Affichage des articles dont le libellé est Hiérarchie des normes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hiérarchie des normes. Afficher tous les articles

mercredi 3 avril 2019

Mercredi 03 avril. Pensée complexe, vraiment ?


Il paraît que j’ai une pensée complexe. C’est du moins ce qu’un ami très cher me disait hier au téléphone. Alors peut-être faut-il, pour la simplifier, que je vous indique comment je m’efforce d’emboîter quelques opinions sur des faits et des personnes, et sur des événements d’importance très diverse.
En tout premier lieu, je mets la loi de Dieu et les Paroles de son Fils au-dessus de la loi des hommes. (« Mes paroles ne passeront pas », dit Jésus.)
En second lieu, j’obéis aux lois humaines pour autant qu’elles ne vont point à l’encontre de la nature de l’homme. À tout ce qui a trait à l’impôt, aux diverses normes (souvent pesantes, toujours ridicules), je me soumets (c’est ce que saint Paul demande aux fidèles). Mais il est bien évident que ces questions sont d’une moindre importance que celles qui touchent à l’anthropologie et que sanctionnent des millénaires d’existence humaine : famille, mariage, sexualité. Ce serait bien entendu d’une rare sottise que de ne pas reconnaître les accrocs que les êtres humains taillent dans ces exigences de leur propre nature, au nom du plaisir, mais jamais du bonheur. Et ce serait tout aussi sot de ne pas reconnaître à l’autorité politique le droit de régenter les comportements qui vont à l’encontre du bien de l’homme concret.
Les idéologues sont très érudits quand il s’agit de parler du bien de l’humanité, ils sont d’un rare aveuglement quand il s’agit de parler du sort de l’homme concret. Nous en avons une merveilleuse illustration avec la taxe dite carbone, imaginée au nom d’un très contestable réchauffement climatique d’origine prétendument anthropique, mais établie dans l’ignorance absolue des contraintes qui pèsent sur des millions de Français obligés de prendre leur voiture pour aller au travail. Et quand on apprend que plus de la moitié des offres d’emploi sont concentrés dans 13 métropoles, que l’on ferme des voies de chemin de fer, qu’il n’y a aucun moyen de transport collectif public de substitution, on comprend la révolte des Gilets jaunes.
Je voulais donc vous faire remarquer que la complexité apparente de mes propos tient au fait qu’ils s’appliquent à des niveaux différents de réalité. En somme, à la hiérarchie des normes analysée par KELSEN, et dépendant uniquement de la norme dite suprême et purement humaine, la constitution, je substitue une autre pyramide de normes, et je ne reconnais aucunement à l’état le droit de violer la conscience des citoyens en établissant des lois inhumaines. Suis-je clair ? Ou suis-je complexe ? C’est pour avoir oublié ces exigences que les totalitarismes se sont installés, et vont s’installer, n’en doutez pas. Il nous revient d’opposer une résistance farouche à ces prétendus progrès, qui n’ont qu’un but, détruire la barrière qui sépare l’humanité de l’animalité, qui sépare Pierre, Paul ou Marie, de Médor, ou des lapins crétins.

lundi 18 février 2019

Samedi 16 février. Lettre à Stanislas !


