Affichage des articles dont le libellé est Idéel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Idéel. Afficher tous les articles

jeudi 16 avril 2009

Travaux pratiques chinois

Il existe dans la Chine contemporaine des intellectuels remarquables et courageux qui agissent dans l'espace public en conjuguant les trois aspects sous lesquels tout problème de l'existence doit être résolu ; je vous les rappelle : le réel, l'idéel, et le virtuel. Je résume pour vous l'affaire TENZIN DELEK, avant de voir comment un groupe de ces intellectuels a agi pour y trouver des solutions acceptables.
Le vénérable lama TENZIN DELEK et l'un de ses compagnons, des opposants tibétains, sont injustement condamnés à mort, accusés de vouloir détruire l'ordre social. Le procès s'est déroulé dans des conditions iniques ; les procédures légales n'ont même pas été suivies ; le droit chinois - parce qu'il en existe un sur le papier - n'a pas été suivi. WANG LIXIONG, un spécialistes des questions tibétaines prend l'initiative avec vingt-trois autres intellectuels chinois de publier une "Lettre de proposition" qui réunit finalement cent quarante-sept signatures. Ces hommes et femmes courageux lancent un appel pour que TENZIN DELEK soit jugé équitablement, ils offrent au condamné les services du très célèbre avocat ZHANG ZHISI. Dans leur esprit, il s'agit de poser un geste de reconciliation entre les peuples HAN et TIBETAINS. Ils ne doutent pas que si des penseurs, chercheurs, philosophes proposent ainsi un pacte de coopération avec les TIBETAINS au nom de la dignité des peuples, il peut en résulter une atténuation des préjugés et des incompréhensions entre les deux peuples. Leur initiative, en outre, peut faire pression sur les autorités communistes, une pression populaire venant de leur propre ethnie, et susceptible de favoriser l'ouverture d'un dialogue entre le gouvernement du Dalaï Lama et les autorités de PEKIN. Les signataires concluent la "Lettre de proposition pour une révision de la condamnation à mrt des vénérables TENZIN DELEK et LOBSANG DHONDRUP, envoyée à l'Assemblée Nationale Populaire, la Haute Cour de Justice Populaire et la Cour d'Appel de la Province de SICHUAN" comme il suit : Garantir un traitement judiciaire équitable à TENZIN DELEK ne peut avoir que des effets positifs pour le pays, pour les peuples chinois et tibétains, ainsi que pour la crédibilité de notre système judiciaire.
Cette lettre illustre à la perfection, selon moi, ce que je disais dans le billet intitulé : "le réel, l'idéel et le virtuel".
Les signataires, en protestant, offrent au pouvoir une résistance. Ils tiennent eux-même compte des institutions susceptibles d'infléchir le cour des événements : Assemblée Nationale Populaire, Haute Cour de Justice Populaire, Cour d'Appel du SICHUAN. Ce sont les organismes qui font la loi et l'appliquent. Ce sont eux les points de résistance à toute modification du jugement. Voilà donc le réel auquel sont confrontés WANG LIXIONG et ses amis.
Ils s'y opposent, car ils constatent un décalage entre ce que dit la loi et la manière dont elle a été appliquée. Leur sens de la justice, la conscience aiguë qu'ils ont des Droits de l'Homme, est le moteur de leur action. C'est l'idée même qu'ils se se font d'une société harmonieuse qui est bafouée. En outre, en cette période de renouveau confucéen, c'est le principe même de la réciprocité confucéenne qui est offensé par ce déni de justice, c'est la culture chinoise dans ce qu'elle a de beau et noble qui est bafouée. Et voilà bien l'idéel qui intervient dans l'action.
Bien entendu, ils savent que la réconciliation entre les peuples tibétains et chinois n'est pas pour demain. Il s'agit d'un rêve, d'un très beau rêve, qui relève POUR L'INSTANT du virtuel, et se tient en un inaccessible horizon. Mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.
Ces intellectuels sont pour nous des modèles. Ils font partie de ces hommes qui font espérer en l'humanité. Je n'ai pas pu savoir si TENZIN DELEK et LOBSANG DHONDRUP ont vu leur peine commuée en prison. Mais je sais que nous devrions soutenir leurs initiatives, et ne pas nous laisser impressionner par le poids démographique ou économique (très discutable, je l'ai déjà dit) de la Chine. Grande nation, mais pas plus grande qu'aucune autre nation, la Chine mérite mieux que l'image qu'en renvoient au monde entier ses dirigeants !

mercredi 15 avril 2009

Le réel, l'idéel et le virtuel

Il y a trois manières d'envisager les problèmes de l'existence, et parmi eux, les problèmes politiques : en tenant compte du réel, en voulant l'idéel, en rêvant le virtuel. Il est très vraisemblable que les solutions qui font sens à ces problèmes tiennent compte de ces trois aspects. Elles deviennent alors des solutions idéales. L'erreur vient toujours de la négligence que l'on manifeste pour l'un d'eux.
Le réel est ce qui nous résiste. A cet égard, en matière sociale, le réel c'est tout aussi bien les manifestations des uns que les propositions de loi des autres. Des deux côtés s'expriment les résistances, et il faut bien en tenir compte. La grande erreur des marxistes est de penser qu'il suffit de créer des "rapports de force", comme ils disent, pour emporter la victoire. La grande erreur des réalistes est d'ignorer que l'homme n'est pas un être de nécessité mais un être de désir, comme le disait BACHELARD.
L'idéel est ce qui nourrit l'idéologie et l'esprit de système. Que de l'observation des faits l'on tire des interprétations et des généralisations propices à nourrir l'action, est tout à fait normal. Mais que l'on veuille à toute force faire rentrer les faits dans des systèmes d'idées préconçues est faux. La grande erreur des socialistes (de certains, plus exactement), est d'ignorer le réel, et de croire (car c'est une croyance) qu'il suffit d'avoir un système d'idées préconçues et de l'appliquer, pour voir se résoudre toutes les difficultés, notamment sociales. Mais le réel se venge. Il résiste, on l'a dit. Et l'idéologie érigée en système de gouvernement est vouée à l'échec. Il est impossible d'appliquer démocratiquement un système imaginé par tel ou tel idéologue, sans voir aussitôt les individus et les groupes réagir pour en contourner les aspects les plus rugueux. Le système, donc, n'est applicable que par la contrainte, et même la contrainte policière. La Chine, Cuba, la Corée du Nord sont d'excellents exemples de l'idéel porté à son paroxysme, et déconnecté de tout réel.
Le virtuel, hélas, est rentré dans la vie, par le moyen des jeux vidéos, des films ou de la littérature de science fiction. Comme les concepteurs de virtuel sont de très fins psychologues, ils parviennent à rendre les adolescents dépendants de mondes qui n'ont pas la moindre chance de jamais voir le jour. Le virtuel, c'est le rêve éveillé. Faut-il pour autant négliger la part de rêve dans les projets personnels ou politiques ? Certes pas, à une condition, c'est de savoir qu'il s'agit d'un moteur pour l'action, mais non d'une fin en soi. Car la vie nous apprend à en rabattre. Martin Luther KING le disait : "I had a dream" ; j'ai fait un rêve. Il n'a pas eu le temps de vivre assez longtemps pour le voir se réaliser en partie. Car il y a des rêve qui ne sont pas fous. Tout le problème est dans le discernement.