Affichage des articles dont le libellé est François Cheng. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est François Cheng. Afficher tous les articles

lundi 3 juillet 2017

03 juillet 2017. Nouvelles de la Dissidence. Plus que jamais, soyons dissidents !

Nous poursuivons notre chemin avec François CHENG, dans un de ses plus récents livres, intitulé : Œil ouvert et cœur battant. Comment envisager et dévisager la beauté (Collège des Bernardins/Desclée de Brouwer, Paris et Perpignan, 2016). L’ouvrage reprend une conférence prononcée par l’Académicien au Collège des Bernardins le 5 novembre 2010. Il s’ouvre sur un très bel avant-propos rédigé par Antoine GUGGENHEIM.
-
Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c’est la lâcheté !
-
1. LA CITATION DU JOUR.
-
"À mes yeux, c’est avec ce fait de l’unicité des êtres que commence la possibilité de la beauté. Chaque être n’est plus un robot parmi les robots, ni une simple figure au milieu d’autres figures. L’unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l’instar d’une fleur ou d’un arbre, n’a de cesse de tendre, dans le temps, vars la plénitude de son éclat singulier, qui est la définition même de la beauté. En tant que présence, chaque être est virtuellement habité par la capacité à la beauté, et surtout par le « désir de beauté ». Répétons-le : à première vue, l’univers n’est peuplé que d’un ensemble de figures ; en réalité, il est peuplé d’un ensemble de présences. C’est à cause de cela d’ailleurs que naît chez les humains la possibilité du langage qui nomme toutes choses et qui désigne « je » et « tu ». À partir du langage, l’homme, quand il ne sombre pas dans le mal, entre dans un processus qui l’élève jusqu’à le transfigurer, en affinant l’amour, en enrichissant ses créations." (Page 21)
-
2. COMMENTAIRES.
-
Tout est dit, et de manière presque définitive, dans ce court paragraphe. Considérer les êtres humains comme membres de la masse ou comme une masse, c’est condamner à mort la beauté ; ça nous a valu l’architecture stalinienne et les grands ensembles de nos banlieues, la naissance de toutes les idéologies, de tous les totalitarismes, la négation de la personne ou du bien commun (qui consiste, on l’a déjà dit, à créer les conditions sociales permettant à chaque être humain d’atteindre la fin qui lui est due) remplacée par la notion d’individu et d’intérêt général lequel est défini anonymement par des « spécialistes » ou des « experts », au-dessus des conditions qu’ils imposent à leur semblable par leur inattaquable arrogance et leurs savoirs inoxydables.
Il est grand temps de revenir à une anthropologie un peu plus saine. François CHENG nous y aide. Je vous invite à cet égard à lire un remarquable billet sur le site 
http://alarecherchedutempspresent.fr/.../de-lame-de.../. Son auteur y parle du travail de François CHENG sur l’âme. Il s'agit d'une contribution essentielles à la compréhension de cet auteur.
Par ses réflexions, l'Académicien nous invite, à sa manière, à être plus que jamais dissidents de ce monde en folie.
-
3. INFORMATIONS DIVERSES.
-
Jupiter, Hermès ! et maintenant Simone Veil avec eux au Panthéon ?

-
Dehors le foutriquet ATTALI !


Je n'arrive pas à comprendre comment un tel imbécile (au sens de BERNANOS) peut hypnotiser à ce point les gogos.
-
Nous résisterons ! Lisez Causeur, un des derniers journaux libres.


A propos du système Macron !


Si par malheur, le Président MACRON ouvrait les querelles sociétales, il soulèverait des résistances et des manifestations d'une ampleur inégalée.
-
J’ignorais ce que signifiait le « manspreading » ! Me voilà averti


Pauvre pays où l’on check ses mails, on cherche des sponsors, ou des followers sur Twitter, avant de liker un post !
-
La régression égoïste !

-
Qu'elle n'attrape pas froid surtout !

Ségo, nommée ambassadrice des Pôles !

-
Et si on en faisait autant des mosquées chez nous ?

-
Pas de Droits de l’homme sans nature humaine.

