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jeudi 29 janvier 2015

29 janvier 2015. Nouvelles de la Résistance. La liberté, la vraie, et l'amour, contre la tyrannie

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Plus que jamais, dussé-je être condamné à mort par les tribunaux médiatiques, je crierai :

Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c'est la lâcheté !
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1. Les citations du jour.
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"Car il [l’homme-dieu, c'est-à-dire Jésus] ne fait pas qu’aller se situer à l’opposé de la place par avance assignée au monarque messianique. Il enseigne le contraire de ce qu’eût été son message et sa norme implacable. Là où le roi des derniers jours eût appelé à la guerre, Jésus annonce l’amour. La loi de l’autre monde, autrement dit, celle dont il porte témoignage, n’a rien à voir avec les suprêmes impératifs de la puissance en ce monde. La victoire de la vraie foi, ce ne sera pas le rassemblement de tous les hommes sous un règne unique conjoignant lui-même le ciel la terre ; ce sera le renversement complet de ce qui fut l’universelle règle des hommes. Vivre selon la vérité de l’autre monde, c’est se délier de ce qui est l’obligation par excellence aux yeux de ce monde, à savoir la réciprocité violente, la voix du sang, le devoir de vengeance comme dette envers sa communauté d’appartenance. […].
L’amour, c’est en vérité la distance intérieure de l’individu au lien de société, sa déliaison intime de l’originelle obligation de communauté. Non pas leur rejet ou leur contestation ouverte : leur désertion silencieuse et privée. Jésus ne déclare pas dissous l’ancien principe d’appartenance et le système des devoirs qui l’accompagnent. Il désigne et instaure à côté une tout autre compréhension de l’obligation, à base d’autonomie du cœur. Il ne fonde pas un ordre individualiste. Mais il suscite une personne, un individu du dedans entièrement dégagés, du point de vue de la règle à laquelle ils obéissent, et des fins qu’ils poursuivent, de la loi de l’inclusion qui régit ce bas monde."
In
Marcel GAUCHET.
Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion. (Collection Folio. Série Essais. No466.)

Gallimard, Paris, 2007 (date du dépôt légal de l'édition).
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2. Commentaires.
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Monsieur CAZENEUVE convoque ses amis francs-maçons à son Ministère, monsieur VALLS déclare que le départ de cent mille juifs causeraient à la France plus de tort que celui de cent-mille chrétiens, CHARLIE HEBDO continue dans la dérision des chrétiens, tout ce qui se dit ouvertement chrétien (La Manif Pour Tous, l'AGRIF, Civitas, Ichtus, le Salon beige, Temps présent, Printemps français, etc.) est vilipendé, déclaré d'extrême-droite, ou ringard, ou anti-républicain. Ils n'ont donc, ces imbéciles, que des idées toutes faites, des réflexes de chien de PAVLOV pour dézinguer tout ce qui s'opposer à la "vérité" officielle, socialiste, laïcarde et fondamentalement hostile aux disciples du Christ.
Marcel GAUCHET vient fort à propos dégager le sens que les chrétiens donne à l'amour : celui d'une déliaison  intime des obligations de l'appartenance à sa communauté. C'est pourquoi les TAUBIRA, DELEVOYE, PEILLON, VALLS, HOLLANDE, fort de leur (très transitoire) position de force veulent nous imposer des obligations que nos consciences réprouvent et se heurtent à un non possumus déterminé contre quoi ils ne peuvent rien, et pour lequel des dizaines de chrétiens, en Orient, en Chine, dans les pays musulmans de l'Afrique, en Chine, en Corée, offrent leur vie.
Marcel GAUCHET, rejoignant en cela les intuitions de René GIRARD, nous dit que les chrétiens renoncent à la vengeance circulaire, au sang, à la violence, au prix même de leur vie.
C'est que l'irruption dans l'histoire de l'Homme-Dieu introduit un rapport inouï et nouveau de l'homme à sa conscience, le met dans la lumière de la pleine liberté, et dans la nouvelle distance qu'il introduit par rapport au politique.
D'où vient cette propension des idéologues à la tyrannie et au viol des consciences ? Il faut la voir sans doute dans l'idéalisme et - je suis désolé de devoir le redire - et le relativisme introduit dans le monde intellectuel par les "philosophes" des Lumières. Et je mets de gros guillemets à philosophes.
Quand je vous parlais récemment de l'antisémitisme de VOLTAIRE, j'ignorai que Bernard ANTONY - classé à l'extrême-droite par les imbéciles au motif qu'il est est chrétien - avait publié un communiqué que je vous livre ci-dessous et j'ignorais surtout qu'un éminent savant juif, Arthur HERZBERG, situait lui-même dans la philosophie des Lumières et la déification de la raison l'origine de l'antisémitisme contemporain.
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3. Informations diverses.
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Communiqué de Bernard ANTONY, président de l’Agrif, sur les propos de Manuel VALLS rapportés ce matin (via le salon beige).