Cher Stanislas,

C’est lors d’une soirée organisée par Les Veilleurs de Paris, que j’ai entendu (au sens étymologique) une intervention de Jean-Frédéric POISSON. Il parlait de la grandeur et de la servitude de l’homme politique. Il commença par indiquer que les notions d’autorité et de pouvoir ne se confondaient pas.
Celui qui a autorité détient le droit légitime d’édicter des normes ; celui qui a le pouvoir a la possibilité de faire appliquer des normes par la force, dit-il.
Il en résulte qu’il est possible d’avoir l’autorité sans avoir le pouvoir, ou d’avoir le pouvoir sans avoir l’autorité.
Il est frappant de constater que, dans l’Évangile, les pharisiens s’étonnent et se posent la question : quel est donc cet homme qui parle avec autorité ? C’est-à-dire qui se donne le droit d’édicter des normes (par exemple à propos de l’observance du sabbat). De même quand Pilate dit à Jésus : Tu ne réponds pas ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher ou de te condamner ? le procurateur fait allusion à la loi romaine qui lui donne le droit d’utiliser la force pour appliquer ses normes (ici le maintien de l’ordre public dans une province éloignée et turbulente de l’empire).
Cette fine distinction entre autorité et pouvoir souligne qu’un régime politique est d’autant mieux accepté par les citoyens que la légitimité de l’autorité est bien assise et qu’elle fait appliquer ses normes, en utilisant le pouvoir qui lui est dévolu, avec discernement et justesse. Il me semble que c’est le décalage entre une faible autorité et un grand pouvoir qui explique la crise des Gilets Jaunes.
Alors revenons aux normes. Nous évoquions, si tu t’en souviens, la hiérarchie des normes, si bien étudiée (et d’une manière très ennuyeuse) par KELSEN dans sa Théorie pure du droit.
En France, et à première vue, la hiérarchie des normes place en leur sommet la Constitution (à laquelle le Conseil Constitutionnel a rattaché a Déclaration universelle des droits de l’homme ; je ne sais pas si c’est dans la forme de la déclaration du 26 août 1789 ou dans celle établie par René CASSIN, et votée à l’ONU le 10 décembre 1948 par les 58 états membres). Après la Constitution, viennent les lois organiques qui exigent d’être votées exactement dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale, et par le Sénat, puis par ordre décroissant de puissance, les lois ordinaires, les décrets, les arrêtés ministériels, les arrêtés préfectoraux, les arrêtés municipaux, et enfin les divers règlements souvent transmis aux diverses instances politiques par le moyen de circulaires.
Mais les choses se compliquent, dans la mesure où un flou artistique savamment entretenu, place au-dessus de certaines normes nationales, des normes internationales dont, si j’ai bonne mémoire, le Conseil d’État a déclaré qu’elles s’imposaient aux États participants aux instances qui les édictent. C’est ainsi que la CEDH peut modifier ou annuler des décisions prises par des tribunaux français, que l’inénarrable et nullissime commission européenne menace de sanctions des États qui ont l’heur de ne point lui plaire : Pologne, Hongrie, Autriche, par exemple sont dans le viseur de la susdite commission laquelle n’a aucune autorité (elle n’est pas élue, mais est composée de membres nommés) mais a reçu le pouvoir de sanctionner.
Tu me dis que partout où la Démocratie Chrétienne a essayé de s’implanter dans le champ politique, elle a échoué. Les faits obligent à dire que tu as raison. Elle a échoué en Italie, elle a échoué, depuis longtemps en France (avec le mollasson MRP) et elle est sur le point de succomber en Allemagne.
Alors que faire ? D’abord se souvenir que le Royaume du Christ n’est pas de ce monde, que le chrétien n’appartient pas au monde, et qu’il est vain de vouloir instaurer par voie politique une Cité de Dieu sur la Terre.
La chose ne peut advenir que par la transformation personnelle de chaque être humain. Cependant, et puisque nous sommes amenés à voter, nous avons le devoir de voter en conscience et de ne pas apporter nos suffrages à des candidats qui offensent la loi naturelle.
En effet, et j’en termine, il y a deux autres sources de normes : la loi naturelle (tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignages, etc.) résumée du reste dans le Décalogue (qui comporte en outre des additions), et la loi divine énoncée par le Verbe de Dieu, dans la Bible. C’est à celle-ci que le chrétien doit d’abord obéir, car les droits de la conscience éclairée imposent de résister à l’application de normes immorales. Tant pis si les francs-maçons, les libertins, les libres penseurs, les anticléricaux de tout poil se moquent des culs bénis (comme ils aiment le dire). Dans ce combat les chrétiens ne sont pas seuls, et j’ai d’assez nombreux amis musulmans ou juifs qui luttent avec eux, en un commun combat.
Porte toi bien cher Stéphane, et à bientôt.

Philippe



mercredi 24 août 2016

24 août 2016. Nouvelles de la Résistance. Hiérarchie des normes, Mozi, Kelsen et loi El-Khomri.

-
Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c’est la lâcheté !
-
1. LA CITATION DU JOUR.
-
"MOZI a dit : Aux débuts de la vie humaine, quand il n’y avait encore ni loi ni gouvernement, la coutume était « à chacun selon son idée ». De ce fait, chaque homme avait sa propre idée, deux hommes avaient deux idées différentes et dix hommes avaient dix idées différentes : autant d’homme, autant d’idées. Comme tout le monde approuvait son propre point de vue et désapprouvaient les points de vue des autres, des désaccords mutuels apparurent parmi les hommes. En conséquence, le père et le fils, le fils aîné et ses cadets devinrent ennemis et étrangers les uns aux autres, puisque ils étaient incapables de se mettre d’accord. Chacun travaillait à faire du tort à l’autre par l’eau, le feu et le poison. On n’employait pas à s’entraider l’énergie en surplus ; on laissait les denrées en surplus pourrir au lieu de les partager ; on gardait secrets d’excellents daos au lieu de les transmettre. Le désordre du monde était comparable à celui qui règne parmi les oiseaux et les bêtes. Et tout ce désordre était dû à l’absence de souverain."
[…]
"Ensuite, comment établit-on l’ordre dans l’empire ? L’ordre régnait dans l’empire parce que l’empereur avait pu unifier les normes dans l’empire. Si cependant tout le peuple s’identifie au fils du Ciel et non au Ciel même, la forêt vierge n’est pas défrichée, les ouragans et les déluges qui s’abattent fréquemment ne sont que le châtiment du Ciel contre le peuple quand il n’aligne pas ses normes sur la volonté du Ciel."

