Nombre de mes lecteurs, qui sont aussi des amis, me disent que je vise l'excellence, que j'ai une mentalité d'aristo, que finalement vouloir le meilleur pour tous est impossible. Avant de vous livrer encore une réflexion de Léon BLOY, d'un humour féroce et irréductible, je voulais dire qu'en tant qu'enseignant, j'ai toujours voulu transmettre le plus degré de connaissances ; avec mes élèves, j'étais terrible au moment des corrections de thèse : pas la moindre virgule mal placée, pas la moindre approximation de raisonnement, pas d'interprétation hasardeuse, pas d'erreurs de bibliographie (je relativise ces exigences, car je ne voyais pas tout bien sûr, mais je m'efforçais de donner le meilleur ; si jamais certains d'entre eux me lisent, ils pourront confirmer que j'ai fait cet effort). Il me semble que l'éducation nationale a failli en n'exigeant pas de nos jeunes le meilleur d'eux-mêmes, en se contentant d'une honnête formation sans plus, en se faisant en quelque sorte les apôtres de l'expression pateline (voir plus bas) qui sous couvert de bienveillance détruit dans les âmes tout désir de dépassement. Vous allez comprendre par conséquent pourquoi j'ai jubilé en lisant, dans le livre d'occasion dont je vous parlais dans le précédent billet, ceci, qui est à hurler de rire, l'articulet de Léon BLOY intitulé "Le mieux est l'ennemi du bien", la pateline expression à laquelle je faisais allusion.
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"Ici, je l'avoue, mon titre m'accable et je suis furieusement tenté de descendre de ma chaire. Exégèse signifie, hélas ! explication, et voici un monstre de Lieu Commun qui vient au-devant de moi sur la route de Thèbes. Jamais, sans doute, une énigme plus difficile ne fut proposée à Oedipe.
Voyons cependant.
Si le Mieux est l'ennemi du Bien, il faut nécessairement que le Bien soit l'ennemi du Mieux, car ces abstraits philosophiques ne connaissent pas plus le pardon que l'humilité. Un homme peut répondre à la haine par l'amour, une idée jamais, et plus cette idée est excellente, plus elle récalcitre.
On affirme donc, implicitement, que le Bien a horreur du Mieux et qu'une haine farouche les divise. C'est à qui mangera l'autre, éternellement. Mais alors qui est le Bien et qui est le Mieux et quelle fut l'origine de leur conflit ? Que nous veut ce manichéisme grammatical ?
Est-il bien par exemple d'être un sot et mieux d'avoir du génie ? Quand on dit que Dieu a tout fait pour le Mieux, dois-je entendre qu'il n'a rien fait pour le Bien ? Dans quelle caverne métaphysique ce comparatif et ce positif se sont-ils déclaré la guerre ? C'est à en devenir fou.
Je me prends la tête à deux mains et je me donne à moi-même des noms très doux : - Voyons ! encore une fois, mon cher ami, mon trésor, mon petit lapin bleu ! un peu de calme, nous retrouverons peut-être le fil. Nous avons dit ou entendu dire que le Mieux est l'ennemi du Bien, n'est-ce pas ? Or qu'est-ce que l'ennemi du Bien sinon le le Mal ? Donc le Mieux et le Mal sont identiques. Voilà déjà un peu de lumière, semble-t-il.
Oui, mais si le Mieux est vraiment le Mal, nous allons être forcés de reconnaître que le Bien, à son tour, est aussi le Mal, d'une façon très-incontestable [trait d'union, sic ; vieille graphie, mais correcte], puisque tous les hommes avouent qu'il est lui-même mieux que le Mal qui est le Mieux et que, par conséquent, il est mieux que le Mieux qui serait alors le Pire !!!???
Zut ! Ariane me lâche et j'entends mugir le vieux Minotaure."
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Je dois vous avouer que j'ai été et suis secoué de rire par ce raisonnement, que je suis ébloui par ce style flamboyant, et que j'ai pour cette âme ardente la plus grande admiration. Le Mieux est bien le but que nous devons assigner à notre vie et à nos choix, à ceux de nos enfants, de nos proches, et à notre patrie. Tout le reste relève de la démagogie.
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Jubilation, intense jubilation ! Je commence bien la période de l'Avent.