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mercredi 22 octobre 2008

Les sifflets toujours

Les remarques (cf billet d'avant hier) d'un de mes lecteurs attentifs sont suffisamment importantes pour que je reprenne ici et développe la réponse amicale que je lui ai faite. Elle peut se résumer en quelques points. (En substance, il ne comprend pas que je puisse défendre la Marseillaise et critiquer violemment la Révolution et il voit là une très forte contradiction dans mon propos.)
(a) Né français, aimant ma patrie, je suis solidaire de son passé et de son histoire. Il ne servirait à rien, du reste, de le nier. L'environnement culturel, politique, social a été évidemment modelé par les événements de Révolution, que cela me plaise ou non. Et il m'a influencé.
(b) Plus que la Révolution, je critique la relation que l'on en fait à l'école. Il est tout à fait extravagant de dire qu'elle fut l'avènement de la liberté, alors qu'elle voulut imposer un mode de pensée unique, persécuta et tua ceux qui s'opposaient à certaines de ses décisions, se rendit coupable d'épouvantables massacres, fit périr à la guerre nombre de jeunes français, et finalement laissa la France plus petite qu'elle ne l'avait trouvée. La Révolution fut un régime totalitaire et dans la théorie et dans la pratique. Tout ne fut pas mauvais, certes. Encore faudrait-il que dans l'enseignement, on puisse calmement trier le bon grain de l'ivraie. Courageusement, les Allemands ont su regarder leur passé en face. Il y ont gagné une dignité que je leur envie. Je les connais assez bien pour avoir vécu à Strasbourg pendant plus de 30 ans et fréquenté nombre de collègues de Fribourg en Brisgau. Une certaine rigidité dans la négociation peut nous surprendre, et elle m'a surpris quelquefois, au point que j'eus des doutes sur le changement profond des mentalités. Ma crainte a été levée par la gentillesse de mes collègues allemands, et l'accueil qu'ils m'ont réservé à plusieurs reprises.
(c) Les paroles de La Marseillaise qui fut sifflée par les jeunes au stade de France sont tout simplement abominables. "Abreuver nos sillons d'un sang impur" ne me semble pas être une activité digne d'un peuple civilisé. Mais ce ne sont pas paroles qui ont été conspuées par les jeunes, c'est le symbole que représente notre hymne national, symbole de notre patrie. Souvent l'atteinte symbolique est portée au drapeau : on brûle le drapeau américain ici, israélien là, français ailleurs, on le piétine. Que veut signifier le foule quand elle se livre à ces excès, si ce n'est sa haine du pays représenté par le drapeau, un simple bout de tissu. En d'autres termes, que notre hymne national eût été "La danse des canards" ou le "Te deum" de Charpentier, j'aurais eu la même réaction.
Je doute que si des supporters français sifflaient à Alger, à Tunis ou à Rabat les hymnes nationaux respectifs de l'Algérie, de la Tunisie ou du Maroc, ils pourraient longtemps le faire sans être inquiétés par la police de ces pays et par la foule des nationaux. Ce qui me paraîtrait tout à fait normal et justifié.

dimanche 19 octobre 2008

Des sifflets qui ne veulent rien dire ?

