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jeudi 4 octobre 2018

Jeudi 04 octobre 2018. Nouvelles du pari bénédictin. Est-il est interdit de rire du dieu Progrès ?


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Au lieu d’un château fort dressé au milieu des terres, pensons pluitôt à l’armée des étoiles, jetée à travers le ciel.
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PAS QUESTION DE RIRE DU PROGRÈS.
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"Ainsi se présente la situation. Elle est assez particulière pour qu’on la regarde comme un tournant capital dans l’histoire du rire, autrement dit de l’humanité. Le rire touche à la fin de son cycle, il est rentré dans la sphère des dangerosités homologuées, il porte atteinte aux bonnes mœurs et menace le nouvel ordre humanitaire-victimaire. Le rire est devenu un fléau social. Sans doute même, comme tant d’autres nuisances, relève-t-il d’une domination patriarcale aujourd’hui en complète déroute. À la lettre, il n’y a plus de quoi rire. Le comique est en liquidation. Le fonds de risible est épuisé. Cette source est tarie. Le ridicule ne tue plus ; au contraire, il fait vivre. Et il faudrait un réel mauvais esprit, je veux dire un esprit d’un autre siècle, pour esquisser fût-ce un sourire, par exemple en entendant parler à la radio d’« un groupe de reggae normand au message citoyen » ; ou en lisant dans un journal qu’un couple de lesbiennes sourdes est résolu à «transmettre à ses enfants la surdité en héritage parce que la surdité n’est pas un handicap mais une identité culturelle » ; ou en découvrant qu’il existe un Collectif de démocrates handicapés, mais pas de handicapés royalistes ni marxistes-léninistes : ou en voyant les bêtes à cornes des Inrockuptibles se prendre pour l’intelligence ; et les fanatiques de BUSH traiter de munichois le comportement des Espagnols après les attentats de Madrid, les mensonges d’AZNAR et les performances américaines en Irak."