"Avec justesse et justice, l’avocat Arno KLARSFELD vient de rappeler que « les juifs de France se souviendront toujours que si les 3/4 d’entre eux ont survécu c’est grâce à la population française et à l’Église ».

Manuel Valls, lui, qui s’était déjà signalé par son appétit pour la répression des manifestants pacifiques majoritairement chrétiens contre la dénaturation du mariage, vient de déclarer :

« Le départ de cent mille juifs infligerait un coup plus dur à la France que celui de cent mille chrétiens » (Libération 22/01/2015).
Cela est aussi offensant pour les chrétiens que stupide à l’égard de nos compatriotes juifs qui se passeraient bien de tels propos immédiatement exploités par les adeptes antisémites de la thèse du conspirationnisme juif.
En fait, Manuel VALLS, après son irresponsable assertion lourde de justification de violences et de guerre civile, sur l’apartheid que subiraient certaines populations, a ainsi laissé plus que filtrer son aversion haineuse pour le christianisme. Ce qu’il voudrait, en fanatique jacobin, c’est l’éradication totale de ce qui demeure de chrétien dans notre société.
Cet orgueilleux inculte qui se réfère à un Voltaire qu’il n’a pas lu, oublie que ce dernier à été certes très hostile à l’Église catholique mais encore plus aux juifs. M. Valls n’a évidemment pas lu l’ouvrage qui fait désormais autorité du professeur Arthur HERTZBERG intitulé : « Les origines de l’antisémitisme moderne ».
Arthur HERTZBERG, professeur à l’université de New York est président du Congrès juif américain et vice-président du Congrès juif mondial. Il est considéré comme l’un des plus grands penseurs modernes du judaïsme.
Rompant avec les idées reçues et le bourrage de crâne laïciste, il démontre irréfutablement que l’antisémitisme moderne raciste et exterminationniste est l’enfant des « Lumières », des VOLTAIRE, d’HOLBACH, DIDEROT et d’un MARAT et non du christianisme.
S’il n’y avait pas eu en zone occupée d’héroïques chrétiens de conviction, telle notre amie Rolande BIRGY, « juste parmi les nations » et militante infatigable plus tard du respect de la vie, la réalité n’eut pas été celle qu’a évoqué avec raison Arno KLARSFELD.

Manuel VALLS dit et fait n’importe quoi sur trop de sujets. C’est son émigration à lui vers d’autres endroits que Matignon que l’on peut souhaiter."

[Pour ce qui me concerne, je trouve que la dernière phrase est de trop.]

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Un tweet Arno KLARSFELD.









samedi 24 janvier 2015

24 janvier 2015. Nouvelles de la Résistance : rappel d'un billet daté du 16 juillet 2007. Deuxième billet de ce jour !

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Je me permets de vous rappeler le billet relatif à la prophétie dite de CAZOTTE ou de La HARPE, rédigé le 16 juillet 2007, ceci afin de confirmer ce que je pouvais dire de l'esprit prétendu "des Lumières".

