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lundi 16 juillet 2012

Visionnaire

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Peu avant les événements de Mai 1968, un jeune écrivain répondant au nom de Jean-François REY, un visionnaire, décrivait en ces termes la société dans laquelle nous sommes en train d'achever d'étouffer (merci à mon cher Gustave THIBON, chez qui, encore une fois, j'ai trouvé ce diamant).
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"Quel carnaval, mes frères ! En moins de vingt ans, les idoles se sont effondrées une à une et généralement dans le sang. La puissance des ténèbres s'est installée, et si nous survivons, c'est bien par la force de l'habitude et la vitesse acquise. Il y encore des naïfs qui viennent nous parler de morale. Il faut être juste, ils sont de moins en moins nombreux, le public se fait rare. Il y a des mots que l'on a de la peine à prononcer sans rire - ou sans pleurer. Après vingt ans de désastre sanglant, il fallait nous distraire un peu des coups de pied au cul, des cadavres suppliciés, des atomes suspendus au-dessus de nos têtes. Alors, on a inventé les biens de consommation, les gadgets, les amuse-gueule, les drug-stores et les palladium, le jerk et les autoroutes, les filles à poil - à épingler, pas à toucher -, la télévision et le tiercé, l'optimisme à tout-va et la politique des revenus, la révolution immobile et les vacances presque à l'oeil, les croisières au pays des Baloubas, le whisky au petit-déjeuner, le LSD, l'érotisme sous cellophane, le streap-tease métaphysique, le curé en blue-jean, la bonne soeur en minijupe, le nouveau roman, le cinéma vérité, le transistor dans le soutien-gorge, le tigre dans la braguette, la civilisation atlantique, le style yé-yé, les casernes de Sarcelles, les maisons-clé-en-main, l'histoire en pilules, les conciles inconciliables, l'éducation sexuelle et les référendums. Une gigantesque mayonnaise, un puzzle indéchiffrable pour une intelligence moyenne, une mise en condition sans défaut, bref une aliénation probablement irréversible. Jusqu'au massacre final. Des foules idiotes roulent pare-chocs contre pare-chocs, sans savoir où elles vont, mais elles y vont, trimbalant leur fatigue et leurs complexes, en giflant de temps en temps leur progéniture abrutie. Allant du Nord au Sud et du Sud au Nord à la poursuite de quelque chose de vague, d'un très lointain souvenir, d'une très ancienne sensation, la sensation qu'autrefois, elles devaient avoir une conscience... La boucle est bouclée.
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Voilà de quoi, (depuis l'inénarrable Valéry GISCARD d'ESTAING qui pour se faire élire a su flatter ce que dénonce REY, suivi par un homme plus préoccupé de son nombril et du nom qu'il laisserait dans l'histoire que d'élever la condition de ses compatriotes au-dessus de la médiocrité des désirs et des appétits, suivi encore d'un Président que l'on a honni, dénigré, vilipendé mais qui -maladroitement sans doute - a cherché à rendre les Français responsables de leur vie, jusqu'à François HOLLANDE enfin, empêtré dans ses mensonges, ses intenables promesses et ses contradictions) est faite la politique. De cette société-là, de ces responsables politiques-là, de ces médias-là, de ces marchands-là, nombre de Français ne veulent plus. Ils ne savent pas très bien formuler ce qu'au fond d'eux-mêmes ils cherchent, et aucun de ceux qui causent dans les étranges lucarnes, dans les baveux payants ou gratuits, dans les spectacles complaisants, ne cherche à les aider : ils ont besoin de l'aliénation de leur clientèle pour assurer leur pitance, et ils le font avec une âpreté et une inconscience qui frise la folie suicidaire.
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Nombre de mes lecteurs et moi-même pensons que ces armes du pouvoir n'ont aucun impact profond sur leur semblable, en tout cas aucun autre impact que celui de les enfoncer dans leur solitude et dans leur aliénation. Il est possible de changer - petitement certes- ce qui relève de notre volonté, de notre sensibilité, de notre intelligence, dans l'ici et maintenant. Il suffit de le désirer et d'agir. La sortie du bourbier se fera par le haut, et non par le bas !
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mardi 17 janvier 2012

Florilège

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J'ai déjà parlé de ce livre fort intéressant de Stéphane LENEUF (Le goût du pouvoir. Rencontres avec les jeunes loups de la politique. Bourrin éditeur, Paris, 2010). Il a interviewé de jeunes responsables politiques. Ils lui ont répondu sans langue de bois. Il publie leurs réponses.
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D'Aurélie FILIPPETTI, qualifiée de valeur montante du PS : "Je n'ai pas de fascination particulière pour François MITTERRAND, contrairement à beaucoup de gens au PS qui l'admirent parce qu'il a réussi à remporter les élections. C'est très bien mais cela ne suffit plus. Dans l'exercice du pouvoir, il y avait beaucoup trop de cynisme. Notre génération peut apporter un renouvellement des pratiques de la vie politique. [...]. Mais en tout cas, les courants au sein du PS tels qu'ils existent actuellement n'ont pas vocation à se pérenniser si ce n'est pour servir à l'écurie présidentielle. Mais aucun des jeunes de la nouvelles génération n'a envie de cela." Bien vu, très juste et courageux.
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De Bruno LE MAIRE critiquant (à mon avis à tort) Lionel JOSPIN qui avait dit à la Télévision que l'Etat ne pouvait pas tout faire : "Quand vous êtes un homme politique, vous ne pouvez jamais dire cela ! si l'on pense qu'il faut se résigner à dire que ce n'est pas possible, il vaut mieux faire un autre métier. Je crois qu'il y une chose que les électeurs ne peuvent plus admettre et ne supportent plus, c'est l'impuissance publique. Il faut un discours qui dise les choses telles qu'elles sont pour chacun, dans les limites du raisonnable, dans les limites de ce qui a du sens, de ce qui est en notre pouvoir avec le plus de raison et le plus de lucidité possible;" Là, je ne comprends plus. L'Etat ne peut pas tout faire, c'est une évidence. Pourquoi ne faudrait-il pas le dire ? La France crève de cette utopie : reviendrait à l'Etat de trouver des solutions à tous les problèmes personnels qui se posent au citoyen. C'est évidemment faux et c'est donner aux administrations un pouvoir sans limite, puisque c'est l'administration qui exécute les décisions politiques. Et il me semble qu'il est très lucide et rationnel de rappeler l'Etat à la modestie, et l'Education Nationale à l'enseignement du civisme lequel inclut l'éducation à la responsabilité.
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Curieux paradoxe où l'on voit une femme se réclamant valeurs de la gauche prendre du recul par rapport aux valeurs de son propre parti, et un homme se réclamant des valeurs de droite critiquer la limitation constitutive du pouvoir de l'Etat alléguée par un de ses adversaires politiques. Le monde à l'envers. Voilà qui méritait bien ce petit florilège.
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mercredi 14 décembre 2011

Toujours les mythes

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Poursuivant la lecture du livre d'Alfred SAUVY, je trouve ceci qui est délectable. (Aimant à faire partager mes délectations aux amis, je me fais un devoir de le porter à votre connaissance).
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SAUVY dénonce l'attitude qui "consiste à lancer et répéter contre ses adversaires, haute entreprise et gouvernement, des anathèmes qui réchauffent le coeur et donnent bonne conscience individuelle et collective."

"Les communistes ne sont pas les seuls, loin de là, à pratiquer cette méthode ; elle constitue - toujours pour la politique économique - l'attitude fondamentale de la gauche française : critique et revendications, sans chercher à dépister les difficultés, à établir des priorités. Il lui est si pénible de compter, d'étudier et si agréable d'exprimer ce qui pèse sur le coeur."

Et il poursuit, quelques paragraphes plus loin :

"L'ignorance en matière économique (et surtout des faits économiques), chez des personnes de haute culture, en particulier dans le monde de l'enseignement, a quelque chose de déconcertant. Dès lors l'indignation a tant d'occasions de se manifester qu'elle finit par constituer pour ALCESTE une nourriture, une raison d'être. Toujours la mentalité du sujet, qui se refuse à l'effort nécessaire pour juger en citoyen."
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Pour être absolument honnête intellectuellement, il faut souligner que le livre de SAUVY dont j'extrais ces lignes date de 1966, et qu'il a pour les politiciens de droite des mots tout aussi carrés. Du reste, à propos de l'aveuglement des gens soi-disant éclairés et de leur attachement à des chimères, SAUVY parlera des "bienfaits de l'idéothérapie".
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C'est ainsi que dans la même foulée, monsieur HOLLANDE propose de construire 300 000 logements sociaux (entendons-nous bien : l'objectif est louable, mais il est est parfaitement démagogique : où les construire ? Il n'y a plus de terrains à bâtir (ou très peu) dans les villes-bassins d'emploi.  Avec quel argent  si l'on y ajoute le coût des 60 000 postes d'enseignants ? Emprunter ? Certes ? Mais à quel taux ? A moins de tailler dans des dépenses inutiles. Et il y en a, comme les dépenses engagées pour indemniser les élus, quel que soit la nature de leur mandat, les frais de représentations et de missions, les frais de communication (qui ne sont que des publicités ou de la propagande pour le commanditaire de l'action de communication). Si l'on fait le total de ces dépenses que l'on pourrait sans doute réduire de moitié et qu'on le compare au total des recettes procurées par la suppression (tout à fait normale, j'insiste) du bouclier fiscal, on sera étonné de la disparité des sommes. Et tout est l'avenant. Les économies, c'est bon pour les autres. Les impôts, c'est bon pour les riches. Est riche, celui qui gagne plus que moi. Misère.
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Bonne nuit.