Et

"[…]. J’avais parlé de parcs d’abstractions, non d’attractions, ce qui serait banal, pour désigner l’espèce de bonheur recomposé et aussi purement conceptuel, nettoyé des contradictions du passé, donc également de ce qu’on appelait la réalité, qui est l’idéal auquel semble partout travailler la civilisation actuelle, même quand elle entreprend d’imposer la démocratie à coups de bombes à des populations déviantes ou récalcitrantes. Le parc d’abstractions mondialisé, c’est aussi bien les baraquements miteux de Paris-Plage que l’instauration d’une démocratie préventive et imaginaire ; aussi bien la comédie actuelle autour du mariage homosexuel sur la base d’une exigence de « justice » et d’« égalité » devenue folle, engagée dans un renchérissement sans fin, que d’autres phénomènes tout aussi caricaturaux comme le passage à l’acte mythomaniaque, cet été, de la fameuse Marie-Léonie dans le RER D ou comme celui de ce jeune crétin qui signait Phinéas et qui est allé peindre des croix gammées dans un cimetière juif pour se faire reconnaître en tant qu’ennemi des Arabes, ce qui constitue une manière inédite d’accélérer encore la folie générale, d’en rassembler la quintessence dans une simulation explosive, de la transformer en destin par une bouffonnerie supérieurement sinistre, et de changer la confusion ordinaire en extase criminelle. Tout cela, et bien d’autres choses encore, c’est ce qui se passe après la liquidation de la réalité, ou tandis que la réalité est en liquidation, en liquéfaction, tandis qu’elle se décompose ou désincarne. Si le réel passe au-delà de ses fins, si la réalité est « intégrale » comme le dit aujourd’hui BAUDRILLARD, si son principe est mort, alors on va assister de plus en plus à ce genre de pitrerie plus ou moins atroces, à ces renchérissements sur la démence ambiante où plus personne ne s’y retrouvera, sauf comme d’habitude les moralistes, les consultants en expertise de la sociologie, de la philosophie, du CNRS, qui ne sont jamais à court d’« analyses » destinées à camoufler, sous des vestiges de « sens », l’état réellement hallucinatoire de la réalité."
In
Philippe MURAY.
Moderne contre moderne. Exorcismes spirituels IV. Essais. Quatrième tirage.
Préface (pages 184 et 77 dans l’ordre pour les deux citations).
Les Belles Lettres, Paris, 2010 (pour la présente édition).
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UN TEXTE PROPHÉTIQUE, RESTÉ LONGTEMPS INÉDIT, DE SIMONE WEIL.
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"Nous vivons dans un âge éclairé, qui a secoué les superstitions et les dieux. Il ne reste attaché qu’à quelques divinités qui réclament et obtiennent la plus haute considération intellectuelle, telles que Patrie, Production, Progrès, Science. Par malheur, ces divinités si apurées, si affinées, tout à fait abstraites comme il convient à une époque hautement civilisée, sont pour la plupart de l’espèce anthropophage. Elles aiment le sang. Il leur faut des sacrifices humains. Zeus était moins exigeant. Mais c’est qu’on n’aurait pas accordé à Zeus plus que quelques gouttes de vin et un peu de graisse de bœuf. Au lieu que le Progrès ― que ne lui accorderait-on pas ? Aussi riait-on parfois de Zeus, tandis qu’on ne rit jamais du Progrès. Nous sommes une civilisation qui ne rit pas de ses dieux. Est-ce par hasard que depuis l’intronisation dans l’Olympe de ces dieux dont on ne rit pas, il n’y a presque plus de comédie ?"
In
Simone WEIL.
Fragment intitulé Progrès et Production rédigé sans doute pour une rubrique des Nouveaux Cahiers. (Page 398 ; suite du fragment dans un prochain billet.)
Écrits historiques et politiques. Collection Espoir, fondée par Albert CAMUS.
Gallimard, Paris, 1960.
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COMMENTAIRES.
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Vous noterez la concordance des analyses. Il est apparu de nouveaux dieux dont il est interdit de rire… Il n’y a plus de comédie ou presque. MURAY s’en désolait, et Simone l’avait observé !
Le parieur bénédictin n’est ni pour ni contre le progrès. Il n’en fait pas un dieu, surtout pas. Et il le dénonce quand il détruit l’homme, et qu’il devient  homicide.

vendredi 30 mai 2014

30 mai 2014. Nouvelles de la Résistance : les Français n'aimeraient-ils pas la liberté ?

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Faut-il encore le dire ? Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai. C'est la lâcheté.
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1. Les citations du jour.
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(a) Sur l'abstraction et le mépris de la réalité de nos principes politiques.

"Quand on étudie l'histoire de notre Révolution, on voit qu'elle a été menée précisément dans le même esprit qui a fait écrire tant de livres abstraits sur le gouvernement. Même attrait pour les théories générales, les systèmes complets de législation et l'exacte symétrie dans les lois ; même mépris des faits existants ; même confiance dans la théorie ; même goût de l'original, de l'ingénieux et du nouveau dans les institutions ; même envie de refaire à la fois la constitution tout entière suivant les règles de la logique et d'après un plan unique, au lieu de chercher à l'amender dans ses parties. Effrayant spectacle ! car ce qui est qualité dans l'écrivain est parfois vice dans l'homme d'Etat, et les mêmes choses qui souvent ont fait faire de beaux livres peuvent mener à de grandes révolutions.
[...].
Ce qui est singulier, c'est que nous avons gardé les habitudes que nous avions prises à la littérature en perdant presque complètement notre ancien amour des lettres. Je me suis souvent étonné, dans le cours de ma vie publique, en voyant des gens qui ne lisaient guère les livres du XVIIIe, non plus que ceux d'aucun autre, et qui méprisaient fort les auteurs, retenir si fidèlement quelques uns des principaux défauts qu'avait fait voir, avant leur naissance, l'esprit littéraire."

(b) Sur les conséquences de cet état d'esprit pour nos libertés.