Dans un salon parisien, au début de l'année 1788.
Il y a là CHAMFORT, CONDORCET, VICQ- D'AZYR, de NICOLAÏ, BAILLI, MALESHERBES, ROUCHER, LA HARPE, la duchesse de GRAMMONT et CAZOTTE, dont nous avons déjà parlé. CAZOTTE - nous devons ce témoignage à LA HARPE qui a fixé la scène dans un texte remarquablement écrit - poussé par l'assistance va prophétiser. Toutes ses prophéties se réaliseront dans les moindres détails.
On commence par brocarder la religion. On récite les vers (philosophiques) de cet affreux bonhomme de DIDEROT : "Et des boyaux des derniers prêtres, Serrer le cou du dernier roi".
CAZOTTE se tait. On continue. "Il faut absolument que la superstition et le fanatisme fassent place à la philosophie". On suppute sur les chances qu'ont les uns et les autres de voir advenir le règne de la raison. CAZOTTE continue de se taire. On le presse de prendre la parole : "Messieurs, dit-il, soyez satisfaits, vous verrez tous cette grande et sublime révolution que vous désirez tant." On se moque, car CAZOTTE se targue d'avoir de dons de prophétie. CONDORCET le provoque : ..."un philosophe n'est pas fâché de rencontrer un prophète. - Vous, monsieur de CONDORCET, vous expirerez étendu sur le pavé d'un cachot ; vous mourrez du poison que vous aurez pris pour vous dérober au bourreau". Quelques temps après, tandis que la conversation s'anime : "C'est au nom de la philosophie, de l'humanité, de la liberté ; c'est sous le règne de la raison qu'il vous arrivera de mourir ainsi". Et à CHAMFORT : "Vous, monsieur CHAMFORT, [...] vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n'en mourrez que quelquels mois après. [...] Vous, monsieur VICQ-d'AZYR, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même, mais après, vous les ferez ouvrir six fois dans un jour, [...], et vous mourrez dans la nuit. Vous monsieur de NICOLAÏ, sur l'échafaud ; vous, monsieur BAILLY, sur l'échafaud." ROUCHER, qui croit être fin, s'esclaffe : "Ah ! dieu soit béni, il paraît que monsieur n'en veut qu'à l'Académie ; il vient d'en faire une terrible exécution ; et moi, grâce au ciel ! - Vous, vous mourrez aussi sur l'échafaud." L'assistance proteste : "il a juré de tout exterminer" et CAZOTTE : "Point du tout ; je vous l'ai dit, vous serez alors gouvernés par la seule raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront tous des philosophes, auront à tout moment les mêmes phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citerons comme vous, les vers de Diderot et de la Pucelle." CAZOTTE achève en prophétisant l'exécution de la duchesse de GRAMMONT sur l'échafaud, sans le secours de la confession, et celle de LOUIS XVI, le seul des condamnés qui aura droit à cette faveur. LA HARPE a survécu à la révolution. C'est à lui que nous devons ce témoignage connu sous le nom de "Prophétie de Cazotte".
"Et des boyaux des derniers prêtres, Serrer le cou des derniers rois." disaient-ils. On a vu ce qu'il en est.

