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dimanche 2 mars 2014

Nouvelles de la Résistance : les inégalités ne sont pas ce que l'on croit... Premier billet du 2 mars 2014

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Persévérons, chers amis, persévérons dans notre effort de clarté, sans nous approprier quoi que ce soit de la vérité vers laquelle nous devons tendre, en sachant que l'effort ne sera jamais couronné de succès sur cette terre. La vérité n'est pas un concept, pas davantage un ensemble de mots, la Vérité est une Personne. Mais devenir vrai, comme le dit notre devise, c'est faire le pas nécessaire vers Lui.

Non ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai. C'est la lâcheté.
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1. La citation du jour.

«[...] une des pathologies typiquement françaises de la démocratie adulte, c'est la vocation «statutaire» à laquelle s'astreigne les individus, parce qu'elle comporte encore et toujours bon nombre de privilèges. On France, on n'est pas défini – comme pouvait le penser Raymond ARON – par ce que l'on « fait « ; on est définit par ce que l'on «est» statutairement, et cela en dehors de tout système méritocratique. En France, il ne faut pas avoir une « fonction», mais un «statut». En ce sens, vous pouvez faire et ne jamais vous voir attribuer un «statut». Non seulement, le système accepte des situations d'inégalités, mais il les légitime en produisant une organisation politique, économique et sociale qui maintient la sauvegarde des statutaires aux dépens des non-statutaires. Cette République des statutaires est proprement perverse, dangereuse pour la conservation de l'estime de soi de tous ceux qui en sont exclus, archaïque au niveau social, inepte au niveau politique et injuste au niveau moral. Elle devient le socle d'une démocratie dévoyée qui n'oppose plus, comme au temps des démocraties naissantes, la bourgeoisie au prolétariat, mais ceux qui sont touchés par la «précarité» et ceux qui en sont exempts. Sans aller jusqu'à identifier les non-statutaires aux prolétaires des temps modernes, ils demeurent néanmoins une catégorie sociale discriminée.»
In Cynthia FLEURY. Les pathologies de la démocratie. Le Livre de Poche, biblio essais, N°31544. Fayard, Paris, 2009 (date de dépôt légal).
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2. Commentaires.

Dans la continuité de quelques récents billets, j'ai choisi cette analyse du mal français par Cynthia FLEURY. Elle nous permettra de comprendre le mal profond qui ronge notre patrie et ses dirigeants. C'est un mal assez paradoxal. Ont un statut, chez nous, les fonctionnaires, les réfugiés politiques, les intermittents du spectacle, et d'autres encore dont la liste est très longue. Entendons par "statutaires" un ensemble de citoyens ou de personnes dont l'Etat prend en charge la sécurité, la retraite, le respect des intérêts. Cette situation lui permet de contrôler étroitement les comportements individuels, par les avantages qu'il octroie à ceux qui sont tombés dans ses griffes.
Comme le socialisme, par définition même, veut absolument contrôler tous les comportements individuels, mais qu'il ne le peut pas par l'octroi d'un statut, il accable les hommes et les femmes libres (artisans, professions libérales, petits entrepreneurs, petits commerçants, etc.) d'impôts, de cotisations sociales obligatoires et démentes (RSI), sans leur garantir quoi que ce soit en contrepartie. Bref, ces hommes et ces femmes libres subissent toutes les contraintes d'un statut, sans bénéficier de ses avantages.
D'où le sentiment de plus en plus répandu, chez les hommes et femmes libres, d'une grande injustice, d'où le rejet (injustifié le plus souvent) des fonctionnaires par une grande partie d'entre eux, et d'où le jugement de réactionnaires ou de franchouillards que les grands imbéciles de gauche portent sur ceux qui pourtant les nourrissent (agriculteurs), les soignent (nombre de professions libérales : médecins, pharmaciens, infirmières, kinésithérapeutes, etc) et s'occupent de leur quotidien (artisans et commerçants de proximité). En somme, plus ils sont utiles à la société, et plus on les opprime, comme si l'inutilité apparente ou réelle des "statutaires" exigeait qu'ils soient protégés pour ne pas être mis au rang des parasites de la société, comme si les véritables producteurs de biens et de services étaient par vocation à leur botte. Les fonctionnaires bien évidemment sont utiles. Faut-il qu'ils bénéficient d'un statut léonin qui les protègent des aléas de la vie grâce au travail des hommes et des femmes libres ? 
Ne faudrait-il pas les payer mieux, ces fonctionnaires et assimilés, mais supprimer ces statuts imbéciles, et rendre à chacun d'eux la responsabilité de sa vie et donc sa dignité ? Il me semble que c'est une vraie question. Et que de la réponse qu'on lui donne, peut dépendre l'avenir de notre pays.
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3. Infos sur la résistance.

