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lundi 4 février 2019

Dimanche 03 février 2019. Petit voyage dans l'ordre symbolique post-moderne : des cigarettes suisses en Afrique


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La Suisse n’est pas que le pays des banques et du chocolat ! C’est aussi celui des cigarettes. Nos voisins helvètes exportent 75 % de leur production, c’est tout dire. Jusque à rien à critiquer.
Mais il y a un hic ! Et je le découvre dans un article du journal La Croix, en page 11 de la livraison daté du lundi 28 janvier 2019. Le titre de l’article est sobre mais percutant : La Suisse exporte en Afrique des cigarettes plus toxiques.

Voici un court extrait de cette analyse :
"La Suisse, dont les exportations de cigarettes (75 % de la production) sont très légèrement inférieures en valeur à celle des fromages, peut en toute légalité produire sur son territoire, puis vendre en Afrique, des cigarettes dont les taux de nicotine sont deux fois plus élevés que les normes européennes. « Ce sont des usines quasi exclusivement dédiées à l’exportation », confirme la journaliste Marie MAURISSE qui a enquêté pendant un an avant d’être en mesure de publier les résultats de son travail.
[…].
Grâce à un partenariat inédit avec un laboratoire de l’Institut de santé au travail à Lausanne, membre d’un réseau validé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’ONG suisse a réussi à faire la démonstration que les cigarettes suisses vendues au Maroc contenaient des taux plus élevés de monoxyde de carbone et de goudron, mais aussi quasiment le double de nicotine, ce qui entraîne l’augmentation des effets d’addiction.
[…]."

Si vous voulez mon avis, on doit l’augmentation du nombre d’immigrants marocains en Europe à celle du taux de nicotine dans les cigarettes suisses. Ils ignorent sans doute que les cigarettes européennes sont moins addictives... Je n’en dirai pas plus, mais je n’en pense pas moins ! Le monde post-moderne, tout entier tourné vers la production, la marchandisation et les échanges commerciaux, se moque comme de l’an quarante que des cigarettiers suisses puissent se faire de l’argent au détriment du poumon des pauvres. Je me permets de dénoncer ici ce que je considère comme un véritable scandale, d’autant que les normalisateurs de l’Union Européenne ont, si l’on peut dire, taillé dans le vif de nos cigarettes, comme j’aurai l’occasion de vous le faire savoir en vous livrant un petit passage de Philippe MURAY. On a là les symboles que l’on mérite. Et cet ordre symbolique, celui du profit à tout prix n'est pas très ragoutant. 


vendredi 15 janvier 2016

15 janvier 2016. Nouvelles de la Résistance. Le chameau triangulaire.

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Croyez bien que je ne cesserai jamais de le répéter :

Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c'est la lâcheté !

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1. La citation du jour.
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 Je n’ai pas fini d’épuiser les richesses de CHESTERTON. Voici un extrait de son ouvrage déjà abondamment cité dans mes billets, relatif à la morale.