Pendant que ces messieurs dansent sur un volcan, les hommes d'Eglise eux s'activent. Mgr de BARRAL, évêque de Castres, fait distribuer aux curés de son diocèse, dès 1765, 20 ans avant PARMENTIER, des tubercules de pommes de terre dont il impose la plantation pour éviter les famines. Son successeur Mgr de ROYERE fait ouvrir quatre routes et construire plusieurs ouvrages d'art pour donner du travail aux chômeurs. En Provence, Mgr de BOISGELIN fait dessécher des marais, construire des routes et des ponts, Mgr de BAUSSET crée un RMI avant la lettre, pour les pauvres de son diocèse, donne des allocations aux vieux et aux chômeurs, augmente la dotation de l'hôpital, établit et défend le projet de creusement du nouveau port de Fréjus. Dans le Dauphiné, l'évêque de Grenoble organise un bureau d'assistance judiciaire gratuite. En Bourgogne, l'évêque de Langres crée un système d'assurance contre les incendies. Mgr de la MARCHE, évêque de St-Pol-de-Léon en Bretagne, se fait lui aussi le propagandiste de la culture de la pomme de terre. En Artois, Mgr de PARTZ de PRECY, évêque de Boulogne, crée un séminaire gratuit et fonde une institution qui permet de doter dans chacune des paroisses de son diocèse une jeune fille pauvre obligée de travailler de ses mains. En Picardie, Mgr de MACHAULT, évêque d'Amiens, donne tous ses revenus aux chômeurs de la "Fabrique" anéantis par la concurrence anglaise et vit dans la plus grande pauvreté. A Paris, Mgr de BAUMONT fait réparer des métiers à tisser et crée ainsi 2.000 emplois. Son successeur, Mgr de JUIGNE, pour réduire la disette et la misère du peuple, pendant que ces messieurs discutent dans les salons luxueux du Faubourg Saint-Germain, vend sa vaisselle, pendant l'hiver 1788, et engage son propre patrimoine pour contracter des emprunts élevés destinés à soulager la misère. Etc., etc., je dis bien etc. [Merci à Jean DUMONT qui donne ces détails dans son livre remarquable (La Révolution Française ou les prodiges du sacrilège. Criterion, Paris, 1984.)]
"Et des boyaux des derniers prêtres, Serrer le cou du dernier roi..."
Est-ce si bien vu de la part de Philosophes qui ont inlassablement tressé la corde destinée à les pendre ? Car la Révolution, qu'ils appelaient de leurs voeux et qu'ils ont engendrée, a dévoré ses enfants. Ce n'est que logique ; c'est une constante de toute révolution.
L'invention du RMI, des assurances, des allocations de vieillesse, des allocations de chômage, l'assistance judiciaire gratuite, sont des créations de l'Eglise, n'en déplaise à nos "socialistes" contemporains. Tout le reste est du mensonge, du bourrage de crâne, un déni de justice et un viol de la vérité.
Je suis un scentifique invétéré, et je dis que les faits ont la tête dure. D'où ce rappel, que je vous invite à fixer dans vos mémoires. Pardonnez-moi l'inhabituelle longueur de ce billet. Mais nous venons de fêter le 14 juillet. Quelques rappels ne me semblaient pas superflus. Mais attention, je suis solidaire, de fait, de l'histoire de ma patrie. Je l'aime, dans ses grandeurs, comme dans ses petitesses, et si je déplore ses crimes et ses excès, j'accepte d'en assumer l'héritage."