"Quand l'amour des Français pour la liberté politique se réveilla, ils avaient déjà conçu en matière de gouvernement un certain nombre de notions qui, non seulement ne s'accordaient pas facilement avec l'existence d'institutions libres mais y étaient presque contraires.
Ils avaient admis comme idéal d'une société un peuple sans autre aristocratie que celle des fonctionnaires publics, une administrations unique et tout-puissante, directrice de l'Etat, tutrice des particuliers. En voulant être libres, ils n'entendirent point se départir de cette notion première ; ils essayèrent seulement de la concilier avec celle de la liberté."

Alexis de TOCQUEVILLE.
L'ancien régime et la Révolution.
Folio histoire N°5.
Gallimard, Paris, 1967.
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2. Commentaires.
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On peut tout dire de TOCQUEVILLE sauf qu'il était l'ennemi de la démocratie. Il est l'auteur d'une proposition visant à faire élire le Président de la République au suffrage universel ; il s'opposa au coup d'Etat de BONAPARTE, et paya d'une privation momentanée de sa liberté cette opposition. Il écrivit l'ouvrage dont je viens de citer un extrait après avoir abandonné toute vie publique.
Pourquoi cette citation ?
Tout simplement parce qu'elle illustre à merveille les réactions du monde politique et des médias après les élections européennes. L'Europe à la sauce actuelle, est une Europe imaginée, réglée d'une pièce par des dispositions abstraites figurant dans un Traité dont on ne nous a pas demandé s'il nous plaisait ou pas ; c'eût été dangereux après le rejet du Traité constitutionnel lors du référendum organisé à cet effet par Jacques CHIRAC. Puisque l'idée est bonne, périssent les opposants qui ne lui trouvent pas toutes les vertus. TOCQUEVILLE, notez-le, ne dit pas qu'il ne faut rien changer au cours des choses, il dit qu'il faut amender les parties et non point tout refonder à partir de rien, dans l'air, sans substrat historique ou culturel.

La même erreur va sans doute être commise par monsieur VALLS. Saluons toutefois son initiative : diminuer le nombre de régions est certainement salutaire. Mais s'il décide d'en décréter d'en haut les contours, il risque de se heurter à de sérieuses opposition. Déjà les manoeuvres ont commencé : monsieur AUXIETTE, actuel Président de la région Pays-de-Loire a entrepris des négociations avec la région Poitou-Charentes aux fins de fusion. Il y a un hic, dont les "élites" politiques devraient tenir compte. Les bonnets rouges veulent que l'on rattache à la région Bretagne le département de Loire-Atlantique. Je doute que cette amputation soit du goût de monsieur AUXIETTE, mais les bonnets rouges sont formels : c'est ça ou ça va péter !
Le mieux ne serait-il pas de consulter les Français au lieu de décréter d'en haut ce qui est bon pour eux ? Il y a des regroupements qui, a priori, semblent parfaitement envisageables, ainsi de l'Aquitaine et de Midi Pyrénées (au prix, peut-être, de quelques rectifications de contours). Que les deux Normandies fusionnent est évidemment justifié. Auvergne et Limousin, idem. Mais je puis vous dire que l'idée de fusionner l'Alsace et la Lorraine est une mauvaise idées, tant les mentalités, les rivalités, et les cultures de ces deux régions sont différentes. Je prends les paris que, par commodité et pour tenir les délais, aucune consultation, ne serait-ce qu'auprès des Présidents de Conseils généraux et des Maires, ne sera lancée. Tout viendra de PARIS, encore une fois. Car, comme le dit TOCQUEVILLE, les Français disent qu'ils aiment la liberté mais nombre d'entre eux ont organisé leur propre servitude en adhérent aux folles idées incarnées dans les horreurs de la Révolution.
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3. Quelques menues infos.
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Monsieur HOLLANDE rend visite aux Bleus.
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Le chômage explose, le PS part en quenouilles, quelques milliers de jeunes font la une des journaux pour avoir manifesté contre le FN, méprisant ainsi l'opinion d'un quart des votants aux élections européennes. (La Manif Pour Tous n'a pas eu de tels honneurs et un tel traitement de la part des médias.) Monsieur HOLLANDE n'a rien de mieux à faire que d'aller rendre visite aux membres de l'équipe de France sélectionnés pour la coupe du monde de foot-ball.
Aveuglement ? Démagogie ? Envie de prendre l'air quand tout s'écroule autour de lui ("Ah ! qu'il est doux de ne rien faire quand tout s'affaire autour de vous" dit une chanson) ? Gros coup de communication (qui souligne en quelle réelle estime monsieur HOLLANDE tient ses compatriotes : imaginer qu'en prétendant aimer ce sport, en étalant complaisamment un amour de fraîche date pour le ballon rond, il va se réconcilier avec les Français est une offense qui est faite à leur intelligence et à leur bon sens). Grâce au ciel, un récent sondage indique qu'il n'y a plus que 3 % de nos concitoyens à souhaiter que monsieur HOLLANDE soit le prochain candidat du PS aux élections présidentielles. 
Le calcul qu'il a fait va se retourner contre lui : faire monter le PS pour qu'il coiffe l'UMP, lui dans les deux premiers, risque de ne pas se présenter exactement comme cela.
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Une vidéo : HOLLANDE , COPE, la France malade (via le salon beige).
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dimanche 29 juillet 2012