jeudi 27 octobre 2011

Conservateur n'est pas réactionnaire

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Nous avions fini de déjeuner. J'avais jeté un petit coup d'oeil sur le journal. Un article, assez court, faisait état de la possible suppression de la notation dans les écoles et j'exprimais devant cet ami ma totale désapprobation à l'annonce de la possible mise en oeuvre d'une telle proposition. "Qu'est-ce que tu peux être conservateur !", me dit-il. Je notais qu'avec sa finesse coutumière et sa bienveillance, il n'avait pas utilisé le mot "réactionnaire" ; c'est qu'il connaît le sens des mots, qu'il a la parole rare et pesée, et qu'il ne parle pas pour ne rien dire. Je sais qu'il me lit. Il se reconnaîtra.
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(1) D'abord une réaction du biologiste. Je note que le principe de conservation est inscrit au coeur même du vivant ; nos cellules renferment en leur noyau une enzyme (ou, plus exactement un groupe d'enzymes) dont la fonction est la reproduction conforme du patrimoine génétique. Ce dispositif permet la perpétuation conforme et stable des espèces. Je note aussi que la fécondation intergénérique est interdite ; un cheval ne peut s'accoupler avec un tigre. Il existe donc dans la nature des "barrières" destinées à protéger l'identité des espèces. Il existe des cas, très rares, d'interfécondation intragénérique : le mulet, le tigron sont des exemples d'hydrides intragénériques-interspécifiques ; mais ils sont stériles. Du reste la langue ne s'y est pas trompée qui donne le nom de reproduction à l'activité multiplicative, sexuelle et génésique des êtres vivants. Et ce mot s'étend aux êtres vivants les plus simples comme les bactéries, ainsi du reste qu'aux virus (qui ne sont pas "vivants" à proprement parler). Quelle que soit l'origine de la vie, que l'on soit en cette question matérialiste ou spiritualiste, il y a un fait d'observation qui ne peut être contesté. Bien entendu, je fais la part des erreurs de la reproduction conforme, à l'origine de mutations bien souvent mais non obligatoirement néfastes, ; il en est de neutres et il en est de bénéfiques. C'est sur ce constat que s'est appuyé DARWIN pour établir sa théorie de l'évolution par mutation et sélection naturelle. Il a notablement modifié ses interprétations initiales sur la fin de sa vie, mais le politiquement correct ne parle pas de ces remarques modificatives. Ainsi, il est possible d'être conservateur pour d'autres raisons que la fidélité stérile à un passé révolu.
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(2) Ensuite la réaction de l'homme qui essaye de penser. J'ai déjà parlé de la distinction très pertinente que FENG YOU LAN a établi entre les milieux existentiels : le milieu spontané, le milieu utilitaire, le milieu moral, le milieu transcendant. A la lumière de cette classification, j'avance qu'il y a quatre raisons possibles pour introduire des modifications dans l'ordonnancement du monde et le cours des événements. (a) Des raisons purement instinctuelles, impensées, qui n'ont pour but que la satisfaction immédiate de désirs ou de pulsions ; (b) des raisons intéressées qui ont pour but de satisfaire les besoins de personnes, de groupes de personnes ou de peuples, et qui sont pesées et pensées ; la mise en oeuvre des changements ainsi élaborés s'inscrit donc dans l'intérêt, le plaisir, ou la jouissance immédiats ou dans le but intéressé d'une congruence avec le maintien de l'ordre politique ou social ; (c) des raisons morales qui sont pensées et pesées et qui peuvent aller à l'encontre, et même vont souvent à l'encontre des intérêts de ceux qui les préconisent ; elles ont pour objet de répondre à la question centrale qui se pose à l'homme "assis sous le figuier", comme l'était Nathanaël avant d'être invité par Philippe à rencontrer Jésus : "que dois-je faire pour avoir la vie bonne ?" ; (d) des raisons transcendantes qui n'ont d'autres justifications que l'obéissance aux "décrets du ciel", un chrétien dirait "à la volonté divine" ; elles n'ont d'autres buts que le bonheur, ancrées qu'elles sont dans la certitude qu'obéir aux décrets du ciel ou à la volonté de Dieu, c'est le trouver à coup sûr.
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(3) Enfin la réaction du citoyen. J'avance à titre d'hypothèse qu'une grande partie des propositions faites par les différents partis politiques tendent à satisfaire ceux de nos concitoyens qui vivent dans le milieu existentiel utilitaire, faute d'en connaître un autre. J'avance une seconde hypothèse : les enseignants ont failli à leur responsabilité en n'osant pas aborder dans leur enseignement et leur comportement la question du domaine existentiel moral. Il y a deux sources à la morale : la morale naturelle, et la morale qu'enseignent des Maîtres à penser. Je considère, personnellement, que le Maître en humanité est Jésus, mais je n'ai aucun moyen de contraindre qui que ce soit à me suivre sur ce terrain. Je pense donc qu'il n'y aurait aucune entorse à la laïcité bien comprise, si dans les écoles primaires on enseignait la morale naturelle. Et je rappelle que l'homme politique a pour obligation "de conduire les hommes à la fin qui leur est due" (THOMAS d'AQUIN).
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Est réactionnaire, par conséquent, toute personne qui s'oppose à un changement au motif qu'il va à l'encontre de ses intérêts personnels. Est réactionnaire toute personne qui ne connaît comme milieu existentiel que le milieu utilitaire. Les Français sont essentiellement REACTIONNAIRES.
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J'attends de pied ferme les contradictions et les remarques sur un terrain qui occupe ma pensée depuis des années.
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Bonne journée.
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samedi 26 février 2011

Un petit aperçu

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Je n'ai pas le temps de développer le propos que j'ai promis de vous tenir sur le philosophe anglais AUSTIN. Un petit voyage m'attend. Mais tout de même, avant de partir et de reprendre demain soir ou lundi matin mes billets, voici l'extrait de la Préface consacrée par Gilles LANE au livre d'AUSTIN, livre qu'il a très heureusement traduit et introduit (Quand dire, c'est faire ; How to do things with words, titre original de ce recueil de conférences données à l'Université de Harvard). Vous allez voir pourquoi, depuis l'ouverture de ce Blog, j'ai dénoncé les idéologies de tous bords et les systèmes, dont nous, Français, sommes si friands, dans lesquels nous brillons, d'une lumière moins vive cependant que ne le font les grands philosophes allemands.
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"AUSTIN reprochait à la philosophie un certain obscurantisme paresseux, des préjugés dus à ce qu'on a pas recherché tous les aspects des faits problématiques, et la tendance à présenter des solutions ou théories qui simplifient outrageusement le réel (sans d'ailleurs contribuer, de façon significative à le faire comprendre). Il fallait donc remédier à cette situation déplorable et "redécouvrir" aujourd'hui la philosophie, telle qu'elle avait été inventée "partiellement" à Athènes".
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C'est parce que nos hommes politiques "philosophent" ou plus exactement croient philosopher, parce qu'ils ne prennent pas le temps de prendre en considération toutes les facettes du réel, qu'ils généralisent, ne s'inquiètent pas de contextualiser leur parole, ne sont pas en quête de tous les faits, qu'ils réduisent la politique à un combat de mots, d'injures, et de violence contenue. Ce n'est pas le faire, sans parler de la vérité (toujours difficilement saisissable), c'est le pouvoir et sa jouissance.
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A demain ou à lundi.

jeudi 25 novembre 2010

Cathédrale

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Trouvé dans un livre difficile d'accès, mais absolument décisif et dont je reparlerai, cet extrait de Pilote de guerre de SAINT-EXUPERY :

