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samedi 30 décembre 2017

30 décembre 2017. Nouvelles de la Dissidence. L'économisme contre l'existence !

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Comment ne pas aimer cet anglais au robuste bon sens et à l’humour ravageur ? S’il n’avait pas existé, il eût été impossible de l’inventer. Il nous parle aujourd’hui de l’inanité et de la vacuité de l’économisme.
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Rien n’est plus facile que de prêcher la vérité. Le miracle c’est de la faire aimer.
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"[…]. Que l’homme ne puisse pas vivre sans pain n’implique pas qu’il vive seulement de pain. Il lui est naturel de se préoccuper beaucoup moins des mécanismes économiques qui, lui procurant son pain quotidien, assurent son existence, que de cette existence elle-même, de l’univers où il s’éveille chaque matin, de la place qu’il y tient. Ce n’est pas sa subsistance qui le préoccupe le plus, mais son existence. Pour une fois où il se représentera clairement ce que lui rapporte son travail et ce que lui coûte sa nourriture, il lui arrivera dix fois de se dire qu’il fait beau, que le monde est bizarre, que la vie vaut d’être vécue, que le mariage n’est pas toujours rose, que les enfants sont gentils, mais que sa jeunesse était plus gaie, bref de méditer vaguement sur le mystère de la vie humaine. Ce que je viens de dire est vrai de la plupart des esclaves à gage de notre monde industriel qui, par son horreur et son inhumanité, a réussi à rendre réellement primordiale la question économique, mais l’est infiniment plus de la multitude innombrable de paysans, de chasseurs, de pêcheurs qui forment encore la plus grande partie de l’humanité. Même les cuistres qui font dépendre la morale de l’économie suppose l’existence. L’existence implique une foule d’interrogation mais, d’ordinaire, nous songeons plus souvent à son sens qu’à ses moyens. La preuve de ce que j’avance est simple, simple comme le suicide. Abolissez l’univers par l’imagination, vous abolirez du même coup les professeurs d’économie politique ; si vous avez décidé de mourir, vous n’avez plus besoin qu’ils vous apprennent comment vivre. Toutes les initiatives et toutes les décisions qui forment le cours de notre histoire ont eu ce caractère commun d’enrayer le cours purement économique des choses. De même que l’économiste peut se dispenser de calculer l’augmentation du salaire du suicidé, il peut omettre de calculer la retraite du martyr. Et de même qu’il est inutile qu’il calcule la pension du martyr, il est inutile qu’il calcule les allocations familiales du moine. Les plans de l’économie sont, à chaque instant, remis en question par le soldat qui meurt pour son pays, par le paysan qui laboure son champ, par le converti qui s’exerce à suivre les préceptes de sa religion, ce qui ne relève pas d’une comptabilité des moyens de subsister, mais d’une vision du sens de l’existence ― de ce que l’homme ressent au fond de lui-même quand il regarde à travers ces étranges fenêtres qu’on appelle des yeux, cet étrange spectacle qu’on appelle le monde."
In
G[ilbert] K[eith] CHESTERTON.
L’homme éternel. 2e édition, 2e tirage (nouvelle traduction).
Dominique Martin, Bouère, 2012. (Page 145.)