J'avais évoqué il y a peu trois raisons pouvant expliquer les sifflets qui ont accompagné la Marseillaise lors du match amical de football opposant l'équipe de Tunisie à l'équipe de France : (a) le ressentiment ; (b) l'emballement mimétique des foules ; (c) l'expression politique d'une revendication de la reconnaissance de la différence et de la ressemblance.
Jean-Thomas LESUEUR, délégué général de l'Institut Thomas MORE, a sur cette question un autre point de vue, un point de vue original. Voici son argumentation : ces jeunes, Français ou pas, ne haïssent pas la France parce qu'ils aiment une autre patrie. Ils communient en groupe dans une identité sociale de réaction, facilement violente, banalement hostile à toutes les institutions, mais dont les caractéristiques essentielles, selon nous, est qu'elle est aussi spectaculaire dans ses manifestations que faible sur ses assises.[...]
Cet épisode du Stade de France, pour choquant qu'il soit pour beaucoup, doit donc être analysé comme il convient : le signe du triomphe d'une puérilité grégaire massivement répandue dans la société, le résultat spectaculaire d'un coup médiatique conçu de longue date par certains, les "cinq minutes de gloire" de jeunes qui font du bruit mais pas de politique. (Le Figaro, vendredi 17 octobre. [page Débats]. Sifflets au Stade de France : un signe de révolte non verbalisée.)
Je crois bien que je partage cette opinion. Vous aurez remarqué, dans mon billet précédent, que j'étais fort prudent dans mes conclusions. Mais, là je serais plus incisif. Si l'analyse est juste, elle caractérise et condamne deux institutions de notre société : l'Education Nationale ; les Médias. Que l'école, le collège ou le lycée échouent à transmettre l'amour de la patrie est d'une grande tristesse. Je n'ai pas souvenance que mes instituteurs ou mes professeurs aient manqué dans la transmission de cet amour. Ils m'ont fait aimer la France, avec ses faiblesses, sa grandeur, et sa spécificité irréductible à toute autre forme de culture.
D'un autre côté, si les Médias n'étaient pas à l'affût du spectaculaire, nous n'aurions pas de ces manifestations "spontanées" qui font la une des journaux télévisés : du genre Enfants de Don Quichotte et tentes de sans-abris sur les quais du Canal Saint-Martin, défilé de la gay pride, tambours et fumigènes dans les cortèges qui défilent les jours de grève. S'il n'y avait pas de médias pour amplifier ces réactions, il n'y aurait pas ces réactions. Les problèmes demeureraient, certes, mais il serait possible de les examiner de manière objective, discrète, et efficace, car les réactions prendraient une autre tournure, plus politiques, au sens noble. Au lieu que la répercussion médiatique, qui ne retient souvent que le côté spectaculaire et violent de ces crises, ne fait qu'exacerber la violence, laquelle n'a jamais rien résolue. Mais la violence fait vendre. Et il faut bien que les journaux fassent du bénéfice.

jeudi 16 octobre 2008

Il y a des limites à ne pas franchir

Il y a des limites à ne pas franchir. Quand des spectateurs majoritairement français, mais d'origine étrangère, sifflent lorsque l'on joue notre hymne national, il y a là quelque chose de profondément choquant. Ce fut le cas lors des matchs de football joués entre les équipes d'Algérie, du Maroc, et il y a peu, de Tunisie et l'équipe de France. Ces pays ont suffisamment critiqué la colonisation, ses agents et ses méfaits, pour que nous retrouvions la liberté de leur dire que nous n'acceptons pas une colonisation à rebours, sous forme d'agression verbale, de lazzi ou d'arrogance. On peut imaginer que s'ils ont choisi la France, ces personnes récemment naturalisées, n'ont pas trouvé qu'elle était si mauvaise mère. Mais quand on a dit cela, on en reste au constat, pas aux explications.
Alors pourquoi ?
Pourquoi ces manifestations de ce qu'il faut bien appeler la haine ? Il convient d'aller au-delà des simples apparences. On peut y voir d'abord l'expression d'un ressentiment, au sens nietzschéen : ces siffleurs vivent dans l'humiliation, celle de n'être pas COMME ceux qu'ils feignent de mépriser. Il peut y avoir aussi l'emballement mimétique des foules. Et puis il y a l'expression d'une opinion politique, le dépit de n'être pas intégrés à la société d'un pays qu'ils ont choisi.
A force d'accepter tout, à force de relativiser les vertus civiques, le politiquement correct arrive à susciter ces manifestations chez ceux de nos concitoyens qui ne se sentent pas reçus à la fois comme différents des (ipséité) et comme analogues (mêmeté) aux autres citoyens. Nous ne pouvons ni tolérer l'offense à un symbole aussi puissant que l'hymne national ni ignorer ces signes de rébellions. Le premier des remèdes est un changement du regard et un comportement respectueux (ainsi dans les formes de politesse : monsieur, madame, vous ; on tient la porte du métro ; on cède sa place assise à une maman qui porte un bébé, etc.). Nous avons du pain sur la planche. Il n'est que temps, grand temps de travailler à unir plutôt qu'à creuser les fossés. Fermeté sur les principes qui unissent ; fraternité dans les relations avec nos concitoyens d'origine étrangère. Quant aux étrangers qui se risquent sur notre sol à bafouer notre pays, ils n'ont rien à faire chez nous. Leur pays d'origine les accueillera les bras ouverts, à n'en pas douter.