Voir cette vidéo de Rémi BRAGUE.

-
Et enfin, à lire absolument cet avis :


dimanche 2 juillet 2017

02 juillet 2017. Nouvelles de la Dissidence. Voyage à travers le mal et la beauté !

Nous commençons un cycle consacré à un très grand écrivain, François CHENG, et plus particulièrement à un de ses plus récents livres, intitulé : Œil ouvert et cœur battant.Comment envisager et dévisager la beauté (Collège des Bernardins/Desclée de Brouwer, Paris et Perpignan, 2016). L’ouvrage reprend une conférence prononcée par l’Académicien au Collège des Bernardins le 5 novembre 2010. Il s’ouvre sur un très bel avant-propos rédigé par Antoine GUGGENHEIM.
Parmi les fidèles lecteurs de mes billets, il en est qui sont des artistes accomplis. Ils rentreront sans difficulté dans la profonde pensée de François CHENG. Les autres goûteront la langue superbe d’un homme arrivé en France en 1949 sans connaître un mot de notre langue. Ils apprécieront le génie littéraire d’un très grand spécialiste de la littérature, de la poésie, de la peinture et de la calligraphie chinoises.
-
Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c’est la lâcheté !
-
1. LA CITATION DU JOUR.
-
"Notre présence au monde peut nous paraître banale ou miraculeuse, selon la sensibilité de chacun. Mais tous, nous admettons qu’il y a un mystère. Nous n’étions pas là, et un beau jour, nous nous découvrons là, pour un laps de temps. Une fois plongés dans ce monde tel qu’il s’offre à nous, deux phénomènes, entre autres, nous frappent particulièrement, deux phénomènes extrêmes qui constituent pour ainsi dire des mystères dans le mystère, celui du mal et celui de la beauté." (Page 15.)
-
2. COMMENTAIRES.
-
Voyez comme en peu de mot le décor des mystères qui habitent la vie humaine est planté. Oui, il y a un mystère du mal comme il y a un mystère de la beauté qui en est en quelque sorte son contraire.
Dans de nombreux billets, j’avais déjà dénoncé l’imposture de l’art contemporain, depuis les monochromes d’Yves KLEIN, jusqu’aux abominations du Piss Christ ou de Cloaca. Et voilà qu’avec des mots simples, et justes, François CHENG nous plonge dans la réflexion la plus essentielle sur le mystère de la beauté. Au cours de cette semaine nous aurons l’occasion de voir comment il l’aborde. Mais pour illustrer son propos, je joins à ce billet deux reproductions d’œuvre d’art, et je vous laisse juge de ce qu’il convient d’appeler beau.


White on White (Malevich, 1918).png

Carré blanc sur fond blanc (MALEVICH, 1918)


Résultat de recherche d'images pour "peintures monochromes de l'époque song"

Une peinture monochrome de l’époque Song (GUO Xi)

Et voyez comment les informations diverses nous donnent à réfléchir sur le mystère du mal.
-
3. INFORMATIONS DIVERSES.
-
Sutor ne ultra crepidam.


Les hommages rendus à Simonne VEIL le sont au titre de sa loi autorisant l’avortement. Ils s’agit là de la plus mauvaise raison de rendre hommage à une femme courageuse, rescapée des camps de la mort, et dont la bouche n’a jamais proféré la moindre parole de haine pour ses bourreaux. En fait – et le dicton latin l’explique – cet hommage est le fait de gens incapables de voir plus haut que la hauteur de leurs chaussures. Certes, il y a plusieurs moyens de comprendre la phrase : Soit au sens impératif : cordonnier, pas au-delà de la chaussure ! Soit au sens constatif : le cordonnier ne voit pas au-delà de la chaussure. C’est en ce sens que je l’applique aux zélateurs, aux idolâtres, aux admirateurs d’une femme qui valait beaucoup plus et beaucoup mieux que sa loi, laquelle a permis la suppression de millions de vie depuis sa promulgation.
-
Traduction de Jeanne SMITS

A propos de Charlie GARD que la CEDH autorise à tuer, contre l'avis des parents qui ont les moyens de le prendre en charge autrement qu'en acceptant sa mort inéluctable.


