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jeudi 24 octobre 2019

Jeudi 24 octobre 2019. Les tares de l'Occident des Lumières vues par un penseur chinois.

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UN INTELLECTUEL CHINOIS DÉÇU PAR L’OCCIDENT.
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"Après cette guerre [première guerre mondiale], la civilisation occidentale est profondément corrompue… Autrefois quand j’entendais nos lettrés de la vieille école affirmer qu’un jour viendrait où les enseignements de CONFUCIUS seraient mis en pratique par toute l’humanité, je croyais entendre des absurdités. Aujourd’hui pourtant, je trouve que les hommes les plus éclairés d’Europe et d’Amérique semblent arriver aux mêmes conclusions que moi…
Il me semble qu’en trois siècles [nous sommes en 1923, date de la publication de ce texte, mais YAN FU est déjà mort] les Occidentaux soient parvenus à dégager quatre grands principes : être égoïste, tuer les autres, avoir peu de scrupules et ressentir peu de honte. […]."
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COMMENTAIRES.
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Ce texte a été publié dans Hiue Heng, N°18 (Shanghai, 1923), Wen Yuan 6-7. Il est dû à un intellectuel chinois répondant au nom de YEN Fou (YAN Fu ; Yán Fù ; caractères simplifiés 严复 ; caractères traditionnels : 嚴復). YAN Fu est né en 1854 et il est mort en 1921. Le texte cité est donc un texte posthume. YAN Fu a fait ses études à l’Université d’Edimbourg et il a traduit nombre d’ouvrages anglais en chinois : HUXLEY, John Stuart MILL (un penseur libéral, partisan de l’utilitarisme à la suite de BENTHAM dont il a une compréhension toute personnelle), Herbert SPENCER (qui fut ami et ardent défenseur de DARWIN, et fut lui aussi partisan de l’utilitarisme comme BENTHAM, mais farouche opposant à la guerre d’agression), Adam SMITH (et sa main invisible du marché, avec cependant la certitude, selon lui, qu’il existe des êtres  humains capables de sympathie, ce qui fait de son œuvre un ensemble contradictoire). [sources : H.G. CREEL, La pensée chinoise de Confucius à Mao Tseu-Tong ; Wikipedia ; bibliothèque personnelle].

On observe que les conclusions de YAN Fu sur les quatre principes de la pensée occidentale pendant les trois siècles de progrès sont très étroitement dépendantes des auteurs qu’il a traduit. L’utilitarisme n’est que le nom scientifique de l’égoïsme, le fait de tuer les autres est illustré très tristement par la guerre de l’opium, puis par la guerre hispano-américaine et ce que les Espagnols appellent le désastre de 1898, les guerres coloniales, et enfin la première guerre mondiale, l’absence de scrupules, c’est bien le mercantilisme et l’exploitation des colonies et des hommes, avec comme corollaire le peu de honte de l’avoir fait.
Il est dommage que YAN Fu n’ait pas traduit d’autres auteurs anglophones mais chrétiens, comme John-Henry NEWMAN ou CHESTERTON. Mais ce trou, qu’il soit volontaire ou non dans l’usage des sources, va permettre d’expliquer les raisons pour lesquelles YAN Fu parle des trois siècles de (prétendus) progrès… Nous sommes dans les années 1920. Voilà qui nous ramène donc aux années 1620, comme point de départ du progrès, dénoncé avec tant d’amertume par l’auteur. C’est l’époque où DESCARTES commence à écrire et à produire ses diverses œuvres. Et c’est le début de la phase de « Progrès » que dénonce YAN Fu. Car avec son cogito notre  bon René ouvre la boîte de PANDORE de l’idéalisme, du relativisme, et de ce siècle faussement appelé le siècle des Lumières (Enlightment, Aufklärung), célébré comme le siècle du progrès, (quand bien même DESCARTES ait été dénoncé par ceux qui se drapaient dans la toge du « philosophe »). On sait ce qui s’en suivit : Révolution française, révolution industrielle, naissance du capitalisme libéral, guerres coloniales, guerres européennes, dont la première guerre mondiale, c'est-à-dire le triomphe de la liberté philosophique.

Le grand peuple chinois devrait méditer ces paroles, lui dont les dirigeants semblent avoir pris à l’Occident son plus mauvais côté (machinisme, tyrannie de l’État par exemple), et négligé l’originalité de la pensée chinoise.


Portrait de YAN FU (d'après Wikipedia).

