Je me permets de revenir aujourd'hui sur la naïveté dont certains de mes lecteurs ont bien voulu me gratifier. Le dictionnaire Robert définit ainsi cette propriété : (1) Dans une acception vieillie, simplicité et franchise naturelle dans l'expression. Dans une acception moderne, (2) simplicité, grâce naturelle empreinte de confiance et de sincérité ; (3) excès de confiance, de crédulité, résultant souvent de l'ignorance, de l'inexpérience ou de l'irréflexion ; marque de cet état d'esprit.
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Je serais le plus heureux des hommes si mes lecteurs définissaient ma prétendue naïveté comme le faisaient les anciens auteurs, ou encore, s'ils voulaient bien trouver à ma plume cette simplicité et cette grâce naturelle empreinte de confiance et de sincérité. Et je vais vous le dire, je me reconnais assez bien dans ces deux vertus. Il me semble en effet qu'il est impossible d'établir de vraies relations entre les hommes sans ce minimum des deux qualités qu'on attribue à la naïveté. Je crois que notre vie politique est empoisonnée par la méfiance, les jugements téméraires, et les procès d'intention que l'opposition fait à la majorité et que la majorité fait à l'opposition. Il me semblerait plus sage et plus efficace de faire aux propos des uns et des autres le crédit de la bonne foi, sans lequel il n'est pas possible d'argumenter sainement, contradictoirement, et de manière constructive. Mais quand il s'agit de prendre le pouvoir, les hommes perdent leurs repères, et divaguent dans les marais des accusations tordues.
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Excès de confiance et de crédulité, ignorance, irréflexion, inexpérience ? On ne fait jamais assez confiance, et même si cette dernière est trahie, la trahison elle-même "accumule des braises ardentes sur la tête" de ceux l'ont abusée (le verbe est utilisé ici transitivement, et signifie donc violée). Il est difficile de taxer de crédulité un homme qui a passé une grande partie de sa vie professionnelle à établir des faits, à exercer sur eux son esprit critique, dans l'exercice de son métier de chercheur. Et franchement, je ne crois pas avoir fait preuve d'irréflexion dans la production de mes billets. Il reste donc, et je l'admets volontiers, que je fais sans doute preuve d'un excès d'optimisme. Mais il me semble qu'il n'est pas possible de désespérer de l'homme, qui toujours passe infiniment l'homme. C'est pourquoi, au moment où commence la campagne pour les élections régionales, il me paraît plus que jamais nécessaire de prendre au pied de la lettre les programme des candidats ; au moment opportun, il sera toujours possible de leur faire savoir qu'ils ont menti. La chose est impossible si on ne les prend pas au sérieux, car il n'y a plus de repère dans la tête de celui qui critique.
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Il s'agit là tout simplement de l'application pratique des règles de la communication moralement fondée, telles que les a définines HABERMAS. Et ce que certains lecteurs appellent ma naïveté n'est que la mise en pratique de ces règles.