"L'homme de ma civilisation ne se définit pas à partir des hommes. Ce sont les hommes qui se définissent par lui. Il est en lui, comme en tout être, quelque chose que n'expliquent pas les matériaux qui le composent. Une cathédrale est bien autre chose qu'une somme de pierres. Elle est géométrie et architecture. Ce ne sont pas les pierre qui la définissent, c'est elle qui enrichit les pierres de sa propre signification."
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Il me semble que cette belle citation résume tous les drames de l'humanité, en général, et les impardonnables erreurs politiques que nos dirigeants ont fait en refusant d'inscrire les origines chrétiennes de l'Europe, en particulier. Cette civilisation-là nous avait fait ce que nous sommes, pas forcément des disciples de Jésus, mais des hommes et des femmes soucieux de l'autre, ayant de ses frères en humanité une conception ouverte. Le laïcisme laïcard montre ses limites : désordres, égoïsme, incivilités, violences urbaines, ghéttoïsation des communautés d'origine étrangère, repli identitaire, toutes la palette des réactions humaines, trop humaines.
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Or, et le livre auquel je fais allusion le démontre, la réalité n'est pas ce qu'en disent les matérialistes et les positivistes, dont se réclament nombre d'adeptes du laïcisme, et ceci est scientifiquement prouvé (j'y reviendrai) : un électron, par exemple, n'est pas un objet ; il est hors de l'espace et du temps. Ce simple constat ne vous évoque-t-il pas quelque chose ? L'explication newtonienne du monde n'est qu'une grossière approximation de l'explication dite "quantique" de la réalité. Et faire de la politique et de la sociologie, des sciences gouvernées par l'enchaînement de causes et d'effets purement mécaniques est tout simplement une idée folle. Le tout n'est pas la somme des parties. Auguste COMTE peut aller se rhabiller.
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Décidément, oui, l'homme passe infiniment l'homme. Les hommes politiques devraient prendre conscience de cette évidence et agir en conséquence.

lundi 11 octobre 2010

A trois amies chères

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Trois amies très chères, qui ne se connaissent pas du reste, viennent de me donner par courriel, leur avis sur mes billets. Je désire leur répondre ainsi, du reste, qu'à tous ceux qui pourraient partager leur opinion.
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Il est vrai que je puis donner l'impression d'avoir des avis péremptoires sur des sujets très divers, et de disserter de tout. Je conçois que cela puisse étonner, agacer et même indisposer. Je demande à mes lecteurs de l'indulgence : dans la mesure du possible, je m'efforce d'argumenter, de faire appel à la raison, de citer mes sources et de m'appuyer dessus. Je lis énormément et travaille de même. Il y a aussi des billets où j'emprunte plutôt le style discursif avec infiniment moins de bonheur, bien sûr, que CONFUCIUS, le Maître du genre et un penseur admirable selon moi, ou que PASCAL, un génie inégalé. Les deux ont largement fait appel à ce style qui enchaîne les idées proches les unes des autres, les lient par la force de l'évidence, et entraînent ainsi l'adhésion du lecteur. Si je puis donner l'impression d'être très sûr de moi, en vérité il n'en est rien. Je prie donc mes lecteurs d'excuser cette tendance - imputable sans doute à mon métier - à être soit docte soit magistral. Et je leur demande de croire à ma bonne foi tout en reconnaissant bien volontiers que je puis être souvent dans l'erreur. J'accepte donc les critiques, et je m'efforce de les accueillir avec humilité.
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Une autre lectrice trouve que nombre de mes propos trahissent de l'aigreur ou du pessimisme. Et elle trouve que cela ne correspond pas du tout à ma gaieté naturelle. J'aime rire, j'aime faire rire en effet. Je dois donc m'expliquer sur la couleur morose de certains de mes billets. Je déteste le conformisme de la pensée et tiens de mon père cette détestation pour les idées toutes faites, celles que nous distillent les médias ou qu'ils nous assènent quand l'assènement sert leurs intérêts. Je hais le mensonge, la fausseté et la mauvaise éducation. Le politiquement correct me fait horreur. Par exemple nier que la concentration de communautés étrangères en des points précis, des communautés souvent coupées de tout lien commode avec l'extérieur, pauvrement pourvues de services publics, de loisirs, de commerces, conduit à la création de ghettos nationaux et à l'alimentation de la violence, voire de la délinquance, me paraît être suicidaire. TOUTES LES COMMUNAUTÉS ÉTRANGÈRES ne sont pas dans cette situation, tant s'en faut, bien sûr (ainsi en est-il de la communauté chinoise ou de la pakistanaise, qui savent très bien s'adapter à leur pays d'accueil). Mais il y en a. Et cela suffit pour que nous nous posions des questions. Un meilleur accueil, une meilleure formation, des habitations plus dignes, certes, mais aussi l'exigence absolue de respecter les lois et les valeurs de la République, me semblent être normal. Comme il est normal de sanctionner les abus dont ces communautés pourraient se rendent coupables. Il n'y a là rien d'extraordinaire à le dire, aucun racisme, aucune xénophobie, mais une conception saine de la vie en commun. Considérer que la critique systématique des mesures gouvernementales par l'opposition, critique par ailleurs vide de toute proposition, est indigne d'un responsable politique ne me semble pas offensant. On devrait relire JAURES ou BARRES ou CLEMENCEAU ou BERNANOS ou THIBON pour comprendre ce que veut dire proposer.
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A cette troisième amie qui trouve que je fais la part belle au Président SARKOZY, je dirais ceci : (a) on ne peut parvenir à disqualifier un message ou une politique, en disqualifiant le messager ou celui qui l'inspire ; (b) le Président SARKOZY a commis de graves erreurs ; il a donné l'impression qu'il soutenait les riches au détriment des pauvres, je dis bien donné l'impression, car il a pris nombre de mesures en faveur des classes moyennes (déduction des intérêts d'emprunt pour l'achat d'un logement principal, suppression des droits de succession pour les héritages de taille relativement importante, prime à la casse), et je trouverais juste qu'on le créditât de cette initiative. Mais sa plus grave erreur est d'avoir voulu faire "peuple" par des propos indignes de la fonction. Je crois que le "casse-toi pauvre c..." lui a aliéné un grand nombre de nos concitoyens qui se font une autre idée de la fonction présidentielle ; (c) il s'est attaqué à des féodalités qui ruinent la vie du pays, au nombre desquelles il faut compter la magistrature et les syndicats. Tout n'a pas toujours été fait dans la concertation ou la discussion. Mais est-il possible de reformer la France en profondeur ? Bref, je respecte la fonction, j'approuve certaines mesures qui me paraissent aller dans le bon sens. Mais personne ne me forcera à exprimer pour l'homme une sympathie que je n'éprouve pas.

mardi 20 juillet 2010

La caserne philosophique

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Par nature, par goût et par éducation, le peuple français est porté à l'idolâtrie des systèmes, à l'amour des idées, au culte de l'abstraction. De l'homme concret, il se soucie peu, et il doit ce trait de caractère à l'enseignement dont ses enfants ont été et sont toujours accablés. Il ne s'agit pas de condamner les enseignants. J'ai déjà eu l'occasion à de multiples reprises d'en vanter le dévouement, la compétence et l'enthousiasme. Il s'agit d'une emprise beaucoup plus subtile, qui remonte aux origines de la troisième république, mal assurée de sa pérennité et qui pour ne point périr, a froidement décidé de laver les cerveaux (j'en reparlerai, car il y a des choses proprement incroyables que l'on nous cache), et de faire exactement et par les mêmes moyens, ce qu'elle reprochait, avec quelque vraisemblance, à l'Église catholique et à son clergé : imposer ses dogmes, son échelle de valeur, et des comportements prétendument républicains. L'entreprise était totalitaire. Elle a réussi au-delà de toutes les espérance de ses promoteurs.
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Je voudrais ici vous citer la conclusion que donne TAINE au Livre consacré à la Révolution et à la survenue de BONAPARTE en conclusion des crimes et des excès des soi-disants porteurs de la Liberté, dans son magistral ouvrage : Les origines de la France contemporaine.
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Selon BONAPARTE, le régime qu'il apporte est (et je commence ici la citation) : "l'alliance de la philosophie et du sabre". Par philosophie, ce qu'on entend alors, c'est l'application des principes abstraits à la politique, la construction logique de l'État, d'après quelques notions générales et simples, un plan social uniforme et rectiligne ; or, comme on l'a vu, la théorie comporte deux de ces plans, l'un anarchique, l'autre despotique. Naturellement, c'est le second que le maître adopte, et c'est d'après ce plan qu'il bâtit, en homme pratique, à sable et à chaux, un édifice solide, habitable, bien approprié à son objet. Toutes les masses du gros oeuvres, code civil, université, concordat, administration préfectorale et centralisée, tous les détails de l'aménagement et de la distribution, concourent à un effet d'ensemble, qui est l'omnipotence de l'État, l'omniprésence du gouvernement, l'abolition de l'initiative locale et privée, la suppression de l'association volontaire et libre, la dispersion graduelle des petits groupes spontanés, l'interdiction préventive des longues oeuvres héréditaires, l'extinction des sentiments par lesquels l'individu vit au-delà de lui-même, dans le passé et dans l'avenir. On n'a jamais fait une plus belle caserne, plus symétrique et plus décorative d'aspect, plus satisfaisante pour la raison superficielle, plus acceptable pour le bon sens vulgaire, plus commode pour l'égoïsme borné, mieux tenue et plus propre, mieux arrangée pour discipliner les parties moyennes et basses de la nature humaine, pour étioler ou gâter les parties hautes de la nature humaine - Dans cette caserne philosophique, nous vivons depuis quatre-vingts ans." (La Préface de l'ouvrage est datée de 1884.)
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Bien entendu, il n'y a rien à rajouter à cette analyse. Elle n'a pas pris une ride. Et s'il y avait un homme politique suffisamment libre d'esprit, suffisamment intègre dans ses comportements, il s'efforcerait de modifier la structure et les moeurs politiques de notre patrie, en écoutant ce que disent leurs concitoyens de leurs désirs, de leurs rêves, de leur vie concrète.
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A ce point, il vaut la peine de vous livrer ici l'incipit de la Préface du Livre consacré à la Révolution et au Gouvernement révolutionnaire. C'est un extrait tiré d'un commentaire de CLEMENT d'ALEXANDRIE, repris à son compte par TAINE et développé avec une intelligence stupéfiante et une méthode rigoureuse dans son application à la Révolution.
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"En Égypte, dit CLEMENT d'ALEXANDRIE, les sanctuaires des temples sont ombragés par des voiles tissus d'or ; mais si vous allez vers le fond de l'édifice et que vous cherchiez la statue, un prêtre s'avance d'un air grave, en chantant un hymne en langue égyptienne, et soulève un peu le voile, comme pour vous montrer le dieu. Que voyez-vous alors ? Un crocodile, un serpent indigène, ou quelque autre animal dangereux ; le dieu des Égyptiens paraît : c'est une bête vautrée sur un tapis de pourpre."
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Et c'est ainsi que TAINE, par son travail méticuleux, par le dépouillement de milliers de pièces d'archives, par son esprit critique, a montré combien le régime qui nous semble si beau aujourd'hui (je veux parler du Gouvernement révolutionnaire et de Bonaparte), est en réalité une bête dangereuse cachée derrière des voiles tissus d'or. Et c'est ce dieu-là qu'on nous apprend à encenser à l'école. Je ne marche plus dans cette honteuse combine.
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vendredi 12 mars 2010

