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vendredi 16 novembre 2012

Amour dans l'azur

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Christian BOBIN est un immense écrivain. Attentif aux mouvements de son âme, homme d'écoute intérieure, il exprime est des images inattendues, fortes et simples à la fois, ce que lui inspire la vue d'une fleur, d'un insecte, du ciel bleu ou des nuages, d'un enfant ou d'une gitane, l'audition d'une oeuvre de BACH par Glenn GOULD, et, par-dessus tout, la mémoire de la "plus que vive". Pudiquement, il évoque dans ce livre admirable qu'est "L'homme-joie", celle qui fut certainement son épouse (mais il ne le dit jamais) et qui n'est plus, en lui donnant le nom de "plus-que-vive". Bref, ce livre est un chef-d'oeuvre et vous devez, sous peine de péché presque mortel, le lire, l'acheter, le savourer, ou  l'emprunter à une bibliothèque si votre "bourse n'a point grosse aposthume" comme le disait notre bon VILLON .
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Il faudrait tout citer. Mais voici un extrait qui m'enchante :
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"J'ai lu plus de livres qu'un alcoolique boit de bouteilles. Je ne peux m'éloigner d'eux plus d'un jour. Leurs lenteurs ont des manière de guérisseur. J'ai passé des étés dans leurs chapelles fraîches, taillées dans la falaise crayeuse d'un beau silence. Le poète qui a repeint les appartements du paradis et l'enfer, je sors ses livres du buffet où ils prennent une teinte d'icône..."
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A-t-on jamais mieux parlé de la lecture ? Certes non.
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Et encore ceci qui figure sous forme d'une reproduction manuscrite :
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"Le silence,ce cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir."
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Merci à vous Christian BOBIN. Merci à vous mille fois ! Merci à vous qui restituez à l'homme sa dignité d'homme et qui faites espérer en l'humanité, envers et contre tout.
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jeudi 23 juin 2011

Sur l'étrange plaisir de la lecture

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Je viens d'achever la lecture d'un livre merveilleux dû  à Giorgio MANGANELLI : Chine et autres Orients. Voilà un carnet de voyages qui ne se laisse pas résumer, mais qui se savoure, tant la langue (admirablement traduite de l'italien) est savoureuse, foisonnante, riche, suggestive et mystérieuse à la fois. Permettez-moi simplement de vous donner ici la conclusion de ce petit chef d'oeuvre, laquelle est intitulée : Le Cabinet des lettrés.
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"Ceux qui aiment ardemment les livres constituent sans qu'ils le sachent une société secrète. Le plaisir de la lecture, la curiosité de tout et une médisance sans âge les rassemblent.
Leurs choix ne correspondent jamais à ceux des marchands, des professeurs ni des académies. Ils ne respectent pas le goût des autres et vont se loger plutôt dans les interstices et les replis, la solitude, les oublis, les confins du temps, les moeurs passionnées, les zones d'ombre.
Ils forment à eux seuls une bibliothèque de vies brèves. Ils s'entrelisent dans le silence, à la lueur des chandelles, dans le recoin de leur bibliothèque tandis que la classe des guerriers s'entre-tue avec fracas et que celle des marchands s'entre-dévore en criaillant dans la lumière tombant à plomb sur les places des bourgs".
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Ah ! quelles mélancolie dans ces propos ! Cacheraient-ils quelques secrets désespoir ? Comment le savoir puisque le propre des grandes plumes est de laisser le lecteur devant les multiples interprétations possibles de textes conçus et enfantés souvent dans la douleur ?
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Je dois dire que je me reconnais assez bien dans le lecteur bizarre et biscornu qui se repaît de livres dont aucun hall de gare ne voudrait, pas même dans ses réserves. Non, mes choix ne correspondent pas à ceux des marchands, et surtout pas à celui des pantins qui siègent pour le compte de leur éditeur dans les jurys de prix littéraires, prix proclamés prestigieux par tout ceux qui profitent de ce prestige. Non ! Je préfère la ténébreuse solitude du métro, où faute de trouver des hommes disposés à échanger, je finis par me plonger dans ces ouvrages étranges en attendant de retrouver l'air libre mais surchargé des vapeurs indéfinissables et corrompues, celles d'une mégalopole en train de rendre l'âme.
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Sehnsucht aurait dit je ne sais plus quel auteur allemand qui cheminait dans la Rue de Seine, il y a des décennies, cette rue jadis décorée de boutiques de marchands de gravures anciennes qui peu à peu ont disparu. Un jour, il n'y aura plus là que des marchands de fringues, de panini et de kebabs ! Allez, je retourne à mes lectures et à mes voyages intérieurs.
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Bonne journée.