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mardi 8 mars 2011

L'europe et l'Asie pour le millième billet

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C'est aujourd'hui le millième billet de ce Blog. Je voudrais combiner aujourd'hui les deux centres d'intérêt autour desquels j'ai tourné depuis mon premier billet : la politique, non point dans ses aspects politiciens, mais comme l'art de gouverner les peuples et les hommes en leur rendant ce qui leur est dû parce qu'ils sont des hommes ; et la Chine, ma deuxième passion.
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Gilbert Keith CHESTERTON, homme de lettre et journaliste anglais, a publié dans le journal londonien Illustrated London News, quarante-deux propos, au cours de l'année 1927. Ces propos ont été rassemblés en un ouvrage qui, dans sa traduction française, porte un titre très évocateur : A bâtons rompus. Il parle de toutes sortes de choses avec profondeur et en même temps légèreté, comme vous pourrez le constater dans ce qui suit (il suffit de se rappeler que nous sommes dans le premier tiers de XXe siècle quand ces lignes ont été écrites ; elles sont extraites du quatrième article intitulé A propos de l'Europe et de l'Asie).
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"Pour ce qui est de l'opinion exprimée par un capitaliste de tout premier plan selon laquelle tout eût été bien en Chine si nous avions retiré les missionnaires et sans doute laissé seulement les marchands, je dirai personnellement (pour corriger légèrement le propos) que tout eût été bien si nous avions retiré les marchands et laissé les missionnaires. Mais sous réserve de cette différence, je serais tout à fait prêt à accepter en bloc le fond et la forme de sa phrase.
[...] Si notre civilisation a quoi que ce soit à donner aux autres population de la planète, ce doit sûrement être de leur apporter des idées d'homme et pas seulement de leur vendre des pantalons, des chaussures et des chapeaux melons. [...] Notre tournure d'esprit concernant l'expansion des méthodes européennes en Asie a toujours été d'une inconséquence des plus confuses et immorales. Nous avons insisté pour qu'ils aient des machines et nous nous sommes opposés à ce qu'ils aient des mitrailleuses ; nous leur avons souvent permis d'entrer dans nos académies et interdit de prendre place à leurs propres assemblées nationales ; nous nous sommes moqués d'eux parce qu'ils portaient leur propre costume, puis moqués d'eux parce qu'ils portaient le nôtre. [...] La question chinoise est vraiment sérieuse et il est temps que le Chinois nous apparaissent sérieusement pour ce qu'il est en soi et non pour ce qu'il nous apparaît à nous, [je veux dire] l'incarnation de quelque chose d'extravagant et d'extrême, aux extrémités de la terre."
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Et un peu plus loin, ceci :
"Bref, l'Européen prend un air supérieur, mais pas dans le domaine où il est vraiment supérieur. A cet égard, il y a une ironie très étrange et une contradiction, voire même un renversement de situation. Non seulement l'Asie a emprunté tout ce que l'Europe a de mauvais, mais l'Europe elle aussi a très largement puisé dans tout ce que l'Asie a de mauvais. [...] Nous n'avons pas réussi à faire que le lointain Asiatique se sente chrétien, mais nous avons réussi à lui donner l'allure d'un malotru [CHESTERTON fait ici allusion à la laideur et la vulgarité des vêtements des Occidentaux]. Ceci me paraît l'une des plus étranges et des plus sinistres de toutes les contradictions historiques, lorsque nous considérons ce que la chrétienté avait à donner et ce qu'elle a donné."
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Tout le développement qui suit est d'une profondeur incroyable. Je n'ai pas pour le moment le loisir de le détailler. Je dirai simplement que pour CHESTERTON, le meilleur de l'Europe ("l'esprit de libre arbitre, d'engagement personnel chevaleresque et charitable, ce vent frais d'espoir", "les idées courageuses et vivifiantes, de celles qui rendent possible la vie en commun, la chrétienté en a infiniment plus que n'importe quelle culture") nous n'avons pas su, ou surtout pas voulu le transmettre. Révolution Française oblige, rationalisme des Lumières et sociétés de pensée qui le soutenaient, de même. Et c'est ainsi que HEGEL s'est payé le luxe ridicule de refuser à CONFUCIUS le statut de philosophe que les Jésuites européens lui avaient pourtant accordé vers la fin du XVIIe siècle, en publiant leur Confucius sinarum philosophus. Chercher l'erreur ; considérez les résultats ; regardez qui a honoré et compris l'esprit de la Chine, et qui a rêvé de "pendre le dernier prêtre avec les tripes du dernier roi". Oui, cherchez l'erreur. Soyez honnête, et dites si nous avons gagné à mettre MARX et LENINE au coeur de cet immense pays, au lieu et place de JESUS.
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