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2. COMMENTAIRES.
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Diverses enquêtes font apparaître que le peuple français est un des moins racistes du monde. Les imbéciles se précipiteront, cependant, pour déclarer racistes, xénophobes, islamophobes, et chosophobes, tous ceux qui estiment légitimes de défendre leur manière de vivre, leur façon de concevoir l’existence, l’amour de leur patrie, leur langue, leur culture. CHESTERTON explique cela admirablement et il annonce la déchéance définitive des économistes, de l’économisme et de tous les systèmes qui font de l’argent la clé, le point nodal de toute politique.
L’homme ne vit pas que de pain. Il en a besoin, sans aucun doute, et il y a bien longtemps que les philosophes chrétiens du Moyen Âge ont proclamé une vérité absolue : la grâce ne peut venir en l’homme si sa nature n’est pas satisfaite. Néanmoins le pain quotidien ne sert que de support matériel à la réflexion perpétuelle de l’homme sur sa propre condition. Quelle que soit, du reste, la réponse qu’il donne à la question de l’esprit, à celle de l’existence de Dieu. BACHELARD avait déjà dit que l’homme est un être de désir et de nécessité.
Que les plans de l’économie soient sans cesse remis en cause est amplement démontré par les faits. N’en prenons que quelques-uns qui concernent la manière dont la SNCF entend se moderniser : panne gigantesque à la gare Montparnasse pour cause d’informatique déficiente. Là, où jadis, des aiguilleurs vigilants auraient corrigé visuellement l’aiguillage des trains, une machine sans âme tombe en carafe et paralyse le trafic pendant 48 heures ; rebelotte à la gare de Bercy où l’on a vu une pagaille monstre et une foule en colère tenter de prendre d’assaut les trains pour lesquels des billets avaient été achetés : la défense de la SNCF est lamentable. En offrant aux voyageurs la double option du billet open et de la réservation, la SNCF a délibérément omis de prendre en compte le désir de vacances et d’évasion des Français. Il n’y a pas eu de surréservation, et pour cause, mais une non prise en compte de ce qui vient à l’esprit du plus petit enfant : quand on peut partir en week-end, surtout quand il est long, on en profite. Il y a eu de l’économisme (en fait un souci de dépenser le moins possible en engrangeant un maximum de clients). De nouveau, interruption relativement courte (2 heures) du trafic quelques jours plus tard à la gare Saint-Lazare. Il est évident que ces incidents sont liés à la manière dont cette grande entreprise est gérée : économisme d’abord, on verra après.
Il faut bien que nous comprenions un phénomène évident : notre manière de vivre matériellement est fondée sur une exploitation directe ou indirecte des pays pauvres. Nous refusons de payer au prix normal (donc plus chers) des biens et des services parce que nous sommes prisonniers d’une vision très économique de l’existence. Nous sommes peut-être en train de nous dessécher, de vendre notre âme et notre esprit aux marchands du temple, et pour ne plus penser à l’existence. Accepterons-nous indéfiniment la victoire des cuistres ?
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3. REVUE DE PRESSE INSOLENTE.
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Une jeunesse courageuse !

