Affichage des articles dont le libellé est Penser. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Penser. Afficher tous les articles

lundi 5 août 2019

Mardi 30 juillet 2019. Penser et parler, ce n'est pas la même chose !


-
JUSTE RÉFLEXION QUI ECLAIRE CE QUE PEUT ÊTRE LA CONSCIENCE.
-
"La faculté de penser, ou l’esprit, est la faculté d’attacher des pensées aux mots, et la faculté de parler est la faculté d’attacher des mots aux pensées, qualité dont la deuxième tient à l’homme physique et à la flexibilité des organes, et c’est ce qui fait qu’elle est plus commune que l’autre, et qu’on voit plus de gens qui parlent facilement que de gens qui pensent très juste. […]."
Vicomte Louis de BONALD.
In Dissertation sur les idées (repris page 90 du tome troisième de l’ouvrage intitulé Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison).
Librairie d’Adrien Le Clère et Cie, Paris, 1829).
-
COMMENTAIRES.
-
Dans la réflexion que nous nous efforçons de faire ensemble sur la conscience, ce passage est très éclairant pour nous. Il indique qu’il est parfaitement possible de concevoir qu’un être humain soit capable de penser sans pouvoir parler. Et c’est du reste ce que de nombreux neurologues ont pu montrer. Certes, il est impossible de penser sans passer par les mots, ou plus exactement par la parole intérieure. Car nous pensons avec des mots sonores. Et cette capacité de joindre en un seul acte un son, une forme et un sens m’a toujours paru extraordinaire.
Le psittacisme logorrhéique des journalistes en mal de pensée illustre l’ironique constat de notre bon vicomte : ils parlent beaucoup, mais ils pensent peu. Autrement dit, ils utilisent des formes lesquelles font du bruit, mais n’ont pas beaucoup de sens.
C’est tout pour aujourd’hui.



mardi 26 mai 2009

Un poème déchirant

Il y a plusieurs semaines, je vous parlais de Pierre-André GUASTALLA, dont la probité intellectuelle fut célébrée par Gabriel MARCEL dans la Préface qu'il écrivit pour le Journal (1940-1944) laissé par cet écrivain, mort trop jeune, tué à l'ennemi peu après la Libération de Paris. Ceux qui me lisent régulièrement savent le prix que j'attache à la probité intellectuelle et à la pensée. Je suis donc en train de parcourir (d'abord) ce journal que je lirai à tête reposée après avoir achevé la lecture passionnante, exigeante, étonnante, des principaux livres de Marcel LEGAUT.
Tout de même, je trouve, dans ce Journal, ce petit poème en prose, jeté au papier, comme on jette un cri dans la solitude d'une montagne déserte. Je ne peux résister à la nécessité de vous le livrer :
Ils passent leur temps à ne pas penser,
et en sont très occupés.
Il est tellement plus facile de rire et de dire
tout ce qui passe et disparaît
que d'être dur avec soi-même.
Il est tellement plus facile de pencher par le vent
que de souffler soi-même.
C'est facile de sourire et d'avoir l'air...
Il est dur d'arriver à ne pas avoir l'air.
Je pleure sur eux et ils essuient mes larmes,
avec des rires de femmes qui méritent des baffres [sic],
et des coups de pied,
et des écorchures,
parce que ce sont elles
avec leurs cajoleries et leur rouge,
leurs ongles et leur bêtise,
qui tuent en tous ce qu'ils auraient pu apporter au monde.
Je pleure sur eux,
Comme le Christ pleurait déjà.
Ce poème a été écrit en mai 1940, au moment où se profilait pour notre patrie le spectre d'une honteuse défaite et celui, pire encore du déshonneur. Il faut comprendre les allusions aux femmes fardées, comme une évocation des grandes prostituées, et non point des femmes en général. Le contexte le prouve à l'évidence.
Mais j'aime ce ton : oui penser, ne pas réagir aux faits comme le chien de PAVLOV, ne pas se satisfaire de la médiocrité ni pour soi ni pour les autres, prendre la vie au sérieux, ne pas se contenter de dire "tout ce qui passe et disparaît", comme tant de journalistes.
Pierre-André GUASTALLA est mort avant d'avoir pu donner toute la mesure de sa réflexion. Ce qu'il en subsiste est trop beau pour ne pas susciter en nous le regret de sa disparition.