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lundi 15 juin 2020

Lundi 15 Juin. Mes chroniques. Des souverains contemporains et des souverains antiques.


Dans un ouvrage publié en 1662, HUÁNG Zōng-Xī (黃宗羲), un grand penseur chinois, consacra une section très critique à la monarchie des MING et des QING qui venaient de prendre la place de ces derniers. Il avait bien des raisons de le faire, puisque son père fut exécuté pour avoir osé critiquer à haute voix les eunuques de la cour MING, tout puissants et corrompus. Cela ne l’empêche pas de lever des troupes pour combattre l’envahisseur mandchou. Voici ce qu’il dit de ces souverains :

"« Ils se considéraient comme les dispensateurs des biens et des maux du monde, trouvant parfaitement naturel de s’octroyer tous les biens et de ne laisser aux autres que les maux. Ils prétendaient empêcher leurs sujets d’agir en égoïstes et décoraient le vaste égoïsme du souverain du nom de ‘bien public’. Ils en ressentaient au début quelque honte, mais ne tardèrent pas à s’y habituer.
"« Ils regardaient le monde comme leur propriété privée dont ils transmettaient à leurs fils et à leur petit-fils la jouissance perpétuelle…
"« Depuis l’antiquité, le peuple était considéré comme l’hôte, et le souverain comme l’invité ; le souverain passait sa vie à travailler au bien de son peuple. Aujourd’hui, le souverain se considère comme l’hôte et fait du peuple son invité ; il n’existe pas dans tout l’empire un seul endroit où le peuple puisse jouir de la paix, et tout cela par la faute du souverain. »
« […] »"

Toute ressemblance avec des situations contemporaines demanderait être examinée avec réflexion, ne pensez-vous pas ?

mardi 14 août 2012

Deuxième billet du jour

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Les Entretiens de CONFUCIUS ont été traduits en français notamment par S. COUVREUR, Pierre RYCKMANS (alias Simon LEYS), Anne CHENG et très récemment par Charles DELAUNAY. J'achève la lecture de la traduction de RYCKMANS. Et en pensant à nos hommes politiques, je ne puis m'empêcher de leur rappeler ce que le sage disait du comportement digne de l'humain, en m'appuyant sur cette traduction qui - je dois le préciser - ne semble pas avoir fait l'unanimité chez les sinologues :
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Au livre IV, section 7 :
"Le maître dit : vos fautes vous définissent. C'est à vos fautes que l'on reconnaît votre vertu."

Alors, beaucoup de fautes, peu de vertu ?

Au livre IV, section 16 :
"Le maître dit : l'honnête homme envisage les choses du point de vue de la justice, l'homme vulgaire du point de vue de son intérêt."

Est-il juste de prélever 75 % d'impôts à quoi s'ajoute CSG et autres prélèvements ?
Est-il juste de ne jamais opérer de contrôles auprès des personnes qui bénéficient de l'aide publique (travail au noir des chômeurs, par exemple ; utilisation frauduleuse de carte Vitale, etc.).
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Chers politiques, si vous envisagiez les choses du point de vue de CONFUCIUS, qui nous dit encore, parole toujours actuelle, au livre II, section 16 :
"Attaquer un problème par le mauvais bout, voilà qui est désastreux."

A bon entendeur...