"Cet écrivain talentueux et astucieux, M. Arthur SYMONS a introduit dans un recueil d’essais récemment paru, je crois, une apologie des Nuits de Londres où il prétend que la morale doit être totalement subordonnée à l’art en matière de critique, et il recourt à cet argument quelque peu singulier selon lequel l’art ou le culte de la beauté est le même de tous temps, alors que la morale varie à toutes les époques et à tous les égards. Il semble défier ses critiques ou ses lecteurs de citer un trait ou une qualité permanente de la morale. Voilà assurément un très curieux exemple de ce parti pris extravagant contre la morale qui rend de si nombreux esthètes ultramodernes aussi morbides et fanatiques que n’importe quel ermite oriental. Il est indiscutable qu’une des phrases les plus communes des intellectuels modernes est de dire que la morale d’une époque peut être entièrement différente de celle d’une autre époque. Et comme beaucoup d’autres phrases d’intellectuel moderne, cela ne veut littéralement rien dire. Si les deux morales sont entièrement différentes pourquoi les appeler l’une et l’autre morales ? C’est comme si quelqu’un disait : « Les chameaux varient complètement en fonction des endroits ; certains ont six pattes, d’autres n’en ont pas, certains ont des écailles, d’autres des cornes, d’autres encore des ailes, certains sont verts, d’autres triangulaires. Ils n’ont aucun point commun. » À quoi tout homme de bon sens répondrait : « Alors pourquoi les appelez-vous tous chameaux ? Qu’entendez-vous par chameau ? Comment reconnaissez-vous un chameau quand vous en voyez un ? » Il y a bien sûr un fond permanent dans la morale, de même qu’il y a un fond permanent dans l’art, mais cela revient à dire que la morale est la morale et que l’art est l’art. Le critique d’art idéal discernerait sans nul doute la beauté perpétuelle ans chaque école ; de la même manière, le moraliste idéal discernerait l’éthique perpétuelle dans tous les codes. Mais, dans la pratique, certains des meilleurs Anglais qui aient jamais existé n’ont rien vu d’autre, dans la piété céleste des brahmanes, qu’obscénité et idolâtrie. Et il est tout aussi vrai que, dans la pratique la plus grande école d’artistes que le monde ait jamais connue, les géants de la Renaissance, ne vit que de la barbarie dans l’énergie éthérée du style gothique."
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2. Commentaires.
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Il est très clair que nos hommes politiques, quand ils font des lois, ne se soucient pas de morale. Ils inventent des nouveaux droits, ce qui est une perversion absolue de la notion du droit. Un droit est quelque chose qui est dû à quelqu’un. Il est évident qu’un toit, de la nourriture, des vêtements sont non seulement des besoins élémentaires de tout être humain, mais des droits absolus que les hommes politiques ont le devoir non moins absolu de satisfaire. Le mariage homosexuel est qualifié de droit nouveau ; il n’est pas un dû mais une licence. Et à ce train-là, il n’y a aucune raison que la loi positive ne crée point de nouveaux droits que la morale réprouve absolument. La proposition qui consiste à dire qu’il n’y a pas une morale mais des morales est à l’évidence un contresens. Il y a confusion entre des comportements autorisés par la loi et les comités d’éthique, qui réglementent de l’extérieur les actions des personnes, et la morale qui fait référence à la délibération de la conscience devant les exigences de la loi naturelle ou, pour les croyants en général et surtout les chrétiens, devant les voies d’un véritable bonheur.
À cet égard, l’image du chameau à six pattes ou du chameau triangulaire, est très éclairante. Il est évident que les nouveaux droits sont fondées non pas sur des principes essentiels et originels, valables en tous temps et en tous lieux, et non pas sur l’idéologie (socialiste, marxiste, maçonnique) ou les pressions de riches électeurs qui plaident pour leur paroisse. En réalité, nous manquons cruellement d’une morale sociale et nous attendons qu’un homme politique digne de ce nom vienne nous en présenter aussi bien les exigences que la pertinence, la beauté et la vigueur. Je reviendrai demain dans mon billet qui sera plus matinal que celui de ce vendredi.
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3. Informations diverses.
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Les chrétiens éthiopiens ne sont pas des chrétiens de guimauve (voir cette vidéo du site Aléteia).

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La « morale moderne illustrée » par l’ordre judiciaire (via le salon beige qui relaie l'avis des Associations familiales catholiques).

"Par un arrêt rendu le 17 décembre 2015, la Cour de Cassation a jugé que compte tenu de l'évolution des mœurs et des conceptions morales, on peut aujourd’hui accuser publiquement quelqu’un de tromper son conjoint sans porter atteinte à son honneur ou à sa considération. Ainsi la personne accusée à tort d’infidélité conjugale ne pourra plus se défendre car selon notre plus haute juridiction, une telle accusation est négligeable et ne porte pas tort à celui qui en est la victime."
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Suisse : une votation sur la fiscalité de la famille se transforme en défense du mariage (via le Salon beige).

Les Suisses ont très bien compris la différence entre une licence et un droit.

L'initiative «Pour le couple et la famille – Non à la pénalisation du mariage», qui sera soumise aux votes le 28 février, veut corriger l'imposition plus lourde qui frappe certains couples mariés par rapport aux concubins. Mais le lobby  LGBT s'inquiète car une petite phrase vient parasiter le débat :
«Le mariage est l'union durable et réglementée par la loi d'un homme et d'une femme».
C'est sur ces mots que s'ouvre le nouvel article de la Constitution proposé par l'initiative du PDC «Pour l'égalité fiscale du mariage». Son acceptation entraînera l'ancrage de cette définition dans le texte fondamental. On comprend que le lobby LGBT s'énerve.
La suite prévoit que le mariage, en tant que communauté économique, ne peut pas être pénalisé, notamment en matière d'impôts, par rapport à d'autres modes de vie.









