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mercredi 30 novembre 2011

Quand les médias manipulent

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Je suis parfaitement scandalisé de la manière dont la proposition des jeunes UMP a été présentée hier par une "journaliste" de BFMTV, enfin quelqu'un qui se prétend journaliste. La question n'est pas de savoir si l'on est d'accord ou non avec la proposition de rabaisser à 12 ans l'âge auquel un jeune peut être condamné, la question est de présenter cette proposition avec probité. Je ne connais pas le nom de la "journaliste", mais enfin elle s'est bornée à reprendre quelques uns des termes du communiqué des jeunes UMP, sur un fond visuel censé avoir été filmé à leur réunion. A aucun moment, elle n'a donné la parole à l'un des responsables de ce mouvement, après quoi elle a fait semblant d'équilibrer la présentation du problème en donnant la parole à un juge pour enfant du Tribunal de BOBIGNY, monsieur Jean-Pierre ROSENCZVEIG. Les questions qu'elle lui posait contenaient les réponses, et le magistrat n'avait qu'à enfoncer la proposition par des critiques et des remarques (qui n'étaient pas toutes inintéressantes du reste) de nature strictement juridique. Il en rajouté, a crié à la régression, à l'antigaullisme. A aucun moment, il n'a évoqué l'idée  juste qu'un jeune de 12 ans a le devoir de réparer les torts qu'il a causé à autrui et qu'aujourd'hui cette réparation n'est pas assurée.
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En fait, j'avais déjà été frappé par l'apparente insensibilité de ce magistrat, à qui un journal gratuit (est-ce Direct matin ? Je ne sais plus) avait donné la parole à propos du traitement médiatique du meurtre de la jeune Agnès, et du suivi judiciaire de son meurtrier présumé, le jeune MATTHIEU. Pas un mot pour la famille, pas la plus petite remise en question du fonctionnement de la justice, pas le moindre indice d'une quelconque interrogation sur la qualité de ce fonctionnement. Et, dans l'interview donnée à BFMTV, la sempiternelle revendication quantitative en matière de personnel, d'éducateurs spécialisés,  et que sais-je encore. C'est toujours la faute des autres, jamais celle des jeunes justiciables.
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Alors deux conseils. Le juge pour enfant devrait lire les ouvrages de Jean-Marie PETITCLERC, ce prêtre polytechnicien de formation, qui a consacré sa vie aux jeunes du Val d'Argent à Argenteuil. Peut-être que cela lui donnerait une autre vue sur la différence qu'il y a entre sanctionner (proposition des jeunes de l'UMP) et punir. S'il n'a pas le temps de lire ces contributions essentielles, qu'il jette un petit coup d'oeil sur le billet que j'ai consacré à cet éducateur de rue sous le titre "sanctionner ou punir"
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Et un petit rappel des cinq dangers de la Presse "pressée" que BENOÎT XVI a identifié dans un message destiné aux médias à l'occasion du 150e anniversaire de l'Osservatore romano :
La banalisation (on banalise les délits des jeunes).
L'immédiateté (on réagit à chaud sans lire, analyser, comparer).
Le piquant (on parlera par exemple de "mesurettes" pour qualifier les propositions mentionnées plus haut).
L'approximation (on extrait d'un ensemble, des faits ou des propositions qui sont décontextualisés).
Les préjugés (ça vient de l'UMP, ça vient du Président SARKOZY, "c'est pas bon").
La présentation de la journaliste de BFMTV est dotée des cinq caractéristiques d'une communication manipulatrice. Mais la journaliste a un bel avenir dans les médias français. Nous savons maintenant dans quelle direction penche le coeur de cette chaîne.
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C'est tout pour aujourd'hui

samedi 12 juillet 2008

Les jeunes délinquants ont du bon sens

La presse a très peu rendu compte de l'étude qu'a réalisée la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Ce service de la Chancellerie a pour mission de suivre les mineurs délinquants. A l'issue de cette enquête réalisée auprès d'un groupe représentatif de jeunes délinquants, une conclusion ressort. Pour la majorité de ces mineurs (331 d'entre eux ont été interrogés entre février et mars 2008), la mission de la justice est avant tout de sanctionner et de punir. Avant de commenter cette enquête, il convient de signaler que 45 % de ces jeunes avaient fait l'objet de trois procédures pénales. Nous verrons tout à l'heure ce que cela signifie.