Traduit par Jeanne SMITS.

 "Nous sommes arrivés au terminus de la culture de mort. Ce sont les institutions publiques, les tribunaux qui décident si un bébé a ou non le droit de vivre. Y compris en allant contre la volonté des parents. Nous avons touché le fond de la barbarie. Sommes-nous les enfants des institutions, et leur devons-nous la vie ? Pauvre Occident : il a rejeté Dieu et sa paternité est aujourd’hui baillée à la bureaucrate ! L’ange de Charlie voit la Face du Père. Arrêtez, au nom de Dieu. Sans quoi je vous dirai avec Jésus : « il vaudrait mieux que l’on vous attache une meule autour du cou et qu’on vous jette au plus profond de la mer. »"

Mystère absolu du mal ! Alors on pense au prophète Isaïe (Is 5, 20-30) :

20 Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal; qui font des ténèbres la lumière, et de la lumière les ténèbres; qui font l'amer doux, et le doux amer! 
21 Malheur à ceux qui sont sages à leurs yeux et intelligents à leur propre jugement! 
22 Malheur à ceux qui sont forts pour boire le vin, et vaillants pour mêler la boisson forte!
23 Qui justifient le coupable pour un présent, et ravissent aux justes leur droit! 
24 Aussi, comme le feu dévore le chaume, et comme la flamme consume l'herbe sèche, leur racine tombera en pourriture et leur fleur s'en ira en poussière; car ils ont rejeté la loi de l'Éternel des armées, ils ont méprisé la parole du Saint d'Israël. 
25 Aussi la colère de l'Éternel s'embrase contre son peuple. Il étend la main sur lui, il le frappe, et les montagnes en tremblent; leurs cadavres sont comme le fumier au milieu des rues. Malgré tout cela, sa colère ne s'arrête pas, et sa main est toujours étendue. 
26 Il élève une bannière vers les peuples éloignés; il siffle pour en appeler un du bout de la terre; et voici, rapide et prompt, il arrive. 
27 Nul n'est fatigué, nul ne chancelle; nul ne sommeille ni ne dort; nul n'a la ceinture de ses reins déliée, ni la courroie de ses souliers rompue. 
28 Ses flèches sont aiguës; tous ses arcs sont tendus; le sabot de ses chevaux ressemble au caillou, et ses roues à l'ouragan. 
29 Il a le rugissement de la lionne; il rugit comme les lionceaux; il gronde, et saisit la proie; il l'emporte, et nul ne la sauve. 
30 En ce jour-là, il grondera contre Juda, comme gronde la mer. Qu'on regarde vers la terre: voici les ténèbres et l'angoisse; la lumière est obscurcie par les nuées.



lundi 13 avril 2015

13 avril 2015. Une plongée dans la beauté pure !


De YUN Shouping (恽 寿 平), ce texte superbe sur la peinture. Il a été relevé et traduit par François CHENG dans son livre Souffle-Esprit. Textes théoriques chinois sur l'art pictural. (Collection "Points", série Essais, Editions du Seuil, Paris, 1989) :

"Chant des pins qui palpitent, chant de l'eau qui s'écoule, nuage blanc survolant la cime sans se disperser, haut pic rejoignant le ciel sans s'arrêter... Tout cela forme un univers autre - autre aussi le soleil et la lune. J'y fais des randonnées sans limites ; je m'y perds sans regret."

La peinture monochrome à l'encre de Chine est probablement une des plus belle forme picturale que l'on puisse concevoir et réaliser en matière de paysage. Elle exprime l'inexprimable, avec un sens de la nature profondément émouvant. L'esprit de l'homme est sublimé par cet effort de pureté, de simplicité. En Occident, je ne vois guère, comme équivalent en matière de souffle et d'esprit que les peintures des primitifs italiens, hollandais et flamands. Certes, MONET ou SISLEY ont peint des chefs-d'oeuvre et je les admire et les aime, mais aucun des tableaux de ces grands peintres, ne suscite en moi cette aspiration à l'infini, ne me soulève l'âme et l'esprit comme l'une de ces peintures.

