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mercredi 10 octobre 2012

Madame Taubira et le sondage secret

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"Madame TAUBIRA brandit un sondage secret" affirme  Direct matin dans sa livraison du 8 octobre. Voilà qui me donne l'occasion de commenter la petite note acide que je vous ai transmise hier, à propos de la normalitude de Qui vous savez. Vous pourriez en effet m'accuser d'incohérence quand j'avance que monsieur HOLLANDE fait dans le consensuel et le poncif.
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De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un sondage commandé en 2009 par le ministre de la Justice d'alors. Ce sondage affirme que 77 % des personnes interrogées "considèrent que la prison ne permet pas de lutter contre la récidive ni de la prévenir". Soit. Madame TAUBIRA considèrerait donc que c'est vrai puisque l'opinion publique le pense.
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Et voilà le poncif et l'esprit platement consensuel. La question en effet n'est pas de savoir ce que pense l'opinion, mais de savoir si la prison prévient ou non la récidive ou permet de lutter contre elle. Or tous les spécialistes de la délinquance sont formels. Il est indispensable de sanctionner les délinquants A LA PREMIERE INFRACTION. Vous pouvez lire l'analyse de cette affirmation dans les travaux de Jean-Marie PETITCLERC, ce prêtre qui s'occupe des jeunes du VAL D'ARGENT près d'ARGENTEUIL.  Je ne prétends pas que la prison soit la meilleure solution, et on peut supposer que madame TAUBIRA pense la même chose. Mais j'affirme que la suppression des peines planchers (quelle qu'en soit la nature : amende, prison, travaux d'intérêts généraux, confiscation des biens comme voiture, téléphone portable, etc.) est démagogique et pousse au crime ces jeunes qui, faute de perspectives, et baignant dans la délinquance qui submerge les quartiers où ils habitent, gagnent leur vie à coup de trafic, de violence et d'intimidation.
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Nous crevons de cette lâcheté. Et il y a fort à craindre que le Français de base, un jour ne se révolte devant l'incapacité idéologique de nos gouvernants à prendre en compte le réel plutôt que leurs idées !




mercredi 10 décembre 2008

Sanctionner ou punir

Un de mes lecteurs avoue sa perplexité : il ne voit pas la différence entre sanctionner et punir. La différence ne saute pas aux yeux en effet. Mais tous les dictionnaires de synonymes le disent ; des mots différents aux sens très proches ne recouvrent jamais exactement la même réalité. Je vais donc essayer de répondre à cet attentif et amical lecteur, en pointant ce qui me semble faire la différence entre les notions de sanction et de punition. J'ai consulté l'ouvrage de l'abbé GIRARD, Synonymes françois (Chez Pierre Beaume, Imprimeur-libraire, Bordeaux, 1902 - an XI). Il y a bien le verbe punir et à côté celui de châtier. Les définitions qu'il donne correspondent sensiblement pour le mot châtier au sens que nous donnons aujourd'hui au mot sanctionner et pour le mot punir à celui que nous lui donnons de nos jours. Je vais m'inspirer des remarques de cet auteur en y rajoutant des remarques de mon cru. Pour faire bref, je dirai que la punition relève de l'ordre légal, et la sanction de l'ordre moral. Une sanction doit être mise en relation avec la responsabilité de celui qui a commis une faute, elle doit conduire à réparer le tort qu'il aurait fait à autrui ou à lui-même, et elle n'a de portée que dans ce contexte là. Elle ne vise pas à humilier, mais à restaurer, à prévenir la rechute et à rendre meilleur. Une punition est une peine qui n'a pour fins aucun des objectifs que je viens d'énoncer. Elle ne fait pas appel à la conscience, mais à la loi, elle est automatique (ou presque), n'a aucun portée éducative. Comme le dit l'abbé GIRARD, c'est la conservation de la société qui est le motif essentiel de la punition des crimes, délits ou contraventions. Elle relève de la justice humaine et elle ne doit s'appliquer qu'à ceux qui tendent à la destruction de la société. Il est tout à fait évident que la punition, dont la visée est d'abord exemplaire, a sa place dans la régulation sociale. La question était de savoir s'il est possible de sanctionner des adolescents ou des pré-adolescents pour des crimes, plutôt que de les punir. Désespérer du petit d'homme en train de devenir ne me semble pas très juste ; ignorer par complaisance les malfaisances dont il s'est rendu coupable ne l'est pas non plus : il faut qu'il y ait réparation, jamais je ne le dirai assez. Et il faut que cette réparation ait un coût.
Dans le contexte de la "révolte" des belles consciences sur la possibilité d'emprisonner des enfants de 12 ans (contre 13 ans à l'heure actuelle), je rappellerai qu'il y a quelques jours, on a mis la main sur un adolescent de 15 ans qui venait de commettre un braquage ; un autre adolescent de 13 a également été arrêté, la même semaine, mais hélas, je n'ai pas retenu les motifs de cette arrestation. Il faut supposer que le ministère de la justice a en sa possession des statistiques qui pointent un phénomène inquiétant : la jeunesse sans cesse croissante des délinquants. La société a non seulement le droit mais le devoir de se protéger. Et la gauche caviar qui hante Saint-Germain des Près ou l'île Saint-Louis a belle posture de protester qui ne risque aucunement d'être importunée par les petits malfrats dans les beaux quartiers qu'elle habite.

