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vendredi 18 avril 2014

La Passion du Seigneur : Simone Weil répond à Alfred de Vigny


La citation de ce jour où les Chrétiens vénèrent le Christ en croix.
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"On connaît la célèbre strophe qu'Alfred de VIGNY ajouta à son poème « Le mont des Oliviers» :

S'il est vrai qu'au Jardin sacré des Écritures
Le Fils de l'homme ait dit ce qu'on voit rapporté ;
Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,
Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l'absence
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la divinité.

On connaît moins la réponse cinglante de Simone WEIL : VIGNY « n'avait pas le droit de dire quelle est la réponse du juste à ce silence, car il n'était pas un juste. Le juste aime. Celui qui est capable non seulement d'écouter mais aussi d'aimer entend ce silence comme la parole de Dieu»."

In Rémi BRAGUE.
Du Dieu des chrétiens et d'un ou deux autres. («Champs essais»).

Éditions Flammarion, Champs, Paris, 2009.
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Je dédie cette admirable réponse de notre grande Simone WEIL à tous ceux de mes lecteurs qui se posent des questions ou bien doutent : qu'ils n'aient pas peur ! Qu'ils n'oublient pas que le livre de l'Apocalypse fait dire à l'Agneau : "C'est fait" !

Bonne journée de réflexion à vous tous, très chers et inconnus lecteurs.

samedi 3 avril 2010

Jours saints

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Pour un chrétien, les jours saints sont tissés de tristesse, de compassion, de contrition, d'espérance et de silence, surtout de silence. C'est donc volontairement que je me suis abstenu pendant ces jours de produire mon billet quasi quotidien. Un Père de l'Église primitive, un Père dont le nom s'est perdu, écrivait dans une homélie sur le "Grand et Saint Samedi" :
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"Que se passe-t-il ? Aujourd'hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s'est apaisée, parce que Dieu s'est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines."
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En relisant les récits de la Passion de Jésus, une petite incise de la Passion selon saint Jean m'a plongé dans une lumière toute nouvelle, dont je désire vous faire part. VOLTAIRE disait, je cite approximativement : "Drôle de père que celui qui exige le sang de son fils afin d'apaiser sa colère". Et cela paraît bien juste si l'on présente la mort de Jésus comme un sacrifice rituel. Mais saint Jean nous dit ceci, qui est de la plus extrême importance : [Jésus] sachant que le Père avait tout remis entre ses mains etc. (Jn 13, 3). Jean veut signifier par là que Jésus, dans son humanité, a toute latitude pour agir comme il convient, en fonction des événements et des circonstances de l'ici et maintenant, pour accomplir la mission que son Père lui a donnée. Elle est simple : révéler aux hommes qu'ils sont des fils de Dieu. Du reste, Jésus dira en un autre endroit des Évangiles que nul ne lui prend la vie, mais qu'il la donne librement.
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Pourquoi est-il important de comprendre ce point ? Parce qu'il permet de comprendre que Jésus savait à quoi aboutirait l'annonce de la bonne nouvelle. On ne perturbe pas impunément le ronronnement de la grande machine, des grandes affaires du Temple ; il en avait chassé les marchands, renversé les tables des changeurs, dénoncé l'hypocrisie des pharisiens, annoncé aux pauvres la bonne nouvelle, mangé avec des publicains et des pécheurs, pardonné à la femme adultère. Tout cela était inacceptable pour l'establishment. Jésus n'a pas cherché la mort ; il n'était pas suicidaire, mais il ne pouvait trahir la mission que son Père lui avait donnée. Et aller au bout de cette mission, c'était la mort assurée et assumée avec une noblesse que mêmes les incroyants sont bien obligés de reconnaître.
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Il me semble que mon cher René GIRARD pourrait rebondir sur ce petit passage, tant il vient soutenir l'interprétation qu'il donne de la mort de Jésus.
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mercredi 30 juillet 2008

Habiter sa vie (ter)