Voici quelques exemples de ces tableaux, choisis parfaitement a hasard. Tous sont des merveilles d'équilibre. Curieux paradoxe qui, en nous montrant souvent les cimes des majestueuses montagnes, nous plonge dans les plus intimes profondeurs de l'art et de la beauté pure. Que voulez-vous, je préfère les monochromes des peintres chinois au tableau tout bleus ou tout vers de KLEIN, appelés eux aussi monochromes, sans compter les Piss Christ, Cloaca et autre plug anal des imposteurs occidentaux contemporains.

Paysage monochrome de GUO Xi




Arbre  desséché et rocher bizarre de SU Dongbo


Rochers élégants et arbres bizarres de ZHAO Mengfu


Paysage par SHI Tao

Shitao05.jpg


Paysage par un anonyme.


Et dans un petit article annexe de son ouvrage, François CHENG dit ceci à propos de la peinture chinoise : "[...]. La création artistique, plus qu'un agrément ou un exutoire, est une forme d'accomplissement pour l'homme. Dans cette optique, l'idée du beau dans l'art est inévitablement liée à celle du vrai. Etant entendu cependant que ni le beau ni le vrai ne sont une donnée figée dans un état statique, l'un comme l'autre ayant une source commune qui est, comment ne pas l'affirmer une fois de plus, le Souffle."

Il est tout de même intéressant de constater que, dans la Bible en général, et dans l'Evangile en particulier, l'Esprit de Dieu, l'Esprit Saint est également appelé Souffle. Ne nous laissons par berner comme des gogos par ces bateleurs de foire commandités par les galeries en quête de bonne fortune (dans tous les sens du terme). Examinons avec honnêteté les émotions suscitées en notre psuché par les oeuvres qui nous sont présentées comme oeuvre d'art. Notre intuition est en cette matière très supérieure à celle des commissaires priseurs !

dimanche 19 octobre 2014

19 octobre 2014. Nouvelles de la Résistance. Anciens sages de la Chine et politique française contemporaine.

-
Plus que jamais, en ces jours à la fois sombres et remplis d'espérance, redisons nous !

Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c'est la lâcheté !

-
1. Les citations du jour.
-
"Il faut savoir entendre ce qui n’est pas dit
 Et discerner ce qui n’est pas montré."
Histoire des HAN.
                                            
"Quiconque veut s’emparer du monde et s’en servir court à l’échec."
LAOZI.

"Quand on veut connaître quelqu’un,
 On considère d’abord ses actes."
WANG ANSHI.

Cité et illustré par
François CHENG.
Et le souffle devient signe. Portrait d’une âme à l’encre de Chine.
L’iconoclaste, Paris, 2010.
-
2. Commentaires.
-
Faudrait-il que je commentasse l'évidence et les raisons pour lesquelles le Peuple, dans sa sagesse, se détourne de la politique et des politiciens ?
Les gens simples, je veux dire ceux qui ne se torturent pas l'esprit en essayant de trouver des raisons obscures et des explications tordues aux comportements de nos hommes politiques, pensent comme les anciens et très sages Chinois. Si l'on veut connaître tel ou tel président, premier ministre ou ministre, député ou sénateur, il suffit de regarder ce qu'il fait ; exemples : monsieur CAHUZAC, monsieur THEVENOUD, monsieur HOLLANDE, mais aussi monsieur JUPPE, monsieur BALKANY, monsieur SARKOZY. Tout ce qu'ils ont fait n'est pas forcément blâmable, mais il y a des degrés dans l'approbation et l'improbation de leur action politique. Et personnellement je vois une très grande différence entre un ministre qui combat officiellement la fraude fiscale mais planque son magot dans une banque étrangère et un président qui fête sa victoire au Fouquet's. Ces actes révèlent les personnalités, et font connaître ce qu'elles sont. Les socialistes, qui méprisent, disent-ils, l'argent, ont beaucoup d'indulgence pour l'un, mais sont remplis de jalousie et de ressentiment pour l'autre.
A quoi sert de gagner le monde si l'on en vient à perdre sa vie ? LAOZI reprend, à sa manière, les paroles de JESUS. Ils ont voulu le pouvoir, ils ont voulu conquérir le monde, en fait notre patrie, et  rendre celle-ci  à leurs raisons, ils sont en train de la perdre, dans tous les sens du terme.
Enfin, il faut savoir discerner à travers les silences (ceux de monsieur SARKOZY sur le mariage des personnes homosexuelles ; ceux des socialistes sur la famille par exemple) les véritables intentions des silencieux, détenteurs du pouvoir ou susceptibles de l'accaparer.
Certes, il n'y a pas de réponses tranchées à ces questions. La complexité de l'âme humaine est considérable. Seule celle des saints est simple, pure et unifiée.
-
3. Informations diverses.
-
Monsieur THEVENOUD est revenu siéger à l'Assemblée nationale.

