étiez directe (ça pour être directe, vous l'étiez), vous n'aviez pas peur de dire ce que vous pensiez de l'arrogance (ou de ce que, parfois, vous preniez pour tel) de la bourgeoisie, mais je comprenais, à travers vos propos, qu'il y avait dans ce reproche (souvent fondé) une blessure secrète, celle de n'avoir pas été prise pour ce que vous êtes.

Car vous êtes intelligente, très intelligente, et nul, pendant votre scolarité, n'a su détecter les potentialités intellectuelles qui étaient les vôtres. Je trouve ça lamentable ! Quel décalage entre ce qu'on vous a contrainte à faire, et vos qualités. Cultivée, lectrice assidue des bons auteurs, vive, et par-dessus tout d'une très grande droiture morale. Vous m'en avez appris sur la vie, chère Myriam. La plus grande leçon que vous m'ayez donnée, et que je n'ai jamais oubliée fut cette remarque : "Vous ne savez pas ce que c'est d'être pauvre". Non, je ne le savais pas, et si j'ai été élevé de manière très austère par mes parents (je dois à mon seul travail d'avoir pu acheter une moto d'occasion, une 350 BSA, puis une DKW junior deux temps elle aussi d'occasion [un gouffre, une citerne ambulante !], et enfin une 2 CV quand je me suis marié), je n'ai jamais été confronté à la situation de savoir si le boulanger accepterait de nous faire crédit à la fin du mois. Tout cela vous me l'avez décrit, appris avec une infinie pudeur à quoi se mêlait la force d'une légitime révolte que je partageais, car si je déteste la paresse et l'assistanat, je trouve honteux de confiner les talents des hommes dans les étroites limites d'une convenance sociale.

Oui, chère Myriam, en dépit de nos divergences d'opinions politiques, j'ai gardé pour vous la plus grande estime et je vous garde une amitié intacte. Vous avez eu la gentillesse de me dire dire avant hier soir que si vous n'en aviez pas eu pour moi, vous ne seriez pas venue à l'apéritif. Je vous en suis reconnaissant. Je ne renierai pas pour autant mes origines (je n'y suis pour rien) : j'ai en effet été élevé dans une famille bourgeoise, mais je dois à mes parents d'avoir eu très tôt les yeux ouverts sur le monde. Ma maman m'a donné l'exemple d'une femme discrète, toute dévouée au service des pauvres, des vieillards, des personnes malades ; mon père m'a donné l'exemple d'un homme qui savait, sans le claironner sur les toits, donner à bien des oeuvres, tant catholiques que laïques. Nous ne l'avons su,  pour certaines d'entre elles, qu'après sa mort. Et si je suis contraint par les faits à reconnaître l'existence des classes sociales, je n'y mets point de hiérarchie ; la fraternité humaine me paraît être plus porteuse de paix et d'avenir, que cette prétendue classification à laquelle je ne puis adhérer. 
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Chacun de nous est divisé à l'intérieur de lui-même, comme la société l'est en elle-même ; chaque être humain est venu au monde seul, et il mourra seul. Il y a cette plage de vie "ensemble", où la présence à l'autre est le seul moyen de trouver du bonheur...
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A bientôt, chère Myriam. Saluez votre charmante fille de ma part. Et soyez assurée de mon amitié et de mon respect.