mardi 8 mars 2011

L'europe et l'Asie pour le millième billet

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C'est aujourd'hui le millième billet de ce Blog. Je voudrais combiner aujourd'hui les deux centres d'intérêt autour desquels j'ai tourné depuis mon premier billet : la politique, non point dans ses aspects politiciens, mais comme l'art de gouverner les peuples et les hommes en leur rendant ce qui leur est dû parce qu'ils sont des hommes ; et la Chine, ma deuxième passion.
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Gilbert Keith CHESTERTON, homme de lettre et journaliste anglais, a publié dans le journal londonien Illustrated London News, quarante-deux propos, au cours de l'année 1927. Ces propos ont été rassemblés en un ouvrage qui, dans sa traduction française, porte un titre très évocateur : A bâtons rompus. Il parle de toutes sortes de choses avec profondeur et en même temps légèreté, comme vous pourrez le constater dans ce qui suit (il suffit de se rappeler que nous sommes dans le premier tiers de XXe siècle quand ces lignes ont été écrites ; elles sont extraites du quatrième article intitulé A propos de l'Europe et de l'Asie).
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"Pour ce qui est de l'opinion exprimée par un capitaliste de tout premier plan selon laquelle tout eût été bien en Chine si nous avions retiré les missionnaires et sans doute laissé seulement les marchands, je dirai personnellement (pour corriger légèrement le propos) que tout eût été bien si nous avions retiré les marchands et laissé les missionnaires. Mais sous réserve de cette différence, je serais tout à fait prêt à accepter en bloc le fond et la forme de sa phrase.
[...] Si notre civilisation a quoi que ce soit à donner aux autres population de la planète, ce doit sûrement être de leur apporter des idées d'homme et pas seulement de leur vendre des pantalons, des chaussures et des chapeaux melons. [...] Notre tournure d'esprit concernant l'expansion des méthodes européennes en Asie a toujours été d'une inconséquence des plus confuses et immorales. Nous avons insisté pour qu'ils aient des machines et nous nous sommes opposés à ce qu'ils aient des mitrailleuses ; nous leur avons souvent permis d'entrer dans nos académies et interdit de prendre place à leurs propres assemblées nationales ; nous nous sommes moqués d'eux parce qu'ils portaient leur propre costume, puis moqués d'eux parce qu'ils portaient le nôtre. [...] La question chinoise est vraiment sérieuse et il est temps que le Chinois nous apparaissent sérieusement pour ce qu'il est en soi et non pour ce qu'il nous apparaît à nous, [je veux dire] l'incarnation de quelque chose d'extravagant et d'extrême, aux extrémités de la terre."
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Et un peu plus loin, ceci :
"Bref, l'Européen prend un air supérieur, mais pas dans le domaine où il est vraiment supérieur. A cet égard, il y a une ironie très étrange et une contradiction, voire même un renversement de situation. Non seulement l'Asie a emprunté tout ce que l'Europe a de mauvais, mais l'Europe elle aussi a très largement puisé dans tout ce que l'Asie a de mauvais. [...] Nous n'avons pas réussi à faire que le lointain Asiatique se sente chrétien, mais nous avons réussi à lui donner l'allure d'un malotru [CHESTERTON fait ici allusion à la laideur et la vulgarité des vêtements des Occidentaux]. Ceci me paraît l'une des plus étranges et des plus sinistres de toutes les contradictions historiques, lorsque nous considérons ce que la chrétienté avait à donner et ce qu'elle a donné."
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Tout le développement qui suit est d'une profondeur incroyable. Je n'ai pas pour le moment le loisir de le détailler. Je dirai simplement que pour CHESTERTON, le meilleur de l'Europe ("l'esprit de libre arbitre, d'engagement personnel chevaleresque et charitable, ce vent frais d'espoir", "les idées courageuses et vivifiantes, de celles qui rendent possible la vie en commun, la chrétienté en a infiniment plus que n'importe quelle culture") nous n'avons pas su, ou surtout pas voulu le transmettre. Révolution Française oblige, rationalisme des Lumières et sociétés de pensée qui le soutenaient, de même. Et c'est ainsi que HEGEL s'est payé le luxe ridicule de refuser à CONFUCIUS le statut de philosophe que les Jésuites européens lui avaient pourtant accordé vers la fin du XVIIe siècle, en publiant leur Confucius sinarum philosophus. Chercher l'erreur ; considérez les résultats ; regardez qui a honoré et compris l'esprit de la Chine, et qui a rêvé de "pendre le dernier prêtre avec les tripes du dernier roi". Oui, cherchez l'erreur. Soyez honnête, et dites si nous avons gagné à mettre MARX et LENINE au coeur de cet immense pays, au lieu et place de JESUS.
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mardi 28 décembre 2010