La faillite de la pensée, le triomphe de l'inculture

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STRASBOURG, début des années 2000. L'Institut pour la Promotion du Lien Social - j'en suis alors le Président - lance une grande enquête sur la prise en charge des collégiens en difficulté. L'un de nos enquêteurs reçoit la confidence d'un professeur d'histoire et géographie qui enseigne dans un Collège du quartier de HAUTEPIERRE : "Savez-vous, dit-il, ce qu'un jeune m'a dit alors que j'essayais de transmettre à mes élèves un petit savoir sur la géographie ? Le savez-vous ?  : 'Vous pouvez raconter tout ce que vous voulez, on s'en fout' (sic). Et je ne vous dis pas encore que sur une heure de cours, je passe une demi-heure à faire la police". Notre enquêteur ajoutait qu'il avait perçu une grande détresse psychique chez cet homme qui croyait à son métier et découvrait qu'on en rendait l'exercice impossible .
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Je me suis efforcer de comprendre les raisons d'un tel fossé entre l'ambition affichée par les Ministres successifs de l'Education soi-disant et prétendue nationale, depuis Jules FERRY, et la réalité du terrain. A l'époque, j'ai moi-même interrogé plus de 30 personnes (CPE, Principaux, Assistantes Sociales, Infirmières, Professeurs Principaux, Responsables de SEGPA, etc.) et il me semble avoir trouvé un début de réponse dans la philosophie politique et l'idéologie qui imprègnent notre mentalité collective. Et je me demande si la formulation la plus percutante de cette réponse n'est pas apportée par notre grande Simone WEIL. Je vous la livre, avec beaucoup d'émotion, car je porte à cette philosophe une très grande admiration et une immense affection ; j'ai moi-même été enseignant, et j'ai passionnément aimé ce "métier" :
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"On croit couramment qu’un petit paysan d’aujourd’hui, élève de l’école primaire, en sait plus que PYTHAGORE, parce qu’il répète docilement que la terre tourne autour du soleil. Mais en fait, il ne regarde plus les étoiles. Ce soleil dont on lui parle en classe n’a pour lui aucun rapport avec le soleil qu’il voit.

Ce qu’on appelle aujourd’hui “instruire les masses”, c’est prendre cette culture moderne, élaborée dans un milieu tellement fermé, tellement taré, tellement indifférent à la vérité, en ôter tout ce qu’elle peut encore contenir d’or pur, opération qu’on nomme vulgarisation, et enfourner le résidu tel quel dans la mémoire des malheureux qui désirent apprendre, comme on donne la béquée à des oiseaux. " (In L’enracinement, 1943.)
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Tout y est : la critique du relativisme, l'effacement de l'expérience et du réel, le culte de l'abstraction, l'idolâtrie du social et du collectif. Et nous continuons dans cette voie-là, parce que quelques énarques, quelques soi-disant spécialistes de la pédagogie, quelques imbéciles (au sens de BERNANOS) croient détenir LA VERITE dont par ailleurs ils ne cessent de contester l'existence...
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"Misère de l'homme sans Dieu", disait PASCAL. C'est bien vrai.