Au cours d'un échange très serré mais très amical, dont vous pourrez lire le contenu dans les cinq commentaires du billet intitulé "Habiter sa vie (bis)", un très attentif lecteur fait des objections et remarques qui me semblent très importantes et qu'il convient de prendre en compte. Pour résumer, il conteste absolument que la mort de Jésus soit non sacrificielle, et que l'Eucharistie, chez les catholiques, soit un mémorial de la mort et de la résurrection de Jésus. Il conteste aussi que Jésus soit venu détruire toutes les religions et n'en instaurer aucune, autre que celle du Royaume.
Je ne prétends pas faire ici de la théologie, mais simplement de l'analyse textuelle, telle que René GIRARD l'a faite, mais évidemment avec moins de brio et de compétences que lui.
J'appelle sacrifice, avec d'autres, les rites d'offrandes, sanglants ou non, que les hommes adressent périodiquement aux dieux pour apaiser leur colère, se concilier leurs faveurs, ou en demander une de particulière. J'observe que dans le cas des sacrifices sanglants (humains ou animaux), la ou les victimes ne sont pas libres de leur choix, mais désignées arbitrairement. Les sacrifices humains se rencontrent chez les peuples antiques (mésopotamiens, peuples des steppes, dynasties royales chinoises, etc.).
Bien entendu, il est impossible de contester le caractère sanglant de la mort de Jésus. Sur ce point les textes sont d'une clarté et d'une précision qui ne laisse au doute aucune place. Mais il s'agit de savoir si Jésus a donné sa vie librement ou non (Toujours d'après les textes ; je n'entends pas faire de l'apologétique). Il faut aller plus loin et considérer ce que Jésus dit de sa propre mort. Les textes évangéliques à trois reprises montrent Jésus annonçant sa Passion à ses disciples (Mt, 16, 21 ; Mc, 8, 31-33 ; Lc, 9, 22 pour le première annonce ; Mt, 17, 22 ; Mc, 9, 30-32 ; Lc, 9, 44-45 pour la deuxième annonce ; Mt, 20, 17-19 ; Mc, 10, 32-34 ; Lc, 18, 31-33). Il est un récit de cette annonce où Pierre déclare à Jésus, avec force, qu'une telle chose ne peut arriver ; Pierre s'attire cette réplique du Maître bien aimé : "Passe en arrière Satan, CAR TES PENSEES NE SONT PAS CELLES DE DIEU MAIS CELLES DES HOMMES". Dans Lc, 9, 22, il est dit "Le fils de l'homme DOIT SOUFFRIR BEAUCOUP, etc." Dans Lc, 19, 31, il est dit "Voici que NOUS MONTONS A JERUSALEM ET QUE S'ACCOMPLIRA TOUT CE QUI A ÉTÉ ÉCRIT PAR LES PROPHÈTES. [Le Fils de l'homme] sera en effet livré aux païens, etc." Ces textes ne laissent aucun doute sur ce que Jésus pressent de ce qui va lui arriver. Il n'hésite pas cependant à monter à Jérusalem, sachant ce qui l'y attend. Les QUATRE évangélistes (Mt, 21, 1-11 ; Mc, 11, 1-11 ; Lc, 19, 28 ; Jn, 12, 16) décrivent l'entrée messianique de Jésus à Jérusalem. Luc indique, et ceci est très précieux, que Jésus "partait en TÊTE, montant à Jérusalem". Nous pouvons conclure que Jésus savait ce qui l'attendait, n'a pas cherché à éluder cette affreuse épreuve, et s'est montré résolu devant elle. Aucun de ces éléments n'indique que Jésus a été une victime arbitraire. Le complot que montent les chefs du peuple contre Jésus est lié aux succès que ce dernier rencontre auprès des foules. Il est ourdi après l'entrée à Jérusalem. Jésus marche librement vers sa mort. Elle est inéluctable en raison du message dérangeant qu'il délivre.
Et en Jn, 13, 1, il y a ce verset saisissant : "Avant la fête de la Pâque, Jésus, SACHANT QUE SON HEURE ÉTAIT VENUE DE PASSER DE SON MONDE AU PÈRE, AYANT AIME LES SIENS QUI ÉTAIENT DANS LE MONDE LES AIMA JUSQU'AU BOUT". Il y a là majesté de l'attitude, détachement absolu, et lien fortement exprimé entre la mort qui arrive et le témoignage d'amour des siens que donne Jésus. Aucun doute là-dessus ; Jésus est rentré librement dans la mort et non pas d'une manière sacrificielle ; il pouvait y échapper, mais alors il aurait été un fils désobéissant (cf. la réponse à Pierre). C'est donc bien à cause de la mission qu'il dit avoir reçu de son père que Jésus en accepte les conséquences inéluctables ; cette mort est cependant circonstantielle, située dans le contexte de l'entrée messianique, de l'enthousiasme de la foule, du sabbat, de la fête de la Pâque. Jésus n'est pas une victime arbitraire. Il est une victime offerte et libre. Ce qui change complètement le sens du "sang versé pour vous et pour la multitude".
Toujours en conséquence de ces textes, puisque cette mort n'est pas un sacrifice au sens que j'ai dit plus haut, que Jésus affirme qu'il sera glorifié par le père qui le ressuscitera au troisième jour, il nous faut comprendre que Jésus associe sa mort ET sa résurrection au salut qu'il apporte aux hommes. L'Eucharistie n'est pas la réitération d'un sacrifice sanglant ; ce serait abominable de penser qu'il faut recommencer indéfiniment ces tortures pour connaître le salut. Celui-ci est donné, accompli (je parle toujours d'après les textes) une fois pour toute. L'Eucharistie est un mémorial ("Faites ceci en mémoire de moi") de la Cène. Mais c'est plus qu'une narration ; la Parole de Jésus est présentée comme performative (elle fait ce qu'elle dit) et son pouvoir performatif est transmis aux disciples et à leurs successeurs (ce dernier point est moins net dans les textes ; encore que le mot "mémoire" donne à penser que le geste de la Cène doit perdurer, passer de générations en générations).
Il y a, enfin, en Jn, 4, 21, cette parole de Jésus à la Samaritaine : "L'heure vient, et nous y sommes, où les VRAIS ADORATEURS ADORERONT LE PÈRE EN ESPRIT ET EN VÉRITÉ". Il est évident que Jésus fait allusion non seulement au Temple des Samaritains sur le mont GARIZIM, mais aussi au Temple de Jérusalem où l'on ne cesse d'offrir des sacrifices animaux. Jésus ne veut pas de religion, de ces vieilles religions rituelles, sacrificielles ; il les a définitivement disqualifiées. Mais il ne renie pas, bien au contraire, la Promesse de Dieu faite à Abraham ("Je suis venu pour sauver les brebis perdues de la maison d'Israël").
Demain, je répondrai à une autre objection, celle de la sollicitation de notre liberté par Jésus. Attention, j'insiste, il ne s'agit pas de faire de la théologie, du prosélytisme, ou de l'évangélisation sauvage : il s'agit de voir ce que les textes VEULENT DIRE. A demain.