mardi 11 septembre 2012

Le triomphe de l'humour haineux ; l'éructation de l'envie

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Deux événements récents me donnent à penser que nous ne prenons pas le bon chemin de la paix civile.
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Le journal Libération fait dans l'humour haineux en titrant CASSE-TOI RICHE CON et en vilipendant  Bernard ARNAULT qui demande la nationalité belge. Plusieurs remarques à ce propos. Il semble que ce journal continue d'être hanté par le Président SARKOZY, puisqu'il singe et subvertit la réponse malheureuse que celui-ci a faite à un de nos concitoyens qui l'insultait (il est nécessaire de bien souligner ce point). Ensuite, et quoique monsieur de ROTSCHILD (qui est le principal actionnaire de ce torchon) dise de bien sur ce titre en en vantant les vertus commerciales, il s'agit tout simplement d'une injure. Monsieur ARNAULT a bien expliqué qu'il continuait de payer ses impôts en France, rien n'y fait. Libération lui prête de sombres intentions de soustraction à ses obligations fiscales. Il y a des limites aux jugements téméraires et aux pétitions de principe. Monsieur ARNAULT a porté plainte. Il a raison. Et j'espère bien qu'il va gagner son procès. Libération aura gagné de l'argent de bien mauvaise manière.
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Deuxième événement intéressant. L'intervention de monsieur MELANCHON, présentée à un journal télévisé, sur cette demande de naturalisation. Il fallait voir la tête de l'orateur, le rictus véritablement haineux, le visage révulsé ; il disait à son public : "Non, mais vous vous rendez-compte ? Quarante milliards d'euros ? Vous voyez ce que ça fait par jour, par heure, par minute ?" Il suait le ressentiment et l'envie, le désir de démolir, la rage impuissante. Je vous jure que je n'exagère pas l'impression qui se dégageait de cette intervention. Elle appelle plusieurs remarques sous forme de questions. La première a trait à un fondement essentiel de la morale qui est le principe de réciprocité : ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fasse. (a) Supposons que monsieur MELANCHON soit multimilliardaire, trouverait-il juste qu'on l'impose à 75 % au-delà d'un certain revenu, ce qui, avec le RDS, la CSG, l'ISF revient à faire payer en impôt une somme supérieure au revenu ?  Quelle serait sa réaction ? (b) Monsieur ARNAULT a-t-il accumulé malhonnêtement sa fortune ? A-t-il dissimulé des revenus ? A-t-il fraudé le fisc ? Peut-on lui reprocher d'utiliser à son intérêt les possibilités que lui offre la loi s'il ne l'enfreint pas ? (c) Monsieur ARNAULT a-t-il nui à sa patrie par son activité ? (Il semble que non quand on voit les sommes que les étrangers dépensent pour acheter des produits de luxe de type VUITTON ou MOET-HENNESSY) ? A-t-il délocalisé toute sa production ? Paye-t-il mal les personne qu'il emploie dans ses entreprises ? Y a-t-il dans le monde politique un homme de son envergure capable de donner du travail à des milliers, voire des dizaines de milliers de compatriotes par sa seule activité, son sens des affaires, son esprit d'entreprise ? Répondez, monsieur MELANCHON, et faites-le honnêtement s'il vous plaît !
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Mais je conclus. Si monsieur ARNAULT, ce qui reste à démontrer, demandait la nationalité belge pour échapper à l'impôt, celui-ci serait-il injuste (attendons l'avis du Conseil Constitutionnel), alors il ne mériterait pas de rester Français. Et monsieur MYARD, député UMP, maire de MAISONS-LAFFITTE, connu pour son franc parler et ses opinions claires sur nombre de problèmes brûlants qui nous minent, a raison : c'est scandaleux. Et je redis ce que j'ai déjà dit au moins dix fois dans mes billets : exil fiscal ? déchéance de la nationalité ! Mais pas de procès d'intention, pas de haine, pas de lutte des classes : tout cela nous a fait assez de mal. Il suffit de prendre acte ; on ne peut se prévaloir de l'aide de sa patrie quand on refuse de la servir ; un point, c'est tout.
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Voilà pour aujourd'hui.

jeudi 30 décembre 2010

Les raisins verts

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Les régimes totalitaires sont des grands consommateurs de responsabilité collective. Les régimes autoritaires aussi. Il n'y a pas si longtemps en France, les nazis fusillaient X otages pour un soldat ou un officier allemand tué par des résistants. Ils ne se souciaient pas de savoir si la responsabilité des condamnés était engagée. Il fallait punir et faire un exemple. Et du temps des légistes, en Chine, il était courant que la faute réelle ou supposée, soit punie de la mort du coupable et de la totalité des membres de sa famille. Le mouvement des FALUNGONG, en Chine contemporaine a vu ses membres persécutés sur le même mode de la responsabilité collective.
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La responsabilité ne peut être que personnelle, car les consciences sont les consciences de personnes singulières et non pas la conscience abstraite de groupes ou de sociétés divers. Il faut tenir bon sur ce point. C'est un acquis moral de première importance. Nous le devons au prophète Ezéchiel : "Qu'avez-vous à répéter ce proverbe au pays d'Israël ? 'Les pères ont mangé des raisins verts, les dents des fils ont été agacées' ? Par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé, vous n'aurez plus à répéter ce proverbe en Israël. [...] Celui qui a péché, c'est lui qui mourra." [Ezéchiel 18, 2 à 4.]
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Pourquoi vient-il nous tanner avec ça, celui-là ? devez-vous penser. Je vais vous le dire. J'en ai par-dessus la tête d'entendre ici et là les donneurs de leçons nous plonger dans la culpabilité pour des actes que nous n'avons pas commis. Une chose est de reconnaître la responsabilité des institutions ou des régimes dans des atrocités ou des injustices parfaitement avérées, commises jadis, une autre est de vouloir nous en rendre coupables aujourd'hui. Avons-nous quelque responsabilité dans les excès du colonialisme, développé, il faut le rappeler, par Jules FERRY ? Devons-nous accepter d'être insultés par des peuples devenus indépendants (fort heureusement), maîtres (souvent mauvais) de leur destin, dans les malheurs dont ils prétendent être accablés ? Est-ce notre faute personnelle, si monsieur GBAGBO s'accroche au pouvoir au risque d'une guerre civile, un pouvoir que lui revendique monsieur OUATTARA dont les urnes ne sont pas remplies de bulletins aussi purs que des gouvernements divers veulent bien l'affirmer. Et la rafle du Vel-d'hiv, certes une tache indélébile dans l'histoire de notre patrie, y avons-nous pris part ? Que la République reconnaisse la responsabilité de l'Etat français dans ce drame est juste. Qu'on veuille nous en faire payer aujourd'hui le prix, individuellement, en infusant en chacun de nous une mauvaise conscience est inacceptable. Pareillement, les Allemands contemporains ne sont pas complices des atrocités des nazis, et les Algériens ne sont pas tous des terroristes et des criminels.
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J'entends bien, car il faut être intellectuellement probe jusqu'au bout, que ces dérives colonialistes ou racistes ont eu des conséquences politiques. J'ai suffisamment parlé de la Révolution et de ses méfaits pour nier ce qui relève du bon sens. Mais il y a avec la Révolution une différence d'avec ce que je viens de dire. Cet héritage, au lieu de le trier, de faire la part de ce qui est un progrès indubitable et de ce que sont des horreurs en tous genres, nous le revendiquons dans sa totalité, dans un flou et un mensonge insupportables, porteurs de bien des difficultés contemporaines de notre patrie.
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Je lutterai jusqu'à mon dernier souffle pour défendre la cause de la conscience morale, condamner les propos généralisateurs qui clouent au pilori tout un groupe humain, un peuple, au motif qu'il y a en son sein des individus peu recommandables. Est-il possible de demander aux promoteurs de la lutte des classes de mettre en oeuvre ce principe de bon sens, et de ne pas traiter de salauds tous les patrons, les riches, les chefs, au motif que certains d'entre eux se comportent comme des voyous ? Ce serait bien. Ce serait le début de possibles discussions, de dialogues fructueux. Et peut-on demander aux membres des différents corps de métier, de corps de fonctionnaires (enseignants, magistrats, employés des postes, des chemin de fer) de ne pas réagir en termes corporatistes, mais de penser AUX AUTRES avant de parler ?
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mardi 17 juin 2008