Morale et et transcendance ; une réponse à Jade

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Je prie mes lecteurs habituels de bien vouloir pardonner la longueur inhabituelle de ce billet. Mais le propos est d'importance et je vais le développer en trois parties, indissolublement liées.
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(a) Éclaircissement à l'intention de Jade.
Il faut d'abord que j'éclaircisse le billet intitulé "L'autre", que Jade a fort justement trouvé obscur. Pour le comprendre, il faut le replacer dans un contexte historique, celui de l'importation en Europe des idées et des oeuvres attribuées à CONFUCIUS, et de leur traitement, d'abord par les jésuites, puis par les philosophes des Lumières, puis, en réaction paradoxale par ceux que le Pr Anne CHENG appelle les "philosophes professionnels" (HEGEL en particulier). Je vais faire le plus bref possible. Les idées et les oeuvres de CONFUCIUS ont été importées en Europe par les jésuites. Un immense travail d'étude et de traduction avait commencé avec Matteo RICCI qui voyait en CONFUCIUS un sage, un rationnel, un homme droit dont le message non seulement ne s'opposait pas à celui de Jésus, mais l'appelait. Du reste, tout un courant de pensée, celui des jésuites dits "figuristes" se plaisait à retrouver dans les oeuvres de Maître KONG les traces d'une révélation originelle. En 1687, le Roi Soleil aide à la publication d'une traduction latine de plusieurs classiques confucéens. L'ouvrage, magnifiquement illustré, et publié sous la direction du père COUPLET, est intitulé "Confucius sinarum philosophus". VOLTAIRE, avec l'esprit qu'on lui connaît, et la haine viscérale qu'il porte à l'Infâme, le sentiment profondément antichrétien qui l'anime, voit en CONFUCIUS un autre lui-même : un agnostique, un homme tolérant, un rationnel qui se passe fort bien de Dieu. Il utilise en quelque sorte la sécularisation relative des pensées de CONFUCIUS par les jésuites, pour la subvertir au profit de sa cause. Retenons cependant que ces philosophes pensent qu'ils ont identifié un ensemble de valeurs qui vaut pour toute l'humanité, un ensemble de valeurs qui en quelque sorte la surplombe. Il ne sont pas conscients du caractère contingent et historiquement situé de leur réflexion. J'admets que leurs réactions contre un clergé qui entend diriger dans les moindres détails la vie des hommes a un fondement, celui des droits inaliénables de la conscience.
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Vient alors l'éclosion de la grande école philosophique allemande, dont HEGEL est le plus éminent représentant. Dans son Histoire de la philosophie (en réalité un ensemble de notes prises et publiées par ses étudiants et auditeurs), HEGEL n'hésite pas à dire qu'il aurait mieux valu pour la réputation de CONFUCIUS que ses oeuvres ne fussent jamais traduites en allemand ! Elles manquent de réflexivité et de systématicité, dit-il. Pour qui a lu un peu les oeuvres de Maître KONG, une telle opinion est d'une rare arrogance.
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C'est alors qu'intervient, en Chine, la révolution moderniste du 4 mai 1919. Beaucoup d'intellectuels chinois pensent que les humiliations et les défaites de la Chine ont pour raison son refus de la modernité à l'occidentale. Nombre d'étudiants sont alors envoyé aux Etats Unis pour y faire des études, dont le fameux HU SHI qui suivra les leçons du philosophe pragmatiste DEWEY. Il est assez difficile d'expliquer en quelques mots ce qu'est le pragmatisme ; HU SHI le dira (avec Joël THORAVAL) de la manière suivante : "c'est le fait de cesser de traiter l'expérience dans une perspective exclusivement épistémologique et de considérer à l'inverse le moment de la connaissance comme une simple étape dans l'interaction plus vaste entre 'l'intelligence créatrice', qui est aussi collective, et son environnement humain et non humain". Voilà ce qu'est 'l'ethnocentrisme bénin' dont je faisais état dans ce billet obscur : accepter de relativiser son point de vue sur la connaissance, au lieu de l'absolutiser au nom de réflexions philosophiques abstraites prétendant fonder la validité d'un savoir et comprendre que l'approche que l'on a du réel dépend de la vision du monde que lègue à chaque être humain la culture que lui a léguée sa patrie.
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(b) Une morale est nécessaire ; a-t-elle un fondement ?
Dans ce livre essentiel qu'est l'ouvrage de Jean STAUNE, La vie a-t-elle un sens ?, il y a une courte analyse d'une réflexion d'André COMTE-SPONVILLE développe dans son livre Morale sans fondements. COMTE-SPONVILLE y démontre, de manière convaincante dit STAUNE, que nous ne pouvons fonder nos valeurs et notre morale ni sur l'homme (affirmation des humanistes matérialistes) car il est capable du pire, ni sur la nature (affirmation des écologistes) car elle n'est ni morale ni immorale, mais tout simplement amorale [il y aurait là des choses à nuancer selon moi], ni sur l'histoire (affirmation ô combien sanglante des marxistes) car elle n'a pas de sens précis, ni sur la science (affirmation des scientistes) car, comme la nature, elle ne se préoccupe pas de moralité. Et COMTE-SPONVILLE de conclure que seule une transcendance peut servir de fondement. Seule la transcendance a valeur universelle. Si elle n'existe pas, là est le point crucial qui sépare le croyant de l'agnostique, il nous faut respecter une "morale sans fondements". Un homme comme notre philosophe en est certes capable, et par là il se rapproche sans doute des stoïciens. Mais la société ?
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(c) Il n'y a pas de morale possible sans transcendance.
Je disais dans mon billet L'autre, l'impuissance de la seule raison humaine à trouver la vérité. Elle est nécessaire pour y accéder, à l'évidence, mais il y faut autre chose. Et à mon avis, c'est parce que les hommes en général, et les responsables des communautés humaines en particulier, ont perçu cette exigence qu'ils ont senti la nécessité d'inventer une parole divine, extrinsèque à la société. Elle dicte de l'extérieur de la conscience les comportements humains et permet d'introduire l'harmonie sociale, ou une certaine harmonie sociale. La loi est venue suppléer progressivement au manque d'adhésion des sociétés développées à un tel schéma de contrainte. Il revient donc à toute conscience droite de chercher s'il existe une parole divine qui rend libre. Je crois avoir dit déjà que Jésus est cette parole. J'y reviendrai.
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J'espère ne pas vous avoir lassés par ce billet un peu long, sans doute encore très elliptique, qui ramasse des années de réflexions, des réflexions que je continue de mener chaque jour.
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vendredi 24 décembre 2010

