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lundi 13 avril 2015

13 avril 2015. Une plongée dans la beauté pure !


De YUN Shouping (恽 寿 平), ce texte superbe sur la peinture. Il a été relevé et traduit par François CHENG dans son livre Souffle-Esprit. Textes théoriques chinois sur l'art pictural. (Collection "Points", série Essais, Editions du Seuil, Paris, 1989) :

"Chant des pins qui palpitent, chant de l'eau qui s'écoule, nuage blanc survolant la cime sans se disperser, haut pic rejoignant le ciel sans s'arrêter... Tout cela forme un univers autre - autre aussi le soleil et la lune. J'y fais des randonnées sans limites ; je m'y perds sans regret."

La peinture monochrome à l'encre de Chine est probablement une des plus belle forme picturale que l'on puisse concevoir et réaliser en matière de paysage. Elle exprime l'inexprimable, avec un sens de la nature profondément émouvant. L'esprit de l'homme est sublimé par cet effort de pureté, de simplicité. En Occident, je ne vois guère, comme équivalent en matière de souffle et d'esprit que les peintures des primitifs italiens, hollandais et flamands. Certes, MONET ou SISLEY ont peint des chefs-d'oeuvre et je les admire et les aime, mais aucun des tableaux de ces grands peintres, ne suscite en moi cette aspiration à l'infini, ne me soulève l'âme et l'esprit comme l'une de ces peintures.

Voici quelques exemples de ces tableaux, choisis parfaitement a hasard. Tous sont des merveilles d'équilibre. Curieux paradoxe qui, en nous montrant souvent les cimes des majestueuses montagnes, nous plonge dans les plus intimes profondeurs de l'art et de la beauté pure. Que voulez-vous, je préfère les monochromes des peintres chinois au tableau tout bleus ou tout vers de KLEIN, appelés eux aussi monochromes, sans compter les Piss Christ, Cloaca et autre plug anal des imposteurs occidentaux contemporains.

Paysage monochrome de GUO Xi




Arbre  desséché et rocher bizarre de SU Dongbo


Rochers élégants et arbres bizarres de ZHAO Mengfu


Paysage par SHI Tao

Shitao05.jpg


Paysage par un anonyme.


Et dans un petit article annexe de son ouvrage, François CHENG dit ceci à propos de la peinture chinoise : "[...]. La création artistique, plus qu'un agrément ou un exutoire, est une forme d'accomplissement pour l'homme. Dans cette optique, l'idée du beau dans l'art est inévitablement liée à celle du vrai. Etant entendu cependant que ni le beau ni le vrai ne sont une donnée figée dans un état statique, l'un comme l'autre ayant une source commune qui est, comment ne pas l'affirmer une fois de plus, le Souffle."

Il est tout de même intéressant de constater que, dans la Bible en général, et dans l'Evangile en particulier, l'Esprit de Dieu, l'Esprit Saint est également appelé Souffle. Ne nous laissons par berner comme des gogos par ces bateleurs de foire commandités par les galeries en quête de bonne fortune (dans tous les sens du terme). Examinons avec honnêteté les émotions suscitées en notre psuché par les oeuvres qui nous sont présentées comme oeuvre d'art. Notre intuition est en cette matière très supérieure à celle des commissaires priseurs !

lundi 2 janvier 2012

Un peintre chinois contemporain

Afficher ZAO WOU KI-1-07-2001.jpg dans le diaporama
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Une condisciple m'envoie copie d'un tableau de ce grand peintre chinois contemporain qu'est ZHAO WUJI (趙 無 極 en caractères traditionnels). Je n'ai pas pu avoir une photo plus grande. Mais je n'hésite pas à vous montrer en petit format une oeuvre sublime de cet artiste. On y retrouve toute la subtilité de la peinture chinoise, jusqueset y compris dans cette sorte de cloisonnement de l'espace du tableau par des travées de couleurs plus sombres.
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samedi 22 août 2009