Menton Pointu protège mieux un Premier Ministre en sursis que la ville dont il fut le maire (via le salon beige).

Beaucoup de policiers à NANTES pour la visite de monsieur AYRAULT !
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Dans un second billet de ce jour, je reviendrai sur les très graves événements qui secoue l'UKRAINE.

vendredi 15 mai 2009

Quelques chiffres intéressants

Il y a des légendes qui ont la vie dure. Voici des chiffres, publiés par Jacques MARSEILLE dans Le Point (livraison du 14 mai 2009 ; N°1913), qui donnent à réfléchir en une période où tout le monde parle du pouvoir d'achat, des salaires insuffisants et des avantages indus consentis aux grands dirigeants.
En 2007, le salaire mensuel moyen, net de tous prélèvements, et pour un poste à temps complet, était, dans le secteur privé et semi-public, de 1.997 euros. Ce sont les femmes ouvrières qui étaient les moins bien payées (1.239 euros), et les cadres masculins qui étaient les mieux payés (4.276 euros). Le rapport entre ce salaire et celui de l'ouvrière est de 3,4 (avant impôts). La France est, à cet égard, l'un des pays où les inégalités moyennes entre salariés sont les plus faibles. Autre chiffre, et des plus parlants, le salaire net médian (50 % des salariés gagnent moins que lui ; 50 % gagnent plus) est de 1.594 euros.
Bien entendu, ces chiffres n'incluent pas les revenus non salariaux : prestations sociales, chèques restaurants, réductions de toutes sortes sur sur toutes sortes de produits négociées par les comités d'entreprise, chèques vacances, etc. qui viennent abonder les revenus réels des ménages.
Il y a donc un immense écart entre la perception que les Français, ces maniaques de l'égalité, ont de la réalité et la réalité elle-même. Bien entendu, les chiffres présentés ici sont des moyennes, et il est difficile d'affirmer que lorsque l'on a un pied plongé dans l'eau glacée et l'autre dans l'eau bouillante, on a les pieds dans une eau qui fait en moyenne 50°C. Il faut se garder de trop tirer les conclusions, mais tout de même la situation n'est pas aussi catastrophique que le prétendent les responsables syndicaux et les politiques de l'opposition qui nous bassinent avec l'accroissement des inégalités et la paupérisation. Mais attention, cela n'exonère pas les grossium du CAC 40 de leurs responsabilités dans l'emprise qu'a sur l'opinion publique cette croyance. Moins de bonus, moins d'arrogance, moins de stock-options, plus de responsabilité, et des salaires qui correspondent réellement aux services rendus permettraient plus d'objectivité de juigement de la part de nos concitoyens.
Autres chiffres, commentés toujours par Jacques MARSEILLE. En 1981, 82 % des Français se disaient fiers d'être français ; ils sont aujourd'hui 90 % soit une augmentation de 8 %. Cette fierté traverse toutes les générations (18-29 ans : 88 % ; 45-59 ans : 87 %), toutes les couches de la société (non-diplômés : 91 % ; diplômés : 87 %), toutes les opinions politiques (gauche : 87 % ; droite 95 %). Plus encore, nous sommes seulement 43 % à penser que pour être français, il faut avoir des origines françaises, mais 98 % à penser que pour être français, il d'abord respecter la loi et les institutions françaises et 96 % à penser qu'il faut être capable de parler français.
En outre, en 1981, 19 % des Français se disaient très heureux ; ils sont aujourd'hui 34 %. Globalement, 90 % des Français se disent très heureux ou assez heureux aujourd'hui.
Il convient de moduler ces chiffres paradoxaux par un autre pourcentage qui laisse rêveur : 2 % des Français se disent très satisfaits du fonctionnement de la démocratie (ils étaient 4 % en 1981) et 37 % assez satisfaits (41 % en 1981).
Voilà du grain à moudre pour les responsables politiques ou économiques. Puisqu'ils sont si savants, il serait bon qu'ils donnassent quelques éléments de solution à cet étrange paradoxe qui veut que nous soyons si heureux dans un pays apparemment si peu démocratique.