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Train et passage à niveau : troublante constatation.

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Bienheureuse et vivante patrie.

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Sur les origines de Jérusalem : à lire absolument.

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Pas d’avenir pour le FN selon Robert MÉNARD.






samedi 27 août 2016

27 août 2016. Nouvelles de la Résistance. Mondialisation, marchandisation, socialisme, c'est tout un !

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Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c’est la lâcheté !
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1. LES CITATIONS DU JOUR.
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"Le marché accompagne la définition de l’individu comme un être essentiellement désirant. Désormais, nous sommes d’abord ce que nous désirons : des objets, des êtres, des styles de vie, des expériences. Nous confondons la multiplication des droits avec celle des appétits, sans concevoir la moindre contrepartie sous forme de devoirs. Une société de marché est d’abord une société de services axée sur la commodité et l’immédiateté : ajustement le plus minutieux de l’offre à la demande, et plus l’offre est personnalisée, adaptée aux goûts de chacun, plus elle est valorisée. […]."
In
Pascal BRUCKNER.
Misère de la prospérité. La religion marchande et ses ennemis.
[Bernard] Grasset, Paris, 2002, p. 168

"C’est ainsi qu’un biosociologue a proposé sans rire que les femmes occidentales prennent l’habitude de faire implanter leurs embryons, contre rétribution, dans le ventre de femmes du tiers monde, lesquelles joueraient ainsi le rôle de mères porteuses. Elles assumeraient, à la place des femmes plus riches et plus occupées du Nord, les inconvénients de la grossesse et les douleurs de l’accouchement. Offrir à ces femmes déshéritées quelques dizaines de milliers de .francs pour chaque « portage » permettrait d’atténuer leur misère. Pour le Nord, cela aiderait à résoudre les problèmes de la dénatalité et de l’immigration : exportation d’embryons congelés et réimportation de nourrissons parfaitement adaptables et assimilables. Les libéraux les plus extrémistes ne voient pas d’objection à l’instauration d’un tel commerce international."
In
Jean-Claude GUILLEBAUD.
Le principe d’humanité.
Éditions du Seuil, Paris, 2001, p. 216
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2. COMMENTAIRES.
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Les hommes qui ont la prétention de nous gouverner et qui sont à l’heure actuelle au pouvoir, n’ont pas de mots assez durs pour stigmatiser le capitalisme ou le tout marchand, mais beaucoup d’initiatives juridiques, législatives ou politiques pour en consacrer le règne. La dernière innovation est celle qui consiste à introduire, par le biais de l’inscription à l’état-civil d’enfants nés à l’étranger de mères porteuses, la pratique de la GPA dans notre pays. C’est très exactement ce que dit Pascal BRUCKNER quand il avance que le marché définit l’individu comme désirant qui confond ses droits avec ses appétits. Si le droit est la reconnaissance d’un dû, il faut accepter l’idée qu’un enfant n’est pas dû à un « couple » homosexuel. Que ce dernier puisse le désirer n’implique pas qu’on doit accepter de faire droit à ce désir. En d’autres termes, il y a des limites au désir.
La seconde citation commente le propos d’un biosociologue, analysé par François DAGOGNET (nous dit GUILLEBAUD), dans son ouvrage La Maîtrise du vivant. Ces propos ont été tenus par ce biosociologue dont je ne connais pas le nom, et montrent dans quelle profondeur de bassesse la marchandisation du corps et le matérialisme peuvent nous faire tomber. Il est du reste intéressant et paradoxal que ce soit DAGOGNET qui, semble-t-il, cherchait la vérité du côté de l’objet et non du sujet, qui se soit penché sur cette question de la marchandisation du corps.
Dès lors vous comprendrez pourquoi il est essentiel de participer à la Manifestation du 16 octobre organisée par La Manif Pour Tous, pour lutter contre les initiatives souterraines, tordues, et inhumaines que veulent nous imposer les gens de ce régime intellectuellement et spirituellement corrompu.
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3. INFORMATIONS DIVERSES.
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A propos de vêtement, lire (du site du Salon Beige).





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L’imbécile au service de la mondialisation : j’ai nommé monsieur JUNCKER (du site du Salon Beige), voir :

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Souvenir des prêtres martyrs de la Révolution dans le diocèse de Laval, (du site Riposte catholique)


Voici un extrait de l’article :

"Guillotinés le 21 janvier 1794 à Laval, l’abbé Jean-Baptiste Turpin du Cormier, curé de la Trinité, ses vicaires, les abbés Jean-Marie Gallot et Joseph Pellé, les abbés Jacques André, Augustin Philippot, François Duchesne, André Duliou, René Ambroise, François Migoret, Julien Moulé, Julien Morin, Louis Gastineau, Pierre Thomas, le R.P Jean Triquerie, religieux cordelier, avaient refusé de prêter le serment à la constitution civile du clergé que Rome avait déclaré schismatique."





lundi 26 décembre 2011

Un joli mot de Confucius

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Il vient de paraître aux éditions You Feng, Rue monsieur le Prince à Paris, une nouvelle traduction de ce que l'on appelait les Entretiens de Confucius et que le traducteur, Charles DELAUNAY, a préféré appeler Les dits de Confucius rapportés par ses disciples..
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Quelques candidats aux élections qui s'annoncent pourraient méditer les paroles de Maître KONG   :

"Le Maître dit (zi yue) : je n'ai pas encore rencontré quelqu'un de ferme.
Une personne lui proposa : SHEN CHENG.
Le Maître dit : CHENG est désir. Comment serait-il ferme ?" (V, 11).
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Je n'aurai pas la crauté de donner des noms !
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Bonne soirée.

