Je m'étais promis de ne plus parler de mon très cher Gustave (je veux parler de Gustave THIBON) pendant un certain temps, disons un mois. Mais, entendant les âneries d'Eva JOLY, les phrases creuses de François HOLLANDE, les rodomontades de Jean-Luc MELANCHON, et pensant toujours à la belle définition du comportement de l'idéologue et du fer rouge qui marque le front des idéologies (de toutes les idéologies ; souvenez-vous : leur caractéristique est de ne pas se soucier de l'homme concret [voir mon, billet d'hier pour un horrible exemple des méfaits de l'idéologie]), j'ai craqué. Voici donc ce que le philosophe-vigneron dit (il le dit en 1935, mais le propos n'a pas pris une ride ; il a même rajeuni, à croire que les socialistes contemporains ont barbouillé leur catéchisme avec une crème revitalisante de l'Oréal, par ce qu'il le vaut bien) :
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"« Personnalisme » de l’homme moderne, imprégné de socialisme. – Le socialisme veut favoriser l’épanouissement de la personne. Loin d’être niveleur, nous dira-t-on, il tend, en libérant l’individu de toute contrainte (classes, traditions, religions, etc.) à conduire chacun à son optimum de rendement personnel ou social. « Dans une démocratie, écrit HERRIOT, l’individu ne connaît d’autres limites à son ascension que celles de son propre effort.»
"Je réponds : le socialisme est déjà niveleur à la clef en tant qu’il supprime entre les hommes toutes différences autre que celles des aptitudes et des réussites individuelles (à n’user que de ce critère, souvent superficiel, on désorganise la hiérarchie sociale qui exige des bases lointaines, des racines profondes…) Mais ceci n’est encore rien. Cet homme soi-disant « concret » que le socialisme veut délivrer, qu’est-il donc en vérité ? Un microcosme fermé, asphyxié, un individu que ne baigne plus le fluide vital des grandes continuités humaines (hérédité, patrie, religion…), un être séparé de la plus concrète réalité humaine, quelque chose d’abstrait, d’arraché, - au sens le plus précis et le plus cruel du mot. L’homme concret authentique : il a le sens de sa dépendance et de sa finalité organique, le sens de cette destinée extra-individuelle qui limite et harmonise sa liberté… Mais l’homme « concret » au sens de la mentalité actuelle, quelle froide abstraction ! Cet individu absolu qui n’a plus d’aïeux, plus de patrie, plus de Dieu, comment pourrait-il vivre ? Trouve-t-on en soi-même l’air qu’on respire ? " (In Parodies et mirages ou la décadence d'un monde chrétien, page 102).
- TAINE, THIBON, RIFKIN, FENG YOULAN, tous ces penseurs et historiens que l'on ne cite pas car ils pensent mal (notamment aux yeux des Sociétés de Pensée que nous connaissons et qui ont fait plus de tort à notre patrie que les hordes d'ATTILA, des Normands, des Wisigoths et des Ostrogoths réunies) ont comme mérite de parler de l'homme concret, de l'expérience incarnée, de la vie dans ce qu'elle a de quotidiennement relationnelle, d'organique, de joyeux, d'émouvant ou de dramatique. Et c'est pourquoi je vous en ai souvent parlé. Nous en avons ras la casquette de tous ces anathèmes fulminés par des hommes qui ont le verbe haut, le goût des abstractions, et sont capables de vous dire que la neige est noire et qu'il fait nuit en plein midi. Si je fustige la gauche, c'est qu'elle dénigre, critique, démolit tout ce que font les responsables, mais qu'elle ne dit pas avec quel ciment elle entend reconstruire ce qu'elle a si allègrement pulvérisé. Des imbéciles, vous dis-je, des imbéciles au sens de BERNANOS.
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C'est tout pour aujourd'hui.