vendredi 6 janvier 2012

J'ai craqué

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Je m'étais promis de ne plus parler de mon très cher Gustave (je veux parler de Gustave THIBON) pendant un certain temps, disons un mois. Mais, entendant les âneries d'Eva JOLY, les phrases creuses de François HOLLANDE, les rodomontades de Jean-Luc MELANCHON, et pensant toujours à la belle définition du comportement de l'idéologue et du fer rouge qui marque le front des idéologies (de toutes les idéologies ; souvenez-vous : leur caractéristique est de ne pas se soucier de l'homme concret [voir mon, billet d'hier pour un horrible exemple des méfaits de l'idéologie]), j'ai craqué. Voici donc ce que le philosophe-vigneron dit (il le dit en 1935, mais le propos n'a pas pris une ride ; il a même rajeuni, à croire que les socialistes contemporains ont barbouillé leur catéchisme avec une crème revitalisante de l'Oréal, par ce qu'il le vaut bien) :
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"« Personnalisme » de l’homme moderne, imprégné de socialisme. – Le socialisme veut favoriser l’épanouissement de la personne. Loin d’être niveleur, nous dira-t-on, il tend, en libérant l’individu de toute contrainte (classes, traditions, religions, etc.) à conduire chacun à son optimum de rendement personnel ou social. « Dans une démocratie, écrit HERRIOT, l’individu ne connaît d’autres limites à son ascension que celles de son propre effort.»

"Je réponds : le socialisme est déjà niveleur à la clef en tant qu’il supprime entre les hommes toutes différences autre que celles des aptitudes et des réussites individuelles (à n’user que de ce critère, souvent superficiel, on désorganise la hiérarchie sociale qui exige des bases lointaines, des racines profondes…) Mais ceci n’est encore rien. Cet homme soi-disant « concret » que le socialisme veut délivrer, qu’est-il donc en vérité ? Un microcosme fermé, asphyxié, un individu que ne baigne plus le fluide vital des grandes continuités humaines (hérédité, patrie, religion…), un être séparé de la plus concrète réalité humaine, quelque chose d’abstrait, d’arraché, - au sens le plus précis et le plus cruel du mot. L’homme concret authentique : il a le sens de sa dépendance et de sa finalité organique, le sens de cette destinée extra-individuelle qui limite et harmonise sa liberté… Mais l’homme « concret » au sens de la mentalité actuelle, quelle froide abstraction ! Cet individu absolu qui n’a plus d’aïeux, plus de patrie, plus de Dieu, comment pourrait-il vivre ? Trouve-t-on en soi-même l’air qu’on respire ? " (In Parodies et mirages ou la décadence d'un monde chrétien, page 102).
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TAINE, THIBON, RIFKIN, FENG YOULAN, tous ces penseurs et historiens que l'on ne cite pas car ils pensent mal (notamment aux yeux des Sociétés de Pensée que nous connaissons et qui ont fait plus de tort à notre patrie que les hordes d'ATTILA, des Normands, des Wisigoths et des Ostrogoths réunies) ont comme mérite de parler de l'homme concret, de l'expérience incarnée, de la vie dans ce qu'elle a de quotidiennement relationnelle, d'organique, de joyeux, d'émouvant ou de dramatique. Et c'est pourquoi je vous en ai souvent parlé. Nous en avons ras la casquette de tous ces anathèmes fulminés par des hommes qui ont le verbe haut, le goût des abstractions, et sont capables de vous dire que la neige est noire et qu'il fait nuit en plein midi. Si je fustige la gauche, c'est qu'elle dénigre, critique, démolit tout ce que font les responsables, mais qu'elle ne dit pas avec quel ciment elle entend reconstruire ce qu'elle a si allègrement pulvérisé. Des imbéciles, vous dis-je, des imbéciles au sens de BERNANOS.
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C'est tout pour aujourd'hui.