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vendredi 3 juin 2011

Quand la quantité tient lieu de qualité

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Peut-être n'est-ce pas perceptible pour mes lecteurs. Mais je réfléchis intensément depuis que j'ai ouvert ce Blog. Et,après avoir essayé de comprendre les événements qui ont marqué la vie politique, économique ou sociale de notre pays, j'en suis venu à me demander pourquoi les médias, et tout spécialement ceux qui sont censés représenter la pensée dite de gauche, ont condamné Luc FERRY, et le prétendu retour à "l'ordre moral", celui des "curetons ensoutanés et du goupillon" dit  l'administrateur d'un site dont la finesse et la puissance d'analyse me semblent assez restreinte. Et il m'est venu à l'esprit, avec une surprenante clarté, que le monde moderne est incapable de penser la qualité, car il lui est impossible d'en établir une échelle quel que soit le domaine concerné : celui du beau, celui du vrai, celui du bon, du lumineux, du moral, etc.
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Il y a deux faits qui me paraissent évidents et qui méritent  attention. (a) Les revendications des différents corps sociaux de notre pays sont toujours quantitatives : on demande plus de pouvoir d'achat, plus de postes d'enseignants, plus de policiers, moins d'élèves par classe, plus d'heures de cours de ceci, et moins de cela ; les mesures politiques sont toujours présentées en termes de chiffres (coût) et évaluer en termes de résultats (chômage, accidents de la route) ; on classe, on hiérarchise toujours en termes de mesures de quantités, quelles qu'elles soient (kilomètres de bouchons, différences de buts dans un championnat, points perdus sur le permis de conduire, nombre de manifestants), comme si l'on avait peur d'affirmer des "valeurs" (mot que LANZA del VASTO définit très justement comme "quantité de qualité"). (b) Il y a une obsession de la transparence qui se manifeste essentiellement dans la vie économique, et qui s'exprime par l'exigence de traçabilité ; de par ma formation, je sais combien une telle exigence entraîne de travail dans l'industrie pharmaceutique. Il semble qu'il en aille de même dans l'industrie agro-alimentaire. Tout s'exprime en termes de chiffres, de délais, de durée, comme si l'activité humaine pouvait se résumer à des mesures. Tout cela est bien desséchant pour l'esprit.
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Revenons à l'ordre moral tant décrié par la bienpensance du politiquement correct. Qu'a dit exactement Mac MAHON ? Ceci  : " Avec l'aide de Dieu, le dévouement de notre armée, qui sera toujours l'esclave de la loi, avec l'appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l'œuvre de la libération de notre territoire, et le rétablissement de l'ordre moral de notre pays. Nous maintiendrons la paix intérieure et les principes sur lesquels repose notre société". J'ai pu retrouver cette phrase en consultant Internet. Malheureusement, elle est sortie de son contexte, et elle a été honteusement déformée et exploitée par tout un courant de pensée qui confond bonheur et plaisir, liberté et assouvissement de tous ses désirs. L'idée de Mc MAHON, que l'on doit en toute probité qualifier de "réactionnaire" au sens étymologique, était de ramener dans la vie politique la notion de  morale c'est-à-dire de hiérarchie de valeur des comportements sociaux et personnels. On peut rigoler de l'appel lancé aux "honnêtes gens". Mais à tout prendre, je préfère ceux-ci à tous les MADOFF, ALLIOT-MARIE, MESSIER, et tutti quanti, que je ne mets pas dans la catégorie des honnêtes gens, mais des aveugles qui se croient tout puissants.
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La question qui se pose est donc la suivante : la Loi (à laquelle le Maréchal fait allusion en soulignant le rôle de l'armée dans le service qu'elle lui doit) peut-elle se substituer à la conscience pour inspirer nos comportements ? GUILLEBAUD avait déjà dit (j'ai cité son travail dans un très ancien billet) que quand il n'y a plus de sens moral, il faut bien faire des lois. C'est parfaitement vrai. Si l'éducation des consciences avait poussé les conducteurs à ne point utiliser leur téléphone portable au volant, parce que c'est un comportement dangereux pour les autres et pour soi-même, le législateur n'aurait pas eu besoin de le sanctionner par une amende et une perte de points. La Loi doit-elle considérer que le citoyen est dépourvu de conscience et de morale, et de prendre la place de cette instance et de ce devoir pour gouverner les personnes ? C'est  là une vraie question.
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lundi 16 mars 2009

