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mercredi 19 septembre 2012

Enfin !

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Le cardinal de Lyon sur les ondes d'une radio a expliqué pourquoi il ne pouvait approuver le projet de loi autorisant le mariage homosexuel. Il a effectivement dit, en une phrase qui occupe une toute petite partie de son intervention, que bientôt "ils" (je ne sais s'il s'agit des homosexuels, des hommes en place qui se disent "politiques", des citoyens français) demanderaient à ce que l'on autorise la polygamie, voire l'inceste. Ce faisant, il a très clairement posé une question qui me paraît essentielle : est-ce le droit positif qui décide de ce qui est moral ou pas ; y a-t-il une autre source à la morale et si oui laquelle ? Bien entendu, les imbéciles bernanosiens de service (journalistes en tête, associations Hippolyte ou Théodule, hommes politiques) ont crié au scandale. Jamais, au grand jamais de telles choses ne sauraient arriver. Il faut examiner si ces indignations sont de bon aloi.
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Pourquoi de telles choses ne pourraient-elles arriver ? Il y a deux explication possibles à cette dénégation. La première est que, au fin fond de leur cerveau, ceux qui protestent contre le cardinal jugent que ces propositions déviantes sont immorales. Ils ont simplement déplacé dans leur tête la frontière du moral et de l'immoral, et ils estiment que l'homme étant l'équivalent de la femme, il n'y a aucune raison de ne pas leur accorder les mêmes droits, y compris celui de se marier avec qui ils veulent. Dans cette perspective, l'erreur est anthropologique. On aura beau avancer des arguments biologiques, anatomiques, psychologiques, rien n'y fera. Le seul recours possible est le recours à la morale naturelle. Encore faut-il que nos apprentis sorciers veuillent bien y croire. Tout de même, je rappelle de nouveau que dans les débuts des années 1970, un groupuscule d'intellectuels, Roland BARTHES, Julia KRISTEVA, Gabriel MATZNEFF et d'autres avaient demandé que l'on dépénalisât les relations sexuelles d'adulte avec des enfants. Ce qui nous paraît honteux aujourd'hui (et nous devons reconnaître que du temps où elle était ministre Ségolène ROYAL a lutté contre l'abomination qu'est la pédophilie) ne leur paraissait point abominable à ces imbéciles (au sens de BERNANOS toujours).
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La seconde explication est plus cynique, mais elle n'est pas invraisemblable. Elle consiste à dire que c'est trop tôt, qu'il convient déjà de digérer la première innovation, avant d'en introduire de nouvelles. Dans de très nombreuses civilisations, souvent très raffinées (je pense à la civilisation chinoise), la polygamie était non seulement tolérée mais mise à l'honneur et elle l'est encore aujourd'hui dans certains pays musulmans. Elle est acceptée tacitement chez nous où l'on compte 20 000 foyers polygames. Une ou plusieurs des épouses sont déclarées aux institutions sociales comme mère célibataire et elles touchent les allocations afférentes à cet état ou (ce qui est le cas le plus fréquent) les reversent à leur mari. Si la polygamie n'est pas autorisée en France, elle est parfaitement tolérée. Mais d'où vient l'exigence légale de la monogamie ? Quelle instance de la mentalité collective nous fait juger qu'elle est bonne pour la société ? La tradition ? La perception qu'elle obéit à une exigence de la nature humaine ? Une nécessité sociale ?
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L'inceste également a été en honneur dans certaines couches sociales (les pharaons égyptiens par exemple) des sociétés antiques. Il serait tout de même intéressant de savoir pourquoi cette idée nous fait horreur. Nombre d'ethnologues ou d'anthropologues se sont penchés sur cette question. Elle est, semble-t-il, restée sans réponse contraignante.
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Monseigneur, merci pour ces paroles. Elles ont le mérite, quoique insuffisamment explicites, de placer le débat à son vrai niveau. La loi est-elle le seul moteur des comportements socialement acceptables ? Y a-t-il, au-dessus de l'arrogance humaine, quelque chose (ce que mon ami, le Pr Michel TARDY appelait l'instance de vérédiction) ou quelqu'un (que les croyants appellent Dieu) qui vient nous rappeler que tout n'est pas permis à l'homme ? Vous n'avez pas pété un câble, comme le dit si élégamment monsieur DELANOE, vous avez rappelé qu'on ne mange pas impunément du fruit de l'arbre de la connaissance, de la connaissance du bien et du mal.
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C'est tout pour aujourd'hui.