La maladie de ma patrie

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Depuis plusieurs jours, je réfléchis à la maladie qui frappe ma patrie depuis des décennies, une maladie de langueur, de méfiance et de désespoir. Comment se fait-il que la France ait été le pays le plus puissant et le plus peuplé d'Europe, que sa langue ait été parlé par les élites intellectuelles et politiques de l'Europe entière, qu'il eût été impensable pour elles de ne pas écrire un français non seulement correct mais aussi élégant, qui avait la marine la plus puissante d'Europe, (cette marine dont un voyageur anglais disait pendant les heures sombres de la Révolution que ce que la Grande-Bretagne n'avait pu faire depuis des années, surpasser notre marine, la Révolution l'avait fait en deux ans qui l'avait anéantie), des écrivains, des voyageurs, des savants admirés et connus de tout le monde occidental et même en Chine, comment se fait-il qu'elle soit tombée si bas ?
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Avant de voir les causes, il convient peut-être d'examiner les faits. Avant la Révolution, en France en tout cas, un aristocrate ne pouvait se livrer au commerce ou à l'industrie sans déroger, c'est-à-dire sans perdre sa qualité de noble. Il se devait tout entier à la mise en valeur de ses terres, et nombre d'aristocrates de province l'ont fait avec compétence, humanité et au prix d'un travail acharné. Il suffit, par exemple, de se référer aux délibérations des Etats du Languedoc et aux actes officiels du gouverneur de cette province pour s'en assurer. Cela n'empéchait pas que les pouvoirs publics investissent dans de gigantesques travaux publics (gigantesques pour l'époque) : le canal du midi en est un exemple marquant, mais avant lui, les salines d'Arc-et-Senans par exemple encore. Bien entendu, il y avait une noblesse de cours, faite de courtisans parfois incapables, souvent paresseux, mais cependant toujours courageux à la guerre. Je possède un livre qui recueille toutes les lettres de démission de l'armée d'officiers nobles, qui ne pouvaient accepter de voir Louis XVI traité avec tant de mépris. Ces lettres sont toutes plus superbes les unes que les autres : dignes, respectueuses, et souvent désespérées.
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Vient la Révolution. Faite par les bourgeois qui excitent le petit peuple, elle bénéficie à ses instigateurs. Les spéculateurs accaparent les biens nationaux et édifient sur leurs débris des fortunes gigantesques. Chevaliers d'industrie, esprits souvent réalistes et entreprenants, dépourvus de tous scrupules sociaux, moraux ou religieux, ils se lancent dans les affaires : ce sont eux qui avec le développement industriel, créent le prolétariat. A cet égard, il est intéressant de noter que les ouvriers/artisans anglais s'étaient révoltés, bien avant la Révolution lorsque certains de leurs concitoyens avaient introduit dans leur petite entreprise les métiers à tisser pour augmenter la productivité et diminuer le nombre de leurs employés. Il est intéressant de noter aussi que c'est l'armée de la bourgeoisie "libertine" qui a écrasé la révolte des canuts de Lyon. Et savez-vous ce qu'ils réclamaient, les canuts de Lyon ? Le retour au Tarif Minimum de l'Ancien Régime qui leur garantissait un revenu minimum. La loi Le Chapelier était passée par là ; il n'y avait plus de syndicats, plus de corporations, l'employé était devenu ouvrier, livré au bon vouloir de son patron. On peut dire objectivement que la Révolution Française, tellement exaltée par nos beaux esprits, a créé les conditions objectives de l'exploitation de l'homme par l'homme, en détruisant les fondements sociaux, moraux et religieux d'une société essentiellement agricole.
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Réaction tout à fait normale, naissance du marxisme et du concept de la Lutte des Classes. Dans une perspective anhistorique, on approuve et on comprend ; dans la perspective marxiste du sens de l'histoire et de l'engendrement strictement déterminé d'une société par la société existante, cela se comprend aussi. Mais ces deux perspectives sont fausses. La première manque de profondeur. La seconde de liberté : elle revient à dire que, hormis la révolution violente, ultime avatar du développement historique, l'homme ne peut rien modifier à sa situation.
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Bien entendu, un moyen d'échapper à ce dilemme, c'est l'illusion démocratique dans laquelle nous vivons aujourd'hui, illusion qui nous fait tant de mal. Attention, la démocratie est le seul régime politique qui convienne à la société contemporaine, en son état actuel. Là-dessus, je ne ferai aucune concession. Encore faut-il que ce soit une vraie démocratie. L'illusion démocratique consiste à faire croire au peuple que la majorité des opinions est la seule qui puisse conduire la vie politique, alors que le beau, le bon, le vrai, sont les seuls éléments qui doivent être pris en compte dans la conduite des affaires [modification de cette phrase à la suite des remarques d'un lecteur]. L'illusion démocratique consiste à faire croire au Français qu'ils peuvent vivre mieux, avoir plus de pouvoir d'achat en travaillant moins, avoir des conduites personnelles irresponsables dont la société prendra en charge les conséquences néfastes. Elle consiste aussi à faire croire qu'il est normal que des banquiers gagnent des fortunes alors qu'ils ont par leur spéculation et leurs folies conduit l'économie mondiale au bord du gouffre, qu'il est normal que les industriels distribuent la quasi totalité des profits de l'entreprise aux seuls actionnaires, alors que la valeur capitalisée est largement tributaire du travail des salariés, etc.
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MONTESQUIEU disait que le régime monarchique est fondé sur l'honneur, le régime despotique sur la crainte, et le régime républicain sur la vertu. L'opposition accuse le Président d'être un monarque sans couronne ; mais que faut-il dire des Présidents socialistes de Région, madame ROYAL en tête (qui porte bien son nom), véritables seigneur de leur terre ? Que faut-il dire de ces hommes politiques sans honneur qui changent d'opinion ou de camp au gré de leurs intérêts, et qui condamnent les opinions de leurs adversaires avec mépris et sans autres arguments que celui de la bassesse ? Beaucoup n'hésite pas à dire que nous vivons sous un régime despotique ; mais je ne vois guère la crainte régner parmi les supporters du PSG qui attaquent les CRS ou la police, parmi les escrocs du métro, parmi les fonctionnaires de l'Education Nationale qui refusent de se soumettre à la loi, ou les agents de la SNCF qui font illégalement la grève. Parlons de la vertu, censée gouverner la République ; je la cherche, tel DIOGENE, avec une lanterne. Où que je me tourne, je ne vois que mensonge, manipulations, égotisme exacerbé, recherche de son profit personnel (pas forcément financier, du reste). Nous cumulons le déshonneur, l'irrespect du pouvoir et le mépris de la vertu. Ce régime là porte un nom : anarchie. Je précise que je parle ici de la partie visible de la société, c'est-à-dire tout ce qui est popularisé par les médias qui se repaissent de ces excréments.
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L'Ancien Régime avait bien des travers. Mais l'on n'accusait pas le Roi d'être responsable des effets de la canicule : on s'occupait des anciens, avec rudesse, sans doute, mais on s'en occupait. La solidarité vécue au sein des corps intermédiaires était solide, durable, constante. Et l'on aimait la vertu, au moins comme un idéal de vie, vertu que l'on enseignait dans les "petites écoles" (sorte d'écoles primaires de l'Ancien Régime : il y en avait 18.000 à la veille de la Révolution), dans les "Collèges" (nos actuels Lycées), et dans les Universités. Les choses ont commencé à basculer pendant les Lumières, avec VOLTAIRE, DIDEROT, et tant d'autres, qui pour se faire bien voir des puissants on flatté leurs vices ; ces vices ne demandaient qu'à s'exprimer du jour où l'on a considéré que l'homme était la mesure de l'homme, et que par conséquent tout partait de son nombril. DESCARTES a faut beaucoup de tort à la vertu. Le poisson pourrit toujours par la tête. Et c'est bien ce que nous voyons pour ceux des poissons visibles.
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Heureusement, et je mets là mon espoir, des milliers de Français continuent silencieusement à s'occuper des pauvres, à partager leur temps et leurs biens avec eux, à oeuvrer avec discrétion à l'avènement du véritablement humain dans l'homme. Je ne désespère pas de ces Français là. C'est à eux que nous devons à notre patrie de survivre tant bien que mal.
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Demain, je parlerai de Gérard LONGUET et Malik BOUTIH.

mercredi 3 mars 2010

Qu'est-ce que la naïveté ?