dimanche 4 janvier 2009

Objections aux remarques de deux sociologues des inégalités

Pour sa naissance officielle, la (grande) Université de STRASBOURG (qui a vu la fusion des Universités Louis Pasteur, Marc Bloch et Robert Schumann) a publié le numéro 1 d'une revue d'excellent niveau, Savoir(s), destinée à prendre le relais du magazine d'information scientifique précédemment édité par l'Université Louis Pasteur. A nouvelle structure, nouveaux contenus. On ne s'étonne donc pas de trouver, à la page 20 de cette revue, l'analyse d'un livre publié par Alain BIHR et Roland PFERFFERKORN, deux sociologues, le premier, strasbourgeois, le second, bisontin. Le titre en est révélateur : Le système des inégalités.
L'ouvrage est analysé par François ZINCK. J'ai lu cette analyse, mais je n'ai pas lu le livre. Mes remarques doivent donc être prises avec toutes les précautions qui s'imposent quant à mon appréciation sur le contenu réel du travail.
En tout premier lieu, on ne peut que partager l'opinion des auteurs, reprise par l'analyste : La société française apparaît [...] comme une société à la fois segmentée, hiérarchisée et conflictuelle. Je suis déjà un peu moins d'accord et vais m'en expliquer, avec la suite : Et dans ces conditions, les concepts de classes, de rapports de classes et de luttes des classes paraissent conserver toute leur pertinence pour la compréhension de la persistance de ces phénomènes.
On ne peut nier l'évidence : il existe des conditions économiques, culturelles, scolaires qui déterminent la structure segmentée, hiérarchisée et conflictuelle de la société française. Mais il y a dans cette analyse un vice originel ; il consiste à ne considérer les inégalités que dans la perspective synchronique, et non point diachronique. En d'autres termes, les conditions dénoncées par les auteurs expliquent tendanciellement, et seulement tendanciellement, l'évolution des destins individuels vers des situations inégalitaires. Il me paraîtrait intéressant - je crois l'avoir déjà dit dans un billet ancien - d'étudier les raisons qui font que dans une situation sociale déterminée, telle personne va effectivement recevoir le lot qui est inscrit dans cette situation, et telle autre personne, au contraire, échappe à cette détermination. Ce travail de recherche m'avait été suggéré par le Pr Michel TARDY, un ami très cher, après que j'avais donné une conférence sur PASTEUR et la dissymétrie, à l'occasion du centenaire de la mort de l'éponyme de notre Université d'alors. Ainsi, je connais les noms de quatre éminents collègues, d'origine qualifiable de "modeste", qui se sont orienté d'abord vers une carrière dans l'enseignement primaire, qui furent donc instituteurs, avant de passer brillamment de prestigieux concours (comme celui de l'École Normale Supérieure) et de devenir des universitaires réputés nationalement et internationalement. Loin de moi l'idée de ranger à des niveaux inférieurs le statut d'instituteurs. J'en connais beaucoup ; ils sont absolument extraordinaires de compétences et d'amour de leur métier. Nombre d'entre eux auraient pu continuer à faire des études ; l'idée ne leur en est pas venue, quoi qu'ils eussent les capacités pour les entreprendre ; et c'est cela qui me semble être un facteur déterminant d'inégalités : ne pas avoir l'idée de..., ne pas se croire capable de... Je suis désolé de devoir dire ici que j'ai eu souvent à lutter contre mes collègues pour permettre à des jeunes qui n'avaient pas les diplômes requis, de continuer leurs études, d'obtenir des équivalences, que j'ai eu à lutter, par conséquent, contre la stagnation sociale voulue par des commissions universitaires souvent composées majoritairement de collègues se réclamant de la Gauche.
Je compte parmi mes élèves un Directeur de Recherches à l'INSERM qui n'a pas son baccalauréat, et qui est tout simplement un surdoué, et encore un autre, aide-soignant, qui a pu faire une petite thèse d'Université, a fait ensuite une maîtrise spécialisée et est devenu responsable de toutes les équipes infirmières d'un très grand hôpital. Ce ne sont là que deux exemples parmi les cinq que j'ai en tête à l'heure actuelle. Allez j'en rajoute encore un : l'un de mes collaborateurs a commencé avec un CAP de mécanique automobile ; il est aujourd'hui maître de conférences en classe exceptionnelle.
Il y a un second vice, et non des moindres, dans le travail de BIHR et PFEFERKORN. Et le vice apparaît dans le titre : le vice, selon moi, c'est l'esprit de système. Et trouver, au terme de l'analyse sociologique, que les concepts de lutte des classes ou de rapport de classes sont pertinents, c'est retrouver dans les faits ce que l'on avait d'abord dans la tête. C'est très exactement cela l'idéologie. Il me semble que si les sociologues se penchaient sur le petit travail que j'ai suggéré plus haut, ils pourraient cerner les conditions qui permettent, à situation sociale de départ analogue, aux uns de reproduire la situation inégalitaire initiale, aux autres (minoritaires, il faut l'admettre) non. En somme, toutes les déterminations des inégalités ne sont pas sociales, il y a des déterminations individuelles et il y a des déterminations familiales.
Je termine ce long billet par des félicitations au Professeur BERETZ. J'ai eu l'honneur de le compter comme étudiant. Fort brillant, il est devenu chercheur à l'INSERM, puis professeur de Pharmacologie. Elu comme Président de l'Université Louis Pasteur, il a été reconduit à la charge de Président de la nouvelle Université de Strasbourg. Bravo Alain ! Bonne chance dans cette entreprise enthousiasmante.