dimanche 18 juillet 2010

Confucius et l'enseignement

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Donc, je le disais hier, tout être humain est en puissance membre d'une Pléiade. Où que je tourne ma pensée et mon regard, je constate que, toujours, les philosophes ont considéré qu'il était important d'apprendre auprès d'un Maître, un Maître qui fût aussi un Sage, pour devenir cet homme aux potentialités accomplies. C'est à ce prix, mais à ce prix-là seulement qu'accédant à la connaissance, antichambre de l'amour, on peut trouver le bonheur.
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Dans le livre remarquable qu'il a consacré à CONFUCIUS, Jacques SANCERY dit ceci de l'éducateur né que fut Maître KONG : "Selon la conception de CONFUCIUS, tout homme a le droit de pouvoir bénéficier d'une instruction, son statut social d'origine ne devant, en aucune manière, être un obstacle au désir ou à la faculté d'être éduqué. Ainsi, dans son école, ses leçons pouvaient être écoutées par quiconque désirait apprendre, et n'étaient pas réservées aux seuls gens de condition ou aux fils de dignitaires. C'était une extraordinaire innovation, qui bouleversait une tradition séculaire, et allait à l'encontre des antiques préjugés."
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Deux conditions, qui du reste de sont point exclusives l'une de l'autre, étaient requises pour suivre les leçons du Maître. Il ne vérifiait pas a priori que ses auditeurs y satisfaisaient. Leur seule présence suffisait à le garantir, puisque nul n'était obligé de venir l'entendre. Ces conditions sont très claires : le désir et la faculté.
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Il y a dans l'énoncé de ces conditions et les modalités de leur exercice bien des leçons à tirer pour aujourd'hui. (a) Il est impossible d'enseigner à des élèves qui n'en ont pas le désir. On peut tout juste leur apprendre quelques notions, mais il est difficile de les faire accéder à la connaissance. Il est donc, selon moi, indispensable de chercher les moyens de susciter le désir de connaître. Et, paradoxalement, ce n'est pas en présentant le contenu de l'enseignement de manière ludique qu'on y parvient, car on n'arrivera jamais à le présenter comme un jeu aussi attractif que les vrais jeux. (b) La question de la faculté, ou des aptitudes si l'on préfère, est d'une importance tout aussi capitale. Outre les notions de base, indispensable socle sur lequel s'édifie la connaissance, accessibles à tous et à toutes moyennant effort et exercices nombreux, il y a les multiples disciplines de l'esprit et du corps. Les uns, sous le charme de la langue, seront portés vers la littérature, la philosophie, le théâtre, ou que sais-je encore. D'autres, plus soucieux des faits et de l'expérience, se sentiront du goût pour les sciences de l'ingénieur, pour les disciplines scientifiques, le commerce. Quelques uns, encore, amoureux du silence, de la nature, de la vie au grand air, préféreront se lancer dans l'agriculture ou l'élevage. Ravis de voir prendre forme sous leurs yeux un beau meuble, de trouver une nouvelle jeunesse à une vieille guimbarde, de redonner vie à des machines tombées en panne, de construire de belles maisons ou des immeubles, certains choisiront d'être ébéniste, garagiste, plombier, maçon. Et comme il est très rare que le désir ne s'accorde pas aux aptitudes quand on est libre de lui donner cours, il y a là une voie à explorer de toute urgence. Elle exclut que le monde de l'éducation nationale donne, aussi bien symboliquement que factuellement, la prééminence aux carrières purement intellectuelles et considère les filières techniques ou professionnelles comme dévalorisées et dévalorisantes.
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Selon moi, ce dernier point est capital. Il n'y a aucune raison de trouver qu'un BEP de maçon a humainement et socialement moins de valeur qu'un doctorat en mathématiques. Il y a des maçons heureux ; ils excellent dans leur métier et croulent sous la demande. Il y a des docteurs en mathématiques malheureux (j'en ai connu !) qui végètent derrière leur ordinateur. Tant que notre société jettera un regard négatif sur les premiers et admiratif sur les seconds, on n'est pas près de changer les choses. On ne risque pas de rendre heureux les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Or c'est la condition exigée pour devenir grand. Car on ne peut devenir grand si l'on n'est pas heureux.
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jeudi 5 juin 2008