Il me semble que cette information est suffisante pour nous indiquer le degré de corruption dans lequel est tombé l'esprit public.





mardi 15 mars 2011

Avant que vous n'alliez dormir

-
François CHENG, de l'Académie Française, vient de publier un livre remarquable. Il y commente des calligraphies superbes dont il est l'auteur et il y ajoute quelques citations de poètes chinois anciens, qui me paraissent confondantes de profondeur et de beauté. Je vais vous en livrer quelques unes. Elles berceront votre nuit, rempliront vos yeux d'étoiles, et - en ces moments où l'on aurait toutes sortes de raison de désespérer le l'homme - elles vous rendront un peu d'espoir.
-
Du grand poète (et peintre) WANG WEI :
"Sur le tard, je n'aime que la quiétude.
Loin de mon esprit la vanité des choses.
Dénué de ressources, il me reste la joie
De hanter encore ma forêt ancienne."
-
De AI TS'ING :
"Pour avoir trop aimé cette terre,
J'ai souvent les yeux emplis de larmes."
-
De CHUANGTSEU :
"Tout le monde connaît
l'utilité
de ce qui est utile ;
Personne ne connaît celle
de ce qui est inutile."
-
De CHUANGTSEU toujours :
"Il n'y a pas de plus grande tristesse,
que la mort du coeur."
-
Ah, comme je voudrais que vous comprissiez la force de caractère, la justesse du ton, la beauté des sentiments de cet homme qui "sans diplômes valables, sans métier" était en perdition quand il arriva en France. "Métaphysiquement, je traversais une période d'interrogation intense. Arraché à un milieu familier, affrontant l'inconnu, j'ai dû réapprendre à vivre. Petit à petit, immergé dans cette terre d'accueil et initié à cette nouvelle langue [François CHENG parle ici du français], j'ai réussi à me réenraciner dans l'être. J'ai éprouvé maintes fois l'ivresse de renommer les choses à neuf, comme au matin du monde. Habité aujourd'hui PAR UN SENTIMENT DE RECONNAISSANCE [majuscules de votre serviteur], je fais mienne cette phrase de KEATS qui assurait que "la terre est une vallée où pousse les âmes."
-
Cher monsieur, vous pratiquez une langue superbe. Vous n'avez jamais renié vos origines et pourtant vous êtes le plus français des français qui se puissent imaginer. Nous sommes honorés de vous compter au nombre de nos compatriotes, vous qui venez de cet Orient lointain et fascinant. Votre culture, vos talents, vos écrits rehaussent l'éclat de nos lettres. Merci, du fond du coeur, merci.
-