lundi 8 septembre 2008

Sinophilie, oui ; sinolâtrie, non !

Mes lecteurs réguliers connaissent mon admiration pour la civilisation chinoise, et mon amour pour ce grand peuple qu'est le peuple chinois. Mais je n'aurai garde de le confondre avec le régime sous le joug duquel il est contraint de ployer l'échine. Les journaux, malheureusement, sont pleins de reportages qui vantent les performances de l'Etat-Parti, au mépris de la majorité des citoyens de ce grand pays. Et les récents Jeux Olympiques ont accru l'épaisseur de l'écran de fumée qui masque aux Occidentaux la réalité. Il faut de temps en temps remettre les pendules à l'heure.


Je suis en train de résumer le livre de CAI CHONGGUO dont j'ai déjà parlé. Voici, par exemple, ce que l'on y apprend sur la manière dont la réforme fiscale et l'autonomie financière exigée de tous les établissements publics (police, enseignement, hôpitaux, etc.) ont modifié l'accès des pauvres à l'enseignement.


L'école, dit-il en substance, est devenue une lourde charge pour la plupart des familles. Le primaire absorbe le tiers des revenus annuels, et le Lycée, jusqu'à 38 % (sources : Revue financière et économique de la Chine [Caijing Zazhi], numéro de décembre 2004). Ramenés au revenu de la population, les frais d'inscription à l'Université sont trois fois plus élevés que ceux du Japon, censés être les plus chers du monde. Selon l'hebdomadaire L'observateur (Liao Wang) du 28 janvier 2005, les frais d'inscription à l'Université ont été multipliés par 25 à 50 (selon les établissements) depuis 1989
Nombre de Collèges et de Lycées ont créé un département d'éducation privée, à côté de leurs activités officielles publiques. Ils veulent ainsi pratiquer le rattrapage des clients argentés qui n'auraient pas le niveau. Un élève qui échoue de quelques points au concours d'entrée dans l'établissement sera donc accepté à titre privé, s'il a les moyens de payer. Il paiera plus cher que ses camarades admis régulièrement, et le coût sera proportionnel au nombre de points qui lui manquent. Il pourra participer aux mêmes cours, dispensés par les mêmes professeurs que les élèves régulièrement admis. Entre 1990 et 1995, les Universités qui admettaient gratuitement les étudiants dans les limites d'un quota fixé par le Ministère de l'Éducation, faisaient payer un droit d'entrée aux étudiants admis en surnombre. Mais depuis, les études sont devenues payantes pour tous. De plus, le milieu enseignant est rongé par la corruption. Nombre de professeurs exercent des pressions sur leurs élèves, y compris les plus pauvres, pour soutirer de leurs parents, en plus des frais de scolarité, des leçons particulières, voire des dons. Soucieux de l'avenir de leur enfant unique, les parents sont nombreux à consentir à ces pratiques. On a vu ainsi des professeurs se faire offrir des voitures (à PÉKIN et à SHANGHAI, notamment).

Il est bon de souligner que CAI CHONGGUO n'a utilisé que les sources officielles, notamment celles du Bureau des Statistiques de l'Etat, pour conduire ses analyses. Les admirateurs inconditionnels de ce régime feraient bien de se renseigner. Ils ne faudraient pas qu'ils imputent ces errements au virage capitaliste de la Chine communiste. Tous les dirigeants de toutes les entreprises et de tous les établissements sont nommés par le Gouvernement. En général, ce sont des membres du Parti. C'est le système le plus cynique, le plus inhumain, le plus inégalitaire qui soit. Et nous participons, par nos investissements et nos achats, à la paupérisation de dizaines et de centaines de millions de Chinois qui, les temps venus, pourront nous reprocher de ne les avoir pas libérés de cet esclavage. Sinophilie, oui, ô combien ! sinolâtrie, non, non et non !
CAI CHONGGUO.
Chine : l'envers de la puissance. (Collection "En clair".)
Mango, Paris, 2005.