Légisme ou moralisme en politique ? A l'attention de messieurs les Députés qui me feraient l'honneur de lire ce billet

QIN SHIHUANGDI, le Premier Empereur, avait imposé dans ses états, le système du Légisme. Il avait fait édifier par ses conseillers tout un système de Lois très rigides, très sévères, applicables à tous, et dont la transgression entraînait de terribles châtiments, y compris des châtiments collectifs. Il n'y avait pas le moindre souci moral dans cette conception, mais celui de l'efficacité politique. La dynastie des QIN fut rapidement chassée du pouvoir par une révolte populaire. Vinrent les HAN.

Tout à l'opposé, CONFUCIUS, lui, prétendait faire coïncider une morale privée - dont il énonçait soigneusement les composantes - à une morale sociale, l'une et l'autre étant le reflet de la parfaite humanité, de ce qu'il appelait le ren. Sa vision était tout à la fois philosophique et politique mais il n'imaginait pas qu'un gouvernement puisse agit d'une manière coupée de la morale. Il ne semble pas avoir eu beaucoup de succès dans sa tentative d'unifier les deux aspects, personnel et social, de la vie humaine, dans l'esprit des Gouvernants, et il semble, si l'on en croit SIMA QIAN, son biographe, qu'il ne parvint jamais à occuper une position importante dans l'Etat de LU, dont il était originaire, ni dans ceux de QI ou de WEI, où il tenta pourtant sa chance.

Il m'apparaît que la vérité se tient entre les deux. La Loi ne peut pas se couper de la morale ; mais les transgressions de la loi doivent être sanctionnées par la loi. Il est alors possible d'échapper à cette schizophrénie qui coupe l'individu de la collectivité, et de réintégrer la personne dans la société des hommes. Il suffit de la considérer comme ce qu'elle est : un sujet social.

Là encore, LANZA del VASTO, relayé un peu plus tard par Jean-Claude GUILLEBAUD, dit des choses on ne peut plus justes et qui permettent de prendre la mesure exacte du problème :

La socialisation est une action méanique et rationnelle pour forcer dans certaines limites ce qui naturellement déborderait. Les contraintes extérieures croissent à mesure que la discipline intérieure diminue, et si tu ne te gouvernes pas toi-même, on va te gouverner pour limiter les dégâts. (Entretiens avec LANZA del VASTO avec René DOUMERC.)

Dans ce texte, LANZA suggère, sans le dire explicitement, que l'éducation morale (ce qu'il appelle la discipline intérieure) est nécessaire à la liberté qui ne peut être que limitée par la loi et les contraintes quand elle est inexistante.

Jean-Claude GUILLEBAUD dit ceci que je crois vérifié par l'expérience et qui est identique à ce que dit LANZA :
Que n'a-t-on pas écrit, combien n'a-t-on pas gesticulé au sujet du retour de cet ordre moral qui menacerait nos sociétés de se recroqueviller dans je ne sais quelle ringardise archaïque, etc. [...] Tenir ce discours sur l'ordre moral, avec forces gesticulations avantageuses, c'est-à-dire résister à l'envie de rétablir la règle minimale, la limite, c'est encourager indirectement la pénalisation de notre société, puisque - c'est une constante - moins il y aura de règles morales, éthiques, partagées délibérément, démocratiquement, plus il y aura de règles pénales. Ainsi, quand on emploie tant d'énergie à dénoncer l'ordre moral, cela signifie en fait qu'on prend son parti d'un renforcement de l'ordre pénal. Et pourtant, tout devrait nous inciter à préférer, à tout prendre, un ordre moral bien compris à un ordre pénal face auquel les libertés ont le plus craindre.
Messieurs les Députés, si d'aventure vous prenez connaissance de ce billet - et j'ai quelques raisons de croire qu'en ce moment vous le faites - réfléchissez à deux fois avant de railler cet ordre moral et tenez-en compte dans vos délibérations et vos votes.

