Tout à fait à court d'idée ce matin, je me suis plongé avec délice dans la lecture rapide d'un livre, selon moi capital, qu'écrivit BERNANOS vers la fin de son exil volontaire au Brésil et dont j'ai souvent parlé peu après l'ouverture de ce Blog : je veux parler de La France contre les robots. BERNANOS avait quitté son pays natal, amer et dégoûté des honteux accords de MÜNICH qui préfiguraient la défaite et la honte momentanée de notre patrie. Ah ! Il faudrait tout citer, tant la pensée de ce livre est roborative, juste, émouvante.
BERNANOS nous y apprend qu'en 1772, l'Anglais DALLINGTON définit la France comme une vaste démocratie, et que RICHELIEU, tout aussi centralisateur que le tyran ROBESPIERRE (à qui l'on a eu le front de dédier une station de métro !) disait avec regret : "Toute ville chez nous est une capitale. Chaque communauté française, en effet, ressemble à une famille qui se gouverne elle-même, le moindre village élit ses syndics, ses collecteurs, son maître d'école, décide la construction des ponts, l'ouverture des chemins, plaide contre le Seigneur, contre le curé, contre un village voisin." Ce point de vue est intéressant à plus d'un titre. D'abord parce qu'il montre combien est profond le mensonge d'Etat qui prétend que l'Ancien Régime était tyrannique ; c'est une imposture dont nous ne sommes pas encore remis, si jamais nous le pouvons un jour. Ensuite par ce qu'il soulève une question que BERNANOS n'a pas explicitement posée.
Paradoxalement, en effet, BERNANOS indique que la Révolution de 1789 à été la "Révolution de l'Homme, inspirée par une foi religieuse dans l'homme". Mais il explique que cette flamme a été vite étouffée par la tyrannie de la Convention. Et il ajoute : "En 1789, les élites sont à leur place, c'est-à-dire à l'avant-garde. Cent cinquante ans plus tard, les élites seront à l'arrière, à la traîne, et elles trouveront la chose parfaitement naturelle ; c'est au peuple qu'elles prétendront laisser le risque, la recherche. Des classes dirigeantes qui refusent de bouger d'un pouce, que pourrait-on imaginer de plus absurde ? Comment diriger sans guides ? Les classes dirigeantes refusent de bouger, mais le monde bouge sans elles."
Que s'est-il donc passé ? Le reniement absolu de ce qui fit la France pendant des siècles - un monument de goût, de culture et de civilisation ; elle faisait la mode de l'Europe entière ; on y venait pour apprendre sa langue ; s'imprégner de sa culture - est advenu par l'irruption du soi-disant (je ne dis pas prétendu) règne de la raison, par celui non moins imbécile de la loi, de l'Etat, de la Nation, par le développement prodigieux du machinisme, du salariat, du prolétariat, de l'esclavage de la conscription, de l'arrogance de la bourgeoisie enrichie par la spéculation sur les biens nationaux. Et nous avons aujourd'hui ce que nous avons mérité par notre apostasie du passé : des banquiers qui se tapissent le nombril de bonus, des industriels qui délocalisent à tour de bras, des marchands du temple qui ruinent les industries et artisanats de leur patrie par des importations massives de produits étrangers, souvent chinois, toujours ou presque de mauvaise qualité.
Les millions de touristes qui visitent PARIS ne le font pas par amour de la Révolution, mais par admiration pour ce que notre pays a produit de mieux depuis des siècles : de l'hôtel de Cluny, à celui des Invalides, de Notre-Dame à la Place de la Concorde. L'Opéra-Bastille et le grand bazar du Centre Pompidou font bien pâle figure à côté de ces chefs d'oeuvre...
N'oublions jamais ceci : les spécialistes des révolutions et des guerres ont montré que ces phénomènes violents aboutissaient toujours à instaurer des régimes politiques plus tyranniques que celui qu'ils prétendaient détruire : c'est vrai de notre Révolution, de la Révolution russe, de la Chine maoïste, de l'Allemagne nazie. Et je mets au défi qui que ce soit de me prouver le contraire.