samedi 26 décembre 2009

Nadine et le verlan : quand la presse dérape

-
Le journal Métro titrait sur les propos de Nadine MORANO : "MORANO sur la mauvaise pente" et commentait ainsi son titre : "Les propos de la secrétaire d'état sur les jeunes musulmans suscitent la polémique".
-
Je vais d'abord démasquer la manipulation du journaliste, qui titre et sous-titre comme je viens de le dire, en citant exactement les propos du ministre : "Moi ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, qu'il trouve un travail, qu'il ne parle pas le verlan, qu'il ne mette pas de casquette à l'envers. " Première manipulation : le journaliste parle de la condamnation des jeunes musulmans et ne précise pas qu'il s'agit des musulmans français, et il utilise un pluriel là ou le ministre met son propos au singulier, de sorte, deuxième manipulation, que l'on passe d'un souhait portant pour une personne à une condamnation de toute une catégorie. J'appelle cela de la malhonnêteté intellectuelle.
-
Si les propos de madame MORANO peuvent paraître maladroits, il suffit de faire un petit effort pour comprendre, au contraire, qu'ils expriment le voeux que ce jeune français musulman puisse partager la langue et la culture de tous les jeunes français de son âge, et trouver du travail. Lui demander qu'il aime sa patrie est bien le moins que l'on puisse exiger de lui. Bien entendu, le détail vestimentaire n'est qu'un détail, et après tout, des joueurs de tennis portent aussi leur casquette à l'envers. Petite erreur du ministre. Voilà, en première analyse, ce que l'on peut dire de ces propos.
-
Monsieur MOSCOVICI s'étrangle et s'offusque ; "ce débat sur l'identité nationale devient n'importe quoi, entraîne des dérapages". Fort bien. Je lui demande, et il n'y a pas d'ironie, s'il prendrait un jeune français musulman - fût-il diplômé - comme attaché parlementaire si le dit attaché s'obstinait à parler en verlan et portait sa casquette à l'envers. Honnêtement, je le crois pas, pas plus qu'ailleurs on ne prendrait ce jeune comme employé, dans un magasin ou une boutique. Il pourrait trouver, et encore, un métier dans lequel le contact avec le public n'est pas constamment requis.
-
Vouloir qu'un jeune s'exprime correctement dans la langue de son pays, ait un travail et manifeste un comportement qui ne heurte pas ses compatriotes n'a rien de choquant. Ce qui me choque, c'est que l'on puisse se satisfaire de l'état de ségrégation linguistique, culturelle, sociale de ces milliers de jeunes gens qui, reconnus dans leurs qualités et leurs valeurs personnelles, sont capables du meilleur : j'en ai fait l'expérience avec mes étudiants et mes élèves.
-
Le mot de la fin revient à François CHENG, de l'Académie Française. Dans ce petit live merveilleux qui s'intitule Dialogue, voici ce qu'il dit de la langue : [...] un idiome n'est pas seulement un instrument objectif de désignation et de communication ; il est également le moyen par lequel chacun de nous se fait progressivement, ce par quoi chacun se forge un caractère, une pensée, un esprit, un monde intérieur mû par des sensations et des sentiments, des désirs et des rêves. Une langue prend en charge notre conscience et nos affectivités. Et à un degré plus haut, elle est ce par quoi l'homme est à même de se dépasser en accédant à une forme de création, puisque toutes nos créations, au sens large, sont un langage. Je parlais du mystère du langage humain ; je suis prêt à affirmer à présent que c'est dans le langage, toujours au sens large, que réside notre mystère. C'est bien au moyen de notre langue, à travers notre langue, que nous nous découvrons, que nous nous révélons, que nous parvenons à nous relier aux autres, à l'univers des vivants, à quelque transcendance en laquelle certains d'entre nous croient."
-
François CHENG est arrivé en France à la fin de la deuxième guerre mondiale. Il venait de Chine pour entreprendre des études à PARIS. Il ne parlait pas un mot de cette langue française dans laquelle, après l'avoir maîtrisée, (et comment !), il a choisi de s'exprimer, sans jamais renier, dans sa poésie notamment, l'influence déterminante des auteurs chinois. C'est un des écrivains les plus attachants, les plus raffinés, qui soient. Franchement, ne peut-on souhaiter à nos jeunes compatriotes d'origine étrangère, sinon un même parcours, du moins une pénétration intellectuelle aussi fine ? Vouloir le meilleur pour NOS jeunes, n'est-ce pas le souhait que tout être qui aime autrui, doit former pour lui.
-
Les misérables sont ceux qui se satisfont de cette situation, l'encouragent même, pour des raisons idéologiques ou électorales. Ils ont du chemin à faire avant d'arriver au petit orteil de François CHENG.
-
Ps : je m'absente jusqu'au 29 inclus. Reprise des billets le 30 décembre
-