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Je me permets de revenir aujourd'hui sur la naïveté dont certains de mes lecteurs ont bien voulu me gratifier. Le dictionnaire Robert définit ainsi cette propriété : (1) Dans une acception vieillie, simplicité et franchise naturelle dans l'expression. Dans une acception moderne, (2) simplicité, grâce naturelle empreinte de confiance et de sincérité ; (3) excès de confiance, de crédulité, résultant souvent de l'ignorance, de l'inexpérience ou de l'irréflexion ; marque de cet état d'esprit.
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Je serais le plus heureux des hommes si mes lecteurs définissaient ma prétendue naïveté comme le faisaient les anciens auteurs, ou encore, s'ils voulaient bien trouver à ma plume cette simplicité et cette grâce naturelle empreinte de confiance et de sincérité. Et je vais vous le dire, je me reconnais assez bien dans ces deux vertus. Il me semble en effet qu'il est impossible d'établir de vraies relations entre les hommes sans ce minimum des deux qualités qu'on attribue à la naïveté. Je crois que notre vie politique est empoisonnée par la méfiance, les jugements téméraires, et les procès d'intention que l'opposition fait à la majorité et que la majorité fait à l'opposition. Il me semblerait plus sage et plus efficace de faire aux propos des uns et des autres le crédit de la bonne foi, sans lequel il n'est pas possible d'argumenter sainement, contradictoirement, et de manière constructive. Mais quand il s'agit de prendre le pouvoir, les hommes perdent leurs repères, et divaguent dans les marais des accusations tordues.
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Excès de confiance et de crédulité, ignorance, irréflexion, inexpérience ? On ne fait jamais assez confiance, et même si cette dernière est trahie, la trahison elle-même "accumule des braises ardentes sur la tête" de ceux l'ont abusée (le verbe est utilisé ici transitivement, et signifie donc violée). Il est difficile de taxer de crédulité un homme qui a passé une grande partie de sa vie professionnelle à établir des faits, à exercer sur eux son esprit critique, dans l'exercice de son métier de chercheur. Et franchement, je ne crois pas avoir fait preuve d'irréflexion dans la production de mes billets. Il reste donc, et je l'admets volontiers, que je fais sans doute preuve d'un excès d'optimisme. Mais il me semble qu'il n'est pas possible de désespérer de l'homme, qui toujours passe infiniment l'homme. C'est pourquoi, au moment où commence la campagne pour les élections régionales, il me paraît plus que jamais nécessaire de prendre au pied de la lettre les programme des candidats ; au moment opportun, il sera toujours possible de leur faire savoir qu'ils ont menti. La chose est impossible si on ne les prend pas au sérieux, car il n'y a plus de repère dans la tête de celui qui critique.
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Il s'agit là tout simplement de l'application pratique des règles de la communication moralement fondée, telles que les a définines HABERMAS. Et ce que certains lecteurs appellent ma naïveté n'est que la mise en pratique de ces règles.

jeudi 1 octobre 2009

Emporté par mon élan

Emporté par mon élan, je continue de vous dire ce que j'ai sur le coeur quant à la manière dont fonctionne notre soi-disant (je ne dis pas prétendue) démocratie. Cette fois-ci j'appellerai à mon secours le Comte de MAISTRE dont les vues politiques sont très profondes, à un point tel du reste, que pour n'avoir pas à battre le fer contre lui, on a préféré, dans les chaumières de la philosophie politique académique, l'oublier, le ringardiser, le mettre au rancart, le ridiculiser. Peu de ses détracteurs arrivent cependant à hauteur du petit orteil de cet auteur. Certes tout n'est pas fait du même bois dans l'ouvrage intitulé Considérations sur la France. On est fondé à réfuter certaines vues qui ne semblent plus adaptées au monde contemporain. Il n'empêche, monsieur de MAISTRE dit des choses qui méritent d'être dites, répétées, diffusées. Et par exemple ceci :
"La philosophie moderne est tout à la fois trop matérielle et trop présomptueuse pour apercevoir les véritables ressorts du monde politique. Une de ses folies est de croire qu'une assemblée peut constituer une nation : qu'une constitution, c'est-à-dire, l'ensemble des lois fondamentales qui conviennent à une nation, et qui doivent lui donner telle ou telle forme de gouvernement, est un ouvrage comme un autre, qui n'exige que de l'esprit, des connaissances et de l'exercice ; qu'on peut apprendre son métier de constituant, et que les hommes, le jour qu'ils y pensent, peuvent dire à d'autres hommes : Faites-nous un gouvernement, comme on dit à un ouvrier : Faites-nous une pompe à feu ou un métier à bas.
Cependant il est une vérité aussi certaine, dans son genre, qu'une proposition de mathématiques ; c'est que nulle grande institution ne résulte d'une délibération, et que les ouvrages humains sont fragiles en proportion du nombre d'hommes qui s'en mêlent, et de l'appareil de science et de raisonnement qu'on y emploie A PRIORI (majuscules, de votre serviteur).
Je ne sais si mon oncle, qui disait préférer "un grand con à cent petits", avait lu monsieur de MAISTRE. Mais en tout cas il semblait bien s'en être inspiré, avec une vigueur toute campagnarde, il est vrai. Attention, quand je dis cela, je n'entends pas ridiculiser la délibération, les discussions, ni les compromis qui doivent présider à l'élaboration des lois. Je dis simplement qu'elles doivent s'appuyer sur les faits, l'expérience et la tradition éprouvée par la durée. TAINE concluait du reste son ouvrage sur Les origines de la France contemporaine en déplorant que le régime, sous le joug napoléonien duquel nous ployons toujours, ait tout simplement rendu impossible les grandes oeuvres héréditaires.
Voir les grandes pensées éléphantesques, éléphanticulesques, et droitiques aujourd'hui (et hélas), s'attaquer à des institutions sorties de la nuit des temps, comme le mariage - avec le PACS, et la ridicule cérémonie de mariage homosexuel organisée par monsieur MAMERE il y a quelques années - ou la manière pour une mère de porter en son sein, et conformément à l'ordre de la Nature (si cher à mes chers Chinois), son enfant - ou encore la famille, donne l'impression d'une folie rare. Mais JUPITER aveugle ceux qu'ils veut perdre.
Je signale à mes lecteurs que je m'absente pour faire les vendanges à BORDEAUX. Je reprendrai mes billets mardi prochain.