dimanche 29 avril 2007

Ordre moral

Mensonge ? Impudence ? Mauvaise foi ? Quand McMAHON a utilisé l'expression "ordre moral", c'était pour opposer un ordre de l'esprit à l'ordre la matière. Avec l'esprit tortueux - hérité tout droit des Lumières et de la Révolution - qui la caractérise, la cléricature médiatique et culturelle l'a investie d'un sens nouveau. Ce sens le voici : "Nous ne voulons pas d'ordre moral, nous voulons faire ce qui nous plaît. Nous ne voulons pas que les curetons se mêlent de notre vie, et en particulier de notre vie sexuelle."
Voici un texte bien éclairant qui devrait attirer notre attention sur l'aspect tyrannique et totalitaire d'une telle opinion.
"Que n'a-t-on pas écrit, combien n'a-t-on pas gesticulé au sujet du retour de cet "ordre moral" qui menacerait nos sociétés de se recroqueviller dans je ne sais quelle ringardise archaïque ? [...] Tenir ce discours sur l'ordre moral, avec forces gesticulations avantageuses, c'est-à-dire résister à l'envie de rétablir la règle minimale, la limite, c'est encourager indirectement... la pénalisation de notre société, puisque - c'est une constante - moins il y aura de règles morales, éthiques, partagées délibérément, démocratiquement, plus il y aura de règles pénales. Ainsi, quand on emploie tant d'énergie à dénoncer l'ordre moral, cela signifie en fait qu'on prend son parti d'un renforcement de l'ordre pénal. Et pourtant, tout devrait nous inciter à préférer un ordre moral bien compris à un ordre pénal face auquel les libertés ont le plus à craindre." (Jean-Claude GUILLEBAUD. Intervention d'ouverture au 77e Semaines sociales de France, Issy-les-Moulineaux, 15-17 novembre 2002.)
Je dis ici très clairement que depuis les anées 1980, les hommes politiques de tous bords, surtout de l'un d'entre eux du reste, ont pris le risque de nous engager dans un ordre pénal tyrannique, qu'ils ont un sacré culot de dénoncer, alors qu'ils sont responsables de son émergence. Pour moi, Antigone aura toujours raison contre Créon. Je suivrai toujours la voix de ma conscience, formée par les traditions de mon pays, par l'éducation que j'ai reçu de mes parents, et par ma propre expérience (cf H. ARENDT et "La crise de la culture", texte où elle développe l'importance de la fondation, de la tradition et de la religion pour le développement d'une culture signifiante). Fidèle à l'enseignement que Paul de Tarse donnait aux premiers chrétiens, je sais que je dois obéir aux autorités politiques légitimement élue, même si elles ne sont pas de ma couleur politique et j'ai prouvé cette obéissance pendant ma vie professionnelle (voir ci-dessous), mais si ces autorité en venaient à heurter ma conscience, je n'hésiterais à désobéir (je l'ai du reste fait une fois, et je n'ai pas eu le courage de réitérer ma désobéissance), car "il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes".
Politis-philippe.
PS : je réalise que la rubrique "Mon profil" est vierge de tous renseignements susceptibles de me situer. Ce n'est pas juste. Les voici.
Philipe POINDRON.
66 ans et demi.
Professeur honoraire à l'Université Louis Pasteur de Strasbourg.
Vice-Président de cette université de 1982 à 1984. (Création du premier Comité d'Hygiène, de sécurité et des conditions de travail, découlant des lois AUROUX dans une université française : voir plus haut mon billet).
Disciplines enseignées : virologie et biologie cellulaire.
Publications internationales : 110.
Nombre de thèses dirigées : 33 (9 élèves sont aujourd'hui professeurs dans des universités françaises ou étrangères ; un autre est directeur scientifique de l'AFM, un autre est au CNRS. Plusieurs se sont fixés à l'étranger, notamment aux USA ou au Royaume Uni).
Fondateur et président de l'Association Alsace BioValley, porteuse du projet de pôle de compétitivité "Innovations Thérapeutiques", labélisé "à vocation internationale".
Président d'honneur de la BioValley Zentral Verein.
Un des fondateurs de la société de prestation de services scientifiques Neurofit (14 emplois créés).
Centres d'intérêt : orientalisme, archéologie proche-orientale, philosophie morale et politique, théologie.