Ces jeunes ont du bon sens, et je dirais même une certaine conscience morale, qui mériterait toutefois d'être éduquée. Contrairement à l'idéologie rousseauiste héritée des Lumières, qui fait de la société la responsable principale des déviations et incivilités qui traversent maintes populations de jeunes, ceux-ci acceptent, et trouvent normal d'être punis et sanctionnés pour leurs actes. La justice n'a pas à justifier ces sanctions et ces punitions. Et les juges n'ont pas à faire de la psychopédagogie mystico-gélatineuse et de la psychanalyse sauvage. Cette conclusion est étayée par une autre réponse significative de ces jeunes. Une majorité d'entre eux estiment que la fonction de la justice n'est ni éducative ni préventive. Le rôle préventif de le justice n'est reconnu, tenez-vous bien, que par 19 % des interrogés. L'opinion sur le rôle éducatif de la justice est moins tranchée, puisque 49 % la lui attribue. A la quasi unanimité, les sondés indiquent que la justice doit donner une réponse appropriée à la gravité des faits délictueux. Le sursis est considéré comme normal pour la première condamnation, mais il doit tomber dès la seconde, indique l'un des jeunes.


Les mesures de placement judiciaire sont les plus critiquées. Les uns estiment qu'elles auraient dû leur être appliquées plus tôt au cours de leur vie ; les autres qu'elles l'ont été trop rapidement.


Enfin, plus inquiétant, seulement 70 des 331 jeunes disent avoir pensé à la victime et regretté leurs actes. Un peu plus de 20 %. C'est peu, c'est trop peu.
Ces données sont à rapprocher des réflexions publiées par Jean-Marie PETITCLERC dans un petit livre remarquable où transparaissent la profondeur du polytechnicien qu'il était et la bienveillance du prêtre éducateur qu'il est devenu (Enfermer ou éduquer. Les jeunes et la violence. Dunod, Paris, 2004). L'auteur y indique, chiffre à l'appui, qu'il faut sanctionner dès le premier délit pour prévenir la récidive. Il pense donc que le simple rappel à la loi est insuffisant, et il ne me paraît pas être un partisan du sursis. Il fait la très juste distinction entre punition, et sanction. Cette dernière appartient, dit-il, au registre de la responsabilité. Elle doit être positive et réparatrice. Il montre combien le premier droit de l'enfant est celui de la cohérence des adultes qui l'accompagnent sur le chemin de l'éducation. Enfin, et ce point rejoint ma propre et ancienne expérience de chef scout dans une banlieue difficile, une politique de la jeunesse doit reposer sur la confiance en l'éducabilité des jeunes, sur la mise en projet de leur vie, et sur la socialisation. On voit que ces fondements reposent sur une anthropologie saine.
Voilà pourquoi il est très certainement nécessaire de conduire des actions de préventions de la délinquance, pourquoi cette action ne peut être conduite par la justice, et pourquoi aussi, il faut savoir sanctionner sans faiblesse ni larmoiement misérabiliste dès la première incartade. Le choix n'est pas prévention ou répression ; il est prévention et sanction.