A propos du sens

Il y a bien longtemps, j'ai eu l'occasion d'entendre Armand ABECASSIS soutenir, à STRASBOURG, une thèse remarquable devant un jury constitué - excusez du peu - d'Emmanuel LEVINAS, Georges GUSDORF, Michel TARDY et Lucien BRAUN. Armand, qui me fit l'honneur de son amitié, était un passionné d'herméneutique (la science de l'interprétation des textes). Il soutenait et soutient toujours que le sens est un acte posé pour résoudre une tension intérieure née du désir (lequel s'appuie, me semble-t-il, sur le sentiment que nous sommes faits pour l'éternité et l'infini), et que cet acte étant posé, la tension s'en trouve apaisée (c'est le côté signification du mot sens), mais révèle alors un autre manque, non quelconque, qui pousse à poser un autre acte permettant de creuser toujours ce désir, de l'investir dans un objet de plus en plus précis (c'est le côté direction du mot sens). C'est donc le désir qui fraie au sens son chemin. Il importe de ne pas se tromper sur sa réalité, son intensité, sa valeur, et surtout sur son contenu. Comme il n'y a pas de désirs autonomes, que nous ne pouvons désirer que ce qui nous est désigné comme désirable, il est important que nous soient proposés des modèles qui nous fassent grandir plutôt que de nous abaisser. Tant que les hommes politiques, les enseignants, les éducateurs, n'auront pas compris cet aspect fondamental de la nature et de la psychologie humaines, nous sommes assurés de voir proposer à notre désir une foultitude d'objets, présentés comme dotés d'une valeur équivalente, et qu'il appartiendrait à notre seule liberté d'investir. Ces objets vont des plus dégradants, quand bien même ils apportent du plaisir, aux plus sublimes et inaccessibles, laissant celui qui les voudrait posséder dans un état d'amertume indescriptible (qui veut faire l'ange fait la bête). En somme, il est nécessaire de concilier l'aspiration légitime à faire fructifier à son profit personnel les talents et les aptitudes qui nous sont propres (et les souhaits qui les accompagnent), et la non moins légitime aspiration de la société à les voir mettre au service de tous. Toute la question est d'orienter LE DÉSIR vers un OBJET qui soit adapté à notre nature de sujet social. Vous aurez noté que j'utilise un singulier pour désigner cette grande aspiration humaine à l'éternité et l'infinitude, et un pluriel pour désigner l'investissement de cette force vitale dans un objet précis. Or, nous le savons, c'est la culture qui véhicule les modèles.
Voilà pourquoi, par exemple, au lieu de prétendre contre toute évidence, que les tags qui défigurent nos murs, sont une forme d'art, comme le fit jadis un ministre de la culture dont je tairai le nom, il serait préférable de proposer à nos peintres sauvages d'exploiter leurs talents, en les canalisant dans des formes à la fois plus personnelles, plus esthétiques, d'un plus grand goût. Voilà pourquoi je trouve injurieux pour le peuple de parler de culture populaire. Pourquoi faudrait-il que les grands auteurs, les grands peintres, les grands compositeurs, restent la chasse gardée d'une élite jalouse de son savoir ?
Bien entendu, un tel projet culturel suppose que tous les acteurs, enseignants, médias, musées, hommes politiques, industriels des loisirs (!), etc. puissent se réunir et se mettre d'accord sur une sorte de programme minimum à proposer aux générations actuelles, plutôt que d'aller en ordre dispersé et de jouer par exemple la retransmission du match de foot contre la Star Academy, ou Patrick BRUEL au Zénith contre Johny au Stade de France. Rien de tout cela, en soi, n'est condamnable. Ce qui l'est, c'est la systématisation de ces modèles, c'est l'oubli de tout un pan de notre civilisation qui ne peut tout de même pas se résumer à la Star Academy et à Roland Garros.