lundi 19 janvier 2009

Méfiance française

Il est intéressant de lire, sous la plume de Magnus FALKEHED, correspondant en France du journal suédois Aftonbladet, les propos que voici (La Croix, vendredi 16 janvier) :
Qu'est-ce que vous, les Français, pouvez être exaspérants. Il y a des moments où un reporter étranger a vraiment envie de poser son stylo et vous secouer comme un prunier, tant une situation peut devenir agaçante et répétitive. Je pense à votre méfiance envers votre prochain. Cette méfiance est devenue comme un poison qui affecte tout le corps social, vous paralyse et vous rend parfois, permettez-moi de le dire, assez bêtes.
Le journaliste donne, avec humour, quelques exemples de situations courantes dans lesquelles il voit suinter la méfiance typique des Français. Adepte d'HABERMAS, lecteur attentif de son ouvrage Éthique de la communication, je m'intéresse de très près à cette question, non seulement quand elle concerne mes compatriotes, mais encore parce qu'elle me semble conditionner toutes les situations de guerre ou de paix du monde entier.
A la méfiance consubstantielle des Français, je vois plusieurs raisons, toutes issues de notre longue histoire.
La première est indubitablement liée à l'héritage napoléonien d'une administration conçue pour contrôler totalement le corps social : la caricature de la méfiance maladive de l'administration, c'est l'administration fiscale. Ses procédures sont accusatoires, et si, en face d'une affirmation, il est impossible à un contribuable de prouver sa bonne foi, il ne lui reste qu'une solution : payer. Mais cette méfiance consubstantielle à l'administration française ne se limite pas au fisc. En France, toutes les procédures de contrôle sont des procédures a priori. Il en résulte une irresponsabilité totale. "J'ai été contrôlé" dira ce citoyen. "Tout est en ordre. Je peux y aller." Et il aura tendance à frauder, d'où la méfiance accrue de l'administration. Il n'y a aucun contrôle a posteriori (ou presque). Pas vu pas pris. On pourrait étendre le constat à l'Inspection du Travail, ou aux services de la Sécurité Sociale, à la Police, aux Douanes, à la Justice (et à ses fameuses détentions préventives). Pour respirer dans le corps social, il est presque devenu nécessaire que le citoyen français fraude, tant l'administration est réellement oppressive, anonyme, et mécanique.
La deuxième raison vient du double héritage de la Révolution et de la Résistance. La première a instauré durablement la haine des "petits" contre les "gros", et le mépris des "gros" pour les "petits", ainsi que l'implantation permanente de l'utopie meurtrière de la lutte des classes dans l'esprit public, que dis-je, sa création, sa matérialisation dans le corps social. La Résistance, et les mythes nécessaires qui se sont créés autour - sans eux, nous serions morts de honte, et de Nation française, il n'y aurait plus - ont donné aux Français l'illusion qu'il n'y avait de grandeur que dans l'opposition à toute forme de contraintes, qu'elles soient légales, réglementaires ou morales. Or la résistance à l'oppression est légitime, mais la résistance à la loi ne l'est pas. Une telle attitude est illustrée par les oppositions systématiques des syndicats à toute forme de changements : changements d'horaires de travail, changements de programmes de cours, changements de statut juridique de telle ou telle entreprise d'État.
La troisième raison est, me semble-t-il, imputable à la propension de notre langue à l'abstraction, et par conséquent à l'idéologie. On oppose souvent le pragmatisme des anglo-saxons au rationalisme des français. Dans de nombreuses situations professionnelles, j'ai pu constater combien un allemand ou un suisse a du mal à nous comprendre, lui qui part d'abord des faits, avant de partir des idées. DESCARTES nous a fait beaucoup de mal, mais c'est une autre histoire. Ne parlons pas de HEGEL, mal compris la plupart du temps, pour qui la contradiction est un élement constitutif du progrès et de l'avénement du sens de l'histoire.
Ainsi, pour communiquer avec autrui, pour rentrer en relation avec lui, il faut d'abord LUI FAIRE LE CREDIT DE LA BONNE FOI. Il faut ensuite s'accorder avec lui sur le sens des mots (le tordre est un spécialité des hommes politiques, et - je suis désolé de le dire - souvent, mais non exclusivement, des hommes politiques de gauche : il n'y a qu'à voir comment on parle de "l'atteinte au droit de grève" quand il s'agit d'assurer un service minimum dans les transports ou dans l'éducation nationale). Il faut et laisser parler jusqu'au bout. Il faut dire le lieu d'où l'on parle. Il faut enfin faire un relevé rigoureux et honnête des points d'accords et de désaccords FACTUELS et non point IDEELS. Telles sont les règles du dialogue. Je vous fais remarquer, du reste, que dans le billet de vendredi dernier, j'ai commencé par dire que je ne mettais pas en doute la bonne foi d'Alix NICOLET, et j'ai ensuite posé des questions portant sur des faits, non sur des idées.

mardi 25 novembre 2008

Que dire ?

Le chômage menace, la crise financière n'en finit pas de faire des victimes, la crise économique est à nos portes, des familles entières de par le vaste monde se demandent si elles pourront encore se nourrir ou se chauffer ou se loger. Mais au PS, tout cela n'est que broutille. On se chipote, on s'insulte, on brandit du papier bleu, on anathématise, on assigne, on suspend les "travaux" (!!!) de la commission dite de récolement (qui est loin d'être de recollement). Tout cela est dérisoire, ridicule, malsain, et terrible pour la démocratie. Ce n'est que résultat d'une très longue histoire commencée avec un homme d'une remarquable rouerie, et qui a su fédérer des tendances politiques fondamentalement inconciliables en vue de prendre le pouvoir. Le mitterrandisme, c'est fini. Tant mieux. Il faudra à notre pays des décennies pour se remettre de cette politique tordue, inspirée par un homme ô combien talentueux en politique, mais qui, selon moi, ne fut pas un homme d'état.
Que faire, que dire, vers qui se tourner pour trouver de l'espoir ? J'ai en tête le verset du prophète Jérémie : "Malheur à l'homme qui met sa confiance en un homme". Et pourtant, il nous faut bien admettre la nécessité d'un État, d'un responsable du tout. Il me semble que nous sommes victimes de notre conception de l'histoire ; une conception dialectique qui ne peut imaginer l'avènement de l'harmonie - toujours provisoire - sans exiger le résolution nécessairement violente préalable du conflit entre la thèse et l'antithèse. Alors qu'il serait si simple d'examiner les propositions de la majorité, de proposer des amendements qui corrigent ce que l'on croit être des erreurs ou des voies en impasse. On peut critiquer monsieur SARKOZY pour les mesures plutôt "socialistes" qu'il a prises en vue de combattre la crise. Son attitude est tout simplement pragmatique. On voit la différence entre l'idéologie (on applique aux faits un système d'analyse et une grille de décisions préétablis) et la politique qui est un art tout d'exécution, de pratique et de courage.
L'esprit public français est formaté par l'exaltation de la Révolution. Il en résulte que nos jeunes élites politiques ne peuvent imaginer de progrès sans rupture dans les idées. Mais comme le peuple de France, peuple de paysans, vieux peuple de surcroît, malicieux et frondeur, ne peut supporter l'immémoriale contrainte d'un État impuissant, les mesures imaginées et prônées par nos diplômés de Sciences. Po. ou de l'ENA, sont tout simplement contournées aussitôt que pondues par leurs cervelles pleines d'imaginaires, car les Français sont conservateurs, et ils n'attendent des politiques que des mesures propres à conforter leur situation présente.
Voilà. J'aurai l'occasion de vous citer bientôt quelques passages du livre de Marcel GAUCHET, "Le désenchantement du monde". Difficile d'accès en raison de sa langue à la fois elliptique et hermétique, et de son style plein de phrases incises et d'appositions incidentes, ce livre doit être lu deux fois. Une première pour débrouiller le fil de la pensée et cerner les passages essentiels du raisonnement, une deuxième pour comprendre finement l'argumentation. Mais il explique lumineusement les raisons de l'évolution de la pensée politique depuis l'apparition de l'état dans la société des hommes.
C'est tout pour aujourd'hui.

samedi 22 novembre 2008

Ségolène Aubry ou Martine Royal ?

Le Parti Socialiste donne à ses adhérents et à l'opinion publique une pitoyable image de la politique. La lutte entre les deux personnalités qui aspirent à prendre la tête du PS est terrible. Elle a certes des fondements dans les rivalités d'ego. Mais résumer à ce phénomène la lutte actuelle est un peu court. Les divergences sont idéologiques, et chacun croit avoir une idée et des solutions pour reprendre le pouvoir. A la vérité, il n'y a pas d'autres issues pour le PS que de tirer les conséquences du déchirement. D'un côté les socio-démocrates, de l'autre les socio-marxistes. Si les responsables de ces courants tenaient compte de ces divergences idéologiques - je vous en parle depuis des mois - ils dissoudraient leur parti et créeraient, les uns, un Parti Social-Démocrate, les autres, un Parti Socialiste Populaire. Mais il y a fort à parier, hélas, que, passé ces moments fratricides, les pots cassés seront recollés. Il y a aura des baisers Lamourette, on confondra ces dames au point d'interchanger les prénoms. Et même, je parie qu'au moment des élections présidentielles, on nous parlera de Marlène et de Ségoltine.

vendredi 31 octobre 2008

Citoyens responsables

J'ai beaucoup aimé l'article publié dans le magazine La Vie (semaine du 22 au 28 octobre 2008). Intitulé Les dix commandements du citoyen responsable, il donne quelques indications claires et pratiques sur les comportements qu'il convient d'appliquer en ces temps de crises. Je les résume :
-Ne pas retirer ses économies par peur.
-Se refuser à spéculer.
-Ne pas acheter d'or.
-Ne pas retarder ses projets immobiliers.
-Privilégier l'épargne solidaire.
-Regarder où est son prochain (très belle évocation de la question posée à Jésus : Qui est mon prochain ? question à laquelle Jésus répond par la parabole du Bon Samaritain qu'il conclut par une question : De qui cet homme (le blessé pris en charge par le Samaritain) a-t-il été le prochain ?
-Soutenir la création d'échange et de troc.
-Faire l'effort de comprendre.
-Pratiquer la sobriété intelligente.
-Demander aux politiques de trouver des alternatives.
J'ai beaucoup aimé cet article, car, selon moi, il traite de questions politiques et économiques avec une très belle hauteur de vue, en liant - ce que je ne cesse de faire avec ce Blog depuis sa création, trois aspects importants de la vie : l'honnêteté intellectuelle (comprendre), la politique et l'économie (solliciter les politiques, ne pas spéculer), et la vie morale (épargne solidaire, prochain). Il sollicite aussi bien l'intelligence que la sensibilité et la volonté, ces trois facultés qui font l'homme. Il lie la pensée à l'action.
Et j'aime bien qu'en bandeau il rappelle ceci :
Quand la finance prétend être sa propre fin et n'est plus animée que par le désir exclusif du profit, elle perd la tête. Quand le souci de l'homme, de tout l'homme et de tous les hommes, redevient prioritaire, la confiance renaît. (Déclaration du Conseil des Évêques pour les questions familiales et sociales du 8 octobre 2008.)

