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vendredi 31 décembre 2010

Opaque transparence

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Les sociétés développées sont atteintes d'une nouvelle maladie, celle de la transparence à tout prix, la diaphanose en quelque sorte, à quoi est attaché un symptôme inquiétant, celui de la traçabilité.
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La chose a commencé avec l'exacerbation de cette manie de tout noter, tout maîtriser, tout dominer, dans l'industrie pharmaceutique. On a vu apparaître des balances automatiques qui, à chaque pesée de réactifs, délivrent un ticket imprimé portant la date et le poids mesuré, ticket que les chercheurs ou les manipulateurs doivent coller dans leur cahier. Parallèlement, les compagnies pharmaceutiques ont rédigé des Procédures Opératoires Standard dans les quelles sont décrites avec le moindre détail les étapes d'une opération précise. Des contrôleurs de qualité vont, Procédures en main, vérifier qu'il y a bien une éprouvette en verre de 50 ml à côté de tel appareil, destinée à mesurer tel liquide. Elle ne doit pas être en polypropylène et faire 100 ml. Ce serait une entorse insupportable à la traçabilité.
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Insensiblement, cette manie du contrôle à tout prix s'est étendu au domaine agro-alimentaire. On croyait que c'était un progrès. Erreur. Car si tout est traçable, mais que rien n'est nuisible, alors tout est permis dans cette limite d'innocuité. Des pommes de 15 cm de diamètre, insipides mais tracées, des oranges calibrées et traitées au fongicide, toujours dans la plus grande traçabilité, par exemple, ont remplacé les pommes d'antan, parfois tavelées, aux formes irrégulières, produites dans des vergers artisanaux, ou les oranges fleurant bon la méditerranée. Goûteuses, mystérieuses, irrégulières, fantaisistes mêmes, mes pommes de jadis ont sombré dans la grande réglementation européenne. Les oranges n'ont de méditerranéennes que le nom, voire même l'origine. Mais elles sont mécaniques (!). Les haricots verts, standardisés au millimètre près, viennent du Kénya où leur culture ruine les paysans qui ne peuvent plus faire de cultures vivrières classiques s'ils veulent vivre.
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Et puis la diaphanose et la traçabilitose ont contaminé le monde de la presse, et valent à messieurs ASSANGE (et son Wikileaks) et PLESNEL (et son Médiapart), au nom du droit à l'information, une renommée sulfureuse. Le premier se donne la liberté de diffuser des informations susceptibles de mettre en péril la vie de nombreux êtres humains, le second de dire n'importe quoi, ou plus exactement de sélectionner dans les boueuses informations qu'on lui transmet confidentiellement, celles qui peuvent nuire au maximum à ses adversaires idéologiques, devenus de vrais ennemis. Mais au nom du droit à l'information, ils se refusent, et ils nous refusent, celui de savoir le nom de leurs peu délicats informateurs. C'est que la transparence a ses limites quand il s'agit de faire de l'argent. Il faut en effet bien comprendre que c'est l'effraction des secrets qui permet à ces messieurs de vivre. Il y a bien peu de responsabilité dans tout cela, et beaucoup de venin. Un exemple ? Une dépêche d'un ambassadeur américain diffusé par Wikileaks, et repris par la presse française, informe son gouvernement que monsieur BONGO aurait détourné des millions d'euros (ce n'est pas un scoop) et qu'il aurait arrosé les partis politiques français. Pourquoi les médias se croient-ils obligés de citer messieurs CHIRAC et SARKOZY et de taire les noms des politiciens de gauche qui auraient été gratifiés eux aussi de cette manne africaine ? (Notez que le PS comme l'UMP démentent...).
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Voyez-vous, cette volonté de tout savoir, de tout dire, de tout expliquer, relève d'abord d'un volonté de puissance jamais satisfaite. Ensuite, elle fait litière du mystère qui entoure toutes les décisions qu'un être humain est amené à prendre. Et enfin elle est illusoire, car elle ne saura jamais tout. De plus, surtout dans la transparence que promeut une certaine presse, il y a un dessein de malveillance et de manipulation qui m'est insupportable. Et la transparence de ses responsables me paraît bien opaque.
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Ceci étant dit, il n'est pas question de laisser les responsables politiques faire n'importe quoi, sans contrôle ni contre-pouvoir. Mais ce n'est pas à la presse de diffuser des prétendues 'informations', qu'elle a soigneusement sélectionnées, c'est au citoyen qu'il revient de réfléchir et de choisir en conscience l'interprétation de ce qu'il voit et entend, et c'est à lui qu'il revient de réclamer des explications, d'exiger un contrôle démocratique des décisions de l'exécutif par le corps législatif. Il me semble que c'est le B.A. BA de la démocratie.
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dimanche 31 janvier 2010