mercredi 30 avril 2008

Un mythe qui a la vie dure

Journal Télévisé d'hier soir. Harry ROSELMACK évoque la réforme de l'enseignement primaire décidée par Xavier DARCOS, et fait projeter quelques éléments de cette réforme, des grilles horaires hebdomadaires, où il paraît que le français et les mathématiques occupent une place prépondérante. Sans avoir donné le moins du monde la parole au ministre, il enchaîne :"Tout de suite les réactions". Celles-ci sont au nombre de deux, parfaitement contradictoires quoique résolument hostiles à la réforme. Monsieur ROSELMACK eût donc été bien inspiré de dire : "Tout de suite deux réactions" ou "tout de suite des réactions". Passons sur le mensonge par le viol de la langue : par chance, nous avons en français des articles définis, et des articles indéfinis. C'est l'article indéfini qui devait être employé.
Parmi les deux réactions, celle de mademoiselle ou madame DUCAMP, répondant au beau prénom (si je me souviens bien) d'Aurore. Il est évident que ce professeur des écoles aime son métier et qu'elle a le désir de faire le mieux possible. Mais que dit-elle exactement ? Que l'on va exactement à l'encontre de la réforme inaugurée il y a quelques années, et aujourd'hui enterrée, qui voulait "que l'enfant construise lui-même son savoir".
Nous crevons de cette chimère. En trois arguments, je vais essayer de le montrer.
(a) Il n'y a pas d'autoconstruction du savoir. C'est tout simplement, au mieux, un mythe, au pire un mensonge avéré. Est-il possible qu'un enfant autoconstruise son savoir sur la langue si on ne lui propose pas des mots, des textes, un vocabulaire, une grammaire ; et sur les mathématiques si on ne lui fait pas apprendre par coeur les tables de multiplication, les opérations arithmétiques élémentaires, des éléments de géométrie ?
(b) Le propre de la culture c'est la transmission. Et pour qu'il y ait transmission, il faut qu'il y ait modèle. Faute de modèle, faute de repères culturels, il n'y a aucune inculturation possible. La culture peut être définie comme l'ensemble des pratiques artistiques, littéraires, sociales, esthétiques, politiques, etc. accumulées par l'expérience des générations passées et augmentée de celle de la génération aux affaires, transmis aux nouvelles générations pour leur éviter d'avoir à refaire tout le chemin de l'humanité dans son effort incessant d'humanisation. Je suppose donc qu'Aurore DUCAMP utilise le mot autoconstruction du savoir dans un sens dévié. Que les enfants aient des dons, des envies, des désirs très différents les uns des autres est une évidence. Il est donc important que ces désirs rencontrent des modèles. C'est du reste en fonction des modèles qui leur sont présentés que les uns désirent devenir pompier, les autres astronautes, d'autres enfin, médecins, etc. En somme, l'autoconstruction se résume au choix d'un modèle de savoir parmi de nombreux possibles, et ce choix est dicté par de très nombreux facteurs, qui vont des aptitudes de l'enfant, au désir des parents, en passant par l'environnement social ou économique, la famille et ses traditions. Je ne pense pas qu'un esprit droit puisse contester ces données. En d'autres termes, il n'y a pas d'autoconstruction du savoir. Son acquisition est déterminée, voire surdéterminée et elle se fait à partir de modèle.
(c) La grande et ultime duperie de l'idéologie des Lumières est de faire croire à l'autonomie du désir. Mais il n'y a pas de désir autonome, et nous ne désirons que ce qui nous est désigné comme désirable. Bien plus, nous désirons jusqu'au désir de l'autre. Les analyses de René GIRARD sont là-dessus lumineuses, plus que celles de FREUD. Il appartient aux enseignants de susciter le désir d'apprendre et non de feindre qu'il naît spontanément dans le psychisme des enseignés. Certes, il convient de tenir compte de la personnalité de l'enfant, de son histoire personnelle, de ses aptitudes. Mais les enseignants, dont je fis partie, doivent offrir le meilleur, le plus exigeant aux jeunes qui leur sont confiés.
Pour terminer, une anecdote personnelle. Pendant les trois dernière années de ma vie d'enseignant, j'ai donné, bénévolement je précise, des cours de Biologie Générale aux jeunes gens et jeunes filles qui préparaient le Diplôme d'Accès aux Études Universitaires. D'origine modeste, voire très modeste, issus des quartiers sensibles ou difficiles, ils suscitaient mon émerveillement par leur désir d'apprendre. Je ne cessais de leur dire qu'il est nécessaire de bien posséder la langue, d'enrichir son vocabulaire, car la langue est la clé de voûte de l'échange, de la paix civile, et de la réussite de sa vie. Un jour, l'un d'eux m'interrompt et me dit, les yeux remplis de joie et de malice : "m'ssieur, j'ai épaté mes copains. J'ai utilisé le mot "fallacieux". Ils ne savaient pas ce que ça voulait dire, et JE LEUR AI EXPLIQUE". (J'avais utilisé ce mot dans un de mes précédents cours.)
Oui, maîtriser la langue est plus important que de bidouiller sur internet, que gratter de la guitare électrique, ou que de gagner aux jeux vidéo, et que de proclamer l'autoconstruction du savoir.