jeudi 24 décembre 2009

Nuit de la nativité

-
En complément de mon billet de tout à l'heure, ce poème de François CHENG sur la nuit. Je viens juste de le découvrir dans un petit ouvrage absolument remarquable, Dialogue, publié chez Desclée de Brouwer et Les Presses littéraires et artistiques de SHANGHAI, en 2002, dans la collection "Proches lointains". (J'en reparlerai à propos du verlan et de Nadine MORANO). Le contexte du poème n'est pas celui de la nativité, mais les quatre vers que j'en extrais s'y appliquent à merveille.
-
"Vraie Lumière
celle qui jaillit de la Nuit.
Vraie Nuit
celle d'où jaillit la Lumière.
-
Il n'y a rien à rajouter.

samedi 15 août 2009

Hymne à la peinture

Il est difficile de faire plus beau que les peintures monochromes produites par les peintres chinois, sous la dynastie des SONG notamment. Les peintres, les penseurs, les calligraphes chinois ont abondamment écrit sur la peinture. François CHENG a traduit de nombreux passages de ces textes qui souvent traduisent merveilleusement la force de ces oeuvres. Voici un extrait traduit par François CHENG d'un ouvrage de CHU CHING-HSÜAN qui date de la dynastie des T'ANG : il a une portée universelle, et on peut l'appliquer à toute oeuvre inspirée :
La peinture est sacrée. Elle scrute ce que le Ciel et la Terre ne montrent pas et révèle ce que le soleil et la lune n'éclairent pas. Au moyen d'un menu pinceau, le peintre apprivoise les dix mille êtres ; et se servant de son coeur, il appréhende l'espace sans limites. Grâce à cet art [...], le visible se trouve représenté, l'invisible même prend forme
In
François CHENG.
Souffle-Esprit. Textes théoriques chinois sur l'art pictural. Collection Points/Série Essais, N°545. Éditions du Seuil, Paris, 1989.
Quelle immense civilisation que la civilisation chinoise ! Quels trésors de sagesse, de beauté, d'ingéniosité ! Comme j'aime ce pays et ses habitants. Je n'ai pas le bonheur d'avoir visité l'un, rencontré les autres. Mais il me semble comprendre que l'âme de ce peuple, qui n'est sans doute pas très religieux, est infiniment ouverte aux choses de l'esprit. Si vous aimez la peinture chinoise, il n'est plus temps de visiter l'exposition que lui a consacrée le Musée CERNUSCHI. Mais le deuxième étage du Musée GUIMET présente des trésors inégalés ; ils sont périodiquement changés, pour ne pas les soumettre aux injures de l'air ; au premier étage, vous pouvez voir aussi d'admirables peintures bouddhiques, ramenées de DUNHUANG (TOUEN HOUANG) par Paul PELLIOT. On est là bien loin des barbouillis contemporains que nos TRISSOTINS portent aux nues, sans bien voir qu'ils ne disent rien, ni de l'âme de l'artiste ni de celle du monde. Ce n'est pas condamner l'art contemporain que de dire ainsi les choses : un MANESSIER, un Nicolas de STAEL, par exemple, ont produit des oeuvres abstraites de toute beauté. Mais c'est qu'ils les habitaient soit de prières soit d'esprit et qu'il n'y transparaissait pas l'esprit de lucre suintant des cimaises de tant de galeries parisiennes.