dimanche 13 décembre 2009

Démocratie et minarets

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Les citoyens de la Confédération Helvétique ont donc voté : ils ne veulent pas que l'on construise de minarets dans leur pays. Ils n'ont pas dit "mosquées", ils ont dit "minarets". Ce vote a entraîné la réprobation de nombreuses organisations, partis, personnalités, et c'est surtout en France que la réprobation a été la plus incisive et la plus venimeuse.
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Première observation : ce vote a été rendu possible, au titre des référendums d'initiative populaire, parce que le nombre requis de citoyens l'ont expressément demandé. Il y a eu un débat avant le vote. L'alternative était claire : oui ou non ; en ce sens elle satisfaisait au théorème de CONDORCET qui dit que l'opinion majoritaire ne peut être connue si plus de deux choix sont ouverts au suffrage. Enfin, comme le veut la constitution helvétique, la double majorité, celle du peuple, et celle des cantons a été atteinte. On peut raisonnablement conclure que le processus était démocratique au sens où l'entendent nos chers philosophes des Lumières : c'est bien l'opinion majoritaire du peuple suisse qui a été exprimée par ce vote.
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D'où vient donc la réprobation des contempteurs de nos voisins ? Car elle a bien une origine. On peut observer que ceux qui critiquent les résultats sont clairement des démocrates. La réprobation ne jaillit pas d'un supposé viol du principe démocratique qui leur est si cher (il y aurait pour eux une contradiction insoutenable) : il attribue au peuple et au peuple seul la souveraineté, et ce principe a bien été respecté. La réprobation prend ailleurs son origine. Je vois deux ou trois justifications aux critiques : (a) la première est que le résultat du vote ne satisfait pas l'idéologie de ceux qui s'en désolent ; le peuple aurait raison quand il va dans le sens de leur idéologie ; il est manipulé, il est la proie des passions, il vote sous le coup de l'émotion et son opinion n'a pas de valeur, quand il va dans le sens contraire. On met donc ici l'idéologie au-dessus de la démocratie, et c'est clairement un point de vue totalitaire ; (b) la deuxième origine, plus respectable, est que dans une démocratie où la souveraineté du peuple est déléguée à des représentants élus, il y a des débats plus approfondis, des filtres de procédure, de discussions en commission, d'accumulation d'informations sur les causes et les conséquences de la proposition ou du projet de loi, et que la formule finalement adoptée est celle d'un compromis, imparfait certes, boiteux sans doute, dans lequel majorité et minorité se retrouvent ; (c) il y a une troisième origine possible : celle d'une exigence morale qui transcende toutes les petites ou grandes bassesses de l'âme humaine, depuis la vengeance jusqu'à la crainte. C'est, en gros, la position du Vatican, qui a exprimé un avis très critique sur ce vote.
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Dans tous les cas, on voit que le principe démocratique n'est jamais appliqué, sauf en Suisse. Il est violé (totalitarisme de l'idéologie), édulcoré (démocratie représentative), ou surplombé par des exigences morales qui ne dépendent pas des circonstances du moment, et valent pour tous les temps ou tous les lieux. Mais dans tous les cas aussi, sauf celui de la Suisse, les acteurs politiques placent au-dessus du principe démocratique, soit la volonté de puissance, soit le compromis réaliste, soit l'exigence de vérité.
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L'affaire des minarets est très révélatrice de l'illusion dans laquelle nous vivons. Il n'y a pas de volonté collective car dans nos régimes représentatifs, les solutions adoptées ne satisfont jamais chacun des membres de la collectivité. Il est vrai que nous acceptons théoriquement la règle démocratique qui exige de chacun des citoyens qu'il s'incline devant la loi de la majorité ; c'est bien le seul point d'accord, et cela est vrai aussi pour la Suisse, malgré la clarté du choix proposé, qui empêche que l'on nuance les décisions et les lois. Mais aucun citoyen n'est totalement satisfait des solutions adoptées. Et l'insatisfaction prend sa source en de multiples lieux : celui du sordide intérêt parfois, de l'aveuglement ou de l'ignorance souvent, celui des principes idéologiques, et celui bien plus noble, bien plus fécond, bien plus exaltant qui veut notre préférence pour Dieu et non pour les hommes. Je vais plus loin encore : nos choix, nous les faisons en fonction des idoles que nous nous sommes forgées.
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Thérèse de Lisieux disait : "C'est la confiance, et rien que la confiance qui peut nous conduire à l'amour". Je n'aurais pas eu le courage de voter oui aux minarets si j'avais été suisse, car je n'aurais pas eu confiance... Voilà sans doute où est le noeud du problème.