L'autre

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Dans un livre intitulé La pensée en Chine aujourd'hui, dirigé par le Pr Anne CHENG, - son cours du Collège de France est un régal d'érudition et de clarté teintée de malice - Joël THORAVAL consacre un très long article à des philosophes chinois contemporains (Chap. IV. La tentation pragmatiste dans la Chine contemporaine). Dans le très contradictoire sillage des philosophes des Lumières, qui célébraient CONFUCIUS avec éclat, saluant en lui un sage rationaliste et quasi agnostique, HEGEL, lui, prétend qu'on ne pense pas en Chine, et que cet immense pays, à l'existence plurimillénaire, n'a point connu la philosophie (puisque la philosophie, dit-il, trouve son origine chez les Grecs ; le crypto-nazi Martin HEIDEGGER dit à peu près la même chose).
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THORAVAL montre comment des penseurs chinois, comme HU SHI, formés à l'école pragmatiste de John DEWEY (Columbia University) qui fut leur directeur de thèse et maître, ont jeté un pont culturel entre les deux rives du Pacifique, rejetant (provisoirement, on l'espère) l'Europe aux marges de la philosophie contemporaine. Et il dit ceci :
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"En second lieu, contre ce qui est perçu [sous-entendu par les penseurs américains et les chinois] comme un faux universalismes des Lumières européennes, pragmatisme et confucianisme revendiquent leur enracinement dans une expérience historique et culturelle spécifique (c'est moi qui souligne). Ils récusent la possibilité d'un point de vue supra-historique, d'une attitude de surplomb qui permettrait de disposer d'un critère d'évaluation universel et éternel, à même de fonder une théorie définitive de ce qui est vrai ou de ce qui est juste pour tout homme. Une conception "fondationnaliste" (sic) des droits de l'homme (fondée sur l'idée dogmatique d'une raison universelle) leur paraît l'expression d'un provincialisme et d'un impérialisme européen qui ne reconnaît pas sa contingence."
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En somme, et en accord avec des philosophes américains qu'il cite, THORAVAL reprend l'idée d'un "ethnocentrisme bénin" qui pourrait dit-il "caractériser également un pragmatisme et un confucianisme modernes".
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Cette conclusion me paraît de la plus extrême importance. Elle souligne l'absolue impuissance de la raison humaine à fonder des valeurs universelles. Je vous dirai dans un prochain billet comment un philosophe français contemporains, des plus honnêtes qui soient intellectuellement, arrive à une conclusion analogue, et en tire, bien qu'il soit agnostique, des conséquences tout à fait remarquables.
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dimanche 17 octobre 2010