De neige, d'or et d'azur

Je suis allé hier au Musée GUIMET. Je le fréquente très régulièrement. C'est sans doute l'un des plus beaux musées d'Art Asiatique du monde. Le Musée exposait temporairement dans la rotonde du quatrième étage des vases de Sèvres peints par CHU TEH-CHUN, artiste chinois qui vit à Paris depuis 1955 et est devenu le premier Chinois à être reçu à l'Académie des Beaux Arts. Et comme on comprend le choix de ses pairs.
Il y avait là une cinquantaine de vases, tous du même type (SR22, pour le préciser), en porcelaine de Sèvres, diversement peints de grands traits bleus et tachés d'or, et pour certains d'entre eux, colorés en plus de vert et d'ocre, savemment disposé. Quelle beauté ! Fait surprenant, il s'agit de motifs abstraits, mais avec des traits vivants, non point épais, mais déliés, et des taches disposés avec un art consommé, dans un ordre, un équilibre tel que l'on croit voir des paysages monochromes, typiquement chinois, s'animer sur les panses élégantes de ces vases. Il règne dans cette rotonde une lumière et une paix prenantes ; aucun visiteur ne parle, tant le sacré, la prière, la méditation semblent baigner la salle.
Il vous souvient sans doute que j'avais produit, il y a peu, un petit billet intitulé "Hymne à la peinture", et je faisais bien la distinction entre les artistes modernes et contemporains qui habitent leurs toiles abstraites de prière ou d'esprit et les faiseurs qui filoutent le bourgeois en flattant son ignorance et son peu de goût. J'avais cité MANNESSIER et Nicolas de STAËL comme deux de ces peintres de génie dont les compositions élèvent l'âme. Eh bien figurez-vous que CHU TEH-CHUN, qui avait été formé à l'Académie des Beaux-Arts de HANGZHOU dans les années 1935 et y avait étudié l'art chinois figuratif, figurez-vous, disais-je que c'est la découverte de l'oeuvre de Nicolas de STAËL en 1956, qui a poussé cet artiste à "[libérer] en lui des énergies qu'il portait au plus profond de son être" (In Notice de présentation de l'exposition). Ainsi tout se comprend. Les génies parlent aux génies. Eux seuls peuvent se comprendre. Nous, les amateurs, ne pouvons que goûter ces oeuvres sans jamais pouvoir les créer.
Il est vraisemblable que la découverte de Nicolas de STAËL par CHU TEH-CHUN a été favorisée par l'histoire dramatique et singulière du premier, qui a mis fin à ses jours, en 1955. Il avait 41 ans.
Cette exposition s'appelle "De neige, d'or et d'azur". Elle est bien nommée. Si vous en avez le temps, ne manquez pas d'y faire un tour.