samedi 4 juillet 2009

Un superbe poème

I MEN (1907-1967) est un poète du groupe dit "de Juillet", l'un des meilleurs, selon François CHENG. Il a vécu de très grands drames familiaux. Bien qu'il ait contribué à la cause révolutionnaire, il sera la cible de féroces critiques. On le laissera mourir dans la solitude et le silence. Le régime ne partage pas ses vues sur la création poétique... En effet.
Dans le livre que François CHENG consacre à la poésie chinoise (Entre source et nuage. La poésie chinoise réinventée. Albin Michel, Paris, 1990), je trouve ce superbe poème d'I MEN, intitulé "Judas" :
"Au milieu des Douze, Judas
Etait là, on le savait.
Trahison.
Mais la potence ne saurait éteindre la flamme,
Comme la mer ne saurait avaler l'unique perle.
La révolution n'est pas à vendre.
Le monde n'est pas à vendre, pas plus que sa longue histoire.
Le Fils de l'Homme
N'est pas à vendre.
Seule a été vendue
L'âme vile de Judas lui-même.
Au milieu des Douze, se tient Judas, tapi
Dans l'ombre de la robe du Créateur
Dans le souffle du combat du Fils de l'Homme,
Dans l'attente vile de son vil destin."
On comprend qu'un poète qui prétend que Le Fils de l'Homme n'est pas à vendre, pas plus que la révolution, ait eu quelques problèmes avec l'un des régimes les plus inhumains, les plus cruels, les plus tyranniques de l'histoire. Un régime encensé par nos hommes de gôôôche, nos intellectuels patentés (de Roland BARTHES à Philippe SOLLERS) des années 1960-1970. Par leur complaisance, ils se sont fait les complices d'innombrables crimes, et sont coresponsables de la mort de millions d'innocents. Eux qui faisaient profession de littérature, ont-ils seulement connu cet homme, reclus et abandonné de tous (il perdit en l'espace de quelques mois, sa femme, sa mère, et sa belle-mère ; il ne semble pas qu'il ait eu d'enfants) ? Ils étaient plus préoccupés de leur gloire en France que de la justice en Chine.
I MEN (Men signifie "porte" en chinois) a encore écrit un autre poème, "Ombre", qui se termine ainsi :
"Que je veille ou que je dorme,
L'ombre de la croix,
Comme la mienne propre,
Me poursuit, m'écartèle,
sans me lâcher."
On retrouve là le souffle terrible qui anime certains Psaumes. Il est vraisemblable que le poète s'en est nourri.
Paix à ton âme I MEN, homme de courage et de foi. Il suffit qu'il n'y en ait qu'un comme toi pour changer la face des événements. Oui, Paix à toi, dans la lumière qui ne ternit ni ne s'éteint jamais.

dimanche 11 janvier 2009

Poèmes chinois

Voici deux poèmes de I MEN, poète chinois mort en 1967. Ils ont été magnifiquement traduits par François CHENG.
Comment, en lisant le premier, ne pas penser à ces familles de GAZA, prises entre la folie de leurs leaders et la violence aveugle de leurs adversaires ? C'est à elles que je dédie ce magnifique et triste poème et à toutes les familles dont les enfants sont morts sous le coup des bombes et des balles.
Je vois beaucoup d'hommes
Silencieusement pleurer
Dans la nuit
Beaucoup de femmes
Pleines de douceur soudain
Gagnée par la folie
Le matin près d'immondes
Ordures, je chasse
Le chien affamé et ramasse
Un nouveau-né
Ils entrent en moi
Et vivent dans ma pensée.
Et puis cet autre absolument étonnant dans la bouche d'un Chinois :
Au milieu des Douze, Judas
Était là, on le savait.
Trahison.
Mais la potence ne saurait éteindre la flamme,
Comme la mer ne saurait avaler l'unique perle.
[...]
Le Fils de l'Homme
N'est pas à vendre.
Seule a été vendue
L'âme vile de Judas lui-même.
Au milieu des Douze, se tient
Judas tapi
Dans l'ombre de la robe du Créateur
Dans le souffle du combat du Fils de l'Homme
Dans l'attente vile de son vil destin.
In
François CHENG.
La source et le nuage. La poésie chinoise réinventée.
Albin Michel, Paris, 1990.
Il me semble que ces poèmes se passent de commentaires. Le premier parce qu'il exprime l'universelle douleur des parents qui ont perdu un enfant, le second parce qu'il souligne la noirceur de toute trahison, le tout en une concision absolument inégalable. Et puis ils montrent que l'Europe et l'Occident n'a pas le monopole de la création artistique, et que d'autres cultures la rejoignent dans son aspiration à l'universel.