samedi 12 juillet 2008

Les jeunes délinquants ont du bon sens

La presse a très peu rendu compte de l'étude qu'a réalisée la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Ce service de la Chancellerie a pour mission de suivre les mineurs délinquants. A l'issue de cette enquête réalisée auprès d'un groupe représentatif de jeunes délinquants, une conclusion ressort. Pour la majorité de ces mineurs (331 d'entre eux ont été interrogés entre février et mars 2008), la mission de la justice est avant tout de sanctionner et de punir. Avant de commenter cette enquête, il convient de signaler que 45 % de ces jeunes avaient fait l'objet de trois procédures pénales. Nous verrons tout à l'heure ce que cela signifie.


Ces jeunes ont du bon sens, et je dirais même une certaine conscience morale, qui mériterait toutefois d'être éduquée. Contrairement à l'idéologie rousseauiste héritée des Lumières, qui fait de la société la responsable principale des déviations et incivilités qui traversent maintes populations de jeunes, ceux-ci acceptent, et trouvent normal d'être punis et sanctionnés pour leurs actes. La justice n'a pas à justifier ces sanctions et ces punitions. Et les juges n'ont pas à faire de la psychopédagogie mystico-gélatineuse et de la psychanalyse sauvage. Cette conclusion est étayée par une autre réponse significative de ces jeunes. Une majorité d'entre eux estiment que la fonction de la justice n'est ni éducative ni préventive. Le rôle préventif de le justice n'est reconnu, tenez-vous bien, que par 19 % des interrogés. L'opinion sur le rôle éducatif de la justice est moins tranchée, puisque 49 % la lui attribue. A la quasi unanimité, les sondés indiquent que la justice doit donner une réponse appropriée à la gravité des faits délictueux. Le sursis est considéré comme normal pour la première condamnation, mais il doit tomber dès la seconde, indique l'un des jeunes.


Les mesures de placement judiciaire sont les plus critiquées. Les uns estiment qu'elles auraient dû leur être appliquées plus tôt au cours de leur vie ; les autres qu'elles l'ont été trop rapidement.


Enfin, plus inquiétant, seulement 70 des 331 jeunes disent avoir pensé à la victime et regretté leurs actes. Un peu plus de 20 %. C'est peu, c'est trop peu.
Ces données sont à rapprocher des réflexions publiées par Jean-Marie PETITCLERC dans un petit livre remarquable où transparaissent la profondeur du polytechnicien qu'il était et la bienveillance du prêtre éducateur qu'il est devenu (Enfermer ou éduquer. Les jeunes et la violence. Dunod, Paris, 2004). L'auteur y indique, chiffre à l'appui, qu'il faut sanctionner dès le premier délit pour prévenir la récidive. Il pense donc que le simple rappel à la loi est insuffisant, et il ne me paraît pas être un partisan du sursis. Il fait la très juste distinction entre punition, et sanction. Cette dernière appartient, dit-il, au registre de la responsabilité. Elle doit être positive et réparatrice. Il montre combien le premier droit de l'enfant est celui de la cohérence des adultes qui l'accompagnent sur le chemin de l'éducation. Enfin, et ce point rejoint ma propre et ancienne expérience de chef scout dans une banlieue difficile, une politique de la jeunesse doit reposer sur la confiance en l'éducabilité des jeunes, sur la mise en projet de leur vie, et sur la socialisation. On voit que ces fondements reposent sur une anthropologie saine.
Voilà pourquoi il est très certainement nécessaire de conduire des actions de préventions de la délinquance, pourquoi cette action ne peut être conduite par la justice, et pourquoi aussi, il faut savoir sanctionner sans faiblesse ni larmoiement misérabiliste dès la première incartade. Le choix n'est pas prévention ou répression ; il est prévention et sanction.