samedi 15 août 2009

Hymne à la peinture

Il est difficile de faire plus beau que les peintures monochromes produites par les peintres chinois, sous la dynastie des SONG notamment. Les peintres, les penseurs, les calligraphes chinois ont abondamment écrit sur la peinture. François CHENG a traduit de nombreux passages de ces textes qui souvent traduisent merveilleusement la force de ces oeuvres. Voici un extrait traduit par François CHENG d'un ouvrage de CHU CHING-HSÜAN qui date de la dynastie des T'ANG : il a une portée universelle, et on peut l'appliquer à toute oeuvre inspirée :
La peinture est sacrée. Elle scrute ce que le Ciel et la Terre ne montrent pas et révèle ce que le soleil et la lune n'éclairent pas. Au moyen d'un menu pinceau, le peintre apprivoise les dix mille êtres ; et se servant de son coeur, il appréhende l'espace sans limites. Grâce à cet art [...], le visible se trouve représenté, l'invisible même prend forme
In
François CHENG.
Souffle-Esprit. Textes théoriques chinois sur l'art pictural. Collection Points/Série Essais, N°545. Éditions du Seuil, Paris, 1989.
Quelle immense civilisation que la civilisation chinoise ! Quels trésors de sagesse, de beauté, d'ingéniosité ! Comme j'aime ce pays et ses habitants. Je n'ai pas le bonheur d'avoir visité l'un, rencontré les autres. Mais il me semble comprendre que l'âme de ce peuple, qui n'est sans doute pas très religieux, est infiniment ouverte aux choses de l'esprit. Si vous aimez la peinture chinoise, il n'est plus temps de visiter l'exposition que lui a consacrée le Musée CERNUSCHI. Mais le deuxième étage du Musée GUIMET présente des trésors inégalés ; ils sont périodiquement changés, pour ne pas les soumettre aux injures de l'air ; au premier étage, vous pouvez voir aussi d'admirables peintures bouddhiques, ramenées de DUNHUANG (TOUEN HOUANG) par Paul PELLIOT. On est là bien loin des barbouillis contemporains que nos TRISSOTINS portent aux nues, sans bien voir qu'ils ne disent rien, ni de l'âme de l'artiste ni de celle du monde. Ce n'est pas condamner l'art contemporain que de dire ainsi les choses : un MANESSIER, un Nicolas de STAEL, par exemple, ont produit des oeuvres abstraites de toute beauté. Mais c'est qu'ils les habitaient soit de prières soit d'esprit et qu'il n'y transparaissait pas l'esprit de lucre suintant des cimaises de tant de galeries parisiennes.

mercredi 13 mai 2009

Eblouissement

Si par un très grand hasard j'ai quelques lecteurs parisiens, je les encourage à aller, toute affaire cessante, au Musée CERNUSCHI. Il s'y tient une exposition temporaire consacrée à la peinture chinoise. Les oeuvres exposées viennent du fonds du Musée lui-même, et certaines d'entre elles ont été restaurées avec un soin prodigieux. Vous y trouverez des oeuvres produites sur une durée de six siècles, des MING au QING.
D'abord des paysages sur des rouleaux verticaux ou sur des éventails : prodigieux de finesse, de raffinement, de sérénité. Ce sont en général des monochromes, dans les noirs ou les bleus foncés, avec cette disposition si particulière aux peintures chinoises, celle d'une perspective cavalière. Les feuilles des bambous, des érables, les aiguilles des pins, les troncs torturés, les brouillards qui s'étendent entre les plans superposés (justement parce que les peintres chinois ne connaissaient pas les règles occidentales de la perspective) sont rendus avec une force et en même temps une harmonie qui portent tout simplement à la contemplation. Les grands artistes chinois jouent du vide et des blancs avec une virtuosité qui laisse pantois. Les monochromes sont propres à l'école du Sud. L'école du Nord produit des paysages colorés. L'un d'eux est reproduit sur la page de couverture du catalogue. Des verts et des bleus superbes.
Sont exposés aussi des tableaux de personnages, dont un, juste à l'entrée de l'exposition a été merveilleusement restauré. Ce qui est stupéfiant, dans ce cas, c'est la fermeté du trait ; il a jailli d'un seul mouvement, mais l'on devine, on sent que le geste a été longuement réfléchi avant d'être exécuté. Certains tableaux de personnages en pied, dons d'Henri CERNUSCHI lui-même, sont incroyablement expressifs.
Et puis il y a des tableaux de peintres chinois modernes et contemporains. Ce qui me frappent dans ces oeuvres prodigieuses, c'est la persistance d'une tradition artistique multiséculaire jointe à une modernité, soit des sujets (comme une piéta ou des nus), soit du style (comme ces fleurs de magnolias ou ces pivoines).
Ah, Chine, Orient lointain et mystérieux, Orient profond et multiple, que tu es chère à mon coeur. L'exposition qui est consacrée aux oeuvres des artistes à qui tu as donné le jour me laisse sur un éblouissement intérieur, et une extrême jubilation pour tant de beauté, une beauté qui est comme une prière au Dieu inconnu.