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mercredi 17 juillet 2019

Mercredi 17 juillet 2019. Du doigt, il écrivait sur le sol...


Méditation personnelle sur les affaires qui secouent le petit monde des médias.

"Il faisait encore frais, et par-dessus le mont des Oliviers, le soleil ne dardait que de timides rayons. Il y avait foule pourtant près de cette colonnade, non loin de laquelle se tenait le Maître. Il enseignait et l’on buvait ses paroles avec avidité. D’où Il était, Il pouvait voir derrière l’angle nord-ouest du Temple, la forteresse Antonia, et il entendait les cris lointains que les soldats romains se renvoyaient l’un à l’autre pour marquer la relève.
Il pouvait voir aussi, sur sa droite, la vallée du Cédron qui le séparait du jardin qui serait celui de son agonie.
Soudain, un grand bruit, des huées, des rugissements et une petite troupe qui retient avec dégoût, en la touchant à peine, mais suffisamment fermement pour qu'elle ne s'échappe point, une femme à peine couverte d’un voile pour cacher sa nudité ; on venait de la surprendre en train de faire l’amour avec un homme qui n’était pas son mari.
"Nous savons que tu es un homme juste, Rabbi. Notre loi nous ordonne de lapider ces femmes-là. Et toi que dis-tu ?" Le piège, pensent-ils, ces hypocrites, ces redresseurs de tort. S’il dit qu’il faut la tuer, alors son message d’amour, ses disciples peuvent se le mettre quelque part, si je puis me permettre cette expression triviale. S’il dit qu’il ne faut pas la tuer, alors c’est un mauvais juif, il viole les préceptes de la loi, et on lui fera la peau.
Alors Lui, de se taire, tout en écrivant sur le sol. Ils insistent, ces salopards, si je puis, là encore, utiliser une expression triviale. Et dans sa souveraine intelligence, Il leur répond : "Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre !"
Et ils s’en vont, les uns après les autres, en commençant (humour suprême de l’Évangile) PAR LES PLUS ÂGÉS. Et la femme reste seule devant Lui. "Personne ne t’a condamnée" lui demande le Juste, le seul qui aurait pu lui jeter cette première pierre ? "Personne, Seigneur", répond-elle en tremblant, tout en serrant sur son torse le voile léger qui protège son intimité. Et avec une douceur, celle du Salut donné aux hommes, Jésus lui dit : "Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et ne pèche plus."
Edwy PLENEL qui venait de livrer monsieur de RUGY à la pâture des vautours médiatiques, s’en alla alors tout triste, car il avait de grands biens et il n’entendait pas les abandonner. Il était resté caché derrière un muret, près de ce que l’on appelle aujourd’hui l’arche de WILSON ; il avait tout entendu, mais il n’avait pas écouté, et il ne semble pas qu’il se soit posé la question de la blancheur de ses intentions ou de sa conduite quand il rejoignit les locaux de Médiapart.

En résumé, il a refait  le coup que d'autres avant lui avaient fait à François FILLON. Je n'aime pas ce régime, ce n'est pas un mystère pour mes lecteurs, mais je trouve ignoble ces procédés de délation ménagée, distillée, quintessenciée, qui ne vise qu'à la destruction d'un homme et nullement au bien commun. Qui se soucie du bien commun de nos jours ? Il est clair que je n'approuve pas telle ou telle façon de faire de monsieur de RUGY. Mais pour les condamner, il faudrait déjà qu'on n'y eût jamais eu recours.

Je précise enfin que les voltes-faces de monsieur de RUGY en matière politique ne sont guère reluisantes, mais il n'est pas le seul à ne pas reluire en ces matières...



lundi 19 novembre 2007

Emballement mimétique

L'un des lecteurs de mon Blog, un lecteur qui m'est cher, me faisait savoir hier soir par courriel qu'il trouvait mon billet sur la manifestation anti-grève "démagos", "people" et finalement proche des positions de Le Pen. Je me suis pourtant borné à rapporter des faits dont j'ai été le témoin direct, des faits dont le rapprochement révèle le dysfonctionnement de notre démocratie en général et des media publics en particulier. J'aurais pu rajouter que la serveuse du bar du Temple qui nous a servi un café bien chaud avant la manifestation confirmait qu'elle avait le plus grand mal à venir travailler et qu'il lui fallait venir, faute de quoi elle ne serait pas payée.
Ayant accepté d'avoir un discours public, j'accepte aussi les conséquences de ce choix. Je tiendrai le plus grand compte des remarques qui m'ont été faites. Je vais essayer maintenant d'élever le débat.
Peut-être connaissez-vous l'épisode de la femme adultère. On présente à Jésus une femme prise en flagrant délit de fornication adultérine. Les "justes" ou ceux qui se prétendent tels, pressent Jésus de prendre position. La Loi juive condamne à mort par lapidation ces femmes. Mais, curieusement, lui, se TAIT, les yeux baissés, et accroupi, il écrit sur le sol. L'assistance insiste. Jésus a cette réponse fulgurante "Que celui qui n'a jamais péché lui jette le PREMIERE pierre".
René GIRARD, qui, de mon point de vue est un penseur de génie, analyse avec une extraordinaire finesse cette scène. Si Jésus se tait et évite soigneusement de croiser les regards de la foule, c'est pour ne pas déclencher un emballement mimétique. Et pour ne pas violer la Loi juive, connaissant le coeur de l'homme, il accepte la lapidation, à la condition que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre. Il est bien évidemment impossible de trouver un homme exempt de péché. Par cette réponse, Jésus empêche qu'il y ait un MODELE qui eût déclenché la violence mimétique. René GIRARD analyse avec une profondeur inégalée l'origine de la violence humaine. Il y voit l'effet du désir mimétique, lequel consiste à désirer ce que désir l'autre, et jusqu'à son désir même. En un mot, il n'y a pas de désir AUTONOME. TOCQUEVILLE l'avait dit un peu autrement "On se passe fort aisément de ce que les autres n'ont pas."
Je ne crois pas faire un rapprochement sacrilège en appliquant les analyses de René GIRARD au fonctionnement des Assemblées Générales de Grévistes. Il est, à mon avis, évident qu'il faut un courage spirituel exceptionnel pour exprimer un sentiment ou un choix intimes dans un vote à main levée, moyen choisi comme un modèle d'expression démocratique par les leaders syndicaux. En regardant à la télévision les sujets qui ont trait aux AG des cheminots, j'ai remarqué qu'il y a toujours AU PREMIER RANG des syndiqués cégétistes. Ils sont les premiers à lever la main à l'appel de leurs chefs. Leur fonction, qu'elle soit voulue ou inconsciente, est de fournir un MODELE à leurs collègues. Je ne mets pas en doute leur sincérité. Je mets en doute la crédibilité des votes ainsi obtenus. C'est bien pourquoi, en démocratie, le vote se fait à bulletin secret et après passage obligatoire par un isoloir.
Les manifestations tirent leur efficacité de l'emballement mimétique ("Tous ensemble ! Tous ensemble ! Tous !"), y compris celle d'hier. C'est pourquoi je n'ai pas été Place de la Nation. C'est pourquoi aussi, j'ai mis en garde, dans mon billet d'hier soir, contre la possibilité d'un clash entre les usagers et les grévistes.
Il faut négocier, discuter, rentrer dans le point de vue de l'autre pour le comprendre, essayer de convaincre, mais dans des conditions qui soient acceptables non seulement par les grévistes mais encore par l'ensemble des citoyens.
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