vendredi 25 avril 2008

Platon pas mort

Des milliers de lycéens s'agitent dans les rues de nos grandes villes, au motif qu'ils ne veulent point que l'on supprime des postes d'enseignants dans leur établissement. Il y a certes de l'inquiétude dans ces comportements. Il y a aussi et surtout de la manipulation par les différents mouvements syndicaux de gôôôche qui pensent obtenir par ces manifestations "spontanément organisées" ce qu'ils désirent, comme ils l'ont déjà fait jadis, de monsieur DEVAQUET aux plus récents ministres de l'éducation nationale : et ce désir, c'est un affaiblissement de leur autorité de tutelle, surtout quand elle n'est pas de leur couleur politique, pour faire triompher leurs idées par la violence juvénile sollicitée, puisqu'ils n'ont pu l'obtenir des urnes.
Il faut donc rappeler un certain nombre de faits.
Il y a en France 30.000 (trente mille) enseignants, payés par l'éducation nationale, qui n'ont aucun élève, soit parce qu'ils ont une décharge syndicale, soit parce que leur discipline (notamment dans les langues dites rares) n'attire aucun lycéen, soit pour toute sorte d'autres raisons qui toute ne sont pas très claires. La polyvalence d'un enseignant permettrait d'affecter, par exemple, un professeur de portugais à l'enseignement de l'anglais, à condition que lors de sa formation, ledit enseignant acquiert cette double compétence. Impossible ? Certes non. J'en suis du reste le vivant exemple. Agrégé de microbiologie, et plus exactement de virologie, j'ai été mandé par mon Doyen, au tout début de ma carrière, pour enseigner pendant deux ans la mycologie, et à la fin de celle-ci, pour enseigner aux 450 étudiants de première année la biologie cellulaire. Dans les deux cas, il m'a fallu créer de toutes pièces un cours qui se tienne. Et ce ne fut point une mince affaire.
Deuxième fait. La démographie des lycéens est en baisse. Il est donc assez paradoxal d'augmenter le nombre de postes d'enseignants quand le nombre d'enseignés diminue. Nous ne sommes pas assez riches pour nous autoriser ce luxe. Du reste, le problème n'est pas quantitatif, mais qualitatif. Et je doute fort qu'un enseignant incapable de maîtriser une classe de 35 élèves y réussisse mieux avec une classe de 25.
Troisième fait. Nos jeunes ont des comportements tout à fait nouveaux, auxquels les enseignants ne savent pas faire face. Jean-Marie PETITCLERC, du reste, écrit dans un livre remarquable (Enfermer ou éduquer. Les jeunes et la violence. Dunod, Paris, 2004) ceci : Il m'arrive souvent d'être invité par des enseignants ou des éducateurs me demandant de les aider à réfléchir sur les évolutions des comportements des jeunes. J'aime leur dire : 'Et si nous commencions par réfléchir à l'évolution des comportements des adultes, qui leur a fait perdre toute crédibilité auprès des jeunes'. Il identifie avec clairvoyance la triple crise de la société : une crise de l'autorité qui rend difficile la transmission des repères ; une crise de projection dans l'avenir, qui rend difficile la mise en projet ; une crise de l'apprentissage de la socialisation qui se manifeste par des difficultés croissantes dans le rapport à la loi.
On voit bien, selon moi, que cette triple crise est le fruit amer (a) de l'individualisme induit par le règne sans partage de l'idéalisme des Lumières, (b) de l'attaque incessante conduite contre la religion en vertu du principe sacralisé de la laïcité qui a produit une crise du sens, et (c) de la relativisation de la morale et du relativisme philosophique qui en est le support, voulu par les médias et les marchands du temple qui font argent de tout, et notamment du sexe, de la violence et de la pornographie.
Plus que jamais PLATON est d'actualité. Permettez que je vous rappelle ce qu'il disait dans La République :
Lorsque les parents s'habituent à laisser faire leurs enfants ; lorsque les enfants ne tiennent plus compte de leurs paroles ; lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves ; lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus rien au-dessus d'eux, l'autorité de rien ni de personne, alors c'est en toute justesse le début de la tyrannie.
Oui ! La jeunesse n'a que du mépris pour ceux de ses maîtres qui s'abaissent à les suivre au lieu de les guider.
Oui ! PLATON par mort !