lundi 27 octobre 2008

Economie du bonheur

Lu ce matin, dans Métro, le journal gratuit, un petit entrefilet qui laisse rêveur. Des chercheurs de l'Université du Michigan ont montré que "sur une longue période, le sentiment du bonheur reste stable alors que le pouvoir d'achat augmente". Des économistes ont défini les facteurs qui doit être pris en compte pour parvenir à ce sentiment lequel va engendrer, selon eux, l'émergence d'un nouveau modèle : "la santé, la satisfaction au travail, les enfants, le sentiment de liberté, l'adhésion à des valeurs". L'entrefilet ajoute que les Français sont les derniers dans l'Union Européenne sur "tous ces indicateurs de bien-être". Philippe MOATI commente ainsi ces résultats : "Ils [les Français] sur la question du pouvoir d'achat, des angoisses existentielles. Certains veulent consommer pour remplir un vide".
Il me semble que ces modestes données devraient être prises très sérieusement en considération. Nous vivons une crise des valeurs et une valeur, disait mon cher LANZA del VASTO, est une quantité de qualité. Or nos hommes politiques, de droite comme de gauche, font dans la quantité, dans les chiffres, dans les statistiques. Ce que veulent nos contemporains, obscurément mais fortement, ce n'est pas avoir plus, mais être plus, c'est-à-dire trouver du sens à leur vie. Si l'on se souvient que le sens est un acte qui tend à apaiser une tension intérieure, en en dévoilant une autre en même temps, une autre qui n'est pas quelconque, alors on comprend que l'acte apaisant ne peut être quelconque, et que la succession d'actes ne l'est pas non plus. Je renvoie le "travailler plus pour gagner plus" de la droite au "et le pouvoir d'achat ?" de la gauche au magasin des illusions, du penser faux, d'une anthropologie croupion. L'homme a autant besoin de relations que de pain. Et être en relation n'est pas être en communication. La relation suppose l'existence de deux sujets symétriques. A creuser si l'on cherche à développer l'économie du bonheur. Mais il y faut du courage. Sans doute la course à l'abîme continuera-t-elle jusqu'à ce que s'impose l'évidence de la fraternité ontologique des hommes, de tous les hommes, sur un pied de symétrie, et non de dépendance, qu'elle soit revendicatrice ou de domination.

mercredi 15 octobre 2008

Du religieux et du politique

Un livre difficile, certes, mais dont je vous recommande tout à fait la lecture : Le désenchantement du monde de Marcel GAUCHET. J'aurai certainement l'occasion d'y revenir. Mais j'aimerais vous citer le deuxième paragraphe de la première partie Les métamorphoses du divin. Origine, sens et devenir du religieux, en son chapitre premier Historicité du religieux.
Voici donc ce texte :
[Il est] assez communément admis, en effet, qu'il est une permanence, une constance, si ce n'est une invariance du religieux dans l'histoire qui obligent à le rapporter aux conditions mêmes d'existence d'une société humaine, comment ensuite que l'on conçoive son rôle dans [la] structuration primordiale du champ collectif.
Marcel GAUCHET soulève ici une question essentielle, celle du rapport entre le fait social et le fait religieux. La laïcité à la française et ses glorieux soutiens ont évacué un peu rapidement la question. Elle mériterait d'être examinée avec impartialité. Est-il possible de faire société en se débarassant du sacré ? Je vous dirais dans quelques billets la réponse que donne l'auteur, réponse toute prudente, mais admirablement étayée, à cette lancinante question.
On pourrait se demander, en particulier, si les dérives et les folies que nous voyons se développer dans le monde glauque de la finance, dérives et folies qui signent, selon moi, la mort de la conscience sociale dans l'esprit des auteurs et promoteurs de désastre, ne sont pas imputables à cette évacuation du sacré. Marcel GAUCHET va plus loin, qui parle de la correspondance entre la société telle qu'elle est pensée par les philosophes politiques et les valeurs incarnées dans le christianisme. S'agit-il d'une imprégnation ? S'agit-il d'une coïncidence ? Et si c'est las cas, c'est encore plus intéressant qu'une imprégnation; car il y a congruence entre la morale [en tant que science du discernement conscient de ce qui est bien et mal] et le bien de la société

lundi 15 septembre 2008

La vraie laïcité

Le politique et le religieux relèvent de deux ordres différents, pour un chrétien en tout cas. Tout le monde connaît le fameux épisode du denier de César où Jésus dit à des hypocrites qui tentaient de le prendre au piège : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Et Jésus dira devant Pilate : Mon Royaume n'est pas de ce monde. (Il lui dira aussi : Tu n'aurais sur moi AUCUN pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut).
Il faut donc affirmer avec force (a) que les chrétiens n'ont pas à vouloir instaurer le règne de Dieu sur la terre et (b) que les autorités politiques ont reçu pouvoir de diriger les nations et les peuples et qu'un chrétien est tenu EN CONSCIENCE de leur obéir, tant qu'elle n'offensent pas les droits de Dieu et ne font pas violence à leurs convictions.
Là est tout le problème. Les grecs nous ont appris à mettre la conscience au-dessus de la tyrannie. ANTIGONE a préféré obéir aux dieux en ensevelissant son frère que d'obéir à CREON, ce tyran, qui prétendait l'en empêcher. Pour un chrétien, il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes quand se pose le problème du choix. Ce sont là droits élémentaires, non pas ceux de l'individu, mais ceux de la personne.
Selon moi, la vraie laïcité consiste (a) à ne pas prendre de décisions politiques qui s'inspireraient d'une religion ou D'UNE IDÉOLOGIE ; elles ne doivent désirer que le service du bien commun ; (b) à laisser à la conscience tous ses droits, y compris celui de s'exprimer dans l'espace public.
Voilà pourquoi nous devons admettre (a) qu'il existe des conceptions diverses du bien commun, lesquelles s'expriment (plus ou moins nettement, et d'une manière plus ou moins idéologique) au moment des élections et s'offrent au choix du citoyen ; apprendre (b) à ne pas protester quand un pape visite notre pays, mais pas davantage quand des fidèles musulmans organisent leur grand rassemblement au Bourget, ou les protestants l'assemblée du Désert, ou les fidèles juifs la commémoration des déportations et des camps de la mort ; et (c) à refuser de faire ce que notre conscience réprouve ; ce droit est donné aux journalistes sous la forme de la "clause de conscience" ou "de la protection de l'anonymat de leurs sources", il doit être donné aux médecins chrétiens qui refusent de procéder à des avortements ou à des euthanasies actives, à des militaires chrétiens qui refusent de pratiquer la torture (cf. le général de La BOLLARDIERE), à des fonctionnaires chrétiens qui ne veulent pas couvrir des pratiques de corruption, à des enseignants chrétiens qui combattent les mensonges historiques. Cela me paraît être le minimum de respect que la vraie démocratie doit aux citoyens. La chose est admise en théorie. En pratique, c'est un peu différent... En revanche, et au nom même de la conscience, se soustraire à l'impôt, frauder le fisc, transgresser les lois par tous les moyens, cela un chrétien ne peut pas le faire. (Et c'est pourquoi je ne trouve pas honteux de payer 1,1 % d'impôts sur les revenus du patrimoine pour permettre à des chômeurs de réintégrer une vie sociale normale en travaillant. Ce n'est pas là une mesure injuste.) Voilà, selon moi, ce qu'est la vraie laïcité : non pas un combat permanent entre la calotte et les hussards noirs de la République, mais un respect des lois, et la possibilité d'exprimer - de manière argumentée - dans l'espace public, qui est l'espace politique par excellence, des choix de conscience. Et par espace public, je n'entends pas parler des médias, mais des lieux où s'élaborent et se décident les lois.