lundi 19 novembre 2007

Emballement mimétique

L'un des lecteurs de mon Blog, un lecteur qui m'est cher, me faisait savoir hier soir par courriel qu'il trouvait mon billet sur la manifestation anti-grève "démagos", "people" et finalement proche des positions de Le Pen. Je me suis pourtant borné à rapporter des faits dont j'ai été le témoin direct, des faits dont le rapprochement révèle le dysfonctionnement de notre démocratie en général et des media publics en particulier. J'aurais pu rajouter que la serveuse du bar du Temple qui nous a servi un café bien chaud avant la manifestation confirmait qu'elle avait le plus grand mal à venir travailler et qu'il lui fallait venir, faute de quoi elle ne serait pas payée.
Ayant accepté d'avoir un discours public, j'accepte aussi les conséquences de ce choix. Je tiendrai le plus grand compte des remarques qui m'ont été faites. Je vais essayer maintenant d'élever le débat.
Peut-être connaissez-vous l'épisode de la femme adultère. On présente à Jésus une femme prise en flagrant délit de fornication adultérine. Les "justes" ou ceux qui se prétendent tels, pressent Jésus de prendre position. La Loi juive condamne à mort par lapidation ces femmes. Mais, curieusement, lui, se TAIT, les yeux baissés, et accroupi, il écrit sur le sol. L'assistance insiste. Jésus a cette réponse fulgurante "Que celui qui n'a jamais péché lui jette le PREMIERE pierre".
René GIRARD, qui, de mon point de vue est un penseur de génie, analyse avec une extraordinaire finesse cette scène. Si Jésus se tait et évite soigneusement de croiser les regards de la foule, c'est pour ne pas déclencher un emballement mimétique. Et pour ne pas violer la Loi juive, connaissant le coeur de l'homme, il accepte la lapidation, à la condition que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre. Il est bien évidemment impossible de trouver un homme exempt de péché. Par cette réponse, Jésus empêche qu'il y ait un MODELE qui eût déclenché la violence mimétique. René GIRARD analyse avec une profondeur inégalée l'origine de la violence humaine. Il y voit l'effet du désir mimétique, lequel consiste à désirer ce que désir l'autre, et jusqu'à son désir même. En un mot, il n'y a pas de désir AUTONOME. TOCQUEVILLE l'avait dit un peu autrement "On se passe fort aisément de ce que les autres n'ont pas."
Je ne crois pas faire un rapprochement sacrilège en appliquant les analyses de René GIRARD au fonctionnement des Assemblées Générales de Grévistes. Il est, à mon avis, évident qu'il faut un courage spirituel exceptionnel pour exprimer un sentiment ou un choix intimes dans un vote à main levée, moyen choisi comme un modèle d'expression démocratique par les leaders syndicaux. En regardant à la télévision les sujets qui ont trait aux AG des cheminots, j'ai remarqué qu'il y a toujours AU PREMIER RANG des syndiqués cégétistes. Ils sont les premiers à lever la main à l'appel de leurs chefs. Leur fonction, qu'elle soit voulue ou inconsciente, est de fournir un MODELE à leurs collègues. Je ne mets pas en doute leur sincérité. Je mets en doute la crédibilité des votes ainsi obtenus. C'est bien pourquoi, en démocratie, le vote se fait à bulletin secret et après passage obligatoire par un isoloir.
Les manifestations tirent leur efficacité de l'emballement mimétique ("Tous ensemble ! Tous ensemble ! Tous !"), y compris celle d'hier. C'est pourquoi je n'ai pas été Place de la Nation. C'est pourquoi aussi, j'ai mis en garde, dans mon billet d'hier soir, contre la possibilité d'un clash entre les usagers et les grévistes.
Il faut négocier, discuter, rentrer dans le point de vue de l'autre pour le comprendre, essayer de convaincre, mais dans des conditions qui soient acceptables non seulement par les grévistes mais encore par l'ensemble des citoyens.
Vous avez le droit et le devoir de réagir à ce billet. Il vous suffit de cliquer sur "ajouter un commentaire". A demain.