子墨子言曰:「古者民始生,未有刑政之時,蓋其語『人異義』。是以一人則一義,二人則二義,十人則十義,其人茲眾,其所謂義者亦茲眾。是以人是其義,以非人之義,故文相非也。是以內者父子兄弟作怨惡,離散不能相和合。天下之百姓,皆以水火毒藥相虧害,至有餘力不能以相勞,腐臭1餘財不以相分,隱匿良道不以相教,天下之亂,若禽獸然。
夫明虖天下之所以亂者,生於無政長。
察天下之所以治者何也?天子唯能壹同天下之義,是以天下
治也。
[…]
天下之百姓皆上同於天子,而不上同於天,則菑猶未去也。今若天飄風苦雨,溱溱而至者,此天之所以罰百姓之不上同於天者也。」
In
MOZI, Livre III, L’identification au supérieur.
Le texte chinois est tiré du Chinese Text Project.
La traduction est celle du texte anglais établi depuis le chinois par Yi-Pao Mei, par Pierre de LAUBIER.
-
2. COMMENTAIRES.
-
Je vous demande de lire intégralement ces commentaires. Il me semble qu’ils sont au cœur du débat politique actuel.

Mes lecteurs pardonneront, je l’espère, le recours fréquent que je fais à MOZI, certainement un très grand penseur de la Chine antique, peut-être même le plus grand. Fervent défenseur de L’Amour universel, il s’est opposé aux confucianistes, notamment dans des dialogues (sans doute imaginaires) qu’il aurait eus avec MENCIUS. Il n’a pas eu dans la vie politique chinoise l’importance de CONFUCIUS, sans doute parce que les Lettrés trouvaient dans l’immanentisme de ce dernier, des motifs suffisants pour établir leur puissance et défendre leurs intérêts.
Dans ce texte, MOZI établit une hiérarchie des normes. Les oppositions des syndicats à la loi dite El-Khomri trouvent justement leurs fondements dans la théorie de la hiérarchie des normes que ladite loi inverserait en mettant l’entreprise (employeur plus employés) au-dessus des syndicats (responsables syndicaux plus employés). Je n’ai pas détaillé la hiérarchie qu’établit MOZI ; je ne ferai que la résumer : chef de village, chef de district, seigneur féodal, empereur, et CIEL, chacun édictant des normes emboîtées dans celles de leur supérieur.)
En soumettant l’empereur et le peuple aux normes établies par le Ciel, MOZI se place résolument du côté de la transcendance. Il indique clairement que les châtiments (déluges, ouragans) expriment le courroux du Ciel vis-à-vis d’un peuple qui ne soumet pas à ses règles. C’est, du reste, ce que les prophètes d’ISRAËL ne cesseront de dire au peuple israélite, infidèle aux alliances successives que Dieu a passées avec lui. Sans utiliser le concept de Loi naturelle, MOZI, très clairement y fait référence. Les prophètes d’ISRAËL, eux, ne cessaient de la rappeler au peuple et aux rois ; en évoquant MOÏSE et l’alliance mosaïque et en filigrane, c’est bien au Décalogue qu’ils faisaient allusion.
Revenons à la hiérarchie des normes bousculées par la loi El-Khomri. En premier lieu, on doit reconnaître que cette hiérarchie existe en fait et droit dans notre espace politique. La difficulté tient au fait que la hiérarchie des normes dans la « démocratie » française est dépourvue de TOUS FONDEMENTS. Elle ne trouve sa légitimité que dans la Constitution qui en est la norme suprême. Or, et nous l’avons vécu, une constitution se change, et par conséquent la hiérarchie des normes qu’elle implique peut être bouleversée. En réalité, les partisans d’une nouvelle République veulent changer la hiérarchie des normes. Je ne sais pas s’ils en sont conscients, mais j’affirme qu’un changement de constitution aurait cet effet.
Le théoricien de la hiérarchie des normes dans le droit est KELSEN qui énonçait dans sa Théorie pure du droit, la seule valeur du droit positif, et niait par conséquent que le droit puisse s’enraciner dans la loi naturelle. Il émigra aux Etats-Unis car il était juif, mais il n’hésita pas à affirmer que les lois antisémites de HITLER n’étaient pas dépourvues d’une certaine juridicité. La raison fondamentale qui oppose les Socialistes, les hommes de gauche et certains chrétiens qui se réclament de cette mouvance, aux manifestants contre la Loi TAUBIRA et ses annexes réside dans cette différence : en France, la loi est dépourvue de TOUS FONDEMENTS autres que politiques. L’instauration d’une laïcité pure et dure n’avait du reste d’autre dessein que de servir les intérêts, les buts, l’idéologie d’un courant de pensée auto-institué en maître de la morale publique. Il y a là une grande analogie entre le statut des Lettrés chinois et des dignitaires des Loges maçonniques. S’il était possible de débattre sereinement et PUBLIQUEMENT avec ce courant de pensée qui se veut secret, la démocratie aurait fait un grand pas. Mais ce n’est pas le cas.
Cela, nombre de Français ne peuvent plus l’accepter.