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lundi 7 juin 2010

La jeunesse a soif

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Comme tous les ans à pareille époque, les communautés luthérienne de Saint-Nicolas et catholique du Puits de Jacob organisent à STRASBOURG une grande journée d'évangélisation commune. Ces 24 heures de vie ont fait tache d'huile : METZ, NANCY, COLMAR, MULHOUSE, EPINAL ont maintenant leur journée. On me demande, tous les ans, de co-animer avec une membre de la Communauté Saint-Nicolas, une marche nocturne aux flambeaux, une marche silencieuse à travers la ville. Nous nous arrêtons alors à tous les endroits où se trouvent des écoles, des institutions civiles ou religieuses, des sièges importants de journaux ou de banques. Vous imaginez bien que nous ne passons pas inaperçus. Mais notre but n'est pas de nous faire voir ; il est de prier pour la ville et ses habitants.
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En cette nuit du 5 au 6 juin, il fait un temps superbe ; le ciel est profond, étoilé, majestueux. Le FINKWILLER, la Place Gutenberg, et d'autres quartiers grouillent de monde encore à 2 heures du matin, un monde de jeunes qui sortent des bars - l'heure de la fermeture est proche - et achèvent la longue veille par des promenades animées au travers des ruelles pavées.
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Ah ! Isabelle, Régis, Valentin, Léon, Jean-Philippe, Laura, Vincent, Guillaume, Aurélie et tant d'autres, comment oublier vos visages et votre cri : j'ai soif ? J'ai soif de vérité, de paix, d'amour, de reconnaissance, dites-vous, "chacun en votre langue". Et toi, jeune des quartiers dits sensibles, dont l'accent trahit les rivages méridionaux de la méditerranée, tu t'étonnes que des chrétiens puissent prier AUSSI pour toi, que tu sois considéré par eux comme un frère, après avoir protesté que c'était impossible qu'une chose pareille puisse être puisque tu es musulman.
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Jean-Philippe, un grand gaillard dans les veines duquel coule un sang africain, se souviendra toute sa vie, dit-il, de cette soirée. Il nous interroge. Manifestement, il est au bord de l'ivresse, mais son discours se tient. Il demande que l'on prie pour sa maman et son frère. Mais pour lui ? Non ! Non ! Il ne le mérite pas ! Il n'est pas digne ! Pas digne ? Alors avec douceur, nous lui disons que si, que nous allons prier pour lui. Et il y a cette scène incroyable : il s'agenouille tandis que nous faisons autour de lui un cercle d'amour et de respect. Et puis l'un de nous le prend par les épaules : Le Seigneur te relève Philippe ! dit-il. Et cet homme blessé de se relever revêtu de sa dignité de fils. Il m'est impossible de vous traduire ce que j'ai ressenti à ce moment. Ce n'était pas de l'ordre de la sensiblerie que j'ai l'habitude de traiter de mystico-gélatineuse : c'était une joie discrète et profonde, venue d'un ailleurs qui me dépassait.
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La jeunesse a soif de vérité, d'amour et de paix. Nous ne savons pas voir qu'elle quémande un peu d'eau et de fraîcheur, et notre monde ne lui offre que des breuvages frelatés, mêlés de drogues abrutissantes. La jeunesse a soif. Elle trouvera, n'en doutons pas, elle trouvera un jour la source où elle pourra s'abreuver d'une eau qui ne s'évapore pas, qui ne périt pas, qui désaltère pour toujours.
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lundi 8 juin 2009

Rencontres nocturnes

Je rentre donc de Strasbourg, ville si chère à mon coeur. La Communauté de Saint-Nicolas (Renouveau charismatique luthérien) et celle du Puits de Jacob (Renouveau charismatique catholique) y organisaient pour la cinquième année consécutive les "24 heures de Vie". Pendant plus d'une journée, les membres de ces deux communautés soeurs prient, évangélisent, chantent, déjeunent ou dinent ensemble et tous les strasbourgeois sont invités aux manifestations organisées par elles à leur intention : concerts, forum de discussion animation pour les enfants, adoration, etc.
On m'avait chargé de conduire avec Merry, de la Communauté saint-Nicolas, la marche de nuit. Il s'agit de marcher silencieusement dans la ville, de s'arrêter devant tel bâtiment (Hôpital, Conseil Général, ENA, Hôtels, Banques, Opéra, Eglises, Gare, Ecoles et Lycées, etc.) et de prier pour ceux qui y travaillent. Nous portons des flambeaux. En général, une quarantaine de personnes participent à cette marche insolite, qui se déroule entre une heure et trois heures du matin.
Quelques voitures, remplies de jeunes, doublent le cortège en klaxonnant. Leurs occupants crient parfois "alleluia". Tous, par ces diverses démonstrations, semblent vouloir attirer sur eux l'attention. Comment ne pas les porter dans notre remerciement pour le don de la vie ? Nous croisons beaucoup de jeunes gens et jeunes filles qui se disent musulmans. Quel accueil, quelle écoute, quel respect de leur part : ces jeunes admirent les priants ; et qu'on puisse les inclure, en tant que chrétiens, dans notre prière est pour eux un choc ; l'un d'eux nous dit, en mettant la main sur son coeur : "ça fait chaud au coeur".
Nous croisons Jenny qui roule à bicyclette sur le trottoir, en face du Lycée Jean Sturm, établissement strasbourgeois célèbre pour la qualité de son enseignement. Jenny est stupéfié de voir tant de monde et ne cesse de répéter : "Vous êtes nombreux ! Mais vous êtes très nombreux". Il demande ce que nous faisons. Il est touché qu'on prie pour lui.
Que dire encore d'Alex et de Frédéric qui grille une cigarette au seuil d'un bar de nuit. Frédéric accepte de bon coeur l'Evangile de saint Jean que quelqu'un lui propose. Il le lira, dit-il. Nous arrivons Place Kléber. Là, trois hommes, un jeune et deux plus âgés, passent paisiblement, nous regardent, intrigués : des marcheurs silencieux qui portent des flambeaux attirent le regard et l'attention. Mêmes questions. Quand nous répondons que nous prions pour la ville, le plus âgé déclare avec un peu de virulence, qu'il est athée. "Etes-vous baptisé ?" - "Oui, mais contre mon gré ; on ne m'a pas demandé mon avis." - "Etes-vous heureux de vivre ?" - "Oui, bien sûr ; même s'il y a des hauts et des bas." - "Avez-vous demandé à vivre ?" Silence. Jean est cloué. Julien, le plus jeune déclare qu'il est athée, baptisé, mais qu'il respecte ceux qui, comme nous, ont des convictions. Marc sort un petit instrument, une sorte de flûte plate de quelques centimètres de long, en bois et nous demande de chanter avec lui "Happy day". "Cette rencontre n'est-elle pas inoubliable ?" - "Ah pour être inoubliable, dit Jean, elle l'est." Nous voilà partis dans un "Happy day" timide. Et Marc enfin demande "Allez, maintenant, à vous. Chantez quelque chose, je vous accompagne." - "Mais vous ne connaîtrez pas ce chant." - "Si, si. J'y arriverai."
Et c'est ainsi que nous avons invoqué l'Esprit Saint, l'Esprit de Feu, dans cette inoubliable nuit, à deux heure et demie du matin, Place Kléber, tous ensemble, avec Jean, Marc et Julien, dans un grand respect et la certitude que cette rencontre nous avait transformés, les uns et les autres.