lundi 26 avril 2010

Tenir bon

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La manière dont les partis politiques réagissent à l'affaire de cet homme supposé être polygame est typique de l'idéologie qui les ronge.
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Il faut commencer par le commencement. En premier lieu, nous sommes un pays de droit, et il est absolument indispensable de le respecter. Il faut tenir ferme sur ce point, et n'y jamais déroger. En second lieu, et c'est là où les choses se compliquent, notre pays ne reconnaît pas le mariage religieux. Il est donc tout à fait possible à un fidèle musulman (a) de se marier civilement à une française, d'acquérir ainsi notre nationalité, et (b) de contracter à la suite trois mariages religieux, sauf qu'un ministre des cultes qui, en France, marie religieusement un homme et une femme non marié civilement se rend coupable d'un délit et est passible des tribunaux. Qu'à cela ne tienne, il suffit d'aller dans un pays musulman qui, lui, reconnaît le mariage religieux, et le tour est joué.
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Ainsi, l'homme soupçonné de polygamie peut être religieusement (et régulièrement aux yeux de sa foi) polygame, sans l'être juridiquement. Voilà où mène l'exacerbation de la laïcité qui refuse de prendre en compte ce fait. Il me semble, toutefois, très facile de juger de la réalité de la polygamie, en se posant quelques questions : (a) les femmes supposées être mariées à cet homme ont-elles des enfants ? Combien chacune ? Ces enfants sont-ils du même père ? Quel âge ont-ils ? Les mamans de ces enfants sont-elles toutes voilées ? Quel nom porte les enfants ? S'il apparaît que les réponses à ces questions indiquent que l'homme soupçonné de polygamie a engendré régulièrement de ces quatre femmes, et d'elles seules, des enfants à des périodes coïncidentes, alors il y a fort à parier qu'il s'agit d'un cas de polygamie, régulier aux yeux de la religion musulmane, mais difficile à condamner chez nous si les mariages ont été contractés à l'étranger.
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Que faire ? La seule solution, à mon point de vue, consiste à reconnaître que le mariage religieux musulman a valeur de pacte civil de solidarité qu'il ait été ou non contracté en France. Or il est impossible aux yeux de la Loi d'en contracter plusieurs simultanément. La gauche s'époumone, mais ne voit le danger qu'il y a à défendre ces pratiques, qui condamne à brève échéance notre pays à être submergé par des familles pléthoriques, à la charge des contribuables, et qui ne manqueront pas de constituer chez nous des ghettos islamistes irréductibles. La droite réagit sans doute trop vite. Il faut réfléchir. Quant à accuser monsieur SARKOZY d'être responsable d'une prétendue manipulation, c'est tout simplement supposer qu'il avait une ligne directe entre l'agent verbalisateur de la porteuse de niqab (tient, d'un seul coup, on retrouve les bons mots pour désigner les pièces vestimentaires ; là on peut faire la différence entre une burqa et un niqab, bizarre, non ? ; voir mon dernier billet) et son bureau. C'est idiot et ne mérite même pas l'attention que je lui porte.
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La vérité est plus nuancée. (a) Nous devons nous abstenir de toute généralisation ; il y a des fidèles musulmans pieux et sincères ; ils ne doivent pas être victimes d'une injuste suspicion, et ils méritent notre respect. (b) Il y a les extrémistes, qui ne rêvent que de prendre une revanche sur la bataille de Poitiers, sur les croisades et sur la reconquista espagnole. Il ne s'agit pas d'un fantasme sorti tout droit de ma tête. Il s'agit là de propos tenus par des intellectuels et par des fidèles fanatisés.
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On peut se demander, aux réactions des uns et des autres, si le contact des responsables politiques avec la réalité humaine et religieuse a encore un sens pour eux. La plus mauvaise réaction est celle de la gauche et elle paiera ce manque de courage qui consiste à ne pas voir en face les faits ; la moins inadaptée est celle de la droite, mais je la trouve trop idéologique. Il nous faut réfléchir à ce que la laïcité signifie, et revoir tout à fait nos concepts en cette matière, en acceptant qu'il existe des cultures qui ne distinguent pas le domaine religieux du domaine politique ; il nous faut tirer les conséquences de cette situation. Si nos lois ne permettent pas de condamner la polygamie religieuse (je ne parle pas de maîtresses, comme le suggèrent plaisamment tel ou tel média, France Info en tête ; peut-être pour nous, mais pas pour un musulman à qui sa foi interdit l'infidélité), alors il ne faut pas accepter sur notre sol des personnes pratiquant ouvertement une forme extrême de l'islam qui ne peut avoir de place chez nous.
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Et qu'on ne me dise pas qu'il s'agit-là d'un argument juridique irrecevable au motif qu'il n'est fait que de soupçons et de présomptions. Toute la législation fiscale est fondée sur l'idée a priori qu'un contribuable est un fraudeur en puissance, de sorte que la charge de la preuve lui appartient quand il est accusé de fraude. Le droit est ici totalement présomptif. Ce qui est possible dans un domaine somme toute grossier, celui de l'argent trompeur, doit l'être encore plus quand il s'agit de la survie de sa patrie.
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Allez, tenez-bon, monsieur le ministre. Allez jusqu'au bout de l'enquête. Et donnez suite, s'il y a lieu.
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