samedi 17 avril 2010

Il faut supprimer les partis politiques

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Je vous jure que je ne l'ai pas fait exprès. Figurez-vous que je suis tombé par hasard sur un petit opuscule dû à Simone WEIL, notre grande Simone WEIL, en cherchant un tout autre ouvrage dans les rayons d'une excellente librairie. Il a pour titre Note sur la suppression générale des partis politiques. Je l'ai dévoré en quelques dizaines de minutes, car le texte est court mais d'une inégalable densité. On ne sort pas de cette lecture comme on y est entré, et l'on se fait alors de la démocratie une tout autre idée de ce qu'elle prétend être dans la bouche de nos élites. Au fur et à mesure de ma lecture, je me disais : voilà ce qui est juste et que je n'ai jamais su bien dire dans mes billets. Voilà ce que mes lecteurs doivent lire, méditer, connaître et approfondir : il ne peut y avoir de parti politique légitime dans un régime authentiquement démocratique.
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D'abord, un peu d'histoire. Cette note a paru dans le numéro 26 de la revue La Table ronde, daté du mois de février 1950. André BRETON réagit à ce texte alors inédit dans une livraison d'avril du journal Combat et ALAIN, qui fut un des maître de Simone WEIL, le fait au même mois dans la même revue de La Table ronde. Simone WEIL est morte depuis sept ans quand paraissent ces réflexions.
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Voici quelques extraits de ce texte dont je recommande absolument la lecture, et de la plus urgente et expresse manière.
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"Le fait qu'ils [les partis] existent n'est nullement un motif de les conserver. Seul le bien est un motif de conservation. Le mal des partis politique saute aux yeux. Le problème à examiner, c'est s'il y a en eux un bien qui l'emporte sur le mal et rende ainsi leur existence désirable."
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"S'ils sont du mal, il est certain qu'en fait et dans la pratique ils ne peuvent produire que du mal. [...] Mais il faut d'abord reconnaître quel est le critère du bien.
Ce ne peut être que la vérité, la justice, et, en second lieu, l'utilité publique.
La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison."
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"Seul ce qui est juste est légitime. Le crime et le mensonge ne le sont en aucun cas."
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"La vérité est une. La justice est une. Les erreurs, les injustices sont indéfiniment variables. Ainsi les hommes convergent vers le juste et le vrai, au lieu que le mensonge et le crime les font indéfiniment diverger. L'union étant une force matérielle, on peut espérer trouver là une ressource pour rendre ici-bas la vérité et la justice matériellement plus fortes que le crime et l'erreur."
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Il est très important au point où j'en suis de mes citations d'indiquer que Simone WEIL attribue aux passions le crime et les erreurs. Et à propos des théories de Jean-Jacques ROUSSEAU, exposées dans le Contrat social, elle dit ceci :
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"Un vouloir injuste commun à toute la nation n'était aucunement supérieur aux yeux de ROUSSEAU - et il était dans le vrai - au vouloir injuste d'un homme. [...] ROUSSEAU pensait seulement que, le plus souvent, un vouloir commun à tout un peuple est en fait conforme à la justice, par la neutralisation mutuelle et la compensation des passions particulières. C'était là pour lui l'unique motif de préférer le vouloir du peuple à un vouloir particulier."
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"Si une seule passion collective saisit tout un pays, le pays entier est unanime dans le crime. Si deux, ou quatre ou cinq ou dix passions collectives le partagent, il est divisé en plusieurs bandes de criminels. Les passions divergentes ne se neutralisent pas, comme c'est le cas pour une poussière de passions individuelles fondues dans une masse ; le nombre est bien trop petit, la force de chacune est bien trop grande pour qu'il puisse y avoir neutralisation. La lutte les exaspère."
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"Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels. On peut en énumérer trois. (a) Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective. (b) Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres. (c) La première fin, et, en dernière analyse, l'unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.
Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration." [Les divisions en (a), (b) et (c) sont de votre serviteur.]
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Et ceci qui est admirable de justesse et de profondeur :
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"Mais comment désirer la vérité sans rien savoir d'elle ? C'est là le mystère des mystères. Les mots qui expriment une perfection inconcevable à l'homme - Dieu, vérité, justice - prononcés intérieurement avec désir, sans être joints à aucune conception, ont le pouvoir d'élever l'âme et de l'inonder de lumière.
C'est en désirant la vérité à vide et SANS TENTER D'EN DEVINER A L'AVANCE LE CONTENU QU'ON REÇOIT LA LUMIÈRE. C'est là tout le mécanisme de l'attention. [Majuscules de votre serviteur.]
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Comment passer sous silence la conclusion ? Impossible. Elle résume absolument ce que je pense.
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"Presque partout - et même souvent pour des problèmes purement techniques - l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'opération de la pensée.
C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s'est étendue à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.
Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques."
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Demain matin, je reprendrai un passage de Cynthia FLEURY et un passage de Rémi BRAGUE, qui illustreront de manière concrète la signification essentielle de l'ouvrage de Simone WEIL que tout citoyen devrait avoir lu. J'ajoute que, piqué au vif par les remarques d'un lecteur que j'admire et qui trouve mes billets sans fadeur et sans pertinence, je me suis rendu compte qu'il avait raison, et qu'il n'y a aucune raison de ne pas dire crûment ce que je pense : non au PS (le premier créateur de ces coupables pulsions collectives), non à l'UMP (le second créateur), non au Modem, non au PC, aux écologistes et à toutes ces organisations créatrices de ces passions partisanes qui nous empêchent de vivre vraiment en démocratie.
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