Il est temps d'éteindre les Lumières

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Peut-être vous ai-je déjà raconté cette anecdote ? Si c'est le cas, je vous prie d'excuser mon radotage. Je me trouvais à l'Université de Lausanne, et discutais avec un de mes collègues francophones, un homme délicieux et très compétent. Je ne sais pas pourquoi, il me dit tout à trac, au beau milieu d'une savante conversation : "Vous les Français, vous ne pouvez vous empêcher de penser à l'échelle du monde ; nous pensons, nous, à l'échelle de notre Canton". Jacques était trop courtois pour marquer de l'ironie dans cette remarque, mais elle m'avait frappé. Et puis la fréquentation quasi hebdomaire de collègues allemands et suisses germanophones m'avait fait prendre conscience que cette attitude de prétendre penser l'universel passe auprès des étrangers pour une insupportable arrogance. Et la fréquente rencontre d'autres collègues européens, anglais, belges, néerlandais, italiens ou des pays de l'Europe centrale et orientale m'avait ancré dans l'idée que quelque chose clochait dans notre manière à nous, Français, de concevoir et d'exposer les choses. Et je me disais aussi que c'est cette prétention affichée ou sous-jacente, et non la difficulté de notre langue, qui avait fait préférer l'empirique anglais au très abstrait français, comme langue de communication internationale. Enfin, certaines remarques de mes lecteurs m'avaient fait prendre conscience que je n'échappais pas à ce travers national d'immodestie de la pensée.
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Vous vous souvenez aussi que je vous avais transcrit le fameux discours dans lequel FERRY parle du droit des races supérieures à éduquer les races prétendues inférieures, ce qui ne laissait pas de m'étonner de la part d'un homme de cette envergure.
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La lecture attentive du livre d'Ivan P. KAMENAROVIC, philosophe et sinologue, livre intitulé Agir, non-agir en Chine et en Occident et l'abord encore succinct de celui de Michael SINGLETON, ex-missionnaire, et professeur à l'Université Catholique de LOUVAIN, viennent d'entraîner définitivement ma conviction : il est temps d'éteindre les Lumières.
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Nous nous gargarisons de nos VOLTAIRE, DIDEROT, ROUSSEAU, d'ALEMBERT, CONDORCET, etc. Ces hommes sont des écrivains de premier ordre dans notre langue, et la France post-révolutionnaire a largement utilisé leurs pensées pour, en les diffusant, tenter d'établir une hégémonie culturelle, et une prépotence politique mondiales. La tentative est à l'origine du colonialisme, énergiquement combattu par les députés de droite, monarchistes inclus, quand elle fut inaugurée par Jules FERRY. Mais ces "philosophes" n'ont pas pensé l'universel, comme nous l'avons prétendu et continuons de le faire. Ils ont théorisé une forme de pensée commune à l'Occident. C'est déjà beaucoup, mais ce pas le tout de la pensée humaine.
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KAMENAROVIC montre comment la pensée chinoise, si différente de la nôtre dans sa conception de l'homme et du monde, est tout aussi cohérente que la nôtre et explique la réalité tout aussi bien que nous. C'est une pensée qui ignore les oppositions contrastées et les contraires, mais voit dans les couple de notions que nous oppposons parce que nous les séparons, des aspects complémentaires d'une même réalité, une vibration incessante entre le blanc et le noir, la lumière et les ténèbres, l'esprit et la matière, l'actif et le passif, par exemple. Ce livre m'a apporté des arguments rationnels et convaincants sur la puissance mais aussi les limites de notre philosophie occidentale.
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Quant au déconcertant SINGLETON, dans sa Critique de l'ethnocentrisme. Du missionnaire anthropophage à l'anthropologue post-développementiste, il a des formules à l'emporte-pièce qui auraient fait le bonheur de LEVI-STRAUSS s'il était encore de ce monde : "L'homme tout court n'existe pas. Je suis papou ou patagon, et à une période particulière". Il reprend ainsi à son compte la boutade de Joseph de MAISTRE : "J'ai rencontré des Allemands, des Anglais. Je sais, depuis MONTESQUIEU qu'on peut même être persan, mais je n'ai jamais rencontré l'homme". En d'autres termes, les mots ne font pas exister des choses qui n'ont aucune réalité.
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Bien entendu, un effort d'abstraction est indispensable, et les peuples qui usent de langues indo-européennes sont bien placés pour le faire. Les concepts sont utiles pour raisonner. Mais ils ne sont pas le réel, seulement un moyen commode de l'appréhender.
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Décidément, il est temps d'éteindre les Lumières.