Contresens ou contre-vérité ?

Georges DUMEZIL est un de ces intellectuels qui font l'honneur de la pensée française. Spécialiste des langues du Caucase dont il a sauvé quelques unes de la disparition, c'est aussi et surtout le père de la théorie des trois fonctions qui a structuré les sociétés indo-européennes, des temps les plus anciens jusqu'à un passé relativement récent. Il a montré que les panthéons des sociétés indo-européennes étaient triples tout comme les sociétés et correspondaient aux différentes fonctions qui permettent à la société de se constituer et de survivre : la fonction religieuse, la fonction guerrière, et la fonction de production des biens agricoles et "industriels".
Il faut bien comprendre ce que signifie le mot "fonction". Il désigne l'ensemble des modalités selon lesquelles une structure fait face à une nécessité vitale. Les prêtres exerçaient la fonction de souveraineté magique et religieuse ; les guerriers, la fonction de défense de la communauté contre ses ennemis ; les paysans, laboureurs et artisans fournissaient à la communauté de quoi vivre matériellement. A ma connaissance, et je m'en étonnais (mais je n'ai pas tout lu de cet auteur, même si je possède dans ma bibliothèque la quasi totalité de ses oeuvres), DUMEZIL n'avait pas noté que les trois ordres qui structuraient la société française de l'Ancien Régime, Clergé, Noblesse, Tiers-Etat, correspondaient à ces trois fonctions. J'ai découvert avec surprise, dans un petit ouvrage très intéressant (Jean VARENNE. Zoroastre, le prophète de l'Iran. Editions Dervy, Paris, 2007. [page 19]), la première allusion à cette correspondance entre nos ordres et les très antiques habitudes indo-européennes.
Que le temps, l'usage, les déviations qu'imposent la nature humaine et ses appétits, aient défiguré ces ordres, et les aient fixés dans un système finalement injuste, nul ne peut en disconvenir. Car, en tout cas en France, à la fin du XVIIIe S., les responsabilités sociales de ces ordres n'étaient plus assurés par leurs membres, qui avaient remplacé dans leur esprit, l'égalité dans la diversité par une hiérarchie naturelle des mérites et des qualités fort discutable. Là, me semble-t-il, n'est pas le point. Qu'il eut fallu réformer, c'était l'évidence. Mais remplacer les ordres et les fonctions par les classes sociales, et instaurer une impitoyable lutte entre elles, comme si les fonctions devaient disparaître, est une aberration intellectuelle. Analyser l'histoire de l'Ancien Régime avec cette catégorie moderne revient à vouloir écraser une mouche avec un marteau-pilon, ou plus exactement un éléphant avec chasse-mouche, tant la structure des trois fonctions a marqué notre histoire et marque encore notre société. C'est un contresens ou une contre-vérité. Mais si papa MARX et ses admirateurs ont un moyen spécial pour supprimer l'armée, faire pousser les légumes sans agriculteurs, produire des voitures et des téléviseurs, des poteries et des chaussures sans artisans et sans ouvriers, qu'ils le disent. Quant aux prêtres qu'ils se sont acharnés à faire disparaître avec un certains succès, il me semble avoir été peu avantageusement remplacés par les voyantes, les cartomanciennes, les astrologues et les horoscopistes de tous poils. Car, au coeur de l'homme, demeure l'interrogation centrale du sens de la vie.
Je conclus : assumer ses responsabilités sociales, trouver un sens supérieur à son existence, et savoir se battre pour elle, la sienne propre et celle des autres, me semble être le début d'une vie bonne.