C'est aujourd'hui le millième billet de ce Blog. Je voudrais combiner aujourd'hui les deux centres d'intérêt autour desquels j'ai tourné depuis mon premier billet : la politique, non point dans ses aspects politiciens, mais comme l'art de gouverner les peuples et les hommes en leur rendant ce qui leur est dû parce qu'ils sont des hommes ; et la Chine, ma deuxième passion.
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Gilbert Keith CHESTERTON, homme de lettre et journaliste anglais, a publié dans le journal londonien Illustrated London News, quarante-deux propos, au cours de l'année 1927. Ces propos ont été rassemblés en un ouvrage qui, dans sa traduction française, porte un titre très évocateur : A bâtons rompus. Il parle de toutes sortes de choses avec profondeur et en même temps légèreté, comme vous pourrez le constater dans ce qui suit (il suffit de se rappeler que nous sommes dans le premier tiers de XXe siècle quand ces lignes ont été écrites ; elles sont extraites du quatrième article intitulé A propos de l'Europe et de l'Asie).
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"Pour ce qui est de l'opinion exprimée par un capitaliste de tout premier plan selon laquelle tout eût été bien en Chine si nous avions retiré les missionnaires et sans doute laissé seulement les marchands, je dirai personnellement (pour corriger légèrement le propos) que tout eût été bien si nous avions retiré les marchands et laissé les missionnaires. Mais sous réserve de cette différence, je serais tout à fait prêt à accepter en bloc le fond et la forme de sa phrase.
[...] Si notre civilisation a quoi que ce soit à donner aux autres population de la planète, ce doit sûrement être de leur apporter des idées d'homme et pas seulement de leur vendre des pantalons, des chaussures et des chapeaux melons. [...] Notre tournure d'esprit concernant l'expansion des méthodes européennes en Asie a toujours été d'une inconséquence des plus confuses et immorales. Nous avons insisté pour qu'ils aient des machines et nous nous sommes opposés à ce qu'ils aient des mitrailleuses ; nous leur avons souvent permis d'entrer dans nos académies et interdit de prendre place à leurs propres assemblées nationales ; nous nous sommes moqués d'eux parce qu'ils portaient leur propre costume, puis moqués d'eux parce qu'ils portaient le nôtre. [...] La question chinoise est vraiment sérieuse et il est temps que le Chinois nous apparaissent sérieusement pour ce qu'il est en soi et non pour ce qu'il nous apparaît à nous, [je veux dire] l'incarnation de quelque chose d'extravagant et d'extrême, aux extrémités de la terre."
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Et un peu plus loin, ceci :
"Bref, l'Européen prend un air supérieur, mais pas dans le domaine où il est vraiment supérieur. A cet égard, il y a une ironie très étrange et une contradiction, voire même un renversement de situation. Non seulement l'Asie a emprunté tout ce que l'Europe a de mauvais, mais l'Europe elle aussi a très largement puisé dans tout ce que l'Asie a de mauvais. [...] Nous n'avons pas réussi à faire que le lointain Asiatique se sente chrétien, mais nous avons réussi à lui donner l'allure d'un malotru [CHESTERTON fait ici allusion à la laideur et la vulgarité des vêtements des Occidentaux]. Ceci me paraît l'une des plus étranges et des plus sinistres de toutes les contradictions historiques, lorsque nous considérons ce que la chrétienté avait à donner et ce qu'elle a donné."
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Tout le développement qui suit est d'une profondeur incroyable. Je n'ai pas pour le moment le loisir de le détailler. Je dirai simplement que pour CHESTERTON, le meilleur de l'Europe ("l'esprit de libre arbitre, d'engagement personnel chevaleresque et charitable, ce vent frais d'espoir", "les idées courageuses et vivifiantes, de celles qui rendent possible la vie en commun, la chrétienté en a infiniment plus que n'importe quelle culture") nous n'avons pas su, ou surtout pas voulu le transmettre. Révolution Française oblige, rationalisme des Lumières et sociétés de pensée qui le soutenaient, de même. Et c'est ainsi que HEGEL s'est payé le luxe ridicule de refuser à CONFUCIUS le statut de philosophe que les Jésuites européens lui avaient pourtant accordé vers la fin du XVIIe siècle, en publiant leur Confucius sinarum philosophus. Chercher l'erreur ; considérez les résultats ; regardez qui a honoré et compris l'esprit de la Chine, et qui a rêvé de "pendre le dernier prêtre avec les tripes du dernier roi". Oui, cherchez l'erreur. Soyez honnête, et dites si nous avons gagné à mettre MARX et LENINE au coeur de cet immense pays, au lieu et place de JESUS.
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