dimanche 13 juillet 2008

Préjugé et jugement en politique

L'actualité n'offre guère de prise à un commentaire vigoureux. Il semble qu'à l'image de nombre de Français, les hommes politiques, les élus de tous bords, aient suspendu brutalement leur lyre ou leur poignard au râtelier des vacances. Raison de plus pour prendre avec eux un peu de recul.
D'Hannah ARENDT, ce petit texte que j'aime énormément :
Plus un homme est libre de tout préjugé, moins il sera adapté à la vie sociale. Mais c'est qu'à l'intérieur de la société nous ne prétendons pas non plus juger, et ce renoncement au jugement, cette substitution des préjugés aux jugements ne devient véritablement dangereuse que lorsqu'elle s'étend au domaine politique dans lequel, d'une manière générale, nous ne pouvons nous mouvoir sans jugement.
Le texte, j'en conviens est difficile. On pourrait le résumer ainsi. Dans les démocratie occidentales, tout imprégnées de l'idéal de tolérance, on prétend tout accepter sans porter de jugement. Mais comme il est impossible de se mouvoir dans l'espace public, domaine par excellence du politique, sans JUGEMENT, on remplace celui-ci par des PRÉJUGÉS, qui ne sont autres que ceux des idéologies dont on se réclame. Au lieu d'examiner les faits, de les confronter à des valeurs de référence auxquels tout être de bonne foi pourrait adhérer, on fait rentrer ceux-ci dans une grille d'analyse préalable, on les tord, ils sont jugés avant que d'être examinés (c'est là-même le sens de "préjugé"), pesés, confrontés à la totalité.
Hannah ARENDT souligne que le mot jugement a deux sens différents. (a) Subsumer en l'ordonnant, l'individuel et le particulier sous quelque chose de général et d'universel. (b) Mais juger peut signifier tout autre chose, et c'est toujours le cas lorsque nous sommes confrontés à quelque chose que nous n'avons encore jamais vu et pour lequel nous ne disposons d'aucun critère. Ce jugement [...] ne peut s'appuyer sur rien d'autre que sur l'évidence de l'objet même du jugement.
Là encore, texte difficile, mais qui peut se simplifier comme il suit. Le premier mode de jugement a pour but de hiérarchiser les données du réel, données que nous fournissent les faits : ainsi, mettre au même niveau la mort accidentelle de deux jeunes des banlieues et le massacre systématisé des bonzes de Birmanie, ou les persécutions des chrétiens en Algérie, témoignerait d'une absence de jugement si, en exposant simultanément ces faits, on ne voyait pas qu'ils se rangent dans des catégories de niveaux différents qui les rendent irréductibles les uns aux autres. Le second type de jugement se rapporte essentiellement (selon moi) à toutes les nouveautés que nous proposent la science et les technologies : comment juger le fait qu'une personne, génétiquement de sexe féminin, mais transsexuelle et devenue homme, ait cependant donné le jour à un enfant conçu par insémination artificielle ? La chose a eu lieu aux Etats-Unis. Le jugement, là, ne peut s'abstraire de l'évidence du fait, et rien que du fait ; il ne peut pas s'appuyer sur un quelconque système de pensées préétablies, sous peine de devenir un préjugé. Si l'on s'en tient à l'évidence des faits, on voit bien l'aberration d'un tel comportement.
Je regrette de devoir philosopher aujourd'hui. Mais l'accumulation des mensonges, des horreurs, des crimes, et symétriquement la sainteté grandissante d'un nombre restreint de personnes prophétiques (j'en vois tous les jours ; il suffit d'ouvrir les yeux ; je pense notamment à Thierry, un homme simple et pauvre, converti et baptisé il y a peu ; tous les dimanches que Dieu fait, Thierry porte à Kamel, un ouvrier marocain qui quête à la porte de l'église, une bouteille thermos de café, lui donne une petite pièce - tirée de son nécessaire - et discute avec lui une bonne dizaine de minutes) me contraignent à ces réflexions.
D'où l'on voit par là que tous les êtres libres de préjugés sont potentiellement inadaptés à la vie sociale. Celui qui a des yeux et ne voit pas, ne peut accepter ni comprendre Thierry, pas plus que Kamel. Et Thierry, à mes yeux un exemple de sainteté, est incompris et rejeté par le plus grand nombre. Il est un signe de contradiction, et il est de ceux qui, sans beauté ni prestige, sont persécutés pour la justice. Mais l'ONU refuse de condamner monsieur MUGABE et les généraux de BIRMANIE peuvent continuer de trafiquer le pavot et de tuer leurs concitoyens, sans que cela nous émeuve.

mercredi 19 mars 2008

La Révolution française, une crise mimétique sans solution

Le concept d'égalité tel que l'ont conçu dans leur cerveau les grands guillotineurs de la Révolution (Robespierre, Danton, Marat) est un concept totalitaire, générateur de violence et de sacrifice victimaire, le produit d'un conflit mimétique qui restera à tout jamais sans solution.
Je dois m'expliquer, car voilà qui peut paraître un peu trop asséné. Il se peut que cela me demande plusieurs billets
1-Tout d'abord, il convient ici de rappeler la thèse qu'a exposée René GIRARD et que chaque progrès en ethnologie, en critique littéraire, en anthropologie, ne fait que confirmer. On ne désire que le désir de l'autre, et ce désir est d'autant plus fort que cet autre nous ressemble. Dans une société indifférenciée, cette rivalité mimétique exacerbée conduit à la violence généralisé, et le calme ne revient qu'après le lynchage collectif d'un innocent, d'un bouc émissaire, choisi arbitrairement et perçu comme coupable. Son sacrifice ramenant le calme dans la communauté, la victime est déifié. Il en résulte (a) la création d'une religion, dans laquelle la réitération du sacrifice est censée ramené la paix toute les fois que la crise mimétique menace et (b) l'élaboration de mythes qui dissimulent l'origine sanglante de la religion. Ce processus est appelé mécanisme victimaire. Il ne fonctionne que dans la mesure où l'on est persuadé de la culpabilité de l'innocent. L'irruption dans l'histoire de Jésus de Nazareth vient briser à tout jamais l'efficacité du processus victimaire, car la Passion de Jésus est racontée du point de vue de l'innocent, et à la prophétie de Caïphe "Il est bon qu'un seul homme meurt pour plusieurs", vient répondre la terrible parole de Jésus : "Vous êtes nés tout entier dans le sang. Vos pères ont tué les prophètes", et plus tard tard, sur la croix : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font".
2-Quelques menus faits pris dans l'histoire (la grande et la petite) montrent comment fermente au XVIIIe siècle la crise mimétique, et comment croît et s'établit l'indifférenciation, préalable à toute explosion de violence collective. A RIVAROL qui déclare à un aristocrate "Nous, les Nobles", le seigneur ainsi apostrophé répond : "Voilà un pluriel qui me paraît bien singulier". Dans les cahiers de doléances qui précèdent les États Généraux, H. TAINE (In Les origines de la France contemporaine) relève la plainte d'un collège de la noblesse établie dans un bailliage de l'Ouest : les nobles se plaignent de n'être plus distingués des membres des autres ordres, et réclament le droit d'ajouter un signe distinctif à leurs vêtements. Le duc d'Orléans, cousin de Louis XVI se fait appelé Philippe-Egalité, et vote la mort du Roi (il sera quand même décapité, comme quoi l'ambition malveillante n'est pas forcément le moyen du succès). On ne s'appelle plus monsieur ou madame, pendant la Révolution, mais Citoyen. La cathédrale de Strasbourg ne doit d'avoir conservé sa flèche qui heurtait le sens de l'égalité qu'au sang froid d'un citoyen qui "républicanise" la dite flèche en la coiffant d'un bonnet phrygien. La Révolution est un grand carnaval sanglant, une sorte de crise bacchique, si bien analysée par René GIRARD dans La Violence et le Sacré. La paix civile revient avec le Grand Tyran, qui a détesté la France avant de la soumettre, BONAPARTE. Et l'un des premiers gestes de ce catastrophique empereur est de rétablir la différenciation sociale par la création de la noblesse d'empire, et d'instaurer une sorte de conscription pour externaliser la violence par la guerre, conduire à la mort deux millions de jeunes Français, et laisser notre patrie plus petite qu'il ne l'avait trouvée. A ce point du raisonnement, il est intéressant de noter (a) que ROBESPIERRE a bien tenté, peu avant Thermidor, d'instaurer une nouvelle religion, celle de la déesse Raison, au cours d'un culte qui scella sa perte ; (b) que le conventionnel BAUDOT suggéra de remplacer la religion catholique par la religion réformée ; (c) qu'Edgard QUINET dans son remarquable ouvrage sur la Révolution indique que faute d'avoir pu instaurer un nouvel ordre religieux, au prix d'une violence qui va jusque au bout, le nouveau régime ne pouvait durer. Sa cruauté était non seulement inutile, mais inefficace. Et il observe que cette "faiblesse" n'est pas due à un manque de volonté mais à un manque de "clairvoyance" de la part des révolutionnaires.
Tout se passe comme si la mort injuste du juste Louis XVI (on l'a ridiculisé après son exécution par le même mécanisme que celui du mythe fondateur de toute religion qui voile le meurtre originel) n'avait pas pu rétablir la paix parce que le mécanisme victimaire ne fonctionne plus depuis le dévoilement christique, et que la crise mimétique a été durablement installée en France, aujourd'hui encore, sans autre solution possible que la lutte violente entre des clans absolument identiques (du point de vue de leur structure) ou le retour à une paix authentique et non violente, par la reconnaissance de la ressemblance (mêmeté) et de la dissemblance (ipséité) réelles des personnes. A la ressemblance-dissemblance réelle se heurte violemment l'égalité rêvée, idéale, idéologique, qui ne peut que déboucher sur la violence.
La suite demain.