Les deux fléaux de la modernité

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Il ne vous a pas échappé que j'essaye depuis fort longtemps, mais très imparfaitement, d'exposer le plus objectivement possible les raisons pour lesquelles je crois que la civilisation moderne en général, occidentale en particulier, me semblent aller droit dans le mur. Très récemment, il m'est venu à l'esprit comme deux évidences. Je vous les livre.
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(a) La civilisation moderne est devenue folle de la technique et dédaigneuse de la connaissance. Qui dit technique dit investissements en recherche et développement très coûteux, et investissements non moins coûteux en matériel, machines, usines, et par conséquent une disjonction de plus en plus grande entre ceux qui conçoivent, et dont le nombre va nécessairement se réduire en raison de la complexité des connaissances et des aptitudes intellectuelles requises par cette activité, et ceux qui exécutent. Il n'est pas dit, du reste, qu'avec la mécanisation, la robotisation, l'informatisation, le nombre des exécutants lui-même ne se réduise pas comme peau de chagrin. On peut donc imaginer une situation où les très peu nombreuses personnes, détentrices d'un très grand savoir, exercent sur leurs congénères un pouvoir sans partage, et que ces derniers ne puissent vivre d'autre manière que de subventions diverses, octroyées selon le bon vouloir des puissants. Quant à ceux qui exécutent, s'il en reste, il leur faudra toujours dégager une plus-value sur leur travail pour assurer les investissements requis par les progrès techniques et par l'amortissement d'un très dispendieux matériel. Ainsi, même si les capitaux viennent de l'état, la question de la plus-value, et donc de l'exploitation selon MARX, ne peut être éludée. Elle ne le pourrait que si la course au progrès technique était stoppée, et que l'on accepte de rentrer dans un cycle de décroissance des moyens de production. J'attends de pied ferme mes contradicteurs sur ce point crucial.
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(b) Le deuxième élément de la modernité me semble venir de la corruption du sens moral et de son corollaire, la recherche à tout prix de responsables en cas de dysfonctionnement d'un ou plusieurs rouages de la société. D'où cette manie de la transparence, de la traçabilité et de la réglementation. Celle-ci n'a d'intérêt que parce qu'elle permet de remonter les étapes d'un processus de production (matérielle ou non) et ainsi d'identifier le(s) responsable(s) qui a (ont) supervisé, exécuté, ou contrôlé l'étape éventuellement litigieuse. Pendant longtemps, on a produit des yaourts, des fruits, des médicaments, que sais-je encore, avec la plus grande conscience professionnelle, et il ne semble pas que les accidents et incidents survenus à l'usage de ces produits, pendant ces époques bénies, aient été plus fréquents ou plus graves que ceux qui surgissent aujourd'hui ici et là. La conscience professionnelle suppléait à l'absence (relative) de l'exigence de traçabilité. Cette tendance à vouloir tout maîtriser nous vient tout droit des Etats Unis, pays dans lequel les avocats sont à la recherche de tout ce qui peut être exploité par de possibles justiciables pour engranger de l'argent, et qui contraint les industriels à prendre un maximum de précautions pour se prémunir de ces prédateurs juridiques.
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Une fois que j'ai dit cela, je n'ai sans doute pas fait beaucoup avancer les choses, mais il est possible que mes réflexions incitent tel ou tel de mes lecteurs à différer l'achat d'un téléphone portable ultraperfectionné qui ne sert à rien qu'à des activités oiseuses, ou à faire preuve de plus d'attention dans l'exécution de ses tâches professionnelles.
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Ainsi, s'il m'a manqué quelques billets pendant ce mois de janvier, j'aurai quand même donné pour